Les Auditoires Agora et les Auditoires Studio Agora constituent un ensemble architectural de style brutaliste situé à Louvain-la-Neuve, section de la ville belge d'Ottignies-Louvain-la-Neuve, en Brabant wallon.
L'ensemble constitué par la place Agora, les Auditoires Agora et le « Studio Agora » (premier cinéma de Louvain-la-Neuve reconverti ultérieurement en auditoires) a été érigé en 1977.
Historique Genèse de la ville universitaire de Louvain-la-Neuve Au cours des années 1960, le nombre d'étudiants de l'Université catholique de Louvain augmente rapidement en raison de l'évolution démographique et de la démocratisation des études supérieures.. La loi du sur l'expansion universitaire autorise la partie francophone de l'Université à envisager son expansion à Woluwe-Saint-Lambert et en Brabant wallon, ce qui amène l'Université à acquérir 150 hectares dès sur le plateau agricole de Lauzelle à Ottignies.
Par ailleurs, les tensions entre les communautés linguistiques francophone et néerlandophone deviennent explosives à cause des revendications du mouvement flamand (né dès 1840) qui exige l'homogénéité culturelle de la Flandre. Ces tensions atteignent leur paroxysme en 1967-1968 avec l'affaire de Louvain, crise politique connue sous les noms de « Walen Buiten » (« Les Wallons dehors ») et de « Leuven Vlaams » (« Louvain flamande ») durant laquelle les Flamands exigent le départ des étudiants francophones de Louvain au nom du droit du sol et de l'unilinguisme régional, ce qui amène l'Université à décider le transfert intégral de sa section francophone hors de Louvain et à faire sortir de terre une ville universitaire entièrement neuve à Ottignies à partir de 1970Histoire de Louvain-la-Neuve.
La loi du institue deux universités séparées, la première pierre de la ville nouvelle de Louvain-la-Neuve est posée le et la faculté des Sciences appliquées ainsi que les premiers habitants s'y installent dès 1972.
Premières phases de la construction de la ville La construction de la ville commence dès 1970 avec le quartier est de la villePierre Laconte, Les Cahiers de l'Urbanisme - 57 - Décembre 2005, Service public de Wallonie - Éditions Mardaga, 2005, .Pierre Laconte, Les Cahiers de l'Urbanisme - 73 - Septembre 2009, Service public de Wallonie - Éditions Mardaga, 2009, . qui regroupe le Cyclotron (1970-1972)André Lanotte, Roger Bastin, architecte, 1913-1986, Pierre Mardaga éditeur, 2001, ., la place Sainte-Barbe (1970-1972), la Bibliothèque des Sciences (1970-1973)Catherine Dhem, Les Cahiers de l'Urbanisme - 73 - Septembre 2009, Service public de Wallonie - Éditions Mardaga, 2009, .Faculté d'architecture La Cambre Horta, Clara n°3/2015: Penser les rencontres entre architecture et sciences humaines, Éditions Mardaga, 2015, ., la place des Sciences (1970-1976) Maurizio Vitta, Atelier d'architecture de Genval. Designing the City, l'Arca Edizioni, 2002, . et la place Croix-du-Sud (1974-1975)PSS-archi.eu : Université catholique de Louvain - Bâtiment CarnoyPSS-archi.eu : Université catholique de Louvain - Auditoires Croix du Sud.
Elle se poursuit en 1974-1976 avec l'axe constitué par la rue des Wallons, la place des WallonsJean Remy, Louvain-la-Neuve, Une manière de concevoir la ville, Presses universitaires de Louvain, 2007, Annexes ....., la gare de Louvain-la-Neuve et les Halles universitairesEnesta : Halles Universitaires, Louvain-la-NeuveMémoires de Wallonie - Les rues de Louvain-La-Neuve - Drève des Architectes.
Construction des Auditoires Agora Les Auditoires Agora sont ensuite construits en 1977PSS-archi.eu : Université catholique de Louvain - Auditoires Agora par l'architecte Jean-Pierre BlondelGhislain Geron, Patrimoine architectural et territoires de Wallonie : Court-Saint-Étienne, Mont-Saint-Guibert et Ottignies - Louvain-la-Neuve, Service public de Wallonie et éditions Mardaga, 2010, ., en même temps que le premier cinéma de Louvain-la-Neuve, appelé « Studio Agora », et juste avant la Grand-Place de Louvain-la-Neuve dont le bâtiment emblématique, le Collège Albert Descamps, est construit en 1980 et inauguré en 1981..
Dans le cadre du projet Esplanade (du nom du centre commercial de Louvain-la-Neuve inauguré en 2005), le cinéma « Studio Agora » est supplanté en 2001 par un complexe de 13 salles de cinéma construit sur la Grand-Place en style postmoderne. Il est alors transformé en « Auditoires Studio Agora ».
Architecture
Les Auditoires Agora vignette|droite|redresse=1.25|
Le côté ouest de la place Agora est occupé par les Auditoires Agora (place Agora ) construits en 1977, qui assurent la transition avec la Grand-Place.
Le bâtiment compte neuf auditoires (amphithéâtres) : quatre de 60 places au rez-de-chaussée, et à l'étage deux de 300 places et trois de 150 places.
Cet édifice est représentatif de l'architecture brutaliste, caractérisée par des surfaces de « béton brut » qui présentent une texture héritée du bois de coffrageHomify : Exemples d'architecture brutaliste, le béton « brut de décoffrage ».Maison d'architecte : architecture en Belgique. gardant la marque des planches de bois qui ont servi au moulage Sous l'influence du brutalisme, leurs veinures ainsi que leurs lignes de jointureDanièle Pauly, Le Corbusier: the Chapel at Ronchamp, Birkhäuser, 1997, ..
Le bâtiment, couvert d'ardoises, combine la brique et le béton brut, sauf sur sa façade orientale, orientée vers la place Agora, qui est une grande surface de béton brut ornée d'une immense peinture murale de Claude Rahir intitulée C'est la Vie (voir plus loin). Les pans de briques se coupent à angles ouverts, non jointoyés. La galerie qui court le long de la façade nord des Auditoires Agora, portée par de massifs piliers de « béton brut » et interrompue par un patio, abrite l'antenne de Louvain-la-Neuve du centre culturel d'Ottignies-Louvain-la-NeuvePôle culturel, le magasin Oxfam de Louvain-la-NeuveLe Magasin du monde-Oxfam de Louvain-la-Neuve et la Maison du développement durable (ou Espace Ginkgo Biloba), un espace destiné à la promotion de démarches citoyennesUCL : Maison du développement durable.
Les Auditoires Studio Agora Le côté sud de la place Agora est occupé par les Auditoires Studio Agora dont la dénomination fait référence aux anciens cinémas de la ville (ancien cinéma Studio Agora) et auxquels on accède par un escalier circulaire qui se dresse au milieu de la place.
Le petit bout de façade que les Auditoires Studio Agora présentent vers la rue de la Lanterne magique est orné d'une remarquable peinture murale qui n'est qu'un minuscule fragment de la gigantesque fresque Petites histoires d'une grande université réalisée par Claude Rahir en 1984 (voir ci-dessous).
Peintures murales vignette|droite|redresse=0.8|
Les Auditoires Agora et les Auditoires Studio Agora sont ornés de peintures murales de grande taille que l'on peut sans exagérer qualifier de fresques.
C'est la Vie Comme il a été dit plus haut, la façade orientale des Auditoires Agora, orientée vers la place Agora et la Grand-Rue, est ornée d'une immense peinture murale de 110 m réalisée par Claude Rahir et intitulée C'est la Vie...Ottignies-Louvain-la-Neuve - Art dans la ville - C'est la Vie selon la signature de Rahir, mais également connue dans les sources comme Les âges de la vie. ou Les saisons de la vie..
L'artiste a peint la plus grande partie de cette fresque en 1977 et en a complété la partie droite près de vingt ans plus tard, lors d'une restauration effectuée en 1995. L'œuvre est d'ailleurs signée et datée deux fois : Rahir 77 au bas de la fresque, à la verticale sous la fillette au violon, et C'est la Vie. Cl. Rahir 95 à l'extrémité droite.
Sur un fond à dominante verte orné de nombreux motifs végétaux et d'un immense oiseau blanc dans le coin gauche, la fresque représente les différentes saisons de la vie, à travers de nombreuses scènes comme un couple en train de lire, une femme enceinte, une jeune femme jouant du violoncelle accompagnée d'une fillette jouant du violon, une maman et son enfant, un couple d'âge mur. Outre ces scènes de la vie, la fresque représente également des personnages religieux, comme un ecclésiastique jouant de la flûte.
Petites histoires d'une grande université vignette|droite|redresse=0.8| vignette|droite|redresse=0.8| Le pan de mur situé à l'arrière des Auditoires Studio Agora au-dessus de la rue de la Lanterne Magique est orné d'une grande fresque du même Claude Rahir appelée Petites histoires d'une grande université.
Cette peinture murale est tout ce qui reste d'une immense fresque de de long et de de haut, d'une superficie de réalisée par Claude Rahir en 1984 et recouverte en 1991 à plus de 90 % lors de la construction du bâtiment de l'Institut d'administration et de gestion (IAG - Collège des Doyens)Site de Claude RahirOttignies-Louvain-la-Neuve - Art dans la ville - Petites histoires d'une grande université..
On peut voir une photo de l'état initial de la fresque de de long sur le site de l'UCL. ainsi que les sites Trompe l'œil et BD Murales..
Comme l'explique l'historienne Mélanie De Groote, la réalisation de la fresque est une initiative personnelle de l'artiste qui voulait embellir l'énorme surface grise constituée par le mur arrière de ce qui était alors le cinéma « Studio Agora ». Pour son travail, Rahir ne demande à l'UCL que l'équivalent de la somme nécessaire pour peindre le mur en blanc. Selon De Groote . L'historienne précise que .
Pour peindre sa fresque, Rahir travaille dans une nacelle suspendue, sans recul et sans possibilités de retouches. Il se repère sur les points de serrage du coffrage, disposés tous les 40 cm.
Quatre ans seulement après la réalisation de la fresque, l'UCL décide de construire l'Institut d'administration et de gestion (IAG - Collège des Doyens), qui masque depuis 90 % de l'œuvre. La peinture murale n'est pas été détruite : elle existe toujours, protégée par une couche de frigolite, mais elle est invisible.
La fresque raconte l'histoire de l'Université de 1425 à 1980. et se lit comme une bande dessinée.
La première partie de la peinture murale décrit l'Université ancienne, basée à Louvain, tandis que la deuxième partie décrit l'UCL à Louvain-la-Neuve et à Louvain-en-Woluwe (Bruxelles).
La partie restée visible correspond environ au quart de la première partie. La fresque se lisant de gauche à droite, c'est donc le tout début de l'histoire qui a été préservé.
Comme le souligne l'historienne Mélanie De Groote, . On y voit le pape Martin V, assis sur un trône et coiffé de la tiare, tenant sur les genoux un document qui serait la bulle de fondation de l'Université de Louvain le .
À la droite de Martin V est représenté l'hôtel de ville de Louvain et sous lui sont figurés les premiers enseignements délivrés par l'Université, avec un professeur et des étudiants médiévaux, selon un dessin réalisé en 1467 par . À côté de cette scène, une jeune femme est représentée allongée sous un poème de Louise Labe (1526) : Tout en un coup je sèche et je verdoie. Ainsi Amour inconstamment me mène.
La partie cachée de la première partie de la fresque représente entre autres une Sedes Sapientiae haute de 10 mètres, les halles universitaires de Louvain et des personnages contemporains des premiers temps de l'université comme Léonard de Vinci ou Christophe Colomb.
La deuxième partie (complètement cachée) est consacrée entre autres au patrimoine wallon, aux sites de l'UCL à Louvain-la-Neuve et à Louvain-en-Woluwe, à l'ancienne bibliothèque des Sciences et à la recherche à l'UCL (Georges Lemaître et la théorie du Big Bang, le cyclotron de Louvain-la-Neuve…).
Sculptures vignette|droite|redresse| Les murs de la place Agora sont ornés de deux minuscules statuettes réalisées par Isaac Cordal, un sculpteur espagnol invité lors du festival Kosmopolite Art Tour 2015..