Le Parti communiste du Canada (abrégé PCC; en anglais : Communist Party of Canada, CPC) est un parti politique canadien fédéral et communiste. Fondé dans l'illégalité en 1921, c'est le deuxième plus ancien parti politique fédéral canadien toujours inscrit après le Parti libéral du Canada. Il est actuellement affilié à la Rencontre internationale des partis communistes et ouvriers.
Sur le plan électoral, le parti possède un impact marginal, il n'est pas représenté à la Chambre des communes du Canada. Dans les années 1940, le parti parvenu à faire élire un candidat, Fred Rose à la Chambre des communes. D'autres membres du parti ont été élus à l'Assemblée législative de l'Ontario, à l'Assemblée législative du Manitoba et lors d'élections municipales. Le parti fut déclaré illégal par le Gouvernement du Canada en 1921, 1932 et 1940 pour activé séditieuse. Il fut connu sous le nom de Parti ouvrier progressiste de 1940 à 1959.
Selon son programme « Notre avenir au Canada : le socialisme! », le Parti communiste du Canada concentre la plupart de ces efforts sur le travail politique extra-parlementaire. Il souhaite une « alliance démocratique, anti-monopoliste et anti-impérialiste [qui aura] pour objectif la restructuration démocratique de la société canadienne, afin de donner la priorité aux intérêts de la majorité des Canadiens et Canadiennes ».
Histoire Débuts et formation (1921-1929) La création du Parti communiste du Canada est le résultat du regroupement de militants socialistes et pacifistes provenant du mouvement ouvrier et de groupes tels que le Parti socialiste du Canada, le Parti ouvrier socialiste d'Amérique et la One Big Union. Ces premiers membres sont influencés par la révolution d'Octobre en Russie et sont radicalisés par les conséquences de la Première Guerre mondiale et la lutte pour l'amélioration des conditions de vie et de travail.
Le parti est fondé en clandestinité dans la grange du 257, rue Metcalfe ., à Guelph en Ontario les 28 et .. En plus d'une délégation de 3 membres de l'Internationale communiste, ce sont 21 délégués représentant 650 membres à travers le pays qui participent à ce congrès de fondation - Tom Burpee est nommé chef du parti. L'Internationale communiste autorise la création du parti le . - Bill Moriarty remplace Tom Burpee à la tête du parti.
Connu à sa fondation comme le Workers’ Party of Canada en ., il deviendra le Communist Party of Canada en 1924.. Le parti publie le journal The Worker à partir de . La Ligue de la jeunesse communiste du Canada est fondée en . Le président du Parti Jack MacDonald devient chef en 1923. En 1925, le parti compte .. gauche|vignette|Jack MacDonald, chef du parti de 1923 à 1929, est escorté par la police après une tentative échouée d'organiser un rassemblement pour la liberté d'expression à Queen's Park, Toronto. Le Parti communiste du Canada connait une certaine popularité parmi les immigrants récents, notamment ceux originaires d'Ukraine et de Finlande. Ces travailleurs, principalement actifs dans les secteurs de la sylviculture, des mines, de l'agriculture, des chemins de fer et du textile, étaient souvent confrontés à des conditions de travail difficiles. En réponse à ces enjeux, le Parti communiste fonde la branche canadienne de la Ligue d'éducation syndicale, qui s'implique dans l'organisation des travailleurs dans les camps de bûcherons et les mines.
Durant ses premières années d'existence, le Parti communiste du Canada est réprimé par la police et le gouvernement canadien pour activités séditieuses. Les autorités justifient la répression par l'article 98 du Code criminel. La Gendarmerie royale du Canada interrompt les réunions du parti, perquisitionne ses bureaux, confisque sa documentation. Le , un rassemblent de communistes à Queen's Park est violemment dispersé par la police de Toronto..
Entre 1927 et 1929, le Parti communiste du Canada traverse une période de débats politiques internes intenses. Ces discussions révèlent des divisions idéologiques profondes, conduisant à l'expulsion de membres, notamment des trotskistes et des partisans de l'exceptionnalisme nord-américain, une théorie selon laquelle l'Amérique du Nord nécessitait une approche distincte du communisme.
Maurice Spector, président du parti, et Jack MacDonald, secrétaire général, sont expulsés respectivement en 1928 et 1930 pour leur adhésion au trotskisme.. Ils deviendront par la suite membres fondateurs de l'Opposition internationale de gauche (trotskiste) du Canada. William Moriarty est également exclu en raison de son soutien à l'Opposition communiste internationale et de sa sympathie pour , un dirigeant communiste américain critique de la ligne soviétique.
Ces divisions étaient principalement liées à des questions stratégiques et tactiques, ainsi qu'à des désaccords sur la nature du socialisme en Union soviétique et sur la situation du Canada en tant que puissance impérialiste.. Bien que certains membres, comme J.B. Salsberg, aient d'abord soutenu ces critiques, la majorité des militants reste fidèle à la ligne officielle du parti.
Ces débats ont aussi permis l'émergence de Tim Buck, qui devient une figure dominante et prend la direction du parti en . Sous sa direction, le Parti communiste du Canada se réorganise et consolide son orientation autour des principes dictés par l'Internationale communiste.
Grande Dépression (1930-1935) vignette|Tim Buck, secrétaire général du Parti communiste du Canada de 1929 à 1962 En 1929, un krach boursier précipite une crise économique majeure au Canada et dans d'autres pays, provoquant une augmentation du chômage, de la pauvreté et des difficultés économiques pour de nombreuses familles ouvrières et agricoles. En 1930, le gouvernement conservateur de Richard Bedford Bennett, élu dans ce contexte, met en place des camps de secours pour les jeunes hommes au chômage.
Le Parti communiste du Canada propose une analyse de la situation et fait plusieurs revendications comme l'introduction de l'assurance emploi, d'un système national d'assurance maladie universelle, la gratuité scolaire, ainsi que des aides sociales et à l'emploi pour les jeunes. Le parti milite également pour des lois encadrant la santé et la sécurité au travail, la régulation du temps de travail et des congés, un salaire minimum pour les femmes et les jeunes, ainsi que des mesures pour soutenir les agriculteurs avec une assurance-récolte et un contrôle des prix.
En 1931, les autorités perquisitionnent les bureaux du parti et arrêtent huit membres, dont Tim Buck et Tom McEwen, en vertu de la section 98 du Code criminel, qui interdit de promouvoir la violence pour un changement politique.. En réponse, le parti et la Ligue d'unité ouvrière (LUO) mènent une campagne pour leur libération, réunissant une pétition signée par 450 000 personnes. Après leur libération en 1934, une grande assemblée a lieu au Maple Leaf Gardens, rassemblant un large public..
Bien que le parti soit interdit, il continue à organiser des mouvements, notamment en jouant un rôle dans des grèves importantes, comme celle des mineurs à Estevan. De 1933 à 1936, la LUO mène une grande partie des grèves au Canada. En 1934, le PCC adapte ses stratégies en faveur d'une approche unifiée contre le fascisme.
Dans les Prairies, le parti organise des actions de soutien aux agriculteurs, notamment contre les expulsions, et mobilise des manifestations comme les « marches de la faim ». En 1936, James Litterick est élu à l'Assemblée législative du Manitoba, devenant ainsi le premier membre du PCC à occuper ce poste.
Le parti participe également à des efforts de syndicalisation dans divers secteurs industriels, notamment dans ceux de l'automobile, de la métallurgie, des marins, des mineurs et des ouvriers du bois et de l'électricité. Des groupes comme l'Association des sports ouvriers fournissent des programmes de loisirs à la jeunesse ouvrière.
Le PCC s'engage aussi dans des causes internationales, notamment en mobilisant des volontaires pour soutenir la guerre civile espagnole. Parmi les membres impliqués, Norman Bethune se distingue par ses contributions médicales et son engagement international. À partir de 1935, le parti appelle à des alliances électorales avec la Fédération du Commonwealth coopératif (FCC), une question débattue au sein de ce dernier.
Au Québec, en 1937, une loi est adoptée pour limiter les activités perçues comme communistes, donnant aux autorités le pouvoir de fermer des lieux associés à de telles activités. Malgré cela, le PCC poursuit ses efforts à travers des organisations telles que la Ligue canadienne pour la paix et la démocratie, créée en 1934.
Seconde Guerre mondiale En 1940, peu après l'entrée du Canada dans la Seconde Guerre mondiale, le Parti communiste du Canada s'oppose à la guerre, la considérant non pas comme une lutte antifasciste, mais comme un conflit entre nations capitalistes. Cette position est influencée par le Pacte Molotov–Ribbentrop, signé entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie.
Cette opposition entraine l'interdiction du PCC en vertu des règlements de défense du Canada de la Loi sur les mesures de guerre. Plusieurs dirigeants communistes sont internés dans des camps, souvent bien avant les fascistes. Alors que le nombre de dirigeants emprisonnés augmente, certains membres du parti passent dans la clandestinité ou s'exilent aux États-Unis. Les conditions dans les camps sont difficiles, ce qui pousse les épouses des hommes internés à lancer une campagne pour permettre des visites familiales et obtenir leur libération.
En 1940, Dorise Nielsen est élue au Parlement du Canada avec le soutien du PCC, dans le cadre du Front populaire de l'Unité Progressiste, devenant ainsi la seule femme élue cette année-là. Elle garde secrète son affiliation au parti jusqu'en 1943.
Lorsque l'Allemagne envahit l'Union soviétique en 1941, provoquant la fin du Pacte Molotov–Ribbentrop, le parti change de position. Il considère désormais la guerre comme une véritable lutte antifasciste. Le parti retire alors son opposition à la guerre, estimant que les dangers pour la classe ouvrière sur le plan international surpassent les intérêts nationaux.
Lors des élections de 1943 en Ontario, A.A. MacLeod et J.B. Salsberg sont élus à l'Assemblée législative de la province, tandis que Fred Rose devient le seul communiste ouvertement élu au Parlement canadien lors d'une élection partielle.
En 1944, pendant la Crise de la conscription, le PCC, toujours interdit, crée des « Comités plébiscitaires Tim Buck » à travers le pays pour soutenir un vote favorable lors du référendum sur la conscription. Après le plébiscite, ces comités sont renommés le Comité communiste-travailleur pour l'effort total de guerre et appellent à un soutien complet pour l'effort de guerre, incluant une promesse de non-grève pendant la durée du conflit et l'augmentation de la production industrielle. En parallèle, le Conseil national pour les droits démocratiques est créé sous la présidence d'A.E. Smith pour faire campagne en faveur de la légalisation du PCC et la libération des communistes et antifascistes internés.
Guerre froide Bien que le Parti communiste du Canada soit resté interdit, l'entrée de l'Union soviétique dans la guerre et la libération éventuelle des dirigeants internés du parti canadien ont conduit à la fondation, en 1943, du Parti ouvrier-progressiste (POP) en tant que façade légale. Le parti a présenté des candidats sous ce nom jusqu'en 1959. À son apogée, au milieu des années 1940, le POP comptait quatorze élus au niveau fédéral, provincial et municipal. Plusieurs membres du parti élus à cette époque se sont distingués :
Dorise Nielsen, députée de la Saskatchewan élue en 1940 sous la bannière de l'Unité progressiste, a déclaré son affiliation au POP lors de sa création en et s'est représentée, sans succès, sous cette étiquette.