La littérature grecque hellénistique est la littérature grecque antique produite durant la période hellénistique. Cette époque commence à la mort d'Alexandre le Grand en , avec l'émergence des royaumes fondés par ses généraux pour se partager l'empire qu'il a conquis, et se termine avec la soumission du monde grec par l'Empire romain à la fin du Pendant l'époque hellénistique, les principaux centres de la vie culturelle et intellectuelle changent : alors qu'Athènes dominait largement la vie intellectuelle durant la période classique, la période hellénistique voit l'essor de plusieurs autres grands foyers culturels, en particulier à Alexandrie en Égypte, qui abrite notamment la bibliothèque d'Alexandrie, mais également en Asie mineure, dans les îles grecques et dans les capitales des royaumes hellénistiques. Cette période est marquée par l'intensification et la multiplication des échanges entre la culture grecque et les cultures voisines.
Contexte de l'époque hellénistique
Expansion et transformations du monde grec Le roi macédonien Alexandre le Grand entre 336 et 323 av. J.-C. puis ses successeurs, les diadoques, et les souverains des dynasties qu'ils fondent, réalisent des conquêtes qui aboutissent à la fondation de nombreuses cités grecques en Asie mineure, en Égypte, dans l'ancien empire perse et jusqu'en Inde et en Afghanistan . Ces cités sont rarement fondées ex nihilo : elles s'enracinent en général dans les capitales des empires plus anciens (Babylone en Perse) ou des agglomérations préexistantes, mais elles y édifient des bâtiments et des monuments typiquement grecs (agoras, théâtres, gymnases où l’on s’entraîne à la fois aux choses de l’esprit et à celles du corps, stades, etc.). Ce mouvement d'urbanisation va de pair avec la création d'institutions politiques, administratives, économiques mais aussi culturelles : portiques, salles de conférences, bibliothèques, écoles. Ces institutions éducatives passent au premier plan et assurent la perpétuation de l'homme grec ; elles forment en même temps autant de vecteurs de diffusion de la culture grecque dans des régions du monde nouvelles.
La langue grecque, autrefois parlée dans différents dialectes selon les régions, s'uniformise dans une langue commune, la koinè. Elle se diffuse dans l'entièreté du monde grec et est comprise partout.
Dans le même temps, les communications s'intensifient, les voyages sont fréquents bien que longs et encore pénibles. Contrairement à ce que les historiens et les hellénistes ont cru dans la première moitié du , la vie politique des cités grecques et le sentiment d'appartenance à une communauté civique ne disparaissent pas avec la perte d'indépendance des cités grecques et la multiplication des royaumes, même si la démocratie n'y est plus aussi poussée que dans l'Athènes de l'époque classique et laisse un grand rôle aux notables jouant le rôle de bienfaiteurs.
Les contacts entre la culture grecque et d'autres cultures très variées sont désormais nombreux et constants. Les conquêtes d'Alexandre et des souverains hellénistiques n'aboutissent pas à une fusion complète entre les cultures, même si cet aspect devient rapidement une des composantes de la légende d'Alexandre chez des auteurs comme Plutarque à l'époque romaine. Mais elles ne doivent pas non plus être confondues avec le colonialisme occidental des Le problème des rapports entre culture grecque et cultures indigènes est « d’une infinie complexité » selon Édouard Will : les Hellènes ont plutôt cherché à garder leur distance à l’égard de la culture des peuples soumis, et malgré l'hellénisation partout des milieux indigènes, des courants hostiles à l'hellénisme ou aux Hellènes se sont manifestés çà et là (Will, Mossé et Goukowsky 1975, pages 503 à 512).. Si l'influence des Grecs sur les peuples « barbares » a toujours été tenue pour évidente, l'amélioration de notre connaissance des autres cultures et des travaux savants faisant coopérer des spécialistes de différentes aires culturelles ont montré que les cultures non-grecques ont elles aussi influencé l'hellénisme en retour. Les influences orientales ne furent profondes que dans le domaine religieux, tandis que dans les domaines intellectuel et artistique, comme pour la langue, le droit, et les institutions, la culture hellénistique se situe dans le droit prolongement de la culture grecque classique.
La ville de Rome exerce très probablement une influence sur le monde hellène dès la période hellénistique, avant la fin de la conquête des cités grecques par Rome, .
Alexandrie
upright=1.5|thumb|Vue d'artiste de l'intérieur de la bibliothèque d'Alexandrie sur une gravure du . Tandis que la vie intellectuelle de l'époque classique était dominée par la cité d'Athènes, la période hellénistique voit un déplacement des centres intellectuels vers plusieurs autres cités situées hors de Grèce centrale.
La ville d'Alexandrie, en Égypte, joue un rôle majeur. Les souverains lagides (les Ptolémée) entretiennent de nombreux intellectuels et artistes et mettent en place des institutions savantes qui prospèrent à la faveur de la stabilité de la situation politique. En 288 av. J.-C., Démétrios de Phalère, venu d'Athènes, prolonge la tradition des recherches scientifiques engagées dans presque tous les domaines du savoir par Aristote et ses disciples au Lycée ; c'est sur le modèle de l'organisation de cette école philosophique aristotélicienne qu’il fonde à Alexandrie, avec le soutien de , le Mouseîon et la bibliothèque d'Alexandrie, qui deviennent à la fois des lieux d'archivage et de conservation du patrimoine culturel mondial et des lieux de vie intellectuelle intense.
La bibliothèque d'Alexandrie, qui fait partie du Mouseîon, se donne pour but de rassembler toutes les œuvres grecques ou traduites en grec produites jusqu'à son époqueAmouretti et Ruzé (2003), 294.. Elle possède près de rouleaux de papyrus au et à la fin du Sirinelli (1993), 70. Le Mouséîon dispose en plus de la bibliothèque d'un parc zoologique, d'un observatoire astronomique et de salles de dissectionSirinelli (1993), 71.. Son nom a donné en français le mot "musée" mais il est en réalité plus proche dans son fonctionnement de ce qu'est un centre de recherche ou un collège d'université au , c'est-à-dire qu'il accueille des savants pour un certain temps et leur donne accès à un financement ainsi qu'à d'importants outils et ressources pour leur travail.
Dotée de structures culturelles et savantes très avancées, Alexandrie attire ainsi des savants venus de tous les coins du monde hellénique et une foule d'artistes y séjournent au moins quelque temps. Les recherches menées à Alexandrie aboutissent à des avancées dans de nombreux domaines. C'est à la bibliothèque d'Alexandrie qu'est formalisé peu à peu le travail d'établissement, de critique et de commentaire savant des textes littéraires et scientifiques, avec le recours à des notes et à des références. Des avancées ont également lieu en mathématiques (Euclide), en astronomie (Aristarque de Samos, Ératosthène), en médecine (l'école de médecine encourage la pratique de la dissection sous l'influence des Égyptiens que leurs pratiques de momification ont habitués à ne pas éprouver de répugnance envers les cadavres ; elle rend possible les découvertes de médecins comme Hérophile et Érasistrate).
Le rôle de la ville d'Alexandrie ne se limite pas à la culture grecque : c'est également dans cette ville que Manéthon utilise les archives égyptiennes pour dresser une précieuse chronologie de l'histoire de l'Égypte pharaonique, et c'est là que les premiers livres de la Bible sont traduits en grec.
Les autres centres intellectuels Plusieurs autres grands centres intellectuels jouent un rôle important. C'est le cas des capitales des royaumes hellénistiques, en raison de la présence du roi qui attire à lui artistes et intellectuels et mène une activité de mécénat constanteAmouretti et Ruzé (2003), 305.. Il en est donc ainsi à Alexandrie en Égypte, qui est la capitale du souverain lagide , mais également dans d'autres villes comme Pella en Macédoine (capitale du roi Antigone II Gonatas, de la dynastie des Antigonides), Syracuse (capitale du tyran ), Pergame (capitale du souverain attalide ) et même Tarse, qui connaissent un rayonnement important, particulièrement marqué au siècle, et jusqu'à la fin du Elles imitent Alexandrie et se dotent à leur tour de bibliothèques. Pergame, en particulier, édifie elle aussi une vaste bibliothèque et attire des savants talentueux au
Certaines îles grecques jouent également un rôle notable : Chypre, Rhodes (dont sont originaires les poètes Simmias et Apollonios) et Cos (qui dispose d'une école de médecine célèbre).
De son côté, Athènes n'a plus le rayonnement de l'époque classique, mais elle conserve un rôle notable en tant que lieu d'éducation pour les jeunes gens des élites cultivées et se distingue en matière de théâtre (avec les auteurs de la comédie nouvelle) et de philosophie.
Rôle de la littérature et de l'auteur dans la société Contrairement aux époques précédentes, où la polis, la cité-État propre à l'esprit grec, était le foyer qui accueillait l'auteur et ses textes, la littérature hellénistique cesse d'être politique et conscrite à la cité et devient proprement cosmopolite, destinée à tout le monde grec.
Les auteurs grecs de l'époque hellénistique sont des hommes de lettre professionnels, des intellectuels philologues. Ils pratiquent dans les grandes bibliothèques, nouveauté de l'époque, où sont concentrés les textes sur lesquelles portent leurs recherches, parfois scientifiques, parfois littéraires. Ces activités se concentrent donc dans des grandes villes, comme Alexandrie, mais également Pergame ou Antioche. Pour autant, ces villes accueillent des érudits venus de différents horizons (Théocrite et Archimède viennent de Sicile, Callimaque de Libye).
Ce ne sera qu'avec la montée de la puissance romaine et de son emprise sur les régions grecques que l'intérêt politique semblera renaître, par exemple avec Polybe qui s'interroge à partir de sur la politique romaine.
Le théâtre vignette|droite|Les livres grecs antiques étaient faits de papyrus. Ici un fragment d'un papyrus d'Oxyrhynque montrant un passage d'une pièce de Ménandre. Vers la fin de la période classique émerge à Athènes les genres de la comédie moyenne puis de la comédie nouvelle, qui s'écartent de la comédie ancienne illustrée par la plupart des pièces d'Aristophane (Aristophane lui-même contribue à faire évoluer la comédie vers la fin de sa carrière) en se désintéressant des sujets politiques jusque là prisés. Les intrigues de ces nouveaux genres comiques gravitent autour du cadre domestique et de l'observation des mœurs. Elles comprennent des éléments comme les enlèvements, les viols commis par des jeunes gens amoureux et les retrouvailles entre proches longtemps perdus de vue. Le costume rembourré muni d'un phallus postiche, typique de la comédie ancienne, est peu à peu remplacé par un costume plus proche de l'habit réel porté par les AthéniensDemont et Lebeau (1996), 193.. Le chœur y joue également un rôle réduit.
Le dramaturge grec Ménandre (né en 342-341 av. J.-C., mort vers ) vit à la fin de la période classique et au début de la période hellénistique. Il compose des comédies appartenant à ce nouveau genre. Ménandre aurait composé plus d'une centaine de pièces, en grande majorité perdues. Pendant longtemps, il n'a été connu que par de maigres fragments, mais la redécouverte de fragments beaucoup plus longs dans les années 1960 a permis de mieux connaître plusieurs de ces pièces, comme Le Dyscolos (Le Bourru) qui a été retrouvée en entier, ainsi que d'autres comme La Double Tromperie ou Le SicyonienDemont et Lebeau (1996), 194-195..