L'histoire de l'islam en Italie décrit la relation qu'a eu l'islam avec les territoires historiques qui aujourd'hui appartiennent à l'actuel État Italien et qui ont été en contact avec l'islam. La Sicile byzantine est le premier territoire à subir une razzia par les Sarrasins en 652. La Sardaigne est envahie et occupée une première fois de 710 à 778, la Sicile devient un émirat de 831 à 1091, la Calabre est soumise de 839 à 898, Rome est pillée en 846, la Longobardie byzantine devient un émirat de 847 à 871 et enfin, les Alpes du Piémont (Italie du Nord) seront pillés entre le et le .
Si au début les nations chrétiennes en lutte entre elles firent appel aux musulmans, facilitant leur invasion, par la suite les différents émirs musulmans se disputèrent entre eux et appelèrent en 1061 les Normands qui en profitèrent pour libérer la Sicile et Malte en 1091. De 1220 à 1300, une colonie musulmane fut établie à Luceria. Cependant les razzias et les tentatives d'invasions par les barbaresques musulmans ne se termineront qu'en 1830 avec la prise française d'Alger.
L'islam sera totalement absent de l'Italie jusqu'en 1970 où les premiers immigrants en provenance de Somalie s'y installent, suivis par les Marocains, Égyptiens et Tunisiens. En 2005, le concile pour l'Islam italien est fondé par le ministre italien de l'intérieur.
Moyen Âge
Premiers raids (652–827) thumb|gauche|Expansion du califat sous les califes rachidoune thumb|gauche|Recul de l'Empire byzantin en Méditerranée
Après avoir créé l'Islam en 610, le prophète Mahomet et ses sahabas (compagnons), émigrèrent (Hégire) de la ville de La Mecque en 622 puis commencèrent l'expansion de l'islam en conquérant l'Arabie (623 – 632). Le Califat des Rachidoune poursuit son expansion en conquérant le Machrek (634 – 638), l'Égypte (639 – 643), puis le Maghreb dès 647 : après avoir conquis la Tripolitaine (Libye), l'armée musulmane des califes rachidoune dirigée par Abd Allâh ibn Saad pénètre en Byzacène (Tunisie) et vainc les troupes de l'exarchat de Carthage à Sufétula. La plupart du sud de la Byzacène échappe alors au contrôle de l'exarchat de CarthageDiehl (1896), ..
Le premier contact avéré avec le monde musulman et la Sicile, alors partie intégrante de l'Empire byzantin a lieu en 652 lorsque les navires arabes du califat des Rachidoune attaquent l'île.
En provenance de Syrie et dirigés par Mu'àuia ibn-Hodeig (Mu`āwiyah ibn Hudayj) de la tribu Kinda, les Arabes s'installent plusieurs années. Olympius, l'exarque byzantin de Ravenne, tente de les chasser mais échoue. Après avoir amassé les richesses voulues, les Arabes retournent en Syrie.
La Sicile est victime d'attaques et de pillages tout au long de la première moitié du .
Dès 654, la Crète subit un premier raid et devient la cible d'attaques arabes du califat omeyyade. Mais étant trop éloignée des bases navales arabes du Proche-Orient pour qu'une expédition efficace pût être lancée contre elle, la Crète subit au départ seulement quelques razzias.
Une seconde expédition sur la Sicile est menée en 669. Cette fois-ci, une puissante flotte constituée de deux cents navires quitte Alexandrie pour attaquer l'île. Après le pillage de Syracuse, les Arabes retournent en Égypte.
En 698, la ville de Carthage est prise par les musulmans.
L'île italienne de Pantelleria qui se situe entre la pointe sud-ouest de la Sicile et le nord de l'Afrique est conquise par les Arabes en 700. thumb|gauche|Les États méditerranéens vers 650. thumb|Italie byzantine et lombarde, - s.
Avec la conquête de l'Afrique du Nord par les Omeyyades, les attaques arabes sur la Sicile recommencent en 703. À partir de 704 Colonna de Cesari Rocca in Histoire de Corse - Ancienne Librairie Furne - Boivin & Cie, Éditeurs Paris 1916 - , les Sarrasins effectuent leurs premiers raids contre la Corse, qui dureront plus de cinq siècles.
Le Pietro Martini, Storia delle invasioni degli Arabi e delle piraterie dei barbeschi in Sardegna, ., la Sardaigne byzantine est à son tour attaquée par les Sarrasins du califat omeyyade. Les attaques sur la Sardaigne bien que moins importantes qu'en Sicile coupent les liens de cette première avec l'Empire byzantin et marquent de facto l’indépendance de l'île au profit des Omeyyades. Mais après de domination arabe, une révolte populaire les en chasse en 778Auguste Boullier, L’Île de Sardaigne, ..
En , le calife Yazīd II promulgue un décret contre les images, applicable aux chrétiens qui vivaient sous son autorité.
En 730, influencé par les musulmans avec qui les byzantins sont en conflit militaire, l’empereur byzantin Léon III l’Isaurien ordonne la destruction et l’usage d’icônes du Christ, de la Vierge Marie et des saints que l'Église romaine conteste : c'est la controverse iconoclaste.
Les attaques omeyyades sur la Sicile recommencent en 728 (avec la participation du prince musulman Habib), 729, 730 et 731. Les razzias sur la Sicile de 733 et 734 sont cependant mieux contenus par les Byzantins. Au , l'archipel de Malte est la base d'une importante flotte de guerre byzantine, qui lui permet de mieux résister aux premières razzias arabes.
La première vraie entreprise de conquête de la Sicile ne se limitant pas au pillage a lieu en 740, le prince musulman Habib réussit à prendre Syracuse. Bien qu'ayant la possibilité de conquérir toute l'île, les Arabes sont contraints de retourner en Ifriqiya (Tunisie), appelés par une révolte berbère. Une seconde attaque est menée en 752 dans l'unique but de piller la même ville.
En 754, lors du concile de Hiéreia de l'Église de Constantinople valide l'interdiction des icônes. Autour de 756, si politiquement, les îles maltaises restent byzantines, la controverse iconoclaste les fait passer religieusement de l'Église de Constantinople à l'Église de Rome.
À partir du , la Calabre byzantine commence à subir les incessants raids de pirates sarrasins.
En 805, les Byzantins signent une trêve de dix ans avec Ibrahim I ibn Al-Aghlab, émir d'Ifriqiya de la dynastie royale des Aghlabides, alors vassaux des Abbassides. Mais cela n'empêche pas d'autres musulmans provenant d'autres régions hors d'Afrique et d'Espagne d'attaquer la Sardaigne et la Corse de 806 à 821.
En 812, le fils d'Ibrahim, Abd'Allah I lance une flotte pour conquérir la Sicile mais les navires sont emportés lors d'une tempête non sans avoir conquis les îles de Lampedusa, de Ponza et d'Ischia en mer Tyrrhénienne. La cité de Reggio de Calabre est pour la première fois razziée par des Sarrasins.
Un autre accord entre les Byzantins et l'émir d'Afrique du Nord ouvre le commerce entre l'Italie du Sud et l'Ifriqiya.
Après quelques attaques en 819 par Mohammed ibn-Adballad, cousin de l'émir Ziyadat Allah I, la situation se stabilisa jusqu'en 827.
En 821, les Sarrasins tentent sans succès de reconquérir la Sardaigne.
En 824 (ou 827 - 828), la Crète est conquise par des musulmans andalous exilés par l'émir Al Hakam , qui y fondent l'Émirat de Crète.
Sicile à l'époque Aghlabide (827 – 909)
Euphemius et Asad (827 – 828)
La conquête musulmane de la Sicile et du sud de l’Italie prendra . Selon certaines sources, la conquête est aidée par Euphemius, un commandant (tourmarque) byzantin de la flotte de Sicile, qui craignait la punition de l’empereur Michel II à cause de ses différentes frasques sexuelles. Après s’être déclaré empereur, Euphemius tente de prendre le pouvoir mais échoue et est contraint de fuir en Afrique à la cour de Ziyadat’Allah qui s’accorde à conquérir la Sicile et de la donner à Euphemius en échange d’un tribut annuel.
C’est au qadi Assad ibn al-Furat un homme âgé de que revient le commandement de la conquête de la Sicile byzantine Rosamond McKitterick, The New Cambridge Medieval History: c.500-c.700, éd. Cambridge University Press, Cambridge, 1995, . par la dynastie royale des Aghlabides. Les musulmans qui comptent une infanterie de , et 100 navires sont aidés par les bateaux d’Euphemius.
L'armée musulmane du général Assad ibn al-Furat débarque en Sicile à Mazara et après leur passage à Mazara, ils sont renforcés par des chevaliers.
L'armée byzantine du stratège Balata et l'armée musulmane s'affrontent dans une plaine au sud-est de Mazara
Le , les Arabes sortent victorieux de leur première bataille contre les troupes byzantines.
Vaincu, Balata se replie d'abord à Enna puis sur l'Italie continentale, en Calabre, où il meurt sur place peu après son arrivée. La cité de Mazara est la première implantation permanente musulmane en Sicile.
Le général Assad, par la suite conquiert les côtes sud de l’île de Sicile et assiège Syracuse. Après un an de siège et une tentative de mutinerie, ses troupes sont capables de vaincre une grande armée envoyée de Palerme et soutenue par une flotte vénitienne menée par le doge Giustiniano Participazio. Toutefois les musulmans retranchés dans le château de Mineo sont frappés par une épidémie de peste qui tue énormément de soldats dont Assad lui-même. Plus tard, les Arabes retentent une offensive mais ne parviennent à conquérir Castrogiovanni (aujourd’hui Enna), Euphemius y succombe d’ailleurs.
En 830, les troupes présentes sur l’île reçoivent l’aide de africains et espagnols. Les musulmans espagnols triomphent du commandant byzantin Theodotus en juillet et août de cette même année, mais de nouveau la peste les contraint à retourner à Mazara del Vallo puis en Afrique.
Par contre les soldats berbères qui assiègent Palerme parviennent à prendre la ville en septembre 831 après un long siège. Palerme est baptisée Al-Madinah et devient la capitale de la Sicile musulmane et Abu Iqal ibn al-Aghlab devient le premier émir de Sicile.
Abou Fihr Muhammad ibn Abd-Allah (832) En février 832, Ziyadat'Allah envoie son cousin, Abou Fihr Muhammad ibn Abd-Allah, en Sicile et le nomme wali (gouverneur) de l'île. Les Byzantins sont de nouveau vaincus en 834, et l'année suivante les troupes d'Abou Fihr Muhammad atteignent Taormine, toutefois malgré quelques victoires arabes, les Byzantins tenant les places fortes résistent. De nouvelles troupes arrivent sur l'île envoyées par l'émir Al-Aghlab Abu Affan et occupent San Biagio Platani, Caltabellotta, Corleone et Marineo et Geraci octroyant aux musulmans le contrôle total de la partie ouest de l'île.
Campanie (836 – 837) Durant le , les navires arabes dominent la mer Tyrrhénienne. Leurs pirates rôdent le long des côtes italiennes lançant des attaques contre les villes d’Amalfi, de Gaète, de Naples ou de Salerne. Durant cette période où les cités doivent assurer leur propre défense, les duchés de Gaeta et d'Amalfi gagnent leur indépendance vis-à-vis du duché de Naples. Au grand dam de la papauté, Amalfi et Gaeta s'allient aux Napolitains contre Sicard de Bénévent en 836-838. Assiégé par les troupes Bénéventines de Sicard, le duc de Naples, André II, vassal de Byzance, appel en premier les troupes arabes de l'émir de Sicile, Abu Iqal ibn al-Aghlab qui y répond. Les navires d'Abu Iqal aident André II de Naples, leur allié et débarquent en Campanie (Italie continentale) et dans le sud du pays et louent leurs services comme mercenaires dans sa guerre contre Sicard.
Les Arabes venant de Sicile contournent Otrante, débarquent à Brindisi situé sur la côte italienne de l'Adriatique et mettent à sac la ville. C'est la première fois que les lombards se heurtent aux musulmans de Sicile.
Le prince Sicard accourt pour les en chasser mais sa cavalerie, tombant dans un piège tendu par les envahisseurs arabes, périt en nombre pendant que le prince réussit à s'échapper à grand peineJules Gay, L'Italie méridionale et l'Empire byzantin, Paris, 1904, 50.