vignette|Des enfants dans une bibliothèque de Montréal, en 1943. La bibliothéconomie jeunesse relève de la science des bibliothèques et se définit comme un champ interdisciplinaire ou multidisciplinaire qui applique les approches théoriques, les pratiques et les outils provenant de la gestion, des technologies de l'information, de l'éducation et d'autres secteurs, comme le design. La bibliothéconomie jeunesse concerne l'organisation, la préservation, la diffusion et la médiation des ressources et des collections en matière d'information pour les enfants et les jeunes.
Le Manifeste de l’UNESCO pour la Bibliothèque publique (1994) stipule deux missions clés qui touchent directement la bibliothéconomie jeunesse : stimuler d'une part l’imagination et la créativité des enfants et des jeunes et créer et renforcer d'autre part l’habitude de lire chez les enfants dès leur plus jeune âge.
La bibliothéconomie jeunesse aborde aussi le sujet des bibliothèques scolaires.
La bibliothèque ayant des services conçus spécifiquement pour les jeunes a été pensée vers le milieu du siècle alors qu’un processus de singularisation de l’enfance est enclenché et que l’on cesse de considérer l’enfant tel un adulte miniaturisé. Face à cet avènement d’une nouvelle compréhension de l’enfance se développent en parallèle des domaines inédits d’expertise tels que la pédiatrie, la pédagogie ou la psychologie de l’enfant, par exemple. Le regard posé sur l'enfant n'est plus le même, l'enfance est désormais considérée comme une partie de la vie distincte nécessitant des soins et des services particuliers.
Description des services
La bibliothéconomie jeunesse sert un public hétérogène, notamment du point de vue de l’âge, car elle s'adresse tant aux bébés qu’aux jeunes adultes (0 à 18 ans), mais également d'après la diversité de leurs besoins, leurs centres d’intérêt, leurs compétences, leur bagage culturel, familial, sociologique ou économique. Les services des bibliothèques offerts aux enfants et aux jeunes s’adaptent et évoluent dans le temps. Depuis les premières bibliothèques pour les jeunes à l’instar de la bibliothèque de L’Heure joyeuse en France, les bibliothécaires jeunesse s’intéressent à l’aménagement, la planification d’espaces, la création d’animations et d’actions culturelles pour les jeunes et leur famille au sein de la communauté. Elles fournissent également un accès à des ressources sur différents supports. Des sites Internet spécialement conçus pour les jeunes ont vu le jour comme l’espace Jeunes de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.
Partout dans le monde, avec l’avènement du numérique, les bibliothèques se développent et celles consacrées aux jeunes n’y font pas exception. En effet, le volet technologie amène les bibliothécaires pour la jeunesse à développer des collections de livres numériques pour la jeunesse. De plus, ces bibliothécaires doivent aussi former les jeunes à la manipulation d’informations disponibles sur Internet.
L'heure du conte L’heure du conte est une traduction française de l’expression « story hour » qui a vu le jour aux États-Unis vers la fin du XIXe siècle. À cette époque, la « story hour » est un événement socioculturel important où des bibliothécaires content différents types d’histoires (conte, épopée, légende, mythe, etc.) à un public d’âge varié dans différents lieux extérieurs ou intérieurs (école, orphelinat, hôpital, bibliothèque). À partir des années 1940, de nombreuses personnes issues de l'immigration arrivent aux États-Unis et la « story hour » joue un rôle majeur dans l’intégration des enfants immigrés. En France, L’Heure Joyeuse est créée en 1924 et elle offre dès ses débuts des heures du conte à la bibliothèque ou en plein air.
L’heure du conte est aujourd’hui un terme contesté, car l’objet de cette activité n’est pas toujours le conte. D’autres appellations sont d’ailleurs proposées comme le temps de l’histoire. Cela dit, l’heure du conte est une expression couramment employée pour nommer différentes activités allant du spectacle de contes amateur ou professionnel à l’animation de la lecture. La formule proposée varie en fonction du lieu et du public rejoint, notamment au niveau de l’âge et du nombre d’enfants présents.
Bien que l’heure du conte s’articule autour du récit, le livre n’est pas toujours présent durant l’animation. Le spectacle de contes, par exemple, cherche à soutenir la tradition orale et l’absence de support visuel permet de stimuler l’imagination du public. L’heure du conte sans livre favorise le contact visuel avec le public et facilite une gestuelle plus libre. Elle implique toutefois une plus longue préparation, car elle nécessite une excellente maîtrise du récit de l’histoire et elle exige une plus grande performance.
De façon générale, la formule la plus courante de l’heure du conte est celle de l’animation de la lecture qui consiste non pas à conter une histoire, mais à la lire ou à la raconter à l’aide d’un support visuel tel, en grande majorité, l’album, le recueil de contes, ou, plus rarement, des images projetées sur un écran. Les illustrations jouent un rôle essentiel dans ce type d’animation ; elles doivent être originales et de bonne qualité. Pour que les images puissent être bien visibles par le public, le choix d’un livre en grand format est souhaitable. De préférence, les illustrations doivent également être pleine page. Les images peuvent être montrées au fil de la lecture ou à la fin de l’histoire. Leur interaction avec le texte est importante, car ils s’enrichissent mutuellement. Par ailleurs, les livres présentés doivent toujours être dans un très bon état.
La lecture animée familiarise les enfants avec le langage construit et littéraire du livre. Elle cherche à montrer un rapport différent au livre en mettant l’emphase sur certains aspects de l’histoire pour faire vivre le texte. Par ailleurs, elle favorise l’acquisition des compétences cognitives, sensorimotrices, socioaffectives et langagières. Le choix du texte est une étape importante dans la préparation de l’heure du conte. Certains textes de qualité se prêtent mieux à la lecture à voix haute que d’autres. La lecture peut se faire en respectant le texte du début à la fin, en le modifiant légèrement ou en racontant l’histoire dans ses propres mots. Il peut être nécessaire de faire des coupures pour rendre certains passages plus fluides. Quand une histoire est écrite dans une langue trop difficile pour le niveau de compréhension du public, il est possible de la raconter en simplifiant la syntaxe et en modifiant certains mots pour s’adapter à l’âge des enfants et à leur capacité de concentration. Durant la préparation, il est suggéré de répéter plusieurs fois le texte à voix haute pour tester les dialogues et le rythme de l’histoire. Il est également possible, pour favoriser la capacité d’attention du public, de varier le type d’activité (lecture à voix haute, conte oral, devinette, chanson, comptine, jeu, etc.) et d’alterner le genre de livres, leur longueur et leur niveau de difficulté. Le principe de l’alternance actif/passif invite à enchaîner, après une histoire longue, une activité qui permet aux enfants d’être actifs et où il est possible de s’exprimer, de parler, de poser des questions ou de bouger. Cela favorise la participation des enfants et renforce leur capacité à s’exprimer verbalement. La durée de l’heure du conte doit être adaptée en fonction de l’âge du public, des caractéristiques du lieu où se déroule l’activité et de leurs besoins.
L’heure du conte est également un moment privilégié pour les nouveaux parents pour rencontrer une nouvelle communauté qui leur était peut-être parfois inconnue auparavant et de (re)découvrir et de s’approprier des lieux culturels qu’ils ne fréquentaient pas. La bibliothèque devient alors le lieu de rencontres et de socialisation pour les bébés, les enfants d’âge préscolaire ainsi que leurs accompagnateurs. De plus, des efforts en bibliothèque sont déployés pour éliminer les inégalités causées par un parent non scolarisé. Le bibliothécaire jeunesse peut par exemple générer une activité ne demandant pas la participation de lecture active des parents devant les autres et privilégier l’approche du « bébé lecteur ».
Le jeu à la bibliothèque vignette|Zone jeunesse à la Bibliothèque de Orestad au Danemark La présence en bibliothèque de pratiques ludiques, de jouets et de jeux ne date pas d’hier. La bibliothèque de l’Heure joyeuse propose, dès son ouverture en 1924, différentes formes de jeux. Puis, dans les années 1960 et 1970, la création de plusieurs bibliothèques pour enfants facilite l’entrée du jeu dans ces établissements. Ce développement se poursuit depuis par des partenariats avec des acteurs du milieu de la petite enfance, des loisirs et de la sphère sociale.
Actuellement, l’offre en bibliothèque de jeux et de jouets semble augmenter. Cette offre s’avère diversifiée et complexe, les supports des jeux sont nombreux (tablettes, consoles de jeux, jeux de société, jouets, ordinateurs, etc.) et les objectifs derrière l’envie de jouer varient (passer le temps, s’amuser, apprendre, partager, etc.).
Différentes typologies servent à catégoriser les jeux, dont la classification basée sur l’expérience de jeu de Scott Nicholson qui en dénombre cinq grandes sortes : les jeux de stratégie, les jeux d’action, les jeux narratifs, les jeux sociaux et les jeux de connaissance et de culture. Chacun de ces cinq types de jeux regroupe des sous-catégories.
Le système ESAR est une typologie internationalement reconnue. Son nom est formé par la première lettre de chaque catégorie de jeux : « jeux d’exercice » = E ; « jeux symboliques » = S ; « jeux d’assemblage » = A ; « jeux de règles » = R. En plus de servir de classification fondamentale, le système ESAR propose une méthode pour le rangement physique des jouets et des jeux.
Certaines bibliothèques offrent la possibilité de jouer sur place, ce qui exige un espace adapté et destiné au jeu comme un local fermé. Différents usages et activités cohabitent à la bibliothèque et le jeu, qui peut générer bruit et mouvement, doit se conjuguer avec les autres besoins et attentes tels qu’un cadre propice à la concentration et au calme. Les bibliothèques pour qui l’aménagement physique d’un espace consacré au jeu s’avère irréaliste peuvent organiser des événements ponctuels selon une plage horaire spécifique.
Le prêt de jeux à domicile répond à une forte demande. Il peut impliquer une gestion lourde en raison notamment du temps de vérification, au retour, des jeux qui comportent de multiples morceaux. Pour faciliter cette tâche, certaines bibliothèques se dotent d’une balance pour peser, au gramme près, l’ensemble des pièces afin d’éviter le comptage, tandis que d’autres sélectionnent des jeux dont la vérification s’avère moins fastidieuse.
La bibliothèque, située hors du milieu scolaire et de la maison, constitue un lieu où il peut être possible de jouer librement, car le cadre, le temps et l’espace diffèrent. Dans cet environnement culturel, les jeux favorisent l’appropriation et la transmission du savoir et ils permettent d’établir des liens interpersonnels et intergénérationnels grâce à une mixité de publics très distincts. Les jeux attirent des publics peu présents comme les préadolescents et les adolescents qui accordent une grande importance au groupe et à la socialisation. La possibilité, entre autres, de jouer sur place à des jeux vidéo encourage la création d’une communauté. Certains jeunes qui possèdent une console à la maison peuvent vouloir fréquenter la bibliothèque pour se mesurer à des adversaires potentiels et socialiser dans un contexte convivial. Jouer sur place en présence des autres donne lieu à une expérience collective partagée par les joueurs, les spectateurs, les usagers de passage et les bibliothécaires.