Les Attalides sont une dynastie de l'époque hellénistique qui règne sur la cité de Pergame, située en Éolide, et contrôle une partie de l'Anatolie occidentale. Après la mort de Lysimaque en , Philétaire (dont le père Attale a donné son nom à la dynastie) pose les bases de la dynastie qui règne sur le royaume de Pergame jusqu'en La proclamation royale est faite par après une grande victoire remportée contre les Galates en 236. Une première phase de conquête permet l'expansion du royaume attalide mais les campagnes d' réduisent un temps son aire d'influence. Adversaires résolus des Séleucides et des Antigonides, les Attalides sont les fidèles alliés de Rome durant les guerres de Macédoine et la guerre antiochique auxquelles ils participent activement. Le royaume finit par être légué à Rome en

Sous les Attalides, Pergame devient une cité florissante et un grand centre culturel, notamment grâce à sa bibliothèque. Ses vestiges sont parmi les mieux conservés de l'époque hellénistique.

Une dynastie hellénistique

De Lysimaque à Philétaire

Après la mort d'Alexandre le Grand en , ses généraux se partagent son immense empire par les accords de Babylone. Lysimaque hérite de la Thrace et après la bataille d'Ipsos (301) il ajoute la majeure partie de l'Anatolie occidentale à ses possessions, englobant la cité de Pergame dont il confie la garde de la citadelle et de son considérable trésor de talents à Philétaire, sous le titre de « pzophylax » ou « préposé au trésor ». Après l'exécution par Lysimaque de son fils Agathocle, Séleucos entre en guerre contre Lysimaque. Philétaire choisit alors de passer à son service et de lui offrir ses troupes et son trésor. Lysimaque est finalement battu et tué lors de la bataille de Couroupédion en 281. Séleucos s'empare des possessions asiatiques de Lysimaque et laisse Philétaire en place à Pergame.

Du temps de Lysimaque, Pergame est déjà une cité très riche. De nombreux produits d'exportation sont produits à Pergame, comme le vin, l'huile, les céréales ; la cité possède également des chevaux, des porcs, des moutons et des produits laitiers en abondance. Une pierre locale de couleur bleu-gris, l'andésite, est très recherchée car elle constitue un excellent matériau de construction. La cité possède aussi de l'argile, nécessaire à la production de céramique, et du bois en quantité destiné aux chantiers navals. L'industrie lainière est prospère. Pergame compte également de nombreuses mines d'or, d'argent et de plomb. Enfin, Pergame développe un commerce du parchemin florissant (le nom même dérive du nom de la ville).

La cité de Pergame est située en Éolide, dans l'ancienne Mysie au nord-ouest de l'Anatolie. Elle dispose d'un bon accès maritime : Lesbos se trouve non loin à l'ouest et le golfe d'Adramytteion au nord.

Affirmation des Attalides vignette|redresse=1.5|Le monde égéen vers (avec le royaume attalide en vert).

Profitant des guerres entre les Épigones (les descendants des Diadoques), Philétaire entreprend de faire de Pergame une cité autonome. Il repousse par ailleurs les attaques des Galates. Il fait frapper des monnaies mais laisse le visage de Séleucos et ne s'octroie pas le titre de basileus (roi). Evergète comparable aux plus grands rois hellénistiques, il dote la cité d'un temple sur l'acropole dédié à Athéna, un premier palais, et un second temple en faveur de Déméter. Il se montre également généreux envers les autres cités grecques, notamment envers les sanctuaires de Delphes, Délos et Thespies auxquelles il fait des dons, et des cités d'Anatolie comme Cyzique ou Cymé. Philétaire se pose ainsi en protecteur des arts et accueille de nombreux artistes grecs à Pergame. De nature plutôt autonome, Pergame n'entretient pas, sous Philétaire, de relations étroites avec des cités grecques particulières.

À la mort de Philétaire en 263, n'ayant jamais été marié et sans héritier,son neveu et fils adoptif lui succède. Peu de temps après sa prise de pouvoir, entre en guerre contre . Le roi séleucide est battu en 262 près de Sardes, permettant au pouvoir attalide de se consolider. Il fait remplacer l'effigie de Séleucos par celui de Philétaire sur les monnaies ; mais il ne prend toujours pas le titre de basileus. Mais il perd les territoires acquis au détriment des Séleucides à la suite d'un conflit contre entre 246 et 241.

Comme son prédécesseur Philétaire, n'a pas eu d'épouse ni d'enfant ; c'est donc son cousin germain et fils adoptif qui lui succède.

Expansion du royaume attalide au

et la proclamation royale

succède à en comme dynaste de la cité de Pergame. Il doit lutter contre les ambitions en Anatolie d'Antiochos Hiérax, le frère et rival de . Antiochos Hiérax paie les Galates pour les entraîner contre Pergame vers Mais Attale remporte une grande victoire et en profite pour prendre le titre royal en 236, , 41, 7.. Il prend également le titre de Sôter (« Sauveur »), se posant en champion des Grecs. Dans les années 229-227, Attale défait Antiochos Hiérax à trois reprises : en Phrygie, en Lydie et en Carie. Néanmoins les conquêtes territoriales dans l'ouest de l'Anatolie (Ionie, Eolide, Phrygie hellespontique) permises par les victoires sur les Galates et aussi par la crise du pouvoir séleucide sont mises à mal par les opérations menées par , un général séleucide. Ce dernier aide d'abord à reprendre les provinces dont le roi de Pergame s'est emparé puis il en prend le contrôle après avoir usurpé le titre royal. Vers 222, le royaume attalide ne dépasse pas la moyenne vallée du Caïque. En 218, Attale parvient à reprendre aux dépens d'Achaïos une partie des territoires perdus avec l'aide de mercenaires gaulois

Attale essaye ensuite de développer son influence dans l’Égée et en Grèce en s'alliant à la Ligue étolienne, mais ne réussit qu'à s'attirer l'hostilité de la Macédoine (218-205). Pergame court alors le risque d'être à la fois l'ennemi des Antigonides et des Séleucides. fait alors appel à Rome, l'aidant dans ses projets d'intervention en Asie contre . Pergame signe un traité d'amitié avec Rome en 209 avant de prendre part aux guerres de Macédoine contre . dirige les opérations navales et remporte la cité d'Egine durant la première guerre macédonienne et Andros au cours de la deuxième. En 198, le royaume de Pergame est attaqué par

meurt en 197, peu de temps avant la fin de la deuxième guerre macédonienne. C'est , l'aîné de ses quatre fils, probablement déjà associé au trône, qui lui succède.

face aux Séleucides vignette|redresse=1.5|Le royaume attalide à son apogée après la paix d'Apamée.

, qui succède à son père en , décide de poursuivre la politique visant à préserver une bonne entente avec Rome dans le but de se protéger de la menace séleucide, alors que le royaume a perdu une grande partie de son territoire aux dépens d'. Il porte une grande responsabilité dans la déclaration de la guerre de Rome contre les Séleucides. , fils d' fait en vain le siège devant Pergame, tandis que la flotte pergamienne participe aux opérations navales avec la flotte romaine. participe activement à la victoire des Romains face aux Séleucides à Magnésie en 190. Le royaume attalide est bien récompensé par le traité d'Apamée puisqu'il est augmenté de la plupart des possessions séleucides au nord du Taurus, faisant de lui la principale puissance d'Anatolie Occidentale. Le royaume s'étend alors de la Lydie à la Pamphylie et à la Phrygie .

Tout le règne d' s'attache à conserver cette position privilégiée qu'il entretient avec Rome. Le pouvoir attalide, qui a hérité d'une grande partie des anciens territoires séleucides d'Anatolie Occidentale, maintient en place les structures administratives précédentes. Grâce à des textes administratifs, il est prouvé que les Attalides ont établi un maillage serré de districts administratifs placés sous l'autorité de stratèges. Si l'existence d'un culte royal d'État n'est pas attestée, il existe cependant un culte royal propre à la cité de Pergame.

Mais la disparition de la menace séleucide n'est pas la fin des problèmes pour les Attalides : doit faire face aux attaques de en Phrygie hellespontique entre 186 et 183 et surtout, entre 182 et 179, il dut lutter contre l'expansionnisme de Pharnace du Pont que Pergame a su finalement rallier. Enfin entre 168 et 166 les tribus galates, placées sous la domination attalide, se révoltent et doit réunir une armée importante. Il rétablit son autorité dans la partie orientale de son royaume mais se sent trahi par le Sénat romain lorsque ce dernier affirme l'autonomie des Galates en 166. Pergame endosse alors l'image de défenseur des valeurs de l'hellénisme aux yeux des Grecs.

Règne d'

À la mort d', dont le fils est encore en bas âge, son frère lui succède après une période de corégence. Dans les premières années de son règne, il soutient l'accession au pouvoir en Cappadoce d' au détriment de son frère Orophernès, dont puis ont épousé la sœur, . Il reconnait ensuite comme souverain légitime du royaume séleucide Alexandre Balas, fils supposé d'. Comme son prédécesseur, il doit lutter de 156 à contre le roi de Bithynie qui entend probablement étendre son territoire. Le déclenchement de la guerre est mal connu : obtient le soutien d' et de , mais le royaume attalide est envahi et Pergame assiégée. Le Sénat romain finit par intervenir face à cette menace portant sur l'équilibre des forces en Anatolie : pourtant alliés aux Romains, les Bithyniens doivent livrer une partie de flotte et payer de lourdes indemnités. Il doit aussi faire face aux tentatives des Pisidiens vers 150-145 et à des rébellions des tribus galates. Puis, il prend le parti de , écarté de la succession au trône de Bithynie par son père qui finit par être assassiné en 149. En 149-148, il prête main-forte aux Romains contre la rébellion d'Andriscos. En 145, il mène une dernière campagne contre des tribus thraces et annexe une partie de la Thrace. Il meurt en 138, à l'âge de ; son neveu , fils d', lui succède.

S'inscrivant dans la continuité de l'action politique de son prédécesseur, a su maintenir des relations privilégiées avec Rome. Il a également développé une action évergétique afin de doter la cité de Pergame de structures politiques et artistiques admirées dans tout le monde grec. Sous son règne, l'influence de Pergame en Anatolie a atteint son maximum.

Legs du royaume à Rome Après la mort d', son neveu Philométor devient roi de Pergame. Très peu de choses sont connues à propos de son court règne. Après sa mort prématurée survenue en 133, son testament stipule que le royaume de Pergame (sans le territoire civique de la cité) doit être légué au « Peuple romain ». Rome accepte ce legs en 132, signant la fin de la dynastie attalide. La véritable raison qui a poussé à rédiger ce testament est inconnue, mais il est possible qu'il cherche à prémunir le royaume contre les ambitions d', fils illégitime d', à faire face à une agitation sociale et à officialiser une vassalité envers Rome. La réputation d' dans les sources antiques témoigne d'une « légende noire », surtout si on la compare avec ses cinq prédécesseurs. Il est possible que les Grecs ne lui pardonnent pas le legs de son royaume à Rome et que les Romains le voient comme étant à l'origine de l'« orientalisation » des mœurs romaines.

Après la divulgation du testament, , d'abord connu sous le nom d'Aristonicos, a pour ambition de s'emparer d'un royaume qu'il perçoit comme son héritage légitime. Après avoir remporté plusieurs victoires contre des cités, il commence à légitimer ses ambitions. Le consul Licinius Crassus, à qui l'Asie a été confiée, est vaincu et tué ; mais son successeur, le consul Perpenna, défait et capture et fait transférer à Rome les trésors de Pergame, héritage revenant de droit au Peuple romain. Cet acte ultime marque la fin de la dynastie attalide. En , l'ancien royaume de Pergame forme la province romaine d'Asie.

Nature du pouvoir politique