Le Polcévera (Pûçéivia ou Ponçéivia en ligure) est un torrent dont le cours s'écoule entièrement le long de la vallée du même nom dans la ville métropolitaine de Gênes ; il est, par sa longueur, le second cours d'eau de la ville de Gênes, après le Bisagno, et le premier pour la superficie de son bassin hydrographique.

Hydronymie

La plus ancienne mention connue du nom du torrent et de sa vallée se trouve dans la table de bronze datée de 117 av. J.-C. où il est cité sous la forme de Porcobera , Memorie della parrocchia di Murta in Polcevera, Gênes, 1873 Agostino Giustiniani, Annali della Repubblica di Genova, 1537, nom composé de deux termes indo-européens, dont le sens probable serait fiume portatore di trote (« fleuve porteur de truites ») G.B. Pellegrini, Toponomastica italiana, Ulrico Hoepli, Milan, 1990 Il Secolo XIX, La mia gente, Gênes, 1983. Le nom est cité par Pline l'Ancien sous la forme de Porcifera dans le livre III de l'Histoire naturelle (77 après J.-C.) ; le terme Pulcifera est utilisé en latin médiéval, celui de Pozzevera ou Polzevera est attesté aux ; le toponyme actuel de Polcevera est stabilisé au .

Toponymie Le Polcevera a donné son nom à sa vallée, le val Polcevera, au viaduc qui le franchit en basse vallée, le viaduc du Polcevera également nommé pont Morandi, du nom de son concepteur, l'ingénieur Riccardo Morandi et, entre le et le , au département du Polcevera (ou de la Polcevera), l'une des subdivisions administratives de la République ligurienne qui avait pour chef-lieu Rivarolo.

Géographie physique Le torrent naît sous le nom de au à une altitude de , coulant sur environ en traversant les communes de Ceranesi et Campomorone. À Pontedecimo, à la confluence avec le , né au Bric Montaldo à , il prend le nom de Polcevera. De Pontedecimo à l'embouchure, sa longueur est de . Le bras principal, en prenant en considération le plus long de ses affluents, le Verde, a une longueur totale de .

Le bassin hydrographique a une superficie totale de et, outre les communes de Gênes, Ceranesi et Campomorone, il s'étend avec ses affluents dans celles de Mignanego, Serra Riccò et Sant'Olcese.

Le bassin est caractérisé par un axe principal de direction nord-sud qui s'étend perpendiculairement à la côte quasiment en ligne droite, s'ouvrant en éventail vers les sources montagnardes de ses affluents. L'altitude maximale correspond au à , sur le bassin-versant liguro-padan.

Les bassins hydrographiques contigus sont ceux du et du à l'ouest, du au nord, des , et Scrivia à l'est, du Bisagno et de quelques rivières mineures dans les zones de Sampierdarena et .

La haute vallée

vignette|Pontedecimo : la confluence entre les torrents Verde (à gauche) et Riccò (à droite)

La haute vallée comprend les vallées des torrents et de et leurs affluents.

Descendant du , le Verde qui, sur une partie de son parcours trace la limite entre les communes de Ceranesi et Campomorone, traverse Isoverde (hameau de Campomorone), Campomorone, Santa Marta (siège communal de Ceranesi) et une partie du quartier génois de Pontedecimo. Après avoir reçu divers ruisseaux (les principaux sont le rio San Martino, sur la rive droite et le rio Gioventina sur la rive gauche) après un parcours d'environ , conflue à Pontedecimo avec le Riccò, qui naît du Bric Montaldo, près du col des Giovi, et traverse divers hameaux de la commune de Mignanego.

La basse vallée

vignette|gauche|Le cours terminal du Polcevera, entre les quartiers Sampierdarena (à gauche) et Cornigliano près de la zone industrielle et commerciale de (à droite) ; à l'arrière-plan, la zone abandonnée de l'ancienne aciérie Italsider et le brise-lames du port de Gênes. vignette|Le Polcevera à , à la hauteur du pont Morandi de l'autoroute A10.

En aval de la confluence entre le Verde et le Riccò, le torrent prend le nom de Polcevera et se jette dans la mer de Ligurie à l'intérieur de la zone portuaire génoise entre les quartiers de Cornigliano et Sampierdarena, après avoir traversé Pontedecimo, Bolzaneto et Rivarolo.

La partie du cours comprise entre Pontedecimo et l'embouchure, jadis caractérisée par un vaste lit alluvionnaire, est aujourd'hui enserrée entre les remblais construits autour des années 1850 à l'occasion de l'ouverture de la ligne de Turin à Gênes et coule dans une zone intensément urbanisée entre établissements industriels et infrastructures routières et ferroviaires.

Au fil des millénaires, l'érosion du fond marin provoquée par le transport des sédiments par le torrent a créé l'une des deux branches du canyon sous-marin de L'autre branche provient du Bisagno. qui s'étend sur plus de dans la mer de Ligurie en direction nord-sud.

Affluents

Dans son bref parcours, le Polcevera recueille les eaux de nombreuses rivières dont seules peu d'entre elles forment des vallées latérales de dimension significative. Parmi celles-ci, outre le et le , peuvent être citées :

vignette|Le Polcevera à la confluence avec le . sur la rive gauche : le qui traverse plusieurs hameaux de la commune de Serra Riccò et conflue avec le Polcevera à Morigallo, tout-de-suite après avoir recueilli les eaux du qui coule sur le territoire de la commune de Sant'Olcese ; avec ses de longueur et de bassin c'est le principal affluent du Polcevera ; le Goresina (ou Geminiano), qui naît sur le versant ouest du mont des Due Fratelli et conflue à Bolzaneto () ; le Torbella, qui naît sur le versant sud du mont des Due Fratelli et conflue à Rivarolo () ; sur la rive droite : le Burba, qui naît sur le versant est du mont Figogna et conflue à Bolzaneto après avoir recueilli les eaux du torrent Molinassi () ; le Trasta, qui naît sur le mont Teiolo et conflue près de la située entre Bolzaneto et Rivarolo () ; le Pianego (ou Fegino), qui naît du mont Rocca dei Corvi et conflue à la hauteur de Rivarolo ; la dernière partie de son cours, partiellement couverte, délimite le côté nord des établissements Ansaldo ().

Débit Comme la majeure partie des cours d'eau de la Ligurie, il Polcevera et ses affluents sont caractérisés par un régime torrentiel avec un débit très faible durant les mois d'été où ils sont souvent quasiment à sec, alors qu'ils peuvent se remplir de manière impressionnante en quelques heures durant les mois d'automne, occasionnant par le passé de désastreuses inondations jusqu'à la construction des remblais.

Le débit moyen à l'embouchure est de , avec un minimum en août () et un maximum en décembre (), qui fait suite à la période de pluviosité automnale maximale concentrée sur les mois d'octobre et novembre. Le déphasage entre les pluies et les débits est dû au relâchage progressif des eaux par les sols et les nappes phréatiques.

Les débit maxima sont de avec une période de retour de cinquante ans et de avec un temps de retour de deux cents ans.

Inondations Avant la construction des berges, le Polcevera a occasionné de fréquentes inondations dans les zones traversées. Prêtre et historien local, auteur des Memorie della Parrocchia di Murta in Polcevera dal 1105 al 1873, basées sur des documents conservés dans le registre paroissial de l'. liste celles qui sont survenues dans la zone de Bolzaneto au cours des : 6 septembre 1746 : au cours de la guerre de 1746 un régiment autrichien bivouaque dans le lit à sec du Polcevera, dans la région de Teglia, quand une averse torrentielle imprévue provoque l'inondation du torrent, détruisant le matériel et tuant de nombreux soldatsL'épisode est cité par plusieurs auteurs dont dans le Dizionario geografico, storico, statistico, commerciale degli Stati di S.M. il Re di Sardegna ou dans A Classical Tour Through Italy. ; 15 octobre 1777 : une inondation détruit deux arcades du pont qui relie Bolzaneto et et envahit l' et le vieux bourg de Bolzaneto ; 4 septembre 1780 : une inondation fait trois victimes à Bolzaneto ; 26 août 1834 : ce fut le dernier grave épisode avant la construction des berges ; les hautes eaux inondent le bourg de Pontedecimo dont les habitants trouvent refuge dans le couvent des capucins construit sur une position surélevée par rapport au torrent ; à Bolzaneto la zone de la Chiappetta où se trouve une victime est à nouveau inondée comme d'autres endroits du fond de la vallée.

Après la construction des berges, les zones du fond de la vallée ne subissent plus de crues et sont progressivement urbanisées. Des inondations provoquent cependant des glissements de terrain dans des zones circonscrites, occasionnant surtout des dommages aux infrastructures situées dans le lit du torrent : 1947: une inondation fait s'écrouler une vieille maison à Pontedecimo et deux arches du pont San Francesco à Bolzaneto ; 7 et 8 octobre 1970 : durant les inondations qui touchent Gênes, faisant 44 victimes, surtout dans le Val Bisagno, les dommages dans le Val Polcevera sont relativement restreints : grâce à la bonne tenue des berges, la crue est limitée à la zone industrielle de la rive droite à la hauteur de et, près de l'embouchure, aux établissements Italsider de Cornigliano ; des inondations et de petits glissements de terrain ont lieu localement, surtout dans la zone de Bolzaneto, Pontedecimo et Sant'Olcese, en raison de la crue d'affluents du Polcevera ; 23 septembre 1993 : les dommages sont particulièrement graves à Pontedecimo où, à la confluence avec les torrents et , la passerelle des Frati est détruite et des édifices sont inondés<ref> [http://www.ispro.it/site/content/1992-alluvione-genova-e-savona 1992: Alluvione Genova e Savona | ISPRO - Protezione Civile e Difesa Civile']</ref> Alluvioni degli ultimi cento anni ; 15 novembre 2014 : au cours de l'événement alluvial qui se déroule à Gênes ce jour-là, des pluies très intenses se concentrent sur tout le bassin du Val Polcevera ; plus de de pluie tombent en quelques heures à Pontedecimo Alluvione Genova: record di pioggia a Pontedecimo ; le torrent est en crue à Pontedecimo, débordant sur la piazza Arimondi, provoquant d'importantes inondations et de graves dégâts, notamment l'ouverture d'un large gouffre sur la place ; près de l'embouchure, dans la zone des travaux de viabilisation de la rive droite en cours, les eaux du Polcevera sortent à nouveau des berges, avec moins de violence cependant, envahissant la zone à l'est de la Villa Durazzo Bombrini et les zones portuaires adjacentes.

Urbanisme

vignette|gauche|upright=1.2|Le lit du torrent avec les aciéries en cours de démolition.

Dans la partie située entre Pontedecimo et l'embouchure, le Polcevera coule aujourd'hui dans une zone fortement peuplée, entre installations industrielles et dépôts pétroliers, dont nombre sont abandonnés ou en voie de reconversion, et entre infrastructures routières et ferroviaires.

L'industrialisation de la vallée a commencé vers le milieu du , après la construction des remblais entre 1849 et 1853. Auparavant, le lit du torrent occupait la totalité de la partie plane de la vallée, constituant un marécage dangereux dans lequel l'eau se divisait en de nombreux ruisseaux rendant difficile la liaison entre les deux rives en l'absence de ponts ou même de gués seulement possibles en peu d'endroits.

Les villages étaient construits le long des routes qui reliaient Gênes avec la plaine du Pô, courant sur les crêtes des collines, tandis que le fond de la vallée était alors peu habité jusqu'au milieu du . La construction des berges a été complétée par une déviation du parcours initial à la hauteur de Bolzaneto, coupant la base de la colline de sur une distance d'environ .

vignette|La zone commerciale et industrielle de , sur la rive droite, peu avant l'embouchure.

La rive gauche de l'embouchure, dans le quartier de Sampierdarena, précédemment occupée par la société Ansaldo Meccanico, a été reconvertie, après la fermeture des ateliers, en centre résidentiel, commercial et de services inauguré en 2002 et baptisé Fiumara.