L'épigraphie hébraïque est une science historique et archéologique qui a pour objet l'étude, la répertorisation et la traduction des inscriptions antiques rédigées en hébreu ancien.
Datation des inscriptions les plus anciennes
Les plus anciens documents épigraphiques en hébreu ancien pourraient dater du Parmi eux figurent trois inscriptions de Tel Rehov ()Amihai Mazar, Three - Century B.C.E. Inscriptions From Tel Rehov, Saxa loquentur: Studien zur Archäologie Palälastinas/Israels – Festchrift für Volkmar Fritz (2003), 171-184.. Les datations du sont l'objet de débats chez les archéologues. Les datations du — époque où se produit la généralisation de l'écriture en hébreu ancien — font, elles, consensus.
Catégories d'inscriptions L'épigraphie hébraïque antique se caractérise par ses supports. Elle est essentiellement constituée « d'inscriptions sur objets de céramique : jarres, bols, bouteilles, ou même lampes et figurines »Françoise Briquel-Chatonnet, « Inscriptions de prestige et écritures du quotidien : le corpus épigraphique en hébreu ancien au miroir de son contexte ouest-sémitique », in Alphabets, texts and artefacts in the ancient Near-East. Studies presented to Benjamin Sass, Paris, 2016. Les ostraca et les sceaux sont aussi des supports d'inscriptions privilégiés.
Tablettes vignette|200px|Réplique du Calendrier de Gezer au musée de Jérusalem
Le calendrier de Gezer () décrit des périodes bimensuelles liées à l'agriculture. Il pourrait s'agir d'une des plus vieilles traces d'hébreu ancien connuesJoe D. Seger, « The Gezer Jar Signs : new evidence of the earliest alphabet », in Carol Meyers - Michael Patrick O'Connor (ed.), The word of the Lord shall go forth, Essays D.N. Freedman, Winona Lake, 1983, .. Cependant, sa datation et même la langue dans laquelle le document est écrit sont contestées dans la communauté scientifiqueDennis Pardee, « A Brief Case for the Language of the ‘Gezer Calendar’ as Phoenician » in Linguistic Studies in Phoenician, ed. Robert D. Holmstedt and Aaron Schade, Winona Lake, ..
Ostraca vignette|Reproduction de l'ostracon 3 (recto)
De nombreux ostraca ont été retrouvés lors de campagnes de fouilles. Leur proportion dans les artefacts hébreux est « sans commune mesure avec le corpus phénicien » et donne « des indications précieuses sur la société et son organisation ». Le corpus le plus important d'inscriptions en hébreu ancien est constitué par les lettres de Lakish, ostraca du D'autres ostraca viennent d'Arad () et de Samarie (). Toutes ces inscriptions sont rédigées en alphabet paléo-hébraïque. Il n'est pas certain que l'ostracon de Khirbet Qeiyafa () relève de l'épigraphie hébraïque : sa langue de rédaction — hébreu ou cananéenne — est actuellement discutée.
Vases sacrés Les objets du culte juif pouvaient aussi être frappés par des inscriptions. L'inscription qdš (« saint ») a été trouvée sur plusieurs vases, dont un dans des fouilles à HazorAndré Lemaire, « Notes d'épigraphie nord-ouest sémitique », Syria, 61, 3-4, 1984. pp. 251-256.
Sceaux royaux thumb|Sceau LMLK. La première ligne porte l'inscription LMLK, la seconde [...]BRN, c'est-à-dire Hébron.
Environ deux mille jarres de stockage trouvées en Judée, notamment autour de Jérusalem, ont sur leur anse l'inscription (lamed mem lamed kaf). Ces inscriptions sont datées du règne d'Ézéchias, roi de Juda (fin ).
Inscriptions lapidaires thumb|Inscription de Siloam
Le corpus épigraphique hébraïque comprend également des inscriptions lapidaires, mais rares sont celles qui sont parvenues jusqu'à nous. Cette rareté est attribuée à « l'occupation constante et la reconstruction des villes majeures »Alan R. Millard, « Literacy (Israel) », in David Noel Friedeman (ed.), Anchor Bible Dictionary, 4, New York-London-Toronto, 1992., occasionnant le réemploi des pierres éventuellement gravées. Quelques-unes ont cependant été conservées jusqu'à notre époque. Parmi elles, l'inscription de l'intendant royal, l'inscription funéraire d'un fonctionnaire judéen du ., et l'inscription de Siloam (), dans le tunnel d'Ézéchias qui amène l'eau de la source de Gihon au bassin de Siloé, remonterait à la construction du tunnel sous les règnes des rois Ézéchias ou Manassé.. L'abécédaire de Zayit () est également gravé sur la pierre.
Rouleaux
Les rouleaux de Ketef Hinnom sont les plus anciens fragments bibliques actuellement connus.. Sans doute portés en amulettes autour du cou Ziony Zevit, The Religions of Ancient Israel: A Synthesis of Parallactic Approaches, éd. Continuum International Publishing Group, 2003, ; cf. également Jérusalem - Plaques d'argent portant la bénédiction biblique des prêtres, n. s., site du Israel Ministry of Foreign Affairs, 23/11/1999., ils contiennent des formules de bénédiction figurant dans le Livre des Nombres VI, 24-26.
Alphabets hébraïques
Jusqu'au , l'alphabet paléo-hébraïque est en usage. De retour de l'exil à Babylone, les Hébreux se mettent à l'utilisation d'une forme empruntée aux Juifs babyloniens, l'écriture carrée, dite aussi hébreu carré.
Épigraphie hébraïque et exégèse biblique Les données des documents épigraphiques hébraïques enrichissent les recherches textuelles, exégétiques et historiques sur la Bible. Elles attestent l'existence de personnages, royaux ou non, mentionnés dans l'Ancien Testament (pour les rois, Ézéchias« Un sceau d'un roi de Judée découvert à Jérusalem », dépêche Reuters, 2 décembre 2015. et son fils ManasséMatthieu Richelle, « L'épigraphie nord-ouest sémitique et son intérêt pour l'Ancien Testament », Théologie évangélique, vol 7, 2, 2008., entre autres). Sur le plan onomastique, elles permettent d'éclairer le sens de mots rares ou d'hapax présents dans le texte biblique : pîm (1 S 13, 21) a pu être expliqué par des inscriptions trouvées sur des poids judéens contenant le mot pym et zāmîr (Ct 2, 12) par zmr, présent sur la tablette de GezerAndré Lemaire, « Épigraphie et Bible », in Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Turnhout, 2002.. Les inscriptions constituent dans certains cas des critères externes pour améliorer la datation d'un livre de la Bible : les formulations des dates dans les ostraca d'Arad sont les mêmes que celles du livre d'Ezéchiel et confirment les dates données par ce dernier au . Elles fournissent aussi des informations sur les pratiques officielles du judaïsme et sur la piété populaire des pratiquants.
Voir aussi Bibliographie D. Diringer, Le iscrizioni antico-ebraiche Palestinesi, Florence, 1934 J.-B. Frey, Corpus inscriptionum judaicarum. Recueil des inscriptions juives qui vont du siècle avant J.-C. au de notre ère, I, Rome-Paris, 1936 ; II, Rome, 1952 ; réédition New York, 1975 S. Moscati, L'epigrafia ebraica antica, 1935-1950, Rome, 1951 J. C. L. Gibson, Textbook of Syrian Semitic Inscriptions I, Hebrew and Moabite Inscriptions, Oxford, 1971 L. G. Herr, The Scripts of Ancient Northwest Semitic Seals, 1978 G. I. Davies, Ancient Hebrew Inscriptions, 1991 J. Renz, Handbuch der Althebräischen Epigraphik, Darmstadt, 1995 S. L. Gogel, A Grammar of Epigraphic Hebrew, Atlanta, 1998
Articles connexes André Lemaire Françoise Briquel-Chatonnet
Liens externes The Northwest Semitic Inscription Archive
Notes et références
* Catégorie:Épigraphie Catégorie:Langue hébraïque