La catastrophe du Bois du Cazier ou catastrophe de Marcinelle est la plus importante catastrophe minière survenue en Belgique au charbonnage du Bois du Cazier à Marcinelle (Charleroi), le . Elle causa la mort de . Couvert par la presse internationale pendant de nombreuses semaines, ce drame fut à l'origine d'une prise de conscience de la condition des mineurs dans cette industrie.

Le site, classé patrimoine mondial par l'UNESCO en 2012, comporte aujourd'hui un Espace 8 août 1956, un mémorial qui rend hommage aux .

Déroulement gauche|vignette|redresse=0.9|Répartition des aux différents niveaux du Bois du Cazier, le matin du . Le matin du , mineurs et un sous-traitant prennent place dans les deux cages composées chacune de huit logettes où peuvent s'accroupir. Après , les sont répartis aux différents niveaux : le pompiste est déposé au , c'est-à-dire à , aux , et et le gros du contingent, sont descendus à . Enfin, descendent jusqu'à .

Le Bois du Cazier comporte deux puits, surmontés de châssis à molette, distants de et communiquant, l'un permet l'admission de l'air et l'autre son évacuation. Ils descendent à . Un troisième puits est en constructionIl s'agit du puits Foraky, du nom de l'entreprise qui en assure le fonçage, il est situé à du puits d'extraction, il descend jusqu'à . Ils sont équipés d'un guidonnage en bois cerclé d'acier qui permet d'y faire descendre et remonter les cages et, lorsqu'ils sont à pied d'œuvre au fond, d'y charger les wagonnets. Sur les flancs des puits courent également les conduites d'eau, d'électricité (réseau: ; transformateurs )Ministère des Affaires économiques, Rapport de la commission d’enquête chargée de rechercher les causes de la catastrophe du Bois-de Cazier le 8 août 1956, Robert Louis impr., Bruxelles, juin 1957, Annexe 5.2, 5.2.2: Caractéristiques du réseau électrique du charbonnage du Bois du Cazier, pp. 187 et sq., d'huile hydraulique sous pression () et des câbles téléphoniques. Pour le déplacement des cages, la communication avec la surface se fait au moyen de cordons de sonnette utilisés selon un code : quatre coups signalent, par exemple, que la cage est prête à être remontée. Les hommes arrivés à leur niveau se rendent ensuite à leur poste de travail, parfois distant de deux kilomètres. Les galeries au Bois du Cazier s'étendent en effet sur une surface de imposant parfois un trajet de pour que les mineurs atteignent la taille.. À chaque niveau, autour de chaque puits, se trouve un « envoyage » où arrivent les wagonnets chargés. L’encageur les réceptionne et, lorsqu'il en a le signal, peut commencer à les pousser dans la cage, qui est descendue étage par étage pour permettre l'encagement des huit logettes, un wagonnet rempli chassant un vide de l'autre côté de l’« envoyage ».

La catastrophe thumb|1 Soubassement de la machine d'extraction du puits I. 2 Molette « au repos ». Au sol on apprécie mieux leurs impressionnantes dimensions. 2bis Molettes à leur vraie place. 3 Châssis à molette du puits I, le puits accidenté. 4 Châssis à molette du puits II. 5 Cheminée d'évacuation de l'air aspiré dans le charbonnage. 6 Local technique (ventilation, compresseurs, cabine électrique). 7 À cet endroit se situait, approximativement, le puits III, le puits "Foraky" du nom de la firme qui le creusait. Le matin du , Oscar Mauroy, est le « tireur de surface »Encore appelé taqueur - () et Henri Antignac est le machiniste. Le tireur de surface est en contact avec les différents niveaux avec lesquels il communique via le téléphone et des coups de sonnette. Le tireur de surface communique également mais de vive voix via un tuyau acoustique avec le machiniste pour effectuer les opérations demandées. Ce matin-là, peu avant , Oscar Mauroy est informé que trois hommes de l'équipe de nuit ont été retardés et qu'ils doivent être récupérés au . Oscar Mauroy informe le qu'ils doivent laisser la dernière logette vide pour récupérer les trois hommes. Les grilles de sécurité sont replacées sur la dernière logette pour accueillir les trois hommes. Par ailleurs, l'envoyeur du , Alphonse Caillart, a besoin de deux translations pour évacuer des wagonnets de charbon. Les hommes de nuit sont remontés en surface. Oscar Mauroy informe Gaston Vausort, l'adjoint de l'envoyeur, Antonio Ianetta, , des deux translations durant lesquelles ils devront laisser les cages libres. Celui-ci lui répond que cela ne pose pas de problème puisque, ne disposant plus de wagonnet plein, il doit se rendre au Long plan pour en rassembler. Vausort informe Mauroy qu'il le rappellera lorsqu'il pourra procéder à l'extraction. Oscar Mauroy cesse de se préoccuper, dès cet instant, du et travaille avec le . Au , Antonio Ianetta s'est éloigné de l'envoyage pour déplacer une berline de boisUne berotte qui gênait la circulation des wagonnets pleins. À son retour, il n'y a pas de cage à l'envoyage mais une cage vient rapidement se poser sur le berceau mobile de la balance hydraulique. Selon sa déposition, il demande alors à Gaston Vausort s'il peut commencer à charger les wagonnets et, ayant reçu une réponse affirmative, il actionne la balance hydraulique pour régler finement l'affleurement du premier palier et commence à engager le premier wagonnet. Le témoignage d'Oscar Mauroy diverge sur ce point puisqu'il explique qu'au retour de Ianetta, Vausort n'était pas à l'envoyage mais parti au Long plan et que par conséquent, il n'a pas pu communiquer l'information relative aux deux translations pour . Cette question ne fut jamais tranchée puisque Gaston Vausort va trouver la mort dans l'accidentIl sera retrouvé asphyxié à cinquante mètres de l'envoyage du 975 où il officiait (in Philippe Tomsin, « Le fonctionnement de la commission d’enquête sur la catastrophe du charbonnage du Bois de Cazier (Marcinelle, 8 août 1956). Entretien avec le professeur Stassen », Revue du Nord, mars 2012, ).

Quoi qu'il en soit, Antonio Ianetta engage un premier wagonnet dans la cage. L'encagement ne se déroule pas correctement puisque le wagonnet chargé ne parvient pas à chasser le vide en raison d'un blocage d'un des arrêtoirs cales de sécurité appelées arrêtoirs lolos. Antonio Ianetta fait le tour de l'envoyage pour dégager le wagonnet vide, convaincu du fait que la surface attend son signal pour rappeler la cage. Soudain, la cage est rappelée. Le wagonnet vide qui dépassait de percute une poutre métallique, la descelle et l’entraîne dans le puits avant que la cage ne se bloque. Antonio Ianetta constate alors un afflux de flammes et s'enfuit vers l'autre puits tandis que Vausort s'échappe par une autre voie. Il prévient deux mineursIl s'agit de Dykierek et de Quinet. qui se trouvent là de remonter en surface parce qu'il y a un incendie, il est environ . La cage descend à avant de remonter en surface . Le surveillant de surface, Jules Gilson, prévient aussitôt l'ingénieur Adolphe Calicis, directeur des travaux. Il l'interrompt tandis qu'il est en train de planifier une visite d'inspection avec l'ingénieur du corps des mines, Philippe Dassargues, il l'informe qu'il y a un « cassage de fosse ».

La cage emmenant Antonio Iannetta et les deux ajusteurs arrive en surface . Antonio Ianetta, dès qu’il arrive en surface rencontre l'ingénieur Adolphe Calicis, l'informant qu'il y a un incendie à l'envoyage du 975.

Sept hommes piégés aux attendent qu'une cage arrive. Lorsque, après ce qui paraît une éternité, elle arrive, ils règlent à tâtons son niveau et y prennent place. Il s'agit de Philippe Detobel, bouveleur, René Albert, Robert Barbieux, Carlo Fontaine, Onorato Pasquarelli (le soigneur de chevaux), Attilio Zannin et Marceau Caillard (le fils de l'envoyeur du 765). Ce dernier, contre l'avis de ses camarades, ressort de la cage pour donner à nouveau le signal de départ, mais à peine sorti, la cage est rappelée, scellant ainsi son destin. La cage arrive en surface vers . Jean Stromme, l'ingénieur hollandais chargé de l'approfondissement du puits d'extraction est le homme à être descendu dans la mine ce jour-là. Il prend la cage descendante pour rejoindre ses hommes. Tandis que les rescapés atteignent la surface, lui atteint le fond de la mine, dont il ne reviendra pas.

Le sauvetage vignette|gauche|redresse=1.1|Trois sauveteurs équipés de Drägers, le . À , Pierre Votquenne, ingénieur des mines, accompagné du conducteur de nuit, Gustave Matton, souhaite descendre pour se rendre compte de la situation mais il faut attendre que la pression de l'air comprimé soit rétablie pour libérer les freins de la cage. C'est chose faite à , les hommes descendent dans le puits mais, sans équipement respiratoire, ils doivent remonter une fois atteints en raison des fumées. Par chance, Gustave Matton parvient à saisir au vol un cordon de sonnette pour que la cage soit rappelée. Ils tentent à nouveau une descente vers munis, cette fois, de dispositifs respiratoires en circuit fermé Dräger. Votquenne, Matton et l'un des deux sauveteurs dépêchés par la Centrale de sauvetage de Marcinelle parviennent à atteindre , mais étant montés dans la précipitation dans le sixième étage, la cage ne s'arrête pas au niveau du sol. Prisonniers dans le coffrage du puits, les trois hommes entendent cependant des gémissements autour de l'envoyage un peu au-dessous. Mais personne n'est en mesure d'actionner la balance hydraulique, pas plus que de monter dans la logette arrêtée au niveau de l'envoyage. Les cordons de sonnettes ayant été détruits, les hommes dans la cage ne peuvent prévenir la surface de les remonter. Jules Gilson prend sur lui de les faire remonter, ce qui leur sauvera la vie. Lors de la remontée, des appels de cage sont entendus provenant des niveaux et . On y présente la cage mais personne ne demande plus son arrêt pour y prendre place.

En surface, dès , Adolphe Calicis appelle la centrale de secours leur demandant de se tenir prêts ; il les rappelle à pour qu'ils rallient le site du Bois du Cazier distant d'un kilomètre et demi.

À , sous l'action de la chaleur sur les câbles, la cage couchant du puits de retour d'air s'écrase au fond de la mine, suivie par la seconde vers . Dans le puits d'extraction et d'entrée d'air, il ne reste plus qu'une cage en surface, mais étant toujours solidaire de l'autre coincée à , elle est indisponible.

Vers , deux sauveteurs, suspendus dans un cuffat (sorte de cuve métallique servant de nacelle) tentent de descendre par le puits en construction (Puits ForakyDu nom de la société qui en assurait le fonçage. Ce puits était encore appelé puits américain parce qu'il était financé par les deniers du plan Marshall - ()) pour rallier le . Ce puits, en raison des risques liés au grisou avait été isolé des autres conduits. Seul un « trou d'homme » a été aménagé mais il ne permet pas le passage d'hommes équipés d'un Dräger (). Il faudra pour augmenter le diamètre du passage. Arsène Renders, ingénieur chez Foraky, se rend toutefois sans équipement à une dizaine de mètres de l'autre côté, il y trouve seulement le cadavre d'un cheval. À , pour ne pas attiser les flammes, la ventilation des puits est arrêtée. L'ingénieur Calicis tente de remettre en fonction la dernière des cages restée en surface et de la désolidariser de sa jumelle coincée. L'opération qui prend d'ordinaire six heures est effectuée en moitié moins de temps et permet de disposer à nouveau d'un ascenseur.

Les familles informées se pressent près des grilles de la mine, scrutant le moindre mouvement des molettes surplombant les puits et signalant des remontées. L'épaisse fumée noire s'échappant des puits est visible à des kilomètres. La gendarmerie demande à la foule de laisser un passage pour les secours et à un peloton de brancardiers de l'armée belge. On organise une infirmerie dans la salle des douches pour accueillir les blessés. Les sœurs de la charité de Marcinelle offrent leurs services et les médecins de la caisse commune des charbonnages sont présents pour accueillir les rescapés.