Les relations entre la Bretagne et le pays de Galles s'inscrivent dans le cadre des relations entre la France et le Royaume-Uni, et sont actives principalement dans les domaines culturels et économiques sous la forme de coopération décentralisée et de paradiplomatie.
Elles commencent au moyen-âge par plusieurs phases de migration bretonne en Armorique, et par plusieurs ramifications politique. Une seconde phase importante commence au et prend pour fond le développement de panceltisme et des études celtiques.
La région Bretagne et le pays de Galles sont jumelés depuis 2004, et 46 jumelages entre communes des deux régions sont recensés.
Histoire Moyen Âge
Au Moyen Âge, l'ouest de la péninsule armoricaine connait une période d'échanges importants avec le pays de Galles. Du , plusieurs vagues de migrations issues de cette région s'installent dans l'actuelle Bretagne et y diffusent leur culture. La péninsule est christianisée par des ecclésiastiques venant en partie du pays de Galles. La plupart des sept saints fondateurs de la Bretagne sont alors issus de cette région. Les raids vikings du mettent fin à cette période d'échanges. Alors que le vieux breton et le vieux gallois, tous deux issus des langues brittoniques du Sud-Ouest, partagent beaucoup de caractéristiques du , le relâchement des échanges provoque la divergence de ces deux langues à partir du ..
La participation de plusieurs nobles bretons à la conquête normande de l'Angleterre dans la seconde moitié du rapproche de nouveau les deux régions, et certains notables bretons s'y voient attribuer des terres. Certaines éléments de la légende arthurienne présents en Bretagne, la matière de Bretagne, se diffusent alors au pays de Galles et influencent le récit.
À partir du milieu de , les navigateurs bretons deviennent plus nombreux à prendre part aux échanges commerciaux littoraux, et par ce biais commercent régulièrement avec le pays de Galles. Ils bénéficient d'un statu de neutralité relative, alors que Français et Anglais s'opposent lors de la guerre de Cent Ans. Leurs navires sont aussi plus adaptés aux ports de faible profondeurs de la côte galloise. Les sources de la fin du indiquent une présence régulière de marchands bretons dans des ports comme Swansea, Carmarthen, Pembroke, Haverford, Tenby ou Milford.
Les divers conflits qui émaillent la fin du Moyen Âge voient l'envoi de troupes des deux cotés de la Manche. Un gallois comme Ieuan participe ainsi au combat des Trente en 1351. La Bretagne sert aussi de base arrière lors de la révolte des Gallois entre 1400 et 1415. Henri Tudor, futur roi et issu de la noblesse galloise, passe 14 ans en exil en Bretagne, sous la protection de la cour du duc . Il y prépare même une flotte à Paimpol en pour regagner l'Angleterre avec l'aide financière du duc, bien que le projet n'aboutisse pas. Plusieurs Bretons présents dans son entourage lors de son exil bénéficient de ses largesse après sa prise de pouvoir.
Époque moderne Question religieuse au thumb|Hommage rédigé en gallois sur la tombe de Le Gonidec au Conquet. Les échanges entre les deux régions prennent en partie pour toile de fond la question religieuse. Dès 1835 des pasteurs gallois participent à la première traduction de la Bible en breton réalisée par Le Gonidec.. Des pasteurs gallois comme John Jenkins, James Williams, ou encore William Jenkyn Jones sont présents en Bretagne tout au long du , et enregistrent quelques conversions locales. Ils traduisent de nombreux textes religieux vers le breton pour mieux toucher les populations locales, et sont à l'origine d'un certain renouveau de la littérature chrétienne bretonne. Des missionnaires catholiques sont aussi envoyés depuis la Bretagne pour tenter de convertir des Gallois. La proximité entre les deux langues facilite alors le travail des missionnaires dans les deux sens. Les origines communes mystiques du christianisme des deux régions est alors redécouvert et valorisé. Le (littéralement « Messager armoricain de Llanrwst ») est fondé en 1910 par deux missionnaires bretons.
Boom charbonnier des années 1840 aux années 1930 La production de charbon au pays de Galles commence à trouver un débouché commercial en Bretagne à partir des années 1840. joue alors un rôle de pionnier en approvisionnement les raffineries de sucre présentent à Nantes puis la Marine.. La présence de nombreuses conserveries en Bretagne-sud, la construction navale dans l'embouchure de la Loire, la sidérurgie émergente dans la région (comme aux Forges de Trignac qui ouvrent en 1879), sont les premiers bénéficiaires de cet apport de charbon de bonne qualité et bon marché. Plus tard d'autres ports comme Lorient, Brest et Saint-Malo vont faire du pays de Galles un fournisseur majeur pour leur charbon. La production électrique naissance dans la région va aussi privilégier cette ressource..
La Bretagne trouve en retour au pays de Galles un débouché pour ses productions maraichères de la Ceinture dorée, où les Johnnies ont déjà initié une activité de colportage. La Bretagne exporte surtout des poteaux de mines qui servent directement dans les mines de charbon galloises. Plusieurs milliers d'hectares sont plantés de pins dans ce but, notamment dans le sud de la région et dans les landes de Lanvaux.
Cette dynamique commerciale se détériore à partir de la Première Guerre mondiale, puis de la Grande Dépression et des mesures protectionnistes qui sont alors prises.
Panceltisme et néodruidisme à partir du La fin de la longue période de conflits entre la France et le Royaume-Uni après l'ère napoléonienne permet aux deux régions de retrouver des relations. Des contacts sont initiés entre des personnalités comme et , universitaire breton vivant au pays de Galles, et le projet de faire venir des personnalités bretonnes ayant un intérêt pour la culture du pays de Galles est initié. La visite d'une délégation bretonne lors de lEisteddfod de 1838 à Abergavenny au pays de Galles devient le point de départ de relations interceltiques entre les deux régions. Avec le soutien des autorités françaises, de La Villemarqué, ou encore , rencontre et Charlotte Guest, et entretiennent des relations par la suite. L'un des chant du Barzaz Breiz publié par de La Villemarqué en 1845, Emgann Sant-Kast en référence à la Bataille de Saint-Cast, véhicule l'idée d'une fraternisation entre combattants bretons et gallois lors de cette bataille, sur fond d'intercompréhension fantasmée entre langues bretonnes et galloises. Le modèle gallois de lEisteddfod, évènement régulier visant à assurer la promotion de la langue galloise, connait par la suite plusieurs tentative d'émulation en Bretagne pour assurer la promotion de la langue bretonne notamment lors du congrès celtique de Saint-Brieuc en 1867. Si peu de Gallois participent à ce dernier congrès, la question des relations entre cultures bretonnes et galloise à traitée par plusieurs intervenants.
thumb|Délégués bretons (au premier rang) et hôtes gallois lors du congrès celtique de Caernarfon en 1904. La défaite française contre la Prusse en 1870 casse la dynamique d'échanges entre la Bretagne et le pays de Galles qui ne reprend qu'en 1899 avec l'envoi d'une délégation bretonne à l'Eisteddfod de Cardiffcomposée de personnalités du monde de la culture comme Anatole Le Braz, François Vallée, le marquis de L'Estourbeillon, Charles Le Goffic et de François Jaffrennou. À cette occasion, plusieurs d'entre eux sont initiés au néodruidisme, ce qui aboutit les années suivantes à la structuration de la Gorsedd de Bretagne sur le modèle gallois, et à son association avec la Gorsedd du pays de Galles. D'autres congrès suivent au pays de Galles les années suivantes où se rendent des délégués bretons, comme à Caernarfon en 1904 ou à Swansea en 1907. Entre temps, le Bro gozh ma zadoù, issu d'une traduction de l'hymne gallois Hen Wlad fy Nhadau, est adopté comme hymne breton en 1903., et en 1907 François Vallée publie un dictionnaire breton/gallois, le Geriou keumaraek ha brezonnek. Il propose par ailleurs d'enrichir le lexique du breton en puisant dans le vocabulaire du gallois afin d'éviter les emprunts au français.
thumb|Cérémonie néo-druidique à Riec-sur-Belon en 1927 mêlant bretons et gallois. Les échanges perdurent après-guerre. Une délégation bretonne menée par Jean de Saisy de Kerampuil et François Jaffrennou est présente en 1927 au pays de Galles. En août de la même année a lieu un festival interceltique à Riec-sur-Belon auquel participent plusieurs druides gallois, et qui donne lieu à plusieurs cérémonies néo-druidiques mêlant bretons et gallois. D'autres fêtes gorsédiques sont organisées les années suivantes par François Jaffrennou lors desquels des délégués de pays celtiques, dont le pays de Galles, sont présents notamment le baryton Owen Bryngwyn à Perros-Guirec en 1937, ou toute une délégation menée par le barde et alderman de Cardiff Alfred Thomas à Vannes en 1939. Le pays de Galles voit aussi venir des délégations bretonnes, notamment en 1935 pour un congrès panceltique à Cardiff.
Premiers échanges entre régionalistes et nationalistes dès le début du Le régionalisme breton naissant au début du s'inspire assez largement du modèle gallois. L'hebdomadaire Ar Bobl qui commence à être publié en 1904 relaie régulièrement des analyses sur la situation dans cette région. Le choix d'actions politiques non-violentes et le dynamisme culturel du pays de Galles sont mis en avant par un de ses auteur, François Jaffrennou. Certain des évènements qui traversent la Bretagne comme la séparation des Églises et de l'État y sont mis en perspective avec la situation dans cette autre région.
L'indépendance irlandaise en 1922 va faire baisser l'attrait pour le pays de Galles dans les cercles régionaliste et nationaliste, mais les échanges perdurent. La presse nationaliste bretonne comme Breiz Atao publient plusieurs articles sur le pays de Galles pendant l'entre-deux-guerres, dont une série d'articles traitant de l'histoire du pays de Galles entre 1828 et 1829. Abeozen publient des cours de gallois dans le supplément Panceltia de Breiz Atao en 1925, et l'année suivante François Vallée fait aussi paraître ses Emvorennoù Bro Kembre (littéralement « souvenirs du pays de Galles »). Les relations entre militants perdurent, la similarité des situations que traversent les deux régions politiquement et culturellement continuent d'être une source d'intérêt, notamment en raison du lien « celte » entre elles. Yann Bricler s'y rend pour assister à la fête de la Saint-David en 1923, et des gallois sont présents lors des congrès du Parti autonomiste breton en 1928 et de 1929. Saunders Lewis, qui dirige alors le Plaid Cymru, échange avec les éditeurs de Breiz Atao, ce qui donne lieu à la publication de plusieurs articles où il expose ses idées et où il exprime plusieurs accords avec celles que Maurice Duhamel publie dans ce même journal. Les régionalistes, en déclin, continuent par le truchement du panceltisme à porter un intérêt au pays de Galles. Un député nationaliste gallois, , est ainsi présent lors d'un congrès de l'URB en 1930. Au cour des années 1930, les nationalistes du PNB vont se désintéresser de l'exemple gallois, jugé trop non-violent, au profit de l'exemple irlandais.