Laméricanisme politique est une tendance idéologique qui prône un engouement pour les États-Unis et tout ce qui est américain, soit l'adoption des idées et manières américaines.

Son antonyme est l'antiaméricanisme.

Définitions Le terme « américanisme » est défini ainsi par le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL). :

Le Larousse en donne cette définition. :

Historique Aux États-Unis

thumb|L'idée d'américanisme fut très utilisée par le Ku Klux Klan (KKK) au siècle ; ici la « main protectrice » du KKK, évangéliste, écrase le pape. À la suite de la Première Guerre mondiale, le patronat, qui mit en œuvre un « plan américain » pour revenir sur les récentes avancées du mouvement ouvrier, comme les xénophobes, qui doutaient de la loyauté des immigrés, défendaient « un américanisme à 100 % »Gary Gerstle, American Crucible : Race and Nation in the Twentieth Century (Princeton, NJ : Princeton University Press, 2001), p. 14-94 ; Stephen Vaughan, Holding Fast the Inner Lines : Democracy, Nationalism, and the Committee on Public Information (Chapel Hill : University of North Carolina Press, 1980), 63..

Si, comme l’a écrit Hofstadter, le destin des États-Unis était « de ne pas avoir des idéologies, mais d’en être une », l’américanisme américain fut toujours en débat et susceptible d’être l’enjeu de luttes. L’américanisme n’a jamais été l’exclusive propriété des conservateurs, xénophobes, anti-syndicalistes ou expansionnistes, car il fut aussi employé par les progressistes et même par des radicaux..

En France thumb|L'hôpital de la base américaine , à Paris (1918-1919). Pour tenter de comprendre l'américanisme politique en France, il faut remonter à l'une de ses sources : la Première Guerre mondiale. Depuis la fin du mois de , date des premiers pas de l’armée américaine en France, les États-Unis connaissent un prestige croissant aux yeux des Européens. La démonstration de leur force militaire et industrielle peut véhiculer l’image d’une nation jeune, puissante, se révélant capable de concurrencer, voire de surpasser, le pouvoir économique et politique de la « vieille Europe ». On assiste alors, côté européen, à la construction d’un mythe américain, celui d’une « terre de modernité » qui agit à la fois de modèle et de repoussoir en particulier pour la société française qui se trouve alors profondément affectée par la guerre.

Le « modernisme » représenté par l’Amérique se double de l’idée d’un mode de vie hédoniste, trépident, industriel, qui correspond aux nouvelles « valeurs » mises de l’avant par certains intellectuels et l’avant-garde au sortir de la Grande Guerre. En effet, la crise que connaît la civilisation française se traduit par une négation de l’ancien monde qui aurait mené aux horreurs des tranchées, et la quête de nouveautés qui anime les artistes témoigne d’une société en recherche d’elle-même.

Les États-Unis, victorieux et prospères, deviennent ainsi un modèle social et politique dès le tournant des années vingt. Modèle qui sera, selon les discours, adopté ou rejeté dans les décennies qui suivront, dans l’entreprise de redéfinition de la culture française.

La thèse du chercheur Richard Kuisel. traite spécialement de l'américanisme social et politique dans la France de 1945 à 1970 ; il écrit :

thumb|Le « Soft Power » américain réside aussi dans la capacité de son économie à projeter ses entreprises sur des marchés étrangers. Ici une chaîne américaine de restauration rapide Five Guys à Aix-en-Provence dans les Bouches-du-Rhône, 2022 En France, comme dans d'autres pays d'Europe de l'Ouest, l'américanisme politique est intimement lié à une politique économique expansionniste américaine. Comme par exemple au moment de l'introduction de la boisson Coca-Cola sur le marché français en 1949-1950.

Ainsi, le plan Marshall fut un levier majeur d'américanisation de la vision politique et industrielle française au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Afin de mieux comprendre la portée du Plan Marshall, ouvrons ici une courte parenthèse sur son historique : contrairement à certains a priori populaires., le Plan Marshall n'a pas pour déclencheur les dégâts infligés par la guerre mondiale et un désir de réparation, mais tire son application politique de la guerre civile grecque qui, tout au long de la guerre et particulièrement après guerre, oppose communistes ex-résistants d'un côté et économico-libéraux et monarchistes de l'autre.. Ces résistants communistes, qui ont tenu les maquis contre les forces du IIIe Reich quelques années plus tôt, se sentent légitimes pour former un gouvernement d'après-guerre en Grèce. Les prémices du plan Marshall (ou, en anglais, ERP "European Recovery Program") vient principalement soutenir l'armée grecque contre les forces communistes et non la reconstruction économique du pays. À une échelle européenne, le Plan Marshall, plus grand levier économique institutionnel de l'américanisme jamais produit à l'extérieur des frontières américaines, sert en partie à soutenir les opposants idéologiques des formations communistes et ex forces de résistance, partout en Europe de l'Ouest et en Méditerranée. Selon le président des États-Unis Harry S. Truman, il s'agit avant tout "d'endiguer le communisme" et sa politique est en partie influencée par le politologue américain George F. Kennan.. thumb|Le succès de ses séries fait du cinéma un outil international d'Américanisation ; notamment au travers de plateformes comme Youtube, Netflix ou Prime Video. Au début des années 1950, l'incitation à la productivité industrielle sur le modèle américain est donc accrue par des visites de plusieurs milliers d'hommes d'affaires, de dirigeants syndicaux et d'hommes politiques français aux États-Unis, afin d'y copier les techniques et d'en importer les principaux produits manufacturiers.

Grâce à des sondages d'opinion effectués au début des années 1950, nous disposons de données concernant les sentiments populaires vis-à-vis de l'Amérique et de l'américanisation. Ces enquêtes montrent que, dans l'ensemble, les Français considéraient l'Amérique comme une force constructive en Europe. Cependant, la politique étrangère américaine en Europe était aussi fortement considérée comme une menace pour l'indépendance de la France. La présence militaire américaine était tolérée plutôt que désirée – deux personnes sur trois souhaitaient que l'influence de l'Amérique diminue.

Cette vague d'américanisme d'après-guerre fut néanmoins tempérée, voire contrée, en France par l'arrivée à la présidence de la République du général de Gaulle en , qui instaura peu à peu pendant une dizaine d'années des outils économiques et structurels en faveur d'une plus grande indépendance du pays. thumb|Les anglicismes sont souvent des indicateurs d'américanisme politique et économique. Le secteur de la presse et des médias est lui aussi affecté par dʼimportantes évolutions auxquelles lʼinfluence américaine nʼest pas étrangère. Dès les années trente, certaines formules telles que le magazine photographique ou le magazine féminin, inventés aux États-Unis, avaient été reprises par la presse populaire hexagonale. L'après-guerre ne fait que confirmer le mouvement, avec la création et le succès de journaux tels que Paris Match en 1949, L'Observateur en 1950, L'Express en 1953, ou, dans le secteur culturel proprement dit, Jazz Magazine, fondé en 1954Ludovic Tournès, "L'américanisation de la culture française ou la rencontre d'un modèle culturel conquérant et d'un pays au seuil de la modernité", Historiens/Géographes, , juillet-août 1997, p. 65-79. http://americanisation.fr/documents/documents_telecharges/cf1c182ef9c02de17221161e8d9be190.pdf.

La mise en perspective des analyses historiques et sociologiques suggère que l'américanisme politique en France est historiquement renforcé ou influencé par chaque mission militaire menée par les forces armées américaines. Depuis l'après Seconde guerre mondiale, cette influence est reportée sur les secteurs économiques et financiers.

En Allemagne L'américanisme politique en Allemagne est intimement lié aux facteurs économiques nationaux.

Dès 1921, dans les principales universités allemandes, plusieurs cours sur l'américanisme ont été mis en place..

Idéologiquement, au , une partie importante de la philosophie allemande reste en accord avec la politique extérieure expansionniste américaine, comme en témoignent les écrits d'Engels sur le sujethttps://www.cairn.info/revue-actuel-marx-2004-1-page-91.htm.

Il est important de noter que, sur le plan de la politique internationale, il fait alors écho à l’idée américaine de la Manifest Destiny, telle qu’elle ressort lors de la guerre contre le Mexique : grâce à la « valeur des volontaires américains », « la splendide Californie a été arrachée aux indolents Mexicains, qui ne savaient pas quoi en faire » ; mettant à profit les gigantesques conquêtes nouvelles, « les énergiques Yankees » donnent une nouvelle impulsion à la production et à la circulation de la richesse, au « commerce mondial », à la diffusion de la « civilisation »Marx-Engels, "Zivilisation", 1955, VI, 273-5. thumb|L'américanisme est, sous le IIIe Reich, associé à l'influence juive dans différents domaines de la société allemande. À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne est le quatrième plus gros bénéficiaire du plan Marshall, avec presque 1,4 milliard de dollars, dont plus de 1,1 milliard de « dons ».

Plus tard, au cœur de la guerre froide, les relations germano-américaines des années 1980 constituent une priorité pour la diplomatie américaine de Ronald Reagan. S'ouvre alors une guerre des idées pour la "conquête des esprits" en Allemagne de l'Ouest.

Dans un climat d’insécurité marqué par la crise des euromissiles (1983), les Allemands de l’Ouest faisaient l’objet d’une surveillance particulière de la part des agents d’information américains, en partie afin de "contrer" l'influence russe (TASS) sur le territoire..

Un certain américanisme est ainsi visible dans la politique économique allemande depuis la chute du mur. L'ordolibéralisme germanique dépend en effet en grande partie de l'accès au marché américain.. Avec une préférence historique pour les traités multilatéraux, stables et à long terme, l'élection de Donald Trump à la présidence américaine a quelque peu atténué les possibilités de vision à moyen-terme de l'Allemagne envers les États-Unis. Certains analystes allemands projettent même une scission des volets économiques et politiques de la politique américaniste allemande.

Néanmoins, un manifeste de 2017 publié dans l'hebdomadaire Die Zeit prévoit :

En 2018, les États-Unis possèdent une ambassade et cinq consulats en Allemagne (Berlin, Düsseldorf, Francfort, Hambourg, Leipzig et Munich).. Étant l'une des plus grosses ambassades américaines d'Europe, celle de Berlin a un impact tant symbolique que sur le terrain diplomatique.

Aux Pays-Bas Les maîtres mots de la politique étrangère hollandaise ont été, historiquement, ceux de commerce et de navigation, mais aussi de neutralisme et d'abstention, d'idéalisme internationalhttps://www.jstor.org/stable/42670391?seq=1#page_scan_tab_contents. Ce positionnement politique fut quelque peu abandonné après la Seconde Guerre mondiale: les « alliés » américains furent accueillis comme des libérateurs et sont demeurés depuis, aux yeux des gouvernements néerlandais, les piliers de la politique étrangère et de défense néerlandaise.

Dans le domaine de la coopération économique, l'intégration européenne fut considérée comme un moyen de favoriser les intérêts commerciaux, mais aussi comme un instrument politique pour préserver et renforcer l'unité européenne.

Néanmoins, la volonté néerlandaise de faire adhérer le Royaume-Uni à la Communauté s'expliquait presque exclusivement par des arguments économico-politiques, indépendamment de l'OTAN.