thumb|En-tête d'un arrêt de règlement du parlement de Bretagne (1679).

Le parlement de Bretagne apparait au , dans le cadre du système féodal, comme une assemblée de vassaux du duc de Bretagne, réunissant les barons, évêques et abbés du duché ; l'assemblée est appelée « parlement général » si elle réunit tous les vassaux du duc. Cette assemblée évolue ensuite avec l'apparition de conseillers spécialisés dans les affaires judiciaires (1398) et avec la transformation du parlement général en états de Bretagne (1408), institution qui durera jusqu'en 1789.

En 1485, le duc François II institue une cour souveraine qui reçoit le nom de parlement de Bretagne, afin d'éviter les appels judiciaires au parlement de Paris, mais cette cour disparait très vite du fait des événements politico-militaires de 1488-1491, qui font de la duchesse Anne la reine de France, épouse de Charles VIII.

En 1554, alors que le duché vient d'être formellement intégré au royaume de France (1532), le roi Henri II recrée le parlement de Bretagne, mais sous la forme d'un parlement d'Ancien Régime (cour souveraine de justice), à la demande des Bretons eux-mêmes.

Entièrement financée par la province, cette assemblée siège en permanence, notamment dans le palais du Parlement de Bretagne à Rennes à partir de 1655 (sauf un exil à Vannes de 1675 à 1690).

Comme toutes les institutions judiciaires d'Ancien Régime, le parlement de Bretagne disparaît au début de la Révolution française : il est supprimé par l'Assemblée nationale constituante en février 1790.

Chronologie Le parlement ducal (-1488) : le nom de « parlement » est donné aux assemblées de vassaux du duc de Bretagne (barons, évêques, abbés) se réunissant pour délibérer ; le « parlement général » est l'assemblée de tous les nobles du duché, réunie pour régler des affaires d'ordre judiciaire ou fiscal. 1382 : apparition auprès du duc d'une charge de « président de Bretagne » ou « président en parlement ». 1398 : un corps de conseillers spécialement affectés aux questions judiciaires est distingué du grand conseil. 1408 : le « parlement général » prend le nom d'« états de Bretagne », se distinguant du « parlement ordinaire ». 1477 : le duc François II défend contre le roi de France les privilèges des « Grands Jours que on dit le parlement de Bretagne ». 1485 () : afin de ne plus permettre les appels au parlement de Paris, François II décide l'établissement d'une cour souveraine qui doit siéger invariablement à Vannes du au de chaque année (en fait il semble qu'elle n'ait siégé qu'une fois, en 1486). Le nom de parlement de Bretagne, précédemment utilisé pour nommer les états de Bretagne, s'impose bientôt pour cette cour* .

Règne d'Anne de Bretagne et Charles VIII (1491-1498) 1492 () : maître de la Bretagne du fait de son mariage avec la duchesse Anne, le roi Charles VIII prend le contrôle de ses structures administratives : soumission du parlement de Bretagne, désormais appelé « Grands Jours », possibilité d'appel au parlement de Paris ; suppression de la chancellerie en . Cette cour est appelée dans une ordonnance royale de novembre 1493 : « nostre parlement et Grand Jours en icelui pays ». Une bataille est engagée sur cette dénomination, pour savoir s'il s'agit d'un « parlement » comme le parlement de Paris, c'est-à-dire d'une cour souveraine statuant en dernier ressort, sans appel ni cassation (et aussi s'il s'agit d'une cour permanente).

vignette|Parlement de Bretagne photographié par Paul Gruyer au début du XXe siècle

1493 : première session du premier jeudi de carême au samedi de Pâques (deuxième en septembre 1494, troisième en septembre 1495, sessions réunies à la convenance du roi, et sur convocation). La composition, au choix du souverain, est 8 conseillers clercs (ecclésiastiques) et 12 conseillers lais, dont plusieurs sont pris dans le parlement de Paris. Les deux présidents étaient Jean de Ganay, président au parlement de Paris, et Roland du Breil, sénéchal de Dinan puis de Rennes, président du parlement de Bordeaux (frère d'Olivier du Breil, sénéchal de Rennes, juge universel de Bretagne (1466), procureur général à la chambre des comptes de Bretagne (1444), président au parlement du duc de Bretagne en 1466). 1495 () : une ordonnance établit définitivement l'institution, qui se réunit chaque année du au , en même temps que les états de Bretagne.

Règne d'Anne de Bretagne et Louis XII (1499-1514) 1499 : lors de son mariage avec Anne de Bretagne (veuve de Charles VIII en 1498), Louis XII signe une lettre contractuelle comportant treize clauses publiée le par laquelle il rétablit le parlement de Bretagne comme cour souveraine ainsi que la chancellerie, le conseil, la chambre des comptes, la trésorerie et la justicedom Morice, tome III articles 815 à 818 Mémoires pour servir de preuves à l'histoire ecclésiastique et civile de Bretagne.. 1500 () : une ordonnance de Louis XII fixe le lieu des sessions à Vannes, lieu de réunion le plus fréquent des états (la dénomination est « parlement » et non pas « Grands Jours »). 1512 : le second président du Parlement, Maure de Quenec'hquivilly, reprend le titre de « président de Bretagne ».

Règne de François Ier (1515-1547) 1514 : la fille d'Anne et Louis, Claude de France, duchesse de Bretagne, épouse François d'Angoulême, héritier présomptif du royaume de France, qui devient roi le 1515 () : confirme « les ordonnances et constitutions du parlement dans leur forme et teneur » et le privilège de Vannes de l'héberger. 1522 : les états de Bretagne font remontrance au roi d'une infraction aux engagements pris : « nul ne doibt estre receu au parlement de Bretagne qu'il ne soit originaire du pays ou conseiller en la cour du parlement de Paris ». 1526 () : un édit de François ajoute 10 conseillers aux 29 existant à l'époque, et un troisième président. Il y a deux chambres siégeant « concurremment » et ayant les mêmes pouvoirs. Les effectifs doivent être partagés à peu près également entre ecclésiastiques et laïcs et entre Bretons et non-Bretons. La durée des sessions est portée de 35 à 50 jours.

1532 : union de la Bretagne à la France (en septembre, François s'engage à entretenir la justice « en la forme et manière accoutumée, c'est à savoir le parlement, conseil et chancellerie, chambre des comptes, assemblée des états »).

Règne d'Henri II (1547-1559) 1547 () : Henri II supprime treize charges (les faisant passer de 39 à 26) et revalorise fortement les gages (qui étaient très bas, entraînant un fort absentéisme), mais il crée une troisième chambre. 1549 : une nouvelle réforme de la justice provoque le transfert du parlement de Vannes à Nantes. 1552 () : les états de Bretagne revendiquent clairement la création d'un « parlement ordinaire » (c'est-à-dire ne siégeant pas que 50 jours par an) avec des pouvoirs égaux à ceux du parlement de Paris (sans possibilité d'appel de l'un à l'autre). 1554 (mars) : création du parlement de Bretagne (cour souveraine) par l’édit de Fontainebleau, siégeant alternativement à Rennes (août – octobre) et à Nantes (février – avril). Les magistrats de l'ancien « parlement » sont intégrés de droit au nouveau. Le roi Henri II ordonne une consultation générale sur le siège des villes ayant députation aux états de Bretagne. Ces dernières préfèrent Nantes à 57 %Nantes et la Bretagne, éditions Skol Vreizh. 1554 () : première session à Rennes suivie de la deuxième à Nantes le . 1557 (juin) : fixation à Nantes des deux sessions : chaque session partagée entre la Grand-Chambre et la Chambre des enquêtes. Soixante juges.

De François II à Henri IV (1559-1610) 1561 () : fixation à Rennes des deux sessions (couvent des Cordeliers). 1575 (décembre) : création de la chambre criminelle, la Tournelle. 1580 (septembre) : création de la chambre des requêtes, rendant des sentences elles-mêmes sujettes à appel devant le parlement. 1591 : début des prolongations des sessions, sans augmentation des gages. 1598 () : amnistie des parlementaires ligueurs de la Cour établie à Nantes en 1589 par le Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur. 1599-1600 : interdiction des magistrats de la séance d'août. 1600 (juillet) : les sessions deviennent semestrielles : février à juillet et août à janvier.

Règnes de Louis XIII et Louis XIV (1610-1715) 1631 : conflit avec Richelieu à la suite de la restauration du droit d'ancrage. 1668 () : création de la chambre de réformation de la noblesse de Bretagne (qui siège jusqu'en 1671). 1675 () : Louis XIV transfère la cour à Vannes pour punir Rennes d'avoir participé à la révolte du papier timbré. 1690 () : première séance à la suite du retour de la cour à Rennes. upright=1.3|vignette|droite|Carte des parlements de France en 1789. 1704 (février) : création d'une chambre d'appel des affaires concernant les eaux et forêts ; chambre réunie peu de temps après au corps des officiers. L’incendie de Rennes de 1720 épargne le bâtiment grâce au premier président du parlement de Bretagne, Pierre de Brilhac, qui a fait remplir les plombs entourant le bâtiment d'eauMichel de Mauny, L’ancien comté de Rennes ou pays de Rennes, p. 42..

Règnes de Louis XV et Louis XVI (1715-1789) 1724 (mars) : une seule séance annuelle du au et création d'une chambre des vacations pour certaines affaires durant les vacances ; une deuxième chambre des enquêtes est créée ainsi qu'une deuxième chambre des requêtes pour une courte durée. 1769 () : rétablissement du parlement dans son intégrité après l'affaire du duc d'Aiguillon (1766). 1771 (septembre) : suppression du parlement en conséquence du coup de majesté suggéré à Louis XV par le chancelier de Maupeou. 1774 (septembre) : rappel du parlement à la suite de l'avènement de Louis XVI. 1788 : très forte opposition du parlement aux édits fixant la création de « grands bailliages ». Le parlement refuse de nommer des députés aux états généraux. vignette|droite|Porte d’entrée de l'Hôtel de Cuillé Le , après que le Parlement de Bretagne se fut opposé au Roi, celui-ci lui interdit de se réunir et les troupes chassent les conseillers du palais. Jacques Gabriel Annibal de Farcy, un des présidents à mortier, leur propose de se réunir dans son Hôtel de Cuillé. 1789 : dernière séance.

Suppression (1790) et controverse 1790 () : le parlement de Bretagne est aboli par l'Assemblée nationale constituante, dans le cadre d'une mesure générale concernant toutes les institutions d'Ancien Régime. Cette suppression par un acte unilatéral (non négocié) de l'Assemblée constituante n'est pas entérinée par les parlementaires bretons.

Le parlement de Bretagne déclare cette mesure « de nullité absolue et à perpétuité » par avance, le , par la voix du président à mortier Jean-Baptiste Le Vicomte de la Houssaye convoqué à l'Assemblée le ; il affirme que celle-ci est illégalement constituée et que les députés bretons n'ont pas été légalement mandatés () le , par la voix de René-Jean de Botherel du Plessis, procureur général des états de Bretagne qui a publié un texte (Protestations) où il déclare formellement s'opposer aux décrets de l'AssembléeRené-jean De Botherel Du Plessis, "Protestations" 13 février 1790 , publiées à Nantes et Southampton 1791. Il charge les citoyens de l'Europe future de la promulguer, la protestation étant un acte de droit public pour s'opposer officiellement à un acte unilatéral contraire au droit des traités.

Le palais du Parlement après 1790 1804 : le palais du Parlement abrite la cour d'appel de Rennes. 1994 () : incendie du palais du Parlement à la suite d'une manifestation de marins pêcheurs durant la visite du Premier ministre, M. Édouard Balladur. Le centre-ville de Rennes est par ailleurs gravement endommagé, le service d'ordre dont l'essentiel était mobilisé pour assurer la sécurité du Premier ministre, n'ayant pu contenir les troubles. 1999 : après cinq ans de travaux, la cour d'appel peut reprendre son activité dans le Parlement.

Rôle du Parlement sous l'Ancien Régime