vignette|John Adams en 1793, par John Trumbull.

John Adams (1735-1826) était un Père fondateur des États-Unis qui fut l'un des plus importants diplomates américains de la fin du . Après avoir joué un rôle majeur durant la guerre d'indépendance, il fut envoyé comme ministre plénipotentiaire auprès du royaume de France et des Provinces-Unies avant de participer à la rédaction du traité de Paris qui mit fin aux hostilités avec la couronne britannique.

Ambassadeur en Grande-Bretagne de 1785 à 1788, il rentra ensuite aux États-Unis. Sous sa présidence, les relations avec la France constituèrent l'axe central de sa politique étrangère. L'indignation américaine provoquée par l'attitude insultante des responsables français lors de l'affaire XYZ, de 1797 à 1798, dégénéra en un conflit naval non déclaré connu sous le nom de « quasi-guerre ». Malgré l'attitude belliqueuse d'une frange du Parti fédéraliste conduite par son rival Alexander Hamilton, Adams refusa d'engager son pays dans une guerre formelle et signa la paix avec la France en 1800.

Guerre d'indépendance américaine : phase initiale

Au printemps 1776, Adams déclara aux membres du second Congrès continental que l'indépendance était nécessaire au développement du commerce et, inversement, que le commerce jouait un rôle essentiel dans la réussite du processus d'indépendance. Il plaida en faveur de la négociation d'un traité commercial avec la France et participa, aux côtés de Benjamin Franklin, John Dickinson, Benjamin Harrison V et Robert Morris, . Tandis que Thomas Jefferson travaillait sur la déclaration d'indépendance des États-Unis, Adams se consacra à la rédaction du Model Treaty ou « traité-type » qui autorisait la conclusion d'un accord commercial avec la France mais qui ne contenait aucune clause relative à une reconnaissance officielle de la jeune nation américaine, ni à une éventuelle assistance militaire.

Au début du mois de , après la victoire remportée par les Britanniques à la bataille de Long Island, l'amiral Richard Howe, nommé commissaire par intérim pour la paix, rencontra Adams, Benjamin Franklin et Edward Rutledge afin d'entamer des pourparlers. Les Américains insistèrent sur le fait que toute négociation impliquait la reconnaissance par les Britanniques de l'indépendance des colonies américaines. Howe répondit qu'il n'avait pas l'autorité nécessaire pour donner suite à cette demande et la guerre continua. En , les troupes américaines capturèrent une armée d'invasion britannique à Saratoga, ce qui incita la France à reconnaître officiellement les États-Unis et à déclarer la guerre à la Grande-Bretagne..

Chargé de mission en France

vignette|Adams se disputa fréquemment avec Benjamin Franklin sur la manière de gérer les relations avec la France.

Le , Adams fut affecté comme chargé de mission en France en remplacement de Silas Deane. L'objectif de ce voyage était de rejoindre Benjamin Franklin et Arthur Lee à Paris pour négocier une alliance avec les Français et les convaincre d'entrer en guerre aux côtés des insurgents. Arrivé en Espagne le , Adams apprit qu'une alliance avait déjà été conclue entre la France et les États-Unis le . Adams fut contrarié par l'attitude des deux autres représentants, Lee, qu'il considérait comme un cynique et un paranoïaque, et Franklin qu'il trouvait irritant, léthargique et excessivement déférent envers les Français. Il n'aimait pas non plus le secrétaire de Franklin, le docteur Edward Bancroft, qui était en réalité un espion britannique. Adams était en outre handicapé par sa méconnaissance du français qui était la langue de la diplomatie internationale à cette époque.

Son rôle fut donc assez discret mais il s'affirma comme l'administrateur en chef de la commission, s'occupant avec rigueur et méthode des ressources financières et de la bonne tenue des dossiers de la délégation. Adams était frustré par le manque d'enthousiasme des Français à l'égard de la cause des insurgents. Au mois de décembre, il écrivit une lettre au ministre des Affaires étrangères français, le comte de Vergennes, pour réclamer le soutien de la flotte française en Amérique du Nord. Franklin adoucit les termes de la lettre mais cette dernière fut ignorée par Vergennes. En , le Congrès étendit les pouvoirs de Franklin en le nommant ministre plénipotentiaire en France tandis que Lee fut envoyé en Espagne. N'ayant reçu pour sa part aucune instruction précise, Adams prit cela comme un affront et il quitta la France le .

En automne de la même année, Adams fut chargé de mener les négociations de paix avec la Grande-Bretagne ainsi que d'élaborer un traité commercial entre les deux pays devant entrer en vigueur après la fin des hostilités. Après la dispersion de la convention constitutionnelle du Massachusetts, lors de laquelle il rédigea la constitution de cet État, il repartit pour l'Europe en novembre à bord de la frégate française Sensible, accompagné de ses fils John Quincy et Charles. En France, en raison des désaccords constants entre Lee et Franklin, Adams trancha la plupart des débats sur le travail de la commission et il se rendit également plus utile en améliorant sa maîtrise du français.

Adams, contrairement à Franklin, ne voyait pas l'alliance franco-américaine d'un très bon œil car il estimait que les Français agissaient uniquement dans leur propre intérêt et ne fournissaient pas une aide suffisante aux colonies américaines révoltées. Pour lui, les Français souhaitaient garder leurs mains « au-dessus de notre menton pour nous empêcher de nous noyer, mais pas pour nous aider à lever la tête hors de l'eau ». Sa franchise le conduisit en définitive à se heurter directement à Vergennes. En , le Congrès vota en faveur de la dévaluation du dollar afin de mettre un frein à l'inflation. Au mois de juin, Vergennes eut une entrevue avec Adams, qui reçut peu après une lettre du ministre dans laquelle celui-ci déplorait l'impact de la dévaluation sur les marchands français et demandait à Adams d'écrire au Congrès pour l'inciter à . Adams lui répondit que cette décision était justifiée et que le commerce français se portait beaucoup mieux que ce qu'en disait Vergennes. Il en profita également pour critiquer le comportement des Français depuis la ratification du traité d'alliance : en effet, selon lui, les troupes du comte de Rochambeau envoyées au secours des colonies rebelles n'avaient encore rien fait et l'Amérique attendait toujours avec impatience les navires de guerre réclamés par les insurgents pour bloquer l'armée britannique dans les ports et faire pièce à la Royal Navy ; il alla même jusqu'à insinuer que le déploiement de la marine française aux Antilles et non sur les côtes américaines avait uniquement pour but de protéger les intérêts français. Adams concluait sa missive en estimant que la France devait s'impliquer davantage dans l'alliance. Vergennes lui rétorqua qu'il ne consentait à traiter qu'avec Franklin, lequel adressa une lettre au Congrès très critique à l'égard d'Adams. Avant même qu'une réponse pût être envoyée, Adams décida de quitter la France.

Ministre plénipotentiaire auprès des Provinces-Unies

À l'été 1780, Adams se rendit aux Provinces-Unies, qui étaient l'une des rares républiques existantes dans le monde à cette époque. Il estimait en effet que les Hollandais seraient susceptibles de soutenir la cause américaine et qu'obtenir un prêt de leur part permettrait non seulement de diminuer la dépendance des États-Unis vis-à-vis de la France mais aussi de faire pression sur la Grande-Bretagne afin de mettre un terme aux hostilités. Adams ne bénéficiait au départ d'aucun statut particulier, mais il fut nommé représentant en juillet et s'installa à Amsterdam au mois d'août. Même s'il était initialement confiant dans ses chances de succès et que la vie à Amsterdam lui était agréable, il dut rapidement déchanter : les Hollandais, par crainte de représailles britanniques, refusèrent de le rencontrer. En effet, lorsque les Provinces-Unies avaient aidé secrètement les États-Unis par le passé, les Britanniques n'avaient pas hésité à s'en prendre aux navires hollandais. À la même période, la nouvelle des défaites américaines à Charleston et Camden et celle de la trahison de Benedict Arnold arrivèrent en Europe, ce qui n'améliora pas la position d'Adams.

Cinq mois s'écoulèrent ainsi sans qu'Adams ne rencontrât un seul représentant néerlandais. Il obtint finalement une audience avec les autorités hollandaises le mais ne put s'assurer définitivement de leur appui. Il parvint en revanche à s'opposer à une tentative de médiation du conflit de la part des pays neutres européens, qui n'avaient pas jugé bon d'informer les États-Unis de leur intention. En , il dut se résigner au départ de ses deux fils et de son secrétaire, Francis Dana, envoyé en ambassade à Saint-Pétersbourg pour convaincre la Russie de reconnaître officiellement la jeune nation américaine. Dana, qui maîtrisait mal le français, fut autorisé par Adams à emmener avec lui son fils John Quincy, qui parlait couramment cette langue. En août, après s'être vu retirer la responsabilité de négocier seul le traité devant mettre fin à la guerre, Adams tomba gravement malade et fit une dépression nerveuse. Au mois de novembre, il fut informé de la victoire décisive remportée par les troupes américaines et françaises sur l'armée britannique à Yorktown. Ce succès avait été rendu possible en grande partie grâce au soutien de la marine française, ce qui confirmait la justesse des vues d'Adams sur la nécessité d'un renforcement de l'appui naval de la France.

La victoire franco-américaine à Yorktown eut un grand retentissement en Europe. En , guéri, Adams se rendit à La Haye pour demander aux États généraux des Provinces-Unies de répondre à ses sollicitations. Constatant la vanité de ses efforts, il porta sa cause devant le peuple, où le sentiment pro-américain était très présent, pour inciter les États généraux à reconnaître les États-Unis. Plusieurs provinces hollandaises prirent acte de l'indépendance américaine et, le , les États généraux rassemblés à La Haye reconnurent officiellement l'indépendance des États-Unis. Dans le même temps, ils confirmèrent à Adams son statut d'ambassadeur. L'historien John E. Ferling relativise toutefois le rôle d'Adams, affirmant que c'est bien davantage la victoire de Yorktown, combinée aux pressions exercées par les Français sur les Hollandais, qui conduisirent ces derniers à reconnaître officiellement la jeune nation américaine. Avec l'appui du chef des patriotes, Joan Derk van der Capellen tot den Pol, Adams négocia le un emprunt de cinq millions de florins auprès de Nicolaas van Staphorst et de Willem Willink. En , il ratifia également avec les Hollandais un traité d'amitié et de commerce. La maison qu'Adams avait achetée lors de son séjour aux Provinces-Unies fut la première ambassade américaine en territoire étranger..

Négociation du traité de Paris

vignette|gauche|Le comte Charles Gravier de Vergennes. Huile sur toile d'Antoine-François Callet, 1781, château de Versailles.