The Keepsake Stories est le nom sous lequel on désigne trois nouvelles de l'auteur écossais Walter Scott, parues à la fin de l'année 1828 dans le livre-cadeau The Keepsake for 1829 : Le Miroir de ma tante Marguerite (My Aunt Margaret's Mirror), conte fantastique ; La Chambre tapissée ou la Dame en sac (The Tapestried Chamber, or, The Lady in the Sacque), histoire de fantôme ; La Mort du Laird's Jock (Death of the Laird's Jock), récit tragique.

Genèse D'abord destinées aux Chroniques de la Canongate

Le , peu après la mort de son épouse, Scott commence à écrire les Chroniques de la Canongate, qui doivent se composer de deux séries d'histoires courtes.

La première série, qui paraît le , comprend deux nouvelles (La Veuve des Highlands et Les Deux Bouviers) et un court roman (La Fille du chirurgien). L'accueil critique est bon. Mais le succès public n'est pas comparable à celui des longs romans de Scott, ce qui remet en cause le projet. L'éditeur refuse deux nouvelles que Scott a écrites pour la deuxième série : Le Miroir de ma tante Marguerite et La Chambre tapissée.

La deuxième série des Chroniques est finalement constituée d'un roman, La Jolie Fille de Perth, qui paraît le .

Publication

Scott décide alors de publier chez un autre éditeur les deux nouvelles refusées. Elles paraissent à la fin de l'année 1828 dans for 1829, un livre richement illustré à offrir à l'occasion des fêtes de Noël. Elles sont accompagnées d'une troisième nouvelle, La Mort du Laird's Jock, écrite spécialement pour The Keepsake.

On trouve également, dans cette édition du Keepsake, un texte de Scott qui n'est pas une fiction, mais une description de son domaine : A Scene at AbbotsfordAbbotsford ou Description du domaine de Walter Scott, dans Le Nain noir, suivi de romans variés et de pièces diverses, sur books.google.fr, dans Œuvres de Walter Scott, Paris, Ménard, 1837, 277..

En 1831, dans l'édition de langue anglaise Magnum OpusL'ensemble des romans et nouvelles de Scott fait l'objet d'une réédition Magnum Opus en , chez , à Édimbourg, de 1829 à 1833. Sylvère Monod, note sur le texte du Talisman, dans Walter Scott, Ivanhoé et autres romans, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 2007, 1594., les trois nouvelles sont groupées avec les Chroniques de la CanongateHenri Suhamy, Sir Walter Scott, Fallois, 1993, 390..

Le Miroir de ma tante Marguerite Contexte éditorial

En 1826, les éditeurs et associés de Scott font faillite, ce qui rend l'écrivain insolvable. Son épouse meurt. Pour payer ses dettes, il s'impose un rythme de travail qui va gravement altérer sa santé « Chronology », sur walterscott.lib.ed.ac.uk, 20 juillet 2012 (consulté le 4 septembre 2018).. Ces terribles épreuves ne doivent pas être étrangères au ton mélancolique de Bothwell, le premier narrateur du Miroir de ma tante Marguerite.

Dates et lieu

L'entretien de Bothwell et de sa tante a lieu en 1826Walter Scott, Le Nain noir, suivi de Le Miroir de ma tante Marguerite, trad. Albert Montémont, Bruxelles, Sambrée, 1916, 220.. L'époque où se déroule l'histoire du miroir est floue. Tante Marguerite ne sait donner la date du passage en Flandre de sir Philip. Elle dit seulement que c'est au moment des campagnes de MarlboroughWalter Scott, Le Miroir de ma tante Marguerite, , 234 et 235. : on songe à la guerre de Succession d'Espagne (1701-1714). Par ailleurs, un médecin fait allusion au séjour en Italie du prétendant Jacques François StuartWalter Scott, Le Miroir de ma tante Marguerite, , 250, 252., séjour qui débute en 1717.

Lady Bothwell fait partie de la bonne société d'Édimbourg, et Battisto d’Amiotti exerce dans cette ville.

Résumé

vignette|alt=Dessin rehaussé de quelques couleurs à l'aquarelle. Deux femmes effrayées voient des personnages s'agiter dans un grand miroir. Le docteur est jambes nues, drapé dans une toge, près d'un autel sur lequel repose un crâne.|droite|redresse=1|Lady Forester et lady Bothwell voient dans le miroir la cérémonie de mariage perturbée.

Aux alentours de l'ancienne maison familiale, Bothwell éprouve la nostalgie des jeux de son enfance avec ses frères maintenant disparus, sur des prairies qui jadis appartenaient aux siens. Le dernier parent qui lui reste est sa tante Marguerite. Après un long échange sur , la vieille dame raconte à son neveu une histoire qu'elle tient de sa grand-mère, lady Bothwell.

Philip Forester, libertin égoïste, épouse pour son argent Jemima, la sœur de lady Bothwell. Lady Forester aime passionnément son mari, qui la traite . Un jour, il quitte femme et enfants pour s'engager comme volontaire. Il part combattre en Flandre. Il n'envoie aucune nouvelle. Puis on apprend qu'il a disparu, sans que l'on sache s'il a été tué, s'il a été fait prisonnier ou s'il a déserté. Lady Forester est très affectée par l'absence de celui qu'elle se représente toujours comme . Elle décide de consulter le médecin padouan Battisto d’Amiotti. On prétend qu'il peut localiser les absents, et dire à quelle occupation ils se livrent.

Lady Forester se rend chez lui en compagnie de lady Bothwell. D'Amiotti fait entrer les deux femmes dans une pièce dont une paroi est entièrement recouverte d'un miroir éclairé par des torches. Il prévient que la scène qu'elles vont voir ne durera que sept minutes. Bientôt, le grand miroir ne reflète plus seulement les objets qui sont dans la pièce. Une image d'abord confuse, puis de plus en plus nette s'y installe : l'intérieur d'un temple protestant où le ministre s'apprête à officier. On comprend qu'il s'agit d'un mariage quand on voit entrer les fiancés, suivis de l'assistance. Lady Forester et lady Bothwell, effarées, découvrent que le fiancé n'est autre que sir Philip. Un petit groupe d'officiers entre à son tour. Soudain, l'un d'entre eux se détache et se précipite sur le fiancé. Tous deux tirent leurs épées. S'ensuit une confusion dans l'assistance et c'est à ce moment que, les sept minutes étant écoulées, l'image disparaît.

La secousse est rude pour lady Forester. Enfin, un courrier arrive de Hollande. Il apprend aux deux femmes que sir Philip a disparu parce qu'il ne pouvait payer une dette de jeu. Il a changé de nom et s'est établi à Rotterdam. Il a séduit la fille d'un riche bourgmestre, et s'apprêtait à l'épouser. L'officier intervenu juste avant la cérémonie était le capitaine Falconer, le demi-frère de lady Forester et de lady Bothwell. Un duel a opposé le capitaine et sir Philip. Le capitaine a été tué. Ces nouvelles choquent si fort lady Forester qu'elle en meurt.

Tante Marguerite précise que la scène du temple n'a pas été vue dans le miroir en même temps qu'elle s'est produite, mais quelque temps plus tard, ce qui a pu laisser au devin le temps d'être informé. Il y a donc place pour le doute.

D'Amiotti est peu après poursuivi comme agent du prétendant Jacques François Stuart. Il réussit à fuir.

Bien des années après ces événements, un vieillard vient implorer le pardon de lady Bothwell pour sir Philip, qu'il dit mourant. Lady Bothwell refuse tout net, puis hésite, et va peut-être se laisser fléchir. Soudain elle comprend qu'elle a en face d'elle sir Philip lui-même. Elle appelle à l'aide. Sir Philip s'échappe.

Personnages Bothwell, le narrateur, dernier parent de la tante Marguerite. Comme Scott il est le seul survivant de sa fratrieWalter Scott est le septième de douze enfants. En 1817, seuls Thomas et lui-même sont encore vivants. Henri Suhamy, , 263. — Thomas meurt en 1823. « Thomas Scott (1773–1823), Brother of Sir Walter Scott », sur artuk.org (consulté le 4 septembre 2018)., et comme Scott il souffre d'une jambe : Marguerite (Margaret dans l'édition originale) Bothwell, célibataire, tante du narrateur. Jacobite , mais sujet loyal de Walter Scott, Le Miroir de ma tante Marguerite, , 222. : une whimsical (une « fantasque », agissant plus par sentiment que par principeWalter Scott, Le Miroir de ma tante Marguerite, , 223.). John Clayhudgeons, nouveau propriétaire de la vieille chapelle. Il estime que les décombres qui sont à l'intérieur (sans doute les restes des ancêtres de tante Marguerite) . PhilipPhilip dans le texte original. Philippe dans les traductions d'Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret et d'Albert Montémont. Forester, , libertin. Une belle figure, des talents et des manières élégantes. Des duels, des bonnes fortunes et des actions qui lui auraient mérité d'être pendu. Voluptueux, ou plutôt parfait égoïste. Un caractère . Une fortune délabrée. La jolie Peggy Grindstonne, la fille du meunier de Sillermills. Morte de chagrin par la faute de sir Philip. JemimaJemima dans le texte original. Jemina dans les traductions de Defauconpret et de Montémont., ou Jemmie, Falconer. La plus jeune des demoiselles Falconer de King's Copland. Une intelligence des plus ordinaires. Lady Bothwell, sœur aînée de Jemima. Grand-mère de tante Marguerite. À l'opposé de sa sœur : hardie sans effronterie, ambitieuse. Capitaine (ou majorEn début de récit il est major, en fin de récit il est capitaine.) Falconer, frère utérin des deux sœurs. Il lui est arrivé de se quereller avec son beau-frère sir Philip. Battisto d'Amiotti, dit « le docteur de Padoue », environ . Prétend avoir étudié la médecine à l'université de Padoue. On dit qu'il est un sorcier ayant recours à des moyens surnaturels pour obtenir des guérisons, et qu'il lit dans l'avenir. Il est suspect aux yeux d'un médecin partisan des Hanovres parce qu'il vient d'Italie (où s'est réfugié en 1717 le prétendant Jacques François Stuart), et parce que ses vieilles clientes sont favorables aux Stuarts.

La Chambre tapissée Résumé

Durant la guerre d'indépendance des États-Unis, le général anglais Richard Browne sait garder son sang-froid . Il montre . La guerre prend fin. Le général revient au pays. Visitant l'ouest de l'Angleterre, il avise un château dont il apprend que le propriétaire n'est autre que Frank Woodville, un vieil ami d'école et d'université. Celui-ci vient d'hériter du château.

Lord Woodville offre l'hospitalité au général. Comme son château est déjà plein d'amis venus chasser, il propose à Browne une chambre , mais confortable. Les murs sont revêtus de tapisseries un peu sombres. Browne, qui a été logé dans un tonneau pendant la guerre, ne se formalise nullement.

Au petit déjeuner, le général ne paraît pas. Un domestique l'a vu s'en aller, au lever du jour, par un temps froid et pluvieux. On le voit revenir, cheveux et vêtements en désordre, les yeux égarés. Il annonce qu'il part sur-le-champ, alors qu'il a promis de rester une semaine.

Resté seul avec lord Woodville, le général consent enfin à s'expliquer. Sa nuit a été terrible. Après de longues tergiversations, il accepte de la raconter.

La veille, alors qu'il commence à s'endormir, il entend le frottement d'une robe de soie et le bruit de talons hauts. Il aperçoit dans la chambre la silhouette d'une vieille femme, vêtue d'une robe passée de mode. La vieille se retourne vers lui. Browne comprend tout de suite qu'il n'a pas affaire à un être vivant. Le visage est décharné, c'est celui d'un cadavre. On y peut lire qui ont animé cette femme de son vivant. Le spectre hideux s'assied sur le lit et approche son visage de celui de Browne en grinçant des dents. Le général a maintes fois prouvé au combat qu'il n'est pas un poltron. Il sent pourtant fondre tout son courage. Il perd connaissance.

Il recouvre ses esprits quand l'horloge du château sonne une heure. Terrorisé, en proie à des hallucinations, il n'ose bouger de son lit. Quand le jour se lève, il quitte la chambre et part marcher dans la campagne.

Lord Woodville avait entendu dire que la chambre était hantée. Il n'y croyait pas. Il voulait un témoignage crédible. La venue inopinée du général, homme ferme et courageux, et qui n'avait jamais entendu parler de cette chambre ni de son fantôme, allait lui permettre d'en avoir le cœur net.