Ordre nouveau (forme courte du Centre de recherche et de documentation pour l'avènement d'un ordre nouveau dans les domaines social, économique et culturelNicolas Lebourg, « Ordre nouveau, fin des illusions droitières et matrice activiste du premier Front national », Studia Historica. Historia Contemporánea, Vol. 30 (Derecha radical, fascismo y extrema derecha en Europa y América), 2012, 209.) est un mouvement politique français, nationaliste et d'extrême droite, actif entre 1969 et 1973. Comme le groupe Occident précédemment, il utilise pour emblème la croix celtique. Le mouvement participe à la création en 1972 du Front national, qui devait à l'origine en constituer la vitrine électoraleJoseph Algazy, L'extrême-droite en France de 1965 à 1984, L'Harmattan, 1989, 342 p. .Pierre Milza, Fascisme français. Passé et présent, Flammarion, 2000, 465 p. .Alexandre Dézé, Le Front national : à la conquête du pouvoir ?, Armand Colin, 2012, 194 p. .Fiammetta Venner, Extrême France : les mouvements frontistes, nationaux-radicaux, royalistes, catholiques traditionalistes et provie, Grasset & Fasquelle, 2006, 518 p. .Pierre-André Taguieff, Sur la Nouvelle Droite : jalons d'une analyse critique, Descartes et Cie, 1994, 425 p. ..
Histoire Origines Création de Jeune nation en 1949 L'histoire de l'extrême droite française d'après-guerre est marquée par le mouvement Jeune Nation, fondé en 1949. Sa participation à la journée insurrectionnelle du 1958 lui vaut dissolution. Le mouvement décide de se relancer en créant un Parti nationaliste, mais celui-ci est interdit une semaine après sa fondation. Il existe alors aussi un Front national français, un Mouvement nationaliste étudiant, et, plus important, la Fédération des étudiants nationalistes (FEN), créée en 1960. Après la fin de la guerre d'Algérie, Dominique Venner, ancien cadre de JN et de la FEN, écrit en prison un opuscule qui va marquer la mouvance : Pour une critique positive. Cet opuscule convainc de nombreux militants d'abandonner les nostalgies, d'abandonner les méthodes terroristes de l'OAS. Il est nécessaire affirme-t-il de créer une puissante organisation nationaliste et d'élaborer une doctrine révolutionnaire pénétrant les masses. Avec le lancement de la revue Europe-Action, Dominique Venner réoriente la FEN selon ses vues. Mais ni Europe-Action ni le rassemblement autour de Jean-Louis Tixier-Vignancour pour l’élection présidentielle de 1965 n’arrivent à unifier une mouvance très hétérogène.
Scission de la FEN donnant naissance à Occident En 1964, un groupe de militants de la FEN, mécontent du peu d'activisme et de la ligne racialiste et fondamentalement antichrétienne de la Fédération, fait scission et donne naissance à un mouvement activiste et dynamique, le Mouvement Occident. Ses principaux cadres dirigeants sont Alain Robert, Gérard Longuet, Alain Madelin et François Duprat (exclu en ). Les militants d'Occident se lancent dans un activisme totalement débridé et certaines équipées aventureuses aboutissent à son interdiction.
Après la dissolution d'Occident La disparition d'Occident fait apparaître de nombreux groupuscules concurrents cherchant à réunifier l'extrême droite française derrière eux. Parmi les principaux figurent le syndicat étudiant Groupe union droit d'Assas (GUD, qui deviendra Groupe union défense), lancé par Alain Robert, et le groupe de rédaction de la revue L’Élite européenne, mensuel au rythme de parution irrégulier qui était lié à Occident. En , L’Élite européenne, affirme avoir triplé en un an le nombre de ses abonnés pour arriver à 2 000 et disposer alors de plus d’une vingtaine de groupes de diffusion « dans tout le pays »Nicolas Lebourg, Jonathan Preda et Joseph Beauregard, Aux racines du FN. L’histoire du mouvement Ordre nouveau, Éditions de la Fondation Jean-Jaurès, 2014 .
Création d'Ordre nouveau en 1969 Ce sont ces deux groupes, le GUD et L’Élite européenne, qui vont rassembler environ pour constituer un mouvement unitaire, qu'ils choisissent de nommer Ordre nouveau, en . Il s'agit d'une référence à la doctrine nazie du Neuordnung ("Ordre nouveau"). Les premiers statuts sont déposés en préfecture sous le nom de « Centre de recherches et de documentation pour l’avènement d’un ordre nouveau dans les domaines social, économique et culturel ». Le mouvement bénéficie d'un soutien matériel à sa création de la part du MSI italien .
Le credo d'Ordre nouveau est .
L'équipe compte d'anciens adhérents du mouvement Occident (dont William Abitbol, Marie-Françoise David, Gérard Écorcheville, Hugues Leclère, Jack Marchal, Alain Robert), épaulés par des étudiants du GUD et rejoints à partir de par François Duprat. La première présidence fut confiée à l'avocat Jean-François Galvaire, qui démissionna de ce poste en . Les militants les plus connus d'Occident aujourd'hui, Alain Madelin, Gérard Longuet, Patrick Devedjian, Didier Schuller, Hervé Novelli , Patrice Gélinet, etc. n'y sont pas.
Le congrès fondateur d'Ordre nouveau est marqué par l'explosion de la salle prévue la veille de la réunion. En 2010, Jean-Marie Le Pen attribuera cette bombe à l'organisation elle-même, dans une volonté de provocation, de victimisation. La stratégie d'Ordre nouveau se base, de fait, sur la provocation afin de prendre une place prépondérante dans le milieu d'extrême droite : le mouvement revendique 2700 adhérents alors qu'il ne dispose que de 200 encartés, et recouvre Paris d'affiches annonçant une conférence internationale qui rassemblerait le MSI, les salazaristes et le NPD (qui, en réalité, n'avait pas été contacté). Selon Jack Marchal, cadre du mouvement, cette stratégie est un succès : .
Jusqu'à la dissolution
Scissions sur le rapport au pouvoir Quelques mois plus tard, le , le groupe Pour une Jeune Europe, mené par Nicolas Tandler, qui avait participé à la fondation d'ON en 1969 et qui s'était maintenu en tant que fraction, claque la porte d'Ordre Nouveau, l'accusant de « dérive droitière » et de se comporter en allié objectif du gouvernementLe Monde, 16 septembre 1970. Par la suite, ce groupe apportera son soutien à des militants d'extrême gauche emprisonnés et, le , prendra même part, aux côtés des mouvements maoïstes et trotskistes, à la contre-manifestation organisée contre le meeting d'Ordre Nouveau au Palais des Sports. En , ON atteint le cap des 750 militants. Gabriel Jeantet intègre son bureau politique.
Jean-Claude Nourry démissionne en , en dénonçant la collaboration tactique avec certains éléments du pouvoir dans la lutte contre le « gauchisme »Le Monde, 4 février 1971Le Matin, 9 février 1971. Il est exclu peu après.
Affrontements de 1971 avec l'extrême gauche Le mois suivant, le , Robert Allo, un ex-militant d'Occident, cofondateur d'Ordre Nouveau et militant du Groupe union défense, est repéré dans la rue par des militants d'extrême gaucheAux racines du FN. L’histoire du mouvement Ordre nouveau, par Nicolas Lebourg, Jonathan Preda, et Joseph Beauregard, Éditions de la Fondation Jean-Jaurès, 2014 . Il est brutalement frappé et sombre dans le coma peu après avoir rejoint le local du mouvement. Il doit subir une trépanation"La violence, un phénomène répandu à l’extrême droite comme à l’extrême gauche" par Laurent de Boissieu, dans La Croix du 10/06/2013. Il est par ailleurs assassiné de deux balles dans la tête en 1994, sans que ce meurtre soit élucidé.
Le lendemain, lors d'un meeting d’Ordre Nouveau au Palais des sports de Paris, France-Soir titre sur une « Atmosphère néo-nazie »France-Soir, 10 mars 1971. Les militants de la Ligue communiste (future LCR)La Tribune de Genève, 11 mars 1971 « attaquent le meeting avec des boulons » selon l'ORTFArchives INA , qui montre les « contre-manifestants gauchistes qui chargent » les CRS et font 80 blessés parmi les membres du service d'ordre, pourtant casqués et armés de longues lances « à la japonaise ». L'ORTF diffuse des images montrant le service d'ordre du meeting qui présente aux CRS un de leurs opposants après l'avoir « capturé et sévèrement corrigé ». Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur depuis Mai 1968, fait le déplacement.
Activités Le mois suivant, en , le journal L’Élite européenne dispose de plus de trente groupes provinciauxL’Élite européenne, avril 1971. Au même moment, Ordre nouveau décide, selon les RG, de confier à François Duprat, Philippe Asselin et Christian de Bongain (dit Xavier Raufer) le lancement de son propre périodique, nommé Pour un ordre nouveau, afin de ne pas être entièrement tributaire des autres publications d'extrême droite, notamment Rivarol. Le , un grand défilé rassemblant tous les nostalgiques de l’Algérie française est prévu par ON, qui demande à Georges Bidault de lancer l’appel, tandis qu’il prendrait en charge collages et service d’ordre. Cela permet l’accord de participation de nombreux groupements, mais le défilé est finalement interdit. Le , les défilés anti-ON ne rassemblent que 400 personnes à Paris et 200 dans les cinq autres villes où ils ont lieu. Cinq jours plus tard, le , ON rassemble 400 manifestants dans un défilé de soutien au journal d'extrême droite Minute, dont les locaux viennent d’être plastiqués.
Vers le Front national En , face à l'Union de la Gauche qui se dessine, François Duprat affirme que la prise du pouvoir par le Parti socialiste entraînerait un coup de force du PCF menant à l’instauration d'une dictature.
Face à cela Ordre nouveau veut aller vers un futur parti politique ayant vocation à rassembler l'opposition nationaliste de droite en participant aux élections.
Au cours de son deuxième congrès, les 10 et , Ordre nouveau adopte une résolution qui donne naissance au Front national, dans la perspective des élections législatives de . Jean-Marie Le Pen – un ancien député élu lors de la vague poujadiste de 1956 – en devient la figure de proue.
Affrontements de 1973 et dissolution
Le , plusieurs militants d'Ordre nouveau avaient été inculpés pour coups et blessures volontaires, après avoir agressé un élève professeur de l'École normale supérieure pendant qu'il collait des affiches sur son établissement.
Lors d'une réunion publique tenue à la salle de la Mutualité à Paris le sur le thème « Halte à l'immigration sauvage », de violents affrontements opposent des contre-manifestants d'extrême gauche appartenant à la Ligue communiste d'Alain Krivine aux forces de l'ordre : ce sont les émeutes du 21 juin 1973 à Paris, qui font l'ouverture des journaux télévisés en raison du grand nombre de policiers blessés. Bien qu'ayant été manipulé par la deuxième section des RG de ParisFrédéric Charpier, Histoire de l'extrême gauche trotskiste : De 1929 à nos jours, Éditions 1, 2002, 263-266.Nicolas Lebourg, « Anatomie de la violence “révolutionnaire” d’extrême droite », Fragments sur les temps présents, 13 novembre 2013., Ordre nouveau est, tout comme la LC, dissous par décret du Conseil des ministres du « Il y a , naissait le Front national », Libération, 5 octobre 2012..
À la suite de cette dissolution, l'essentiel des cadres de l'ex-Ordre nouveau crée les Comités faire front (très brièvement appelés Faire face, mais la dénomination était déjà utilisée) qui donne naissance, après la rupture avec le Front national, au Parti des forces nouvelles en .
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Témoignage . Alain Renault (prés.), Ordre Nouveau - & congrès 1973, Paris, Déterna, 2009, 447 p. Ordre nouveau raconté par ses militants, Paris, Synthèse éditions, 2019, 266 p. .
Travaux Joseph Algazy, L'Extrême-droite en France de 1965 à 1984, éd. de L'Harmattan, 1989 ; rééd. 2000. Frédéric Charpier, Génération Occident : de l'extrême droite à la droite, éd. du Seuil, 2005. . Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, François Duprat, l'homme qui inventa le Front national, éd. Denoël Impacts, 2012. , , 2014. Nicolas Lebourg, Jonathan Preda et Joseph Beauregard, Aux racines du FN L’histoire du mouvement Ordre nouveau, Paris, Éditions Jean-Jaurès, 2014, 122 p.