vignette|Les différentes éditions du Congrès international des recherches féministes dans la francophonie (CIRFF) Le Congrès international des recherches féministes dans la francophonie (ou CIRFF) est créé en 1996 à l'initiative de chercheuses féministes québécoises. Il a lieu tous les trois ans. C'est un lieu d’échanges et de rencontres entre chercheuses, étudiantes, militantes et actrices sociales sur les savoirs féministes en langue française, autour des études féministes, de genre et sur les femmes.
Pour sa neuvième édition, du 17 au , le CIRFF revient à Québec afin de célébrer ses trente ans. Cette édition est organisée par la Chaire Claire-Bonenfant - Femmes, Savoirs et Sociétés, en collaboration avec le Lab PROFEMS, le RéQEF et la Faculté des sciences de l’administration, sous le thème : « (Ré)Imaginer : francophonie, luttes et savoirs féministes ».
Contexte Le premier Congrès international des recherches féministes dans la francophonie a eu lieu à l'Université Laval, à Québec en 1996. Il a été organisé par Huguette Dagenais, professeure d’anthropologie et titulaire de la Chaire d'étude sur la condition des femmes, aujourd'hui dénommée Chaire Claire-Bonenfant - Femmes, Savoir et Sociétés. Il initie une série de congrès qui compte aujourd'hui huit éditions.
Les études féministes sont alors dominées par la recherche anglo-saxonne. Les chercheuses féministes du Québec, habituées des rencontres internationales anglophones et bilingues, ressentaient le besoin d'échanger, directement et sans traduction, avec des collègues féministes partageant la même langue et d'ainsi intensifier le réseautage international en langue française. Dès cette première édition, la place des femmes et la question des rapports sociaux de sexe en contexte post-colonial sont abordés. Fatou Sow, sociologue sénégalaise et chercheuse féministe, suggère que la deuxième édition se déroule en Afrique, continent où les francophones sont nombreuses et la recherche féministe qui s'y développe mérite d'être mieux connue. L'idée d'organiser le congrès dans des pays francophones, en changeant de continent à chaque fois est née. Les congrès font le lien entre la recherche scientifique et la réalité du terrain. Les liens se tissent entre chercheuses et militantes sachant que les chercheuses sont également des militantes féministes.
1996 - Québec La première édition a lieu à l'Université Laval, à Québec, du 24 au . Sous le titre de La recherche féministe dans la francophonie – État de la situation et pistes de collaboration, elle réunit 320 conférencières et conférenciers dans 56 séances de 3 heures et demi. Les 475 inscriptions payantes proviennent d'une trentaine de pays. Ce congrès est l’occasion de montrer que tous les domaines s’enrichissent désormais des contributions féministes. La thématique du développement (international, régional, urbain) est celle qui occupe le plus grand nombre de séances suivie de celles concernant l’Afrique, l’éthique, la reproduction, les femmes autochtones, la violence, la religion, le sexisme dans la langue française, la place des hommes chercheurs ainsi que les rapports entre féministes universitaires et féministes d’État.
Ce premier CIRFF est aussi l’occasion pour la revue internationale Recherches féministes, fondée en 1988, d’accueillir les autres périodiques francophones de recherche féministe existant à l’époque. On peut parcourir le programme complet, le dépliant contenant des informations contextuelles et le texte Petite histoire du CIRFF sur le site de la Chaire Claire-Bonenfant– Femmes, Savoirs et Sociétés.
Plusieurs publications sont issues de ce congrès :
Deux ouvrages : Huguette Dagenais (dir.), Pluralité et convergences. La recherche féministe dans la francophonie, livre de 532 pages, composé de 23 chapitres et d'une introduction. Hélène Dumais (dir.), Le sexisme dans le langage : points de vue féministes, qui contient 11 des quatorze communications présentées durant les deux séances consacrées à ce thème. Un dossier publié dans Recherches féministes « La documentation au service de la recherche féministe » Plusieurs articles des numéros « Territoires » et « Éducation et émancipation » de Recherches féministes
De plus des comptes-rendus de l’événement ont été publiés, en provenance de la France, de la Suisse, de la Belgique et des États-Unis tels que ceux de Françoise Collin, Thérèse Moreau, Françoise Heck, Françoise Pissart, Joëlle Vitiello.
Enfin, le documentaire La recherche féministe dans la francophonie – État de la situation et pistes de collaboration, réalisé à partir de nombreux témoignages de participantes venues de différentes régions du monde, se trouve à la bibliothèque de l’Université Laval.
1999 - Dakar La deuxième édition intitulée La recherche féministe dans la francophonie plurielle a lieu à l’Université Cheikh-Anta-Diop à Dakar du 17 au . Elle a reçu le soutien financier du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada et le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), une institution de l'Union africaine, établie à Dakar. Selon Fatou Sow, organisatrice de ce congrès, celui-ci a pour ambition de situer les réflexions et visions féministes, dans le cadre d’une francophonie forcément plurielle, « en rassemblant, hors de l’espace occidental, un nombre plus large des voix qui avaient contribué à lui donner corps et esprit, avec leurs diverses expériences historiques, politiques et socioculturelles ».
Le colloque n’est pas un congrès africaniste de plus. Il veut promouvoir le débat entre membres de la recherche scientifique, activistes ou individus de l’espace francophone, sur les cadres, les thèmes, les concepts, les priorités et les méthodologies de la recherche féministe, propres à leurs contextes : comment pousser la réflexion et l’action sur des thèmes qui, de l’éducation à l’accès aux ressources, de l’interprétation des cultures aux pratiques religieuses et leur transformation courante en intégrismes à la fois culturels et religieux, de la participation au politique à l’insertion dans l’économie formelle, des études démographiques aux recherches historiques ou critiques littéraires, touchent les femmes, leurs places et statuts, leurs relations aux autres ? Comment prendre en compte et analyser les rôles sociaux des sexes, afin de mieux saisir les mutations de nos sociétés respectives ?
À son époque, ce colloque a une grande importance. Premièrement, il se déroule dans un milieu dont on déplore alors à la fois la paresse académique et la vive hostilité à une problématique accusée d’occidentalisme. Deuxièmement, il constitue une occasion de discuter des outils conceptuels à partir de confrontations fécondes d'idées et de thèmes de recherche et d'action. Enfin, pour les Africaines, originaires d’un continent riche de milliers de langues, ce congrès marque leur engagement dans une lutte politique de longue durée, dans un monde où des femmes (la majorité) n’utilisent pas ou peu une langue européenne : « Comment créer les concepts et méthodes dans les langues africaines afin d’analyser et rendre compte du vécu des femmes et de leurs stratégies ? Comment créer des concepts et un langage féministes communs qui transcendent les diversités linguistiques et culturelles ». La question est ouverte.
2002 - Toulouse Organisé par l’équipe d’accueil doctoral (EA 3053) SIMONE-SAGESSE, le Congrès a lieu du 17 au à Toulouse sous l’intitulé : Ruptures, résistances et utopie. Il se déroule 20 ans après le colloque « Femmes, féminisme et recherches », événement fondateur des études féministes en France. Plus de 800 participants ont été accueillis dans 36 ateliers thématiques, 9 tables rondes et 5 séances plénières, sous un chapiteau sur le campus de l’Université du Mirail dévastée une année auparavant par l’explosion de l’usine AZF voisine.
‘Ruptures’ : En proposant de nouvelles manières de penser les catégories de sexe et les rapports entre les hommes et femmes, les recherches féministes, ont produit de nouvelles connaissances, sans cesse renouvelées, sans cesse à renouveler, mais toujours dans le souci de faire avancer le statut des femmes là où elles se trouvent, là où elles luttent pour leur dignité.
‘Résistances’ : Parallèlement aux mouvements sociaux de lutte contre les inégalités de sexe, les violences, la pauvreté et l’exclusion, les recherches féministes ont identifié et analysé les différentes formes de résistances (masculines) au changement. Les résistances se situent simultanément dans les pratiques sociales et dans les paradigmes scientifiques.
‘Utopies’ : L’imagination utopique paraît primordiale pour ne pas confondre recomposition et disparition de la domination, pour renouveler les programmes de recherche et les programmes d’action […] ».
Avec l’appui du Centre de promotion la recherche scientifique (CPRS), le congrès a accueilli l’Université d’été de la Fédération nationale Solidarité-femmes, avec un atelier dédié à la question des violences faites aux femmes. Cette volonté de lier recherche et militantisme s’est manifestée par l’adoption d’une motion par l’ensemble des congressistes qui s’engagèrent « à rétablir et renforcer le lien entre théorie et action féministes, entre discours et pratique, de façon que les forces soient réunies pour transformer durablement le réel ».
L’un des ateliers du colloque fut consacré à imaginer la forme que pourrait prendre une future fédération des étudiants, doctorants et jeunes chercheurs féministes et a abouti à la création, en 2003, de l’association nationale EFiGiES.
Le Congrès de Toulouse a également permis à un collectif de doctorants en sciences sociales, devenu association loi de 1901 CLASCHES en , de dénoncer l’insuffisance des réponses institutionnelles au harcèlement sexuel dans les universités et organismes de recherche.
2005 - Ottawa Le quatrième congrès a lieu à l'université d'Ottawa au Canada et a pour titre Citoyennes sans frontières. À propos de ce thème général, la responsable scientifique de cet événement, Marie-Blanche Tahon (1948-2019) explique que : « Parce que les femmes - et les féministes aussi - sont à la croisée de divers territoires sur lesquels elles restent minorisées, leur position de frontalières est susceptible d'enrichir leur perspective sur le quotidien et les questions qu'il suscite. » Selon elle, « cette métaphore des « frontalières » est aussi utile pour dire la fragmentation du statut des femmes »
Pendant 4 jours, le colloque réunit plus de 200 participantes dont les communications sont regroupées autour des 4 grandes thématiques suivantes, donnant lieu à 48 ateliers, des tables-rondes et une plénière quotidienne :
« Femmes et famille : entre science et droit » avec, notamment, la question de la santé reproductive des femmes, celle des violences conjugales, de l’articulation des temps professionnels et familiaux, des luttes des femmes dans le champ juridique, « Rapports de sexe, identité et francophonie » avec des communications sur la féminisation linguistique, sur la critique littéraire et l’écriture des femmes, les représentations de l’identité sexuée, notamment à l’école « Justice, ONG et gouvernance » où furent débattus les rapports du féminisme avec l’altermondialisme, l’action des ONG au regard de la justice, le rôle des institutions dans les politiques d’égalité, les questions relatives au travail, aux migrations « Les femmes dans la cité et dans la ville : genre et citoyenneté politique » : quel droit à la ville pour les femmes ? femmes et représentation politique ; prostitution et travail dans l’industrie du sexe ; violences ; approches féministes dans les politiques municipales ; femmes et prison ; domination, pauvreté et appartenance de classe
2008 - Rabat