Depuis le soulèvement populaire de 2011, l'évolution de ce soulèvement en révolution, puis la transformation du conflit en guerre civile et en guerre par procuration, le conflit syrien est devenu, grâce notamment à une pléthore de vidéos tournées sur place et de photos, . Parallèlement pourtant, les narrations de propagande , tant sur le plan politique et diplomatique (la désinformation est parvenue jusqu'au siège de l'ONU) que sur l'opinion publique.

Pour Bachar el-Assad, il s'agit de minimiser voire nier le soulèvement populaire et les manifestations, pacifiques et unitaires, pour pouvoir y substituer une autre narration, affirmant qu'il s'agit de groupes minoritaires, armés, terroristes, et ainsi justifier la répression sanglante de l'armée. Le régime avance la théorie d'un complot international mené de l'étranger contre la Syrie. Les communications, via les réseaux sociaux, et l'accès de journalistes étrangers ont rapidement été très compliqués, en particulier par le régime. Les organisations et activistes syriens qui se sont organisés pour documenter les crimes de guerre ont régulièrement été accusés de mentir, de n'être pas crédibles ou partiaux, et ont parfois été victimes de machination de propagande relevant de complots et visant à légitimer les attaques contre eux .

Le réseau de désinformation s'est transformé et a bénéficié de davantage de moyens et de nombreux relais lorsque la Russie, qui parle ouvertement de « guerre de l'information », est intervenue dans le conflit, et par intermédiaires de relais extérieurs. Pour Garance Le Caisne, journaliste qui suit la situation depuis 2011, c'est un conflit en cours « où il y a déjà du révisionnisme ». Les attaques aériennes contre les populations et infrastructures civiles, documentées et qualifiées de crimes de guerre et crimes contre l'humanité par l'ONU, sont niées par les responsables russes et syriens, qui ne parlent que de « guerre contre le terrorisme ».

Les autres acteurs du conflit, et notamment l’État islamique, ont également utilisé des images et films de propagande, y compris pour attirer la sympathie, recruter des combattants ou pour terroriser l'opinion publique, notamment à l'étranger.

Régime syrien Pour Michel Touma, rédacteur en chef du quotidien L’Orient-Le Jour, « le pouvoir de Bachar el-Assad est passé maître dans l’art de la manipulation et de la désinformation ». Le journaliste Christophe Ayad, dans un article intitulé « La propagande et la guerre de l’information ont tenu une place essentielle dans la bataille d’Alep » écrit que « la propagande et la désinformation permanente des forces pro-Assad a désorienté les opinions publiques occidentales et paralysé leurs gouvernants ». Il ajoute : « si les guerres ont toujours mis en branle l’affrontement de deux narrations, jamais comme à Alep on n’a assisté à une telle transformation des victimes en bourreaux, des sauveteurs en terroristes, et des massacreurs en libérateurs. Autre spécificité de la bataille d’Alep : alors qu’en général, dans l’histoire de la guerre, le camp du vainqueur sur le champ de bataille impose a posteriori son récit, la propagande du camp des forces pro-régime, dans le cas d’Alep, s’est imposée avant même leur victoire sur le terrain ».

Pour la BBC, la propagande (ainsi que la violence et la force du clan), est intrinsèque au régime Assad.

Pour la journaliste syrienne Yara Bader, également militante pour la liberté d'expression, le régime a une véritable stratégie de désinformation qui vise à semer le trouble par rapports aux faits, déstabilisant les journalistes eux-mêmes « aujourd’hui, à l’époque des télécommunications et des réseaux sociaux, les autorités utilisent la stratégie du « chaos de l’information » qui créé un brouillard épais privant les journalistes d’une vision claire, objective des évènements. ».

Marie Peltier, chercheuse et historienne, spécialiste de la propagande en Syrie explique « Assad a eu l'intelligence politique d'appuyer sur deux «boutons» sémantiques : la posture anti-impérialiste (résistance à Israël et aux États-Unis) et la posture civilisationnelle («rempart contre l’islamisme», protecteur des minorités). Dès 2011, le régime syrien a utilisé ces deux registres pour fédérer largement ».

Pour Farouk Mardam-Bey, ces différentes postures affichées d'anti-impérialisme pour la gauche, de laïcité pour la droite, a réussi à toucher l'opinion mondiale et permis le « négationnisme des massacres » commis par le régime.

Cette propagande a bénéficié du relai de différents réseaux à l'étranger dont une coalition de la droite dure américaine, d’anti-impérialistes européens et de mouvements chrétiens.

Nier l'importance voire l'existence même du soulèvement populaire de 2011 Pour Delphine Minoui, le régime de Bachar el-Assad « s'applique à effacer toute trace de la révolution pacifique du printemps 2011 ».

À Deraa, ville où débutent les premières manifestations, un blocus est rapidement organisé, les communications et l'accès sont coupés. Dès , Bachar El-Assad crée une cellule centrale de gestion de crise pour discuter des stratégies à mettre en œuvre afin d’écraser la contestation, recommandant les actions les plus cruelles (tortures et assassinats systématiques contre les opposants). Le régime syrien affirme pourtant dès le mois d'avril que les appels à la liberté et la dénonciation de la corruption sont la mainmise des islamistes, bien que manifestants, opposants pacifistes et ONG le démentent.

La révolution syrienne, massive, nationale, et commencée de manière pacifique, sans clivage religieux ni ethnique, n'est pas reconnue par le gouvernement. Des thèses conspirationnistes à l'étranger reprennent ce discours et nient également l'existence de la révolution populaire, d'autres ne la nient pas totalement mais minimisent son importance.

En effet, très tôt, le gouvernement présente la fronde comme un complot sectaire, purement sunnite, et tente de discréditer le mouvement. Et cela, malgré le fait que les manifestations à Homs , sont menées par des icônes populaires telles que Abdel Basset Sarout, jeune footballeur de confession sunnite en duo avec Fadwa Souleimane, actrice de confession alaouite. Tous deux appellent à un mouvement pacifique et populaire pour la liberté et tentent de contrer la propagande d’État, avec le soutien de leur ami Bassel Shehadeh, jeune réalisateur de confession chrétienne.

Les activistes pacifiques de la Révolution syrienne sont souvent oubliés et abandonnés dans le récit des évènements. Ils sont également les toutes premières victimes du conflit, arrêtés et tués par le régime, car ils représentent le principal ennemi et la principale cible du régime, selon Catherine Coquio, et deviennent ensuite également les cibles d'enlèvements et assassinats de groupes armés jihadistes. Leur voix ne se fait plus beaucoup entendre après que le combat pour la liberté se transforme en conflit armé, ou elle n'est pas relayée. Pour le diplomate Wladimir Glasman, le recours aux armes est une tentation de certains syriens, « uniquement avides de liberté et de dignité mais trop longtemps exposés dans l’indifférence internationale aux balles des militaires, aux tortures des moukhabarat et aux exactions des chabbiha ».

Waad al-Kateab, réalisatrice syrienne, affirme : « Dès la première minute de la révolution, le régime nous a accusés d'être des terroristes, et ils ont continué leurs mensonges jusqu'à ce que des gens les croient ». À propos de son film documentaire Pour Sama, tourné à Alep, elle déclare : « Ce que ce film (...) [fait] c'est concurrencer ce narratif du régime et de la Russie. Je veux permettre aux spectateurs d'aller à Alep, de vivre ce qu'on a vécu, de comprendre ce pour quoi nous avons risqué nos vies ».

Théorie du « complot étranger » Le Centre syrien pour la justice et la responsabilisation (SJAC) a réuni des documents officiels classifiés ayant été abandonnés par les services de renseignement et l’armée syrienne pendant le conflit. L'analyse de ces documents a servi de base au rapport « Les murs ont des oreilles » qui conclut notamment à une surveillance des dissidents et mise sur écoute très large, mais également que des consignes étaient données pour « éduquer le public et les agents du renseignement » à propos d'un « complot international contre la Syrie ».

Selon Nicolas Hénin, Bouthaina Chaabane, chargée de la communication du régime, essaye de distiller l'idée d'un complot contre la laïcité dans le monde arabe.

Des e-mails entre Fawas Akhras, père d'Asma el-Assad et son gendre, Bachar el-Assad, interceptés par un groupe d'opposition syrienne révèlent que très tôt, l'idée de nier les crimes commis par le régime, tels que la répression et la torture, malgré les images qui sont diffusées, va de pair avec le fait d'accuser d'autres gouvernements de faire circuler ces images de violence et de corps torturés.

D'autres thèses, parfois conspirationnisteslorsqu'elles nient les causes endogènes du soulèvement (corruption des institutions, manque de libertés, désespoir social) et réduisent la révolution à une simple fabrication par des pays hostiles au pouvoir syrien , ont été évoquées comme raisons au conflit, tel le projet d'un gazoduc et d'intérêts étrangers liés à ce projet, reprise notamment par Jean-Luc Mélenchon. Pour l'observatoire du conspirationnisme Conspiracy Watch, « Cette thèse en dit plus sur les carences cognitives de ses défenseurs que sur la réalité des faits. ». Les décodeurs indiquent qu'aucun gazoduc ne passait par la Syrie, qu'il ne s'agissait que de projets, et que le projet de gazoduc du Qatar comportait une autre option : un deuxième tracé ne passant pas par la Syrie mais par l'Irak. Ils rappellent également « que l’ampleur sans précédent de la contestation et du nombre de victimes en Syrie depuis six ans – et disparus – ne peut pas s’expliquer par une tentative de déstabilisation », et rappellent l'origine des contestations : « L’étincelle, c’est l’arrestation et la torture des jeunes qui avaient écrit sur un mur, fin , dans la foulée de la chute de l’Egyptien Hosni Moubarak, le slogan potache « Ton tour arrive, docteur » – Bachar Al-Assad est ophtalmologiste de formation. Dès lors, les manifestations pacifiques démarrent dans tout le pays sur le terreau de trente ans de dictature d’Hafez Al-Assad, puis onze de son fils Bachar. Ces manifestations se transformeront en guerre civile à l’automne 2011, avec au fur et à mesure l’intrusion des islamistes sur le champ de bataille, qui profitent de la situation ».

Un autre exemple de théorie du complot est diffusé sur les réseaux sociaux, indiquant que la Syrie serait l'un des rares pays (les autres pays cités étant au centre de conflits ou tensions avec l'occident ou les États-Unis) à n'avoir pas de « banque centrale Rothschild », théorie démentie par CheckNews.

L'historienne Marie Peltier et le journaliste Antoine Hasday font le rapprochement entre l'argumentaire du discours de propagande conspirationniste à propos de la Syrie et le négationnisme de l’Holocauste. « Premièrement, les postulats priment sur la réalité des faits. Dans le cas de la Syrie, ils sont les suivants : il n’y a pas de révolution syrienne mais un complot fomenté depuis l’étranger, les rebelles sont tous des extrémistes, le régime syrien est un rempart laïque contre les islamistes et le protecteur des minorités, le régime syrien n’a pas commis d’attaques chimiques, les pires atrocités n’ont pas été perpétrées par le régime syrien mais par les rebelles, le régime syrien et ses alliés n’ont pas commis de crimes de guerre (ou alors involontairement). Bien sûr, des concessions peuvent être faites : il y a eu une révolution mais elle n'a pas duré, le régime Assad est brutal mais c'est la guerre... Ce discours tourné vers l’extérieur réécrit donc l’histoire dans un but politique : défendre le régime syrien et/ou s’opposer à toute action internationale contre celui-ci. »

Médias syriens