Anne Innis Dagg, née le à Toronto et morte le à Kitchener (Ontario), est une zoologiste et féministe canadienne. Autrice de nombreux ouvrages et d'articles scientifiques, elle est particulièrement connue pour ses apports pionniers à la fois dans la connaissance sur les girafes, et plus largement dans l'observation du comportement des animaux sauvages dans leur milieu naturel. Elle est également réputée pour ses travaux sur la discrimination des femmes dans le milieu universitaire.
Biographie Jeunesse et formation Anne Christine Innis naît le à Toronto, en Ontario au Canada..
Famille Innis Son père, Harold Innis né le à Otterville en Ontario, est professeur d'économie politique à l'université de Toronto. L'Innis College de cette université. et la bibliothèque Innis de l'université McMaster. de Hamilton en Ontario ont été nommés en son honneur à leur inauguration en 1964. Anne Innis gardera toute sa vie en mémoire un principe que son père lui a transmis : . C'est ce qui la poussera à étudier les girafes sur leur « propre terrain ».. Harold Innis meurt à , le à Toronto. Anne est alors en deuxième année à l'Université..
Sa mère, est née le à St Mary's, Ohio aux États-Unis. Elle fut une des étudiantes en économie d'Harold Innis. Elle est également une universitaire reconnue., ayant reçu un Doctor Honoris Causa de l'Université Queen's à Kingston en 1958 et un autre de l'université de Waterloo en 1965. Mary a publié de nombreux livres d'histoire et des nouvelleshttps://cjc-online.ca/index.php/journal/article/view/1391/1471.. Elle meurt à Toronto le , à l'âge de . En 2020, Anne Innis rédige un livre dédié à sa mère Mary Quayle : Her Own Person : the Life of Mary Quayle Innis, produit par Mary Dagg et édité par Mary Innis Ansell, deux petites-filles de Mary Quayle Innishttps://www.worldcat.org/title/her-own-person-the-life-of-mary-quayle-innis/oclc/1121352505&referer=brief_results.
Anne a une sœur et deux frères. L'un de ses frères, l’aîné, (1924-1988) fut géographe.. Ses recherches portèrent sur les cultures intercalaires (l'intercropping).https://www.worldcat.org/title/intercropping-and-the-scientific-basis-of-traditional-agriculture/oclc/37454497, l'ancêtre de la permaculture. Donald Innis enseigna à l'Université Queen's puis au Campus de Geneseo. de l'Université d'État de New York, où il obtint le prix du Chancelier en 1979 pour l'excellence de son enseignement..
Enfance d'Anne Innis Le désir d'Anne d'étudier les girafes germe dès ses trois ans : elle les voit pour la première fois en 1936, lors d'une visite au Zoo de Brookfield (Chicago) avec sa mère. Le zoo de Chicago avait recours à des douves et des fossés plutôt que des cages pour présenter les animaux. , écrit-elle dans ses mémoires. À partir de cet instant, Anne se met à collectionner des photos de girafes et à les dessiner....
Anne fréquente l'école Bishop Strachan. Elle obtient un baccalauréat universitaire BA en biologie à l'University College de l'université de Toronto en 1955. et reçoit une médaille d'or en reconnaissance de ses résultats scolaires. Elle obtient ensuite une maîtrise en génétique MA au sein de la même université en 1956, avant de partir pour un an en Afrique du Sud pour ses recherches sur les girafes. À son retour au Canada, elle épouse le physicien Ian Dagg en 1957. Ils déménagent à Waterloo en 1959, où Ian devient professeur à l'Université de Waterloo.
Anne travaille comme chargée de cours à temps partiel en anatomie et physiologie de 1962 à 1965 à la WLU (Waterloo Lutheran University).. En 1967, elle rédige sa thèse de doctorat en biologie en comportement animal. Sa thèse porte sur « les allures et leurs évolutions dans le sous-ordre des mammifères Pecora ». Elle obtient son doctorat PhD avec comme directeur de thèse Anton de Vos, un expert de la vie sauvage reconnu au Canada.
Carrière vignette|Girafes en Afrique du Sud.
Anne Innis Dagg est une pionnière de l'étude des girafes, en particulier dans leur habitat naturel.., et est parfois présentée comme la « Jane Goodall des girafes »... en référence à la célèbre primatologue spécialiste des chimpanzés. Anne et Jane Goodall se rangent dans la même catégories que les femmes scientifiques renommées qui ont eu le mérite d'étudier leurs espèces de prédilection dans leur espace naturel., avec Dian Fossey avec ses observations sur les gorilles au Virunga (Rwanda) ou encore Birutė Galdikas sur les orang-outans à Bornéo en Indonésie..Dans les années 1940 et 1950, il existait très peu d'études sur les girafes : Anne doit emprunter une étude en allemand trouvée dans une bibliothèque et la traduire. qu'elle dût emprunter pour un temps limité et puis traduire. Dès lors, Anne en déduit qu'elle doit absolument partir en Afrique, dans l'habitat naturel des girafes, pour approfondir ses connaissances..
Observation des girafes à l'état sauvage en Afrique du Sud Préparation voyage d'étude en Afrique du Sud Après l'obtention de son master en 1956, Anne tente de contacter tous les chercheurs du domaine pour organiser son voyage : elle écrit au paléoprimatologue kényan Louis Leakey, qui lui répond qu'il n'a pas de poste d'assistant-chercheur disponible, et surtout, qu'il est dangereux pour une femme seule de venir en Afrique. Pourtant ce sera Louis Leakey qui quelques années plus tard, lancera la carrière de chercheuse de Jane Goodall en 1960, puis celle de Diane Fossey en 1967 et enfin celle de Birute Galdikas en 1971, bien que cette dernière mit trois ans à convaincre Louis Leakey de l'aider sur sa thèse..
Anne change alors de stratégie, et modifie sa signature en bas de ses courriers : elle n'inscrit désormais plus que ses initiales, afin de laisser planer une ambiguïté sur son sexe laissant supposer qu'elle pouvait être un homme..
Finalement, un de ses pairs étudiant en paléontologie, Rufus Churcherhttps://www.jstor.org/stable/10.3138/j.ctvcj2m4x, — un futur paléoécologue et paléo-environnementaliste, auteur d'un livre sur la girafe fossile en 1978, Giraffidae.—, la met en relation avec un chercheur avec qui il avait travaillé en Afrique pour son doctorat : Jakes Ewer de l'Université Rhodes, en Afrique du Sudhttps://www.trin.cam.ac.uk/wp-content/uploads/ObituaryEwer.pdf. Jakes et sa femme Griff Ewer mettent Anne en relation avec le propriétaire d'un ranch où évoluent librement une centaine de girafes, Alexander Matthew.
Départ et séjour en Afrique pour l'étude des girafes En 1956, à l'âge de , Dagg se rend seule en Afrique du Sud en plein Apartheid pour étudier le comportement des girafes sauvages. Durant un an, elle étudie les girafes au ranch Fleur de lys à proximité du Parc national Kruger. Durant une entrevue avec le Toronto Star en 1974, elle raconte que son voyage était motivé par « une énorme envie de voir des girafes errer librement, au lieu d’être enfermées dans des zoos ».
Avant le voyage, Dagg avait contacté le ranch Fleur de lys pour demander la permission de visiter et d'étudier les animaux, en signant simplement avec ses initiales. Le voyage est donc retardé, car réalisant par la suite qu'elle était une femme, Alexander Matthew lui signale qu'il lui est impossible de l'héberger dans ses installations avec les ouvriers agricoles. Elle reste alors à Grahamstown, où elle lui écrit plusieurs fois par semaine pendant plusieurs semaines pour demander la permission de revenir. Face à sa détermination, Alexander Matthew accepte finalement de l'héberger dans la maison de sa famille.
Anne passe plus de dix heures par jour cachée dans le cockpit surchauffé de sa voiture, à observer les girafes sans pouvoir sortir sous peine qu'elles interrompent leurs activités naturelles. Elle prend malgré tout des notes détaillées sur tous les aspects de leur comportement (alimentation, rumination, jeu, sommeil, reproduction, interactions sociales, naissance des girafons, comportement des prédateurs y compris les prédateurs humains), en les filmant avec une caméra . C'est la première fois qu'un scientifique étudie les girafes dans leur milieu naturel. En 1958, Anne publie ses recherches sur les girafes dans Proceedings of the Zoological Society of London, un journal scientifique.https://zslpublications.onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/j.1096-3642.1958.tb00687.x.
Toute sa vie, elle restera en contact épistolaire avec Alexander Matthew, qui lui donne régulièrement des nouvelles des girafes de Fleur de Lys. Alexander Matthew déclarera qu'elle est pour lui comme une quatrième fille. Dans une de ses dernières lettres, Alexander déclare que Fleur de Lys a été divisée en parcelles de chasse et qu'il était heureux qu'Anne ait pu effectuer ses recherches avant ce démembrement regrettable.
Recherches sur les girafes avec J. Bristol Foster Anne réalise sa thèse de doctorat sur les allures du sous-ordre de girafes Picora en 1967. Son premier livre sur les girafes, paru en 1977, puis réédité en 1982, soit vingt ans après son séjour en Afrique, est devenu une référence dans le milieu des scientifiques étudiant les girafes. Le contenu est à la fois le fruit de ses propres recherches et de celles de J. Bristol Foster, son ami qui travaillait sur les girafes au département de Zoologie au Royal College (University of East Africa), à Nairobi, Kenya. ; il rédigera sa thèse de doctorat à l'Université de la Colombie-Britannique. Anne décrit une collaboration très fructueuse avec son confrère Bristol, deuxième scientifique a étudier les girafes en Afrique.
Bristol, qui travaillait à l'Université de Nairobi, bénéficiait d'un soutien financier. Dans une étude de plus de , il traverse le parc national de Nairobi chaque semaine, prenant des notes sur toutes les girafes qu'il rencontre. Il photographie chaque animal du côté gauche afin de pouvoir reconnaître individuellement les 241 girafes qui vivent dans le parc à cette période.
Son analyse révèle que les femelles restent pratiquement toujours en groupe, contrairement aux mâles plus solitaires, mais que les membres de ces groupes féminins changent chaque semaine. Apparemment, la nourriture disponible l'emporte sur les amitiés : les femelles se rassemblent près de savoureux arbres fourragers, mais ne sont pas "amies" pour autant. Dans leur livre, Anne et Bristol théorisent que les girafes ont peu d'intérêt social les unes pour les autres. Dans la réédition de 2014, Anne eut l'humilité de reconnaitre que cette assertion était une erreur..
Depuis les recherches d'Anne et de Bristol, le nombre de girafes a baissé dramatiquement de plus de 40 % entre 1985 et 2015, et de 60 % pour la girafe réticulée, de 85% pour la girafe du Korfodan, et de 97 % pour la girafe de Nubie. Son classement en tant qu'espèce vulnérable par l’Union internationale pour la protection de la nature (IUCN) en 2016 a cependant suscité une grande surprise, d'où l'expression parfois utilisée d'extinction silencieuse des girafes.. Les girafes sont victimes de la perte de leur habitat, des conflits et du braconnage, tout comme la plupart des espèces emblématiques de l'Afrique qui menace de disparaitre... Les girafes sont désormais sur la liste rouge de l'IUCN.. En 2017, l'Angola a demandé l'inscription de la girafe giraffa camelopardalis à l'annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction ou Convention de Washington. Cela signifie que cette espèce requiert une coopération internationale pour sa conservationhttps://www.cms.int/sites/default/files/document/cms_cop12_doc.25.1.10_listing-proposal-giraffe-appII-angola_f.pdf..
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