La dissuasion et la prolifération nucléaires au sont une dimension clé des politiques de sécurité nationale des États qui possèdent l'arme nucléaire ou développent un programme nucléaire, et occupent une place centrale dans les négociations multilatérales relatives à la non-prolifération et au désarmement nucléaires qui sont conduites dans le cadre de l'ONU, de l'Agence internationale de l'énergie atomique, du traité sur la non-prolifération et des relations entre les grandes puissances.

Aucune des cinq puissances qui possédaient l'arme nucléaire au sortir de la guerre froide n'y a renoncé depuis, et dans les années 1990 et 2000, quatre États l'ont acquise : l'Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord. La dissuasion nucléaire occupe une place importante dans la stratégie de sécurité nationale de ces neuf États, mais les concepts et les priorités varient de l'un à l'autre. Les États-Unis et la Russie demeurent attachés à une dissuasion fondée sur des capacités de destruction massive et n'excluent pas des frappes préemptives. La Chine, la France et le Royaume-Uni à l'opposé appliquent le concept de dissuasion minimale reposant sur le principe de la « stricte suffisance » de leurs capacités.

Malgré le passage de cinq à neuf puissances nucléaires, des avancées ont en parallèle été enregistrées en matière de réduction des arsenaux nucléaires et de lutte contre la prolifération. Sur le plan quantitatif, les États-Unis et la Russie ont réduit leur arsenal dans des proportions considérables, ils en ont en revanche poursuivi la modernisation qualitative. La France et le Royaume-Uni, à une échelle bien moindre, ont fait de même. Une dizaine de pays ont renoncé à l'arme nucléaire en interrompant leur programme. Tous les États du monde sauf quatre ont signé le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP)Les quatre États qui n'ont pas signé le TNP sont : l'Inde, Israël, le Pakistan et le Soudan du Sud. La Corée du Nord l'a signé le 12 décembre 1985, mais a annoncé son intention de s'en retirer le 10 janvier 2003.. Tous ne l’ont cependant pas ratifié.

Le TNP et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) demeurent les deux piliers de la limitation de la prolifération nucléaire. Des zones sans armes nucléaires ont aussi été instaurées par plusieurs traités comme le traité de Bangkok qui vise à créer une zone exempte d'armes nucléaires en Asie du Sud-Est, ou le traité de l'espace qui interdit la mise en place d'armes nucléaires dans l'espace extra-atmosphérique. Les dispositifs pour contrôler les risques de proliférationLa notion de prolifération est apparue en 1965 lors de la négociation du traité TNP. Un des acteurs importants de ces négociations, l'indien Homi J. Bhabha avait proposé de distinguer la prolifération horizontale, définie comme l'augmentation du nombre d'États possédant l'arme nucléaire, et la prolifération verticale comme l'augmentation du nombre d'armes nucléaires détenues par un État. Cette distinction est très peu utilisée de nos jours. ont été renforcés dans les années 1990 et 2000 dans le but d'exercer un contrôle très étroit des matières fissiles et d'éviter tout risque de terrorisme nucléaire.

La tendance s'inverse durant la décennie 2010. Les États-Unis, la Russie et la Chine consacrent des moyens considérables à la modernisation de leurs arsenaux nucléaires. Après la fin en 2002 du traité sur les défenses antimissiles (ABM) et en 2019 de celui sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI), le seul traité qui limite les capacités nucléaires des États-Unis et de la Russie est le traité New Start sur les armes stratégiques dont les négociations pour le prolonger au-delà de sont au point mort début 2020. Les tensions liées aux programmes nucléaires de la Corée du Nord et de l'Iran sont extrêmement fortes, qui accroissent les risques de prolifération régionale, notamment au Moyen-Orient.

Dissuasion nucléaire et désarmement : le second âge nucléaire L'arme et la dissuasion nucléaires demeurent au centre des politiques de sécurité nationale des États qui possèdent l'arme nucléaire, malgré les engagements pris de contrôle et de limitation des armes nucléaires et les pressions exercées par de nombreux pays à l'ONU et des ONG, notamment via la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN). La dissuasion nucléaire demeure pour les Occidentaux une double assurance contre les risques liés à la prolifération et la possibilité de la résurgence d'une menace majeure venant de Chine, de Russie ou d'ailleurs..

Depuis le milieu des années 1990, l'expression « second âge nucléaire » apparait qui se réfère à un monde nucléaire qui n'est plus dominé par le face à face Est-Ouest. Une date symbolique de ce nouvel état est l'explosion par l'Inde et le Pakistan d'une série de bombes nucléaires. La zone euro-atlantique demeure au un théâtre nucléaire, mais le centre de gravité des enjeux de dissuasion et de prolifération nucléaires se déplace vers l'Asie et la situation géopolitique au Moyen-Orient porte en germe l'émergence d'une troisième zone nucléarisée.

En outre, depuis le début du le risque terroriste nucléaire est intégré aux politiques de sécurité. Enfin, les technologies nouvelles ouvrent des perspectives de développement de nouvelles armes conventionnelles et nucléaires, venant modifier leurs scénarios d'emploi..

À la fin de la décennie 2010, la détérioration du contexte géostratégique d'ensemble accroit les désaccords entre les trois puissances nucléaires principales, la Chine et la Russie étant surtout préoccupées par les défenses antimissiles tandis que les États-Unis cherchent à négocier à trois une nouvelle réduction des armements stratégiques, voire tactiques, ce que la Chine refuse absolument. Dans le même temps, le clivage s'accentue entre les États nucléaires et les autres qui leur reprochent de ne pas s'engager sur la voie des désarment, rendant plus compliquée la lutte contre la prolifération à laquelle les premiers sont très attachés.

Forces nucléaires au vignette|redresse=1.5|Nombre d'armes nucléaires par pays en 2000 et 2019(double échelle, à gauche pour les États-Unis et la Russie, à droite pour les autres puissances). La fin de la guerre froide favorise les initiatives de désarmement. Gorbatchev et Reagan sont tout près à Helsinki en 1986 de s'entendre sur un véritable traité de désarmement nucléaire. À défaut, ils signent en 1987 le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire qui élimine totalement les missiles d'une portée comprise entre 500 et . Les États-Unis et la Russie continuent de s'entendre sur la réduction de leurs arsenaux nucléaires stratégiques ; le plus récent accord en la matière est le traité New Start signé en 2010 par Obama et Medvedev par lequel les plafonds d'ogives et de vecteurs nucléaires sont réduits. Ces deux puissances possèdent toujours des armes nucléaires tactiques. Malgré une réduction des deux-tiers du nombre de leurs armes nucléaires depuis la fin de la guerre froide, les États-Unis et la Russie possèdent dans les années 2010 près de 90 % des armes nucléaires dans le monde.

Les trois autres puissances nucléaires historiques, la Chine, la France et le Royaume-Uni, possèdent entre 200 et 300 armes chacune, un nombre assez stable depuis le début du siècle. Selon les termes employés par la France, elles appliquent un et consacrent les moyens qui leur sont dévolus essentiellement à les rendre plus robustes et à renouveler leurs vecteurs. Toutefois, selon le Pentagone et sans que cela soit confirmé officiellement par Pékin, la Chine entreprend au début des années 2020 de développer considérablement ses forces nucléaires stratégiques..

L'Inde et le Pakistan développent de façon continue depuis le début de ce siècle des capacités nucléaires très comparables dont la principale raison d'être est leur antagonisme mais aussi plus généralement leurs aspirations à être des puissances régionales, capable de ne pas être soumises à la Chine. Lors de la confrontation indo-pakistanaise de 2001-2002, l'emploi de l'arme nucléaire ne fut évité que de justesse.

Remise en cause de l'équilibre nucléaire de l'après-guerre froide entre les grandes puissances

Durant la guerre froide, les États-Unis et l'Union soviétique s'entendent pour diminuer les risques de guerre nucléaire entre eux, réduire leur arsenal nucléaire et éviter que d'autres États se dotent à leur tour de l'arme nucléaire. Les traités bilatéraux ou multilatéraux signés entre 1963 et 1991 ont mis fin à la course aux armements conventionnels et nucléaires entre les États-Unis et la Russie, et constituent toujours au début du la base du droit international en matière d'armes nucléaires. Après l'effondrement de l'Union soviétique, la Russie et les États-Unis continuent par étape de réduire leur arsenal nucléaire stratégique. Dans les années 1990, le monde vit une période de stabilité nucléaire comme il n'en a plus connu depuis les années 1950.

En 2009 et 2010, durant les deux premières années de sa présidence, Obama se prononce clairement pour poursuivre la politique de réduction des armes nucléaires. Dans un discours à Prague, il dit et annonce comme premières mesures concrètes la réduction du des États-Unis, et la négociation d'un .. Celui-ci, dit , est signé en 2010.

Mais, le paysage géopolitique et stratégique mondial évolue en sens inverse dans les années 2010. Illustrant cette évolution récente, le document « Examen de la Posture Nucléaire » publié par le gouvernement américain en 2018 affirme que et que . Ce document réaffirme que et présente un plan de modernisation substantiel des forces nucléaires américaines.

Entre les deux super-puissances nucléaires, de nouveau en compétition depuis le renouveau de l'influence internationale et des moyens militaires de la Russie, les désaccords l'emportent durant les années 2010 sur l'élargissement de l'OTAN, le traité sur les forces nucléaires intermédiaires, ou encore la défense antimissile. La fin du traité sur les forces nucléaires intermédiaires (FNI) en en est une des conséquences. En 2020, le traité sur les armes nucléaires stratégiques est le dernier qui lie encore les États-Unis et la Russie, dont les dirigeants émettent des signaux contradictoires sur leur volonté de le voir prolongé ou renégocié.. Ce traité est finalement prorogé in extremis début 2021 pour une durée de cinq ans..

Les relations entre les États-Unis et la Russie sont dominées depuis 2014 par la diminution du niveau de confiance réciproque et par la perception que la stabilité stratégique est menacée par le renforcement de l'arsenal nucléaire de chaque camp. En raison de la faiblesse de ses forces conventionnelles durant les années 1990 et 2000, la Russie a toujours maintenu un arsenal nucléaire stratégique et tactique important et souvent réaffirmé qu'elle pourrait utiliser l'arme nucléaire contre tout type d'agression qui menacerait son existence. L'existence d'un arsenal nucléaire tactique russe beaucoup plus important que celui des Américains est mis en avant par ceux aux États-Unis qui pensent que le seuil d'utilisation des armes nucléaires a été sensiblement abaissé ces dernières années. Les deux pays sont au début d'une nouvelle course aux armements nucléaires de faible puissance et de très haute technologie, capables de s'affranchir des défenses antimissiles....