Le fort de Moulainville, appelé brièvement fort Feuquières, est un ouvrage fortifié se situant à la limite entre les communes d'Eix et de Moulainville, dans le département de la Meuse. Construit à la fin du et modernisé au tout début du , il fut abondamment pilonné par l'artillerie allemande pendant la bataille de Verdun.

Création Le fort est construit de 1885 à 1886, en même temps que le fort de Douaumont, pour renforcer la seconde ceinture de forts détachés sur la rive droite de la Meuse.

Par le décret du , le ministre de la Guerre Georges Boulanger renomme tous les forts, batteries et casernes avec les noms d'anciens chefs militairesNote le du ministre de la Guerre Boulanger aux généraux commandant les régions militaires ; décret présidentiel du pour les nouvelles dénominations des forts, batteries et casernes sur proposition du ministre de la guerre, M. le général Boulanger.. Pour le fort de Moulainville, son « nom Boulanger » est en référence au lieutenant-général Antoine de Pas de Feuquières, ancien gouverneur de Verdun : le nouveau nom devait être gravé au fronton de l'entrée. Dès le , le successeur de Boulanger au ministère, Théophile Ferron, abroge le décretLettre bis le de M. le ministre de la Guerre, M. le général Ferron, abrogeant le décret présidentiel du 21 janvier.. Le fort reprend officiellement son nom précédent.

Description Le fort est bâti sur le rebord oriental des côtes de Meuse, sur une croupe boisée entre le vallon de Moulainville et celui du ruisseau d'Eix, à d'altitude, dominant ainsi la Woëvre d'un peu plus d'une centaine de mètres. À l'extrémité orientale du camp retranché de Verdun, entre les forts de Vaux et du Rozelier, il contrôlait la route d'Étain (l'actuelle D603) et la voie ferrée venant d'Hagondange. Les fossés, défendus par quatre caponnières (deux doubles et deux simples), délimitent une surface de en forme d'hexagone irrégulier aux flancs étroits. La caserne, construite en maçonnerie, est collée au fossé de gorge, tandis que l'artillerie est placée sur des plates-formes bordées de cinq traverses-abris.

À la suite de la crise de l'obus-torpille dans les années 1880, le fort est modernisé.

De 1889 à 1891, le milieu du casernement est recouvert par une carapace de de béton et les trois caponnières sont remplacées par des coffres de contrescarpe..

De 1905 à 1909, l'armement à l'air libre est remplacé par des pièces sous tourelles :

- une tourelle pour un ;

- une tourelle pour deux ;

- deux tourelles de mitrailleuses ;

- une casemate de Bourges (assurant le flanquement vers le fort du Rozelier avec ses deux canon de 75 modèle 1897).

Première Guerre mondiale Lors de la mobilisation française de 1914, la garnison du fort est composée de la moitié d'une compagnie du d'infanterie (), d'une batterie du d'artillerie à pied (), d'un détachement du génie () et de deux infirmiers. Le , la tourelle de envoie treize obus à shrapnel sur la lisière sud du bois de Moranville, où était visible un groupe d'Allemands. Le , deux obus explosifs de sont tirés vers Fromezey, mais le front s'éloigne ensuite, le fort ne servant plus que d'observatoire. En , la moitié des munitions des tourelles d'artillerie furent retirées ; fin 1915, la casemate de Bourges est désarmée, ses canons et munitions envoyés sur le front.

La garnison d'infanterie est retirée dès ; au tout début de 1916, il ne reste dans le fort qu'un détachement de (pour armer les tourelles et les coffres).

Bataille de Verdun

Le , au de la bataille de Verdun, les troupes françaises évacuent la Woëvre pour se retrancher sur les côtes de Meuse. Le matin du 25, la tourelle de ouvre le feu sur les colonnes allemandes qui débouchent sur la route d'Étain, à du fort, puis le lendemain c'est la tourelle de qui fait un premier tir de barrage sur le chemin d'Abaucourt à Moranville. À partir de la soirée du , l'artillerie allemande vise particulièrement le fort, d'autant que le front s'est fixé à environ ..

Face au risque de la prise du fort par les troupes allemandes, quatorze fourneaux de mine aménagés dans les murs du fossé de gorge furent chargés chacun avec de poudre noire ; le , le pilonnage fit exploser cinq fourneaux dans une grande explosion : le pilonnage s'arrête, les observateurs allemands pensant que le fort avait sauté. L'infanterie allemande se prépare à l'assaut. Dans le fort, le commandant fait tirer la tourelle de , armer les coffres et la caponnière de gorge et réunit la garnison face à l'entrée (le pont-levis est bloqué) pour repousser les assaillants. Mais, constatant l'activité du fort, l'assaut est annulé et le bombardement d'artillerie reprend à partir de .

vignette|upright=1.5|Plan du fort de Moulainville en noir, avec en rouge les impacts des principaux obus allemands numérotés par ordre chronologique. La garnison est renforcée en mars, avec une pleine compagnie d'infanterie (la du d'infanterie), renforcée de sections de mitrailleuses ; la casemate de Bourges est réarmée en avril avec deux canons de sur affût de casemate. Le , un obus de perfore la dalle ( de béton armé) du coffre de contrescarpe nord (impact ) ; un autre () explosa dans un abri près de la tourelle de , tuant six artilleurs, puis l'asphyxie et les décombres font six autres morts parmi les sauveteurs. Un troisième obus () explosa dans la galerie de communication sud, son souffle tuant cinq autres hommes.. Ce jour-là, le médecin du fort et quelques hommes devinrent fous à cause des vibrations et des gaz toxiques, à tel point qu'ils furent enfermés quelques heures. Le , le général Prax (chef de la , responsable du fort) ordonna de désormais évacuer l'essentiel de la garnison lors des bombardements lourds. Le , le génie propose de creuser des galeries supplémentaires cinq mètres en dessous des locaux du fort, soit quinze mètres sous la surface : le percement commence début mai.

vignette|upright=1.3|Plan du fort, avec en rouge le tracé des galeries souterraines creusées en 1916-1917. Au total, le fort de Moulainville a reçu du au environ 330 obus de (dès le 27), 770 de , ou allongés, de courts, ou , de et de , soit un obus par trois m², ., ce qui a totalement bouleversé les dessus et les fossés du fort. Des galeries se sont plusieurs fois effondrées, le béton armé a été profondément fouillé, mais les tourelles ont poursuivi leurs tirs malgré tout : la tourelle de a tiré de février à septembre, tandis que celle de en a envoyé sur la même période..

Après-guerre De 1930 à 1933, le réseau de galeries souterraines creusé en 1916-1917 (appelé « réseau de 17, pour 1917 ») est bétonné pour éviter les effondrements : les bois d'étayage étaient pourris par le manque de ventilation. Les collerettes en béton armé des tourelles, qui avaient été fissurées en profondeur, brisées voire pulvérisées en surface par les bombardements, sont remises en état.

Le fort de Moulainville sert en 1936 de site-test pour une casemate équipée d'un mortier de , dans le coffre de contrescarpe sud.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, des éléments métalliques légers (grilles, portes) seront récupérés par l'occupant, mais les gros éléments (tourelles, observatoires )sont laissées en place.

Toujours intégré au domaine militaire, il est devenu par Convention avec le conservatoire lorrain, un gîte d'hibernation pour les chauves-souris (notamment une centaine de Grands rhinolophes et un peu moins de Vespertilions à oreilles échancrées), d'où la pose de grilles pour fermer aux humains les accès aux galeries et l'intégration du site au réseau Natura 2000 (au sein du « corridor de la Meuse »)..

Références

Voir aussi Bibliographie .

Lien externe .

Articles connexes Place fortifiée de Verdun Bataille de Verdun Forêt de guerre Zone rouge (séquelles de guerre)

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