Eikon Basilike (en , soit littéralement « Icône royale » mais usuellement traduit « Portrait royal »), sous-titré (« Le Portrait de Sa Sacrée Majesté dans Ses Solitudes et Souffrances »), est une autobiographie spirituelle supposée attribuée au roi d'Angleterre Charles . Elle a été publiée le , dix jours après la décapitation du roi par le Parlement d'Angleterre à la suite de la Première révolution anglaise en 1649.
Contexte historique Conflit entre le Parlement d'Angleterre et le roi vignette|gauche|Portrait du roi Charles , dans le Eikon Basilike (William Marshall, 1649). À la suite de la Rébellion irlandaise de 1641, le pouvoir du roi Charles est contesté, surtout après avoir refusé les propositions du Parlement d'Angleterre pour préserver la paix, contre d'importantes concessions royales. Le roi et le Parlement opposent ainsi leurs armées et la Première guerre civile anglaise éclate fin 1642. Le Parlement domine le conflit et tandis que le roi se réfugie en Écosse, les Écossais le livrent au Parlement en 1647.
Emprisonné, il est finalement emmené de force auprès de la New Model Army, où de nombreuses tentatives de négociation ont lieu, dont la plus importante est le traité d'Uxbridge, et où il essaie de diviser ses ennemis ainsi que le clergé ; il refuse toutes les propositions qui lui sont faites par les différents partis et . ; il s'échappe mais est à nouveau trahi et emprisonné. Depuis sa cellule, Charles continue de négocier avec les différents groupes. Le , il signe un traité secret avec les Écossais par lequel ces derniers envahiraient l'Angleterre pour le restaurer en échange de quoi le presbytérianisme deviendrait la religion officielle pendant trois ans..
Les royalistes se soulevèrent à nouveau en lors de la deuxième guerre civile et comme convenu avec Charles , les Écossais entrent en Angleterre. La plupart des soulèvements en Angleterre sont rapidement écrasés par les troupes parlementaires loyales à Oliver Cromwell et la défaite écossaise lors de la bataille de Preston met définitivement à bas les ambitions des royalistes.
Jugement pour haute trahison vignette|Gravure représentant le procès de Charles en janvier 1649 (anonyme), dans A True copy of the journal of the High Court of Justice for the tryal of K. Charles I as it was read in the House of Commons and attested under the hand of Phelps, clerk to that infamous court / taken by J. Nalson Jan. 4, 1683 : with a large introduction (Londres, 1684).
Charles accepte finalement les réformes proposées par les parlementaires et elles sont acceptées par la Chambre des communes le . Cela aurait permis la restauration du roi avec des pouvoirs limités et la fin de la guerre civile mais Cromwell et Thomas Pride sont opposés à ces mesures et demandent que le roi soit jugé pour haute trahison. Le , Pride entre dans le Parlement avec deux régiments de l'armée et exclut tous ceux qui sont favorables au roi. Le reste des députés forme le « Parlement croupion ».
Les accusations contre Charles spécifiaient que le roi, et que les . Les charges contre le roi le tenaient également « responsable des dites guerres dénaturées, cruelles et sanglantes et par là coupable de tous les meurtres, trahisons, rapines, incendies, ravages, désolations, dommages et méfaits à l'égard de cette nation.Traduction issue de ..
Le procès commence le mais Charles refuse de se défendre en avançant qu'aucun tribunal n'avait le pouvoir de juger un monarque.. Durant la semaine du procès, malgré un discours préparé, argumenté et très bien construit, selon Chaise-Brun, il n'est jamais écouté par le président du tribunal Bradshaw. : il est déclaré coupable lors d'une audience publique le et condamné à mort. Après le jugement, il est emmené du palais St. James où il est emprisonné au palais de Whitehall, où un échafaud est installé en face de la Maison des banquets.
C'est alors que Charles entreprend la rédaction de Eikon Basilike (en , soit le « Portrait royal »), sous-titré (soit « Le portrait de Sa Majesté Sacrée dans Ses solitudes et Souffrances ») est publié. L'ouvrage se veut une autobiographie spirituelle écrite par le roi lui-même, quoique remaniée par ses conseillers., et est publié le , dix jours après la décapitation du roi commandée par le Parlement d'Angleterre.
Son discours sur l'échafaud restera célèbre. Il ne se fait pas entendre ce jour-là, mais son discours sera publié : il en est d'ailleurs conscient. Mais il ne veut pas se taire, et continue de clamer son innocence. Le discours qu'il prononce alors aborde les mêmes thèmes que l'Eikon Basilike :
Paternité de l'œuvre et contenu
Polémiques sur la paternité Dans les années 1690, une controverse sur la paternité de Eikon Basilike voit le jour. William Levett, le garçon de chambre de Charles qui l'accompagna le jour de son exécution et qui accompagna son corps pour son enterrement au château de Windsor, jura qu'il avait personnellement vu le roi rédiger lEikon Basilike lors de son emprisonnement sur l'île de Wight et qu'il avait lui-même lu le manuscrit., mais les historiens débattent de la véracité de cette affirmation.. Dans Vindication of King Charles the Martyr, proving that his Majesty was the author of Εἰκὼν Βασιλική (Londres, 1693 ; reed. 1697-1711), puis dans A Defence of the Vindication en 1699, Thomas Wagstaffe défend la paternité du roi Charles .. L'on prétendait qu'une prière contenue dans Eikon Basilike avait été plagiée, mais Wagstaffe a accusé John Milton et John Bradshaw de l'avoir délibérément insérée dans le texte...
Bien que l'ouvrage soit présenté comme exclusivement écrit par le roi, il a été nettement remanié par ses conseillers.. Selon Trevor-Roper. et rapporté par Chaise-Brun, il faut
Contenu Pour cela, les rédacteurs opposent symboliquement et dans leurs choix lexicaux le silence — volontaire ou imposé — du roi au vacarme et au chaos de ses opposants républicains : le roi est associé à la vérité, au calme et à la constance, tandis que ses opposants le sont à la discorde, au désordre et à l'inconstance.. Ses mots n'avaient pas été écoutés ni entendus lors du procès ; l'ouvrage permet de se concentrer sur le comportement et les arguments du monarque : dans le contexte chaotique de son exécution, le roi ne cherchait pas à crier pour se faire entendre lors de son discours, et prit un temps de prière dans le calme ; c'est lui qui donne l'ordre à son bourreau en levant le bras, toujours dans le silence. The Moderate: Impartially Communicating Martial Affaires to the Kingdome of England, , from Tuesday January 30 to Tuesday February 6, 1649...
Les conseillers du roi réunissent les écrits du roi en y ajoutant des passages de la Bible, des prières et des comparaisons à des personnages bibliques. Écrit à la première personne, contenant des marques d'oralité, donnant l'impression d'une voix dans la mort, et avec une typographie étudiée, le livre rapproche le lecteur du roi : Présenté comme souffrant en silence et ayant la faveur de Dieu, plusieurs éléments rapprochent le roi du modèle héroïque le plus accessible de l'époque, Jésus Christ, afin d'en faire un martyr chrétien....
L'ouvrage est constitué de vingt-sept chapitres. : 1. Upon His Majesties calling this last Parliament. Sur Sa Majesté en appelant au dernier Parlement. 2. Upon the Earle of Straffords death. Sur la mort du comte de Straffords. 3. Upon His Majesties going to the House of Commons. Sur Sa Majesté allant à la Chambre des communes. 4. Upon the Insolency of the Tumults. Sur l'Insolence des Tumultes. 5. Upon His Majesties passing the Bill for the Triennial Parliaments: And after setling this, during the pleasure of the two Houses. Sur le fait que Sa Majesté a adopté le projet de loi pour les parlements triennaux : Et après cela, pendant le plaisir des deux Chambres. 6. Upon His Majesties retirement from Westminster. Sur la retraite de sa Majesté de Westminster. 7. Upon the Queenes departure, and absence out of England. Sur le départ de la Reine, et son absence hors d'Angleterre. 8. Upon His Majesties repulse at Hull, and the fates of the Hothams. Sur la retraite de sa Majesté à Hull, et sur le sort des Hothams. 9. Upon the lifting, and raising Armies against the KING. Sur la levée des Armées contre le ROI. 10. Upon their seizing the Kings Magazines, Forts, Navy, and Militia. Sur la saisie des Réserves, des Forts, de la Marine et de la Milice du Roi. 11. Upon the 19. Propositions first sent to the KING; and more afterwards. Sur les 19 premières propositions envoyées au ROI ; et davantage par la suite. 12. Upon the Rebellion, and troubles In Ireland. Sur la Rébellion et les troubles en Irlande. 13. Upon the Calling in of the Scots, and their Comming. Sur l'Appel des Écossais, et leur arrivée. 14. Upon the Covenant. Sur l'Engagement. 15. Upon the many Jealousies raised, and Scandals cast upon the KING, to stir re up the People against Him. Sur les nombreuses jalousies apparues et les scandales lancés sur le ROI pour soulever le peuple contre lui. 16. Upon the Ordinance against the Common-Prayer-Booke. Sur l'Ordonnance contre le Livre de la prière commune. 17. Of the differences between the KING and the two Houses, in point of Church-Government. Sur les différences entre le ROI et les deux Chambres, au sujet d'un Gouvernement-Église. 18. Upon Uxbridge-Treaty, and other offers made by the KING. Sur le Traité d'Uxbridge, et autres offres faites par le ROI. 19. Upon the various events of the Warre; Victories, and Defeats. Sur les différents événements de la guerre ; Victoires et défaites. 20. Upon the Reformations of the Times. Sur les Réformes de l'époque. 21. Upon His Majesties Letters taken and divulged. Sur les lettres Sa Majesté qui ont été subtilisées et divulguées. 22. Upon His Majesties leaving Oxford, and going to the Scots. Sur Sa Majesté partant d'Oxford pour l'Écosse. 23. Upon the Scots delivering the KING to the English; and His Captivity at Holmeby. Sur les Écossais délivrant le ROI des Anglais ; et sa captivité à Holmeby. 24. Upon their denying His Majesty the Attendance of His Chaplaines. Sur le refus au Roi de voir ses chapelains. 25. Penitentiall Meditations and KING'S solitude at Holmeby. Méditations pénitentiaires et solitude du Roi à Holmeby. 26. Upon the Armies Surprisall of the KING at Holmeby, and the ensuing distractions in the two Houses, the Army, and the City. Sur la surprise des armées du ROI à Holmeby, et les distractions dans les deux Chambres qui s'ensuivirent, l'Armée et la Ville. 27. To the Prince of Wales. Au Prince de Galles.
Construction de son image Ce choix stratégique de semble remonter aux années 1640, quand il commence à se défendre par écrit plutôt qu'oralement ou en public ; il utilise déjà la plume d'autres collaborateurs, dont Edward Hyde.. Aucun de ses discours n'est publié avant 1640, et pendant la Première révolution anglaise, il préfère d'abord les joutes verbales aux passes d'armes, avant de garder le silence. Il recherche une , en remettant au goût du jour la rhétorique classique où , et où les abus du langage et les excès de paroles sont critiqués (Plutarque, De Garrulitate)..
Sa stratégie culmine dans le procès, où la lui permet de dominer un procès destiné à le déstabiliser : il décide d'arrêter de se justifier et n'a plus besoin de parler..
Dès sa mort, de nombreux discours du roi sont publiés — soixante-dix ont été publiés entre 1641 et 1649 —, afin d'étouffer le bruit du tumulte par des textes qui donnent du sens à la parole du roi. Charles lui-même écrivait beaucoup, se représentait comme tel et était très soucieux de construire une image particulière de lui dans les gravures..
Illustration et édition Le frontispice vignette|Frontispice de l’Eikon Basilike (version originale de 1649 - datée par erreur 1648).