thumb|250px|right|La synagogue vue de la rue La synagogue turque de Vienne (en allemand: Turkischer Tempel) dénommée aussi synagogue de la Zirkusgasse, est la synagogue de la communauté judéo-turque de Vienne, située au 22 Zirkusgasse dans le quartier Leopoldstadt de Vienne ( arrondissement). De 1887 à 1938, elle est le centre cultuel et culturel des Juifs séfarades de Vienne et de sa région. Elle est détruite en 1938 par les nazis lors de la nuit de Cristal, comme quatre-vingt autres lieux de culte juifs de Vienne.
Histoire des Juifs séfarades de Vienne En 1492, les Juifs d'Espagne sont expulsés de la péninsule par le décret de l'Alhambra, signé par les Rois catholiques. Nombreux sont ceux qui s'installent en Afrique du Nord ou dans la péninsule balkanique, provinces de l'Empire ottoman.
La paix de Passarowitz du , accorde à tous les sujets turcs, y compris les Juifs, le libre droit d'établissement dans les pays des Habsbourg. En conséquence, les Juifs séfarades se trouvent ainsi beaucoup mieux lotis que leurs coreligionnaires ashkénazes.
Grâce au commerce avec les Balkans, la communauté sépharade de Vienne se développe rapidement et en 1736, par l'entremise de Diego d'Aguilar, un Juif de cour influent, la communauté turco-israélite de Vienne peut ériger une maison de prière. La communauté ashkénaze avait quatre ans auparavant fait une demande similaire afin d'ériger une maison de prière dans la banlieue de Vienne, en offrant une immense somme d'argent, mais leur demande avait été refusée et ne sera acceptée que 90 ans plus tard: Hans Tietze: Die Juden Wiens : Geschichte - Wirtschaft – Kultur; Vienne; 1935; page: 98: Robert S Wistrich: Die Juden Wiens im Zeitalter Franz Josephs; éditeur: Böhlau Verlag; Vienne; 1999; page: 14; .
Le , en raison du lourd endettement de la communauté séfarade, un commissaire royal impérial est nommé, pour remettre de l'ordre dans les finances et superviser les affaires communautaires. Il impose un règlement en 14 points qui peut être considéré comme le document fondateur officiel de la communauté israélite turque, qui existera jusqu'en 1890 en tant qu'entité indépendante: Adolf von Zemlinszky: Geschichte der Türkisch-israelitischen Gemeinde zu Wien von ihrer Gründung bis heute nach historischen Daten; éditeur: M. Papo; Vienne;1888 pages: 6 et suivantes. Le document original a été brûlé lors de la nuit de Cristal en 1938. Une copie se trouve aux Archives provinciales de Basse-Autriche: Christina Kaul: Die Rechtsstellung der türkischen Juden in Wien aufgrund der österreichisch-türkischen Staatsverträge; thèse de l'Université de Salzbourg; Salzbourg; 1990; page: 33: Christina Kaul: Die spanischen Juden (Sephardim) in Wien. Eine kulturgeschichtlich-historische Betrachtung; thése de l'Université de Salzbourg; Salzbourg; 1989; pages: 65 et 65: Rudolf Till: Geschichte der spanischen Juden in Wien; in: Jahrbuch des Vereins für Geschichte der Stadt Wien; 6/7; 1947; page: 112.
Malgré les fortes aspirations à l'autonomie et le statut juridique de la communauté judéo-turque au sein de la Communauté juive de Vienne, la loi israélite de 1890 impose l'incorporation de la communauté juive turque dans la communauté juive. En raison de la résistance des Juifs séfarades, un "règlement" de 1909 est adopté après des années de négociations. Bien que la communauté juive turque ait perdu son statut en tant que communauté indépendante, elle doit désormais s'appeler Association des Israélites turcs, et est autorisée à nommer un comité séfarade pour les affaires cultuelles et à désigner ses propres rabbins: Christina Kaul; 1990; pages: 46 à 64.
Les statuts de l'association sont approuvés le par décret du ministère fédéral de l'éducation, et des affaires religieuses. Le chapitre 1 des statuts définit l'association comme une union de juifs de rite séfarade, qui a sa propre personnalité juridique et occupe la position spéciale juridique d'une corporation au sein de la communauté religieuse israélite. Les membres peuvent être tous les juifs qui ont gardé le rite séfarade. La mission de l'association est de célébrer des offices, d'engager un rabbin, d'enseigner la religion, de maintenir un cimetière séfarade et de fournir des services caritatifs: Christina Kaul; 1990; pages: 66 et suivantes.
La dissolution de l'association et la confiscation de ses biens sont effectuées par le Stillhaltekommissar für Organisationen, Vereine und Verbände (Commissaire chargé de la liquidation de la vie associative juive) au cours de l'année 1939. L'Association possède un bâtiment au 9 Weintraubengasse au nom de l'Union Espanola, d'une valeur de Reichsmarks et un autre au 22 Zirkusgasse d'une valeur de Reichsmarks avec le mobilier, qui sont confisqués en faveur de la Aufbaufonds Vermögensverwaltung Ges.mbH (Société de gestion des actifs immobiliers). Le reste est transféré à la Zentralstelle für jüdische Auswanderung (Agence centrale pour l'émigration juive): Österreichisches Staatsarchiv; Archiv der Republik; Stillhaltekommissar Wien; IV Ac 31: S 22, boîte: 574.
Parmi les associations caritatives les plus actives, se trouve la Sephardisch-Israelitischer Frauen-Wohltätigkeitsverein in Wien (Association caritative des femmes israélites séfarades de Vienne), créée en 1918 et dont le but est le soutien aux femmes et aux filles séfarades en détresse, et plus particulièrement aux femmes enceintes et aux veuves, en assurant le paiement des gardes et des sages-femmes, les frais d'éducation pour les enfants et les frais médicaux. D'après les statuts, chaque membre doit verser une contribution mensuelle d'une couronne minimum: Wiener Stadt- und Landesarchiv; M.Abt. 119, A32: 7818/1938. L'association est dissoute en 1938 par le Stillhaltekommissar für Vereine, Organisationen und Verbände: Österreichisches Staatsarchiv; Archiv der Republik; Stillhaltekommissar Wien; IV Ac 31: G 26; boîte: 560 Wiener Stadt- und Landesarchiv; M.Abt. 119, A32: 7818/1938.
Dès l'Anschluss, une partie importante de la population juive séfarade quitte l'Autriche, se réfugiant principalement en Turquie et en Palestine mandataire. Ceux qui restent seront déportés par les nazis dans les camps d'extermination. Très peu y survivront.
Histoire des synagogues successives Les anciennes maisons de prière En 1824, l'ancienne maison de prière de la communauté séfarade dans l'Oberen Donaustraße est détruite par le feu et la communauté aménage une maison de prière en 1825 au 321 Großen Hafnergasse (maintenant la Großen Mohrengasse). Le nombre de fidèles séfarades augmentant régulièrement, la communauté doit rapidement rechercher un lieu de culte permanent plus important. L'autorisation nécessaire est accordée par l'Empereur Ferdinand le , mais la communauté dans un premier temps, pour faire face à la situation, essaye d'adapter et de réaménager le bâtiment existant. La somme de florins pour la transformation des locaux existants est obtenue grâce à des obligations émises auprès des fidèles.
Cependant, très rapidement ces mesures d'expansion s'avèrent insuffisantes, et donc le une maison avec terrain est acquise pour la somme de florins, au 491 Großen Fuhrmannsgasse (devenu plus tard le 22 Zirkusgasse). Le , lors d'une réunion plénière du conseil d'administration de la communauté, il est décidé de démolir le bâtiment acquis et de construire une nouvelle synagogue, en contractant pour florins d'emprunt. L'année suivante, la nouvelle synagogue est achevée.
Le président de la communauté élu en 1881, Marcus M. Russo, renouvelle beaucoup de choses dans la communauté et modifie également le rite. Au printemps 1884, on commence à réfléchir à une transformation de l'intérieur de la synagogue, mais après un examen minutieux de la structure du bâtiment, on constate malheureusement de nombreuses malfaçons, dont certaines étaient déjà connues, ainsi que des erreurs de conception et d'exécution. L'absence d'un sous-sol a pour conséquence une remontée de l'humidité le long des murs, conduisant à une altération de la maçonnerie avec pour conséquence une ondulation du sol en mosaïque. De plus, sans sous-sol, il est difficile d'installer un système de chauffage, qui avait été complètement oublié lors de la construction du bâtiment. Le grenier est difficile d'accès et le toit fuit. L'eau s'infiltre à travers les fissures du dôme déjà endommagé. Les conduites de gaz n'ont pas été serrées, et sont rouillées en plusieurs endroits. Russo rejette donc l'idée d'une rénovation du bâtiment dont le coût se monterait à florins, et encourage la construction d'un nouveau bâtiment.
Construction de la nouvelle synagogue En 1885, après l'élection d'un nouveau conseil de la communauté, Russo suggère que le bâtiment de la synagogue, qui n'a que 17 ans, soit complètement démoli et qu'un nouveau bâtiment, mieux étudié et planifié, soit construit. Le , l'ensemble du conseil donne son approbation pour la démolition et la reconstruction, le commence la démolition et le se déroule la cérémonie de la pose de la première pierre: Adolf von Zemlinszky; 1888; pages: 11 et suivantes.
L'architecte Hugo von Wiedenfeld dessine les plans de la nouvelle synagogue de la Zirkusgasse, dans le style oriental-mauresque, en s'inspirant de l'Alhambra de Grenade et de ses minces colonnes et ornements variés. La communauté séfarade de Vienne attache une grande importance à la démonstration de son attachement au sultan turc.
Lors de l'inauguration solennelle de la synagogue le , en plus des représentants de haut rang des autorités viennoises et des dignitaires d'autres confessions, d'une légation roumaine et de l'ensemble de la communauté séfarade, sont également présents des représentants de l'ambassade de Turquie. Ensemble, ils célèbrent l'introduction des rouleaux de la Torah dans l'Arche Sainte et l'allumage de la lampe éternelle. Ensemble, ils chantent l'hymne national autrichien et l'hymne du sultan spécialement composé par le Professeur Sulzer.
La construction de Wiedenfeld attire l'attention et l'admiration par sa richesse et sa conception élaborée. Une chronique d'art d' évoque même un petit chef-d'œuvre créé par Wiedenfeld: Publication périodique: Kunstchronik; supplémént art visuel; Leipzig; 1885-1918. La nouvelle synagogue sépharade de Vienne va servir également de modèle pour la nouvelle synagogue principale de Sofia, construite entre 1905 et 1910. Abraham Levi, un des responsables de la communauté séfarade de Sofia à l'époque, écrira dans ses mémoires qu'il a chargé l'architecte de construire une synagogue comme celle de Vienne. Le résultat est pourtant très différent de la synagogue de la Zirkusgasse: toutes deux possèdent une salle principale octogonale surmontée d'une galerie et un porche à l'ouest, mais les murs et les colonnes de celle de Sofia sont beaucoup plus solides et massifs qu'à Vienne.
Plans de l'architecte Hugo von Wiedenfeld, approuvés par la municipalité le
thumb|200px|right|L'entrée principale de la synagogue
Description de la synagogue La synagogue située 22 Zirkusgasse est entourée de bâtiments qui depuis 1860 sont la propriété de la communauté turco-israélite de Vienne. Le parvis est séparé de la rue par un portail en pierre en trois parties dont la section centrale est surmontée d'une balustrade avec de chaque côté de petites tourelles ressemblant à des minarets entourées de colonnes spiralées. Au milieu du portail se trouvent les deux grandes portes principales, et dans chacune des parties latérales du portail une porte plus petite donnant sur la cour.
Les côtés latéraux du parvis, de dimensions différentes, sont formés de quatre pans de mur au nord et de six au sud, encadrés par des colonnes élancées avec au-dessus un fin entablement, sur lesquels sont fixés des panneaux concernant la construction de la synagogue, protégés par des demi-arcades circonférentielles.