Georges Pierre Moreau, né le à Boissy-le-Sec, Eure-et-Loir, et mort à Marquette-lez-Lille, Nord, est un prêtre catholique et auteur français.
Biographie Enfance et débuts Georges Pierre Moreau, fils de Louise Charlotte Angelina Clément et d’Édouard Moreau, percepteur receveur des contributions directesArchives départementales d’Eure-et-Loir, état-civil de Boissy-le-Sec, intègre le séminaire diocésain de Saint-SulpiceAnnales catholiques 1890/09/06 (A19,T73,N977), à Issy-les-Moulineaux où il est sous-diacre en 1866.
Devenu prêtre, il est d’abord professeur à l’école Bossuet située rue de Vaugirard à Paris ( arrondissement), avant d’en devenir directeurAnnuaire Firmin Didot 1871-1872. Pendant la Commune de Paris, au printemps 1871, il demeure dans l’école, malgré les risques que rencontrent les religieux et leurs institutions. Déguisé en concierge, et il réclama lui-même une garde communarde pour les bâtiments de cet établissement, et la présence de celle-ci écarta tout dangerLe Temps 1884/05/01 (N8404).
Prenant la direction de l'école Sainte-Anne à Saint-Ouen en 1875, il organise des « caravanes scolaires » dans les Alpes avec le Club alpin français dont il est adhérentBulletin du Club alpin français, 1877.
En , l'abbé Moreau est nommé curé titulaire de la paroisse Saint-Charles-Borromée de Joinville-le-PontLe Petit Journal, quotidien, 1878/08/11 (N5707). Il est apprécié des radicaux-socialistes et francs-maçons qui dominent la vie politique locale : « L’abbé Moreau n’est pas un curé ordinaire. Il n’a rien de la punaise de sacristie, il est franc, loyal, bon enfant, républicain avoué et pas bégueule pour deux sous »Voix des communes, hebdomadaire, 1884/0712. Cependant, il va se heurter à la municipalité qui lui reproche, en 1881, de conserver pour lui-même les recettes des pompes funèbres, sans les reverser au conseil de fabrique qui gère les fonds de la paroisseJ. Sauvêtre, Un bon serviteur de l’église : Jouin, Casterman et Ligue Franc-catholique, Paris, 1936. L’archevêque de Paris assure qu’il n’a fait que « suivre un usage ancien commun aux paroisses suburbaines. »
Pour éviter une aggravation du conflit, le préfet, sur proposition de l’archevêque, nomme, en , l'abbé Moreau aumônier de l'hôpital BeaujonJournal des villes et des campagnes, 1882/07/04. Le ministère de l’intérieur et des cultes clôturera l’affaire par une lettre de : « il y a lieu de prendre acte de l’aveu de M. l’Archevêque qui reconnaît qu’une bonne comptabilité ne saurait admettre cet usage ». Cependant, l’administration conclut : « mais la restitution des sommes perçues soulèverait de nombreuses difficultés »Voix des communes, 1884/0712. Essayiste L’œuvre littéraire de Georges Moreau commence pendant son séjour à la tête de la paroisse de Joinville-le-Pont. Orateur reconnu, il va devenir un essayiste écouté, et critiqué. Il se consacre aux changements importants que vit l’église de France alors que Jules Ferry, au gouvernement, modifie considérablement son rôle institutionnel.
L’abbé Moreau publie en un essai sur L'Église de France et les réformes nécessaires. Édité sans nom d’auteur, il intéresse et intrigue. Dans ce livre, Moreau défend le clergé des paroisses contre le zèle excessif du clergé régulier. Il s’affirme comme républicain. Le Figaro relève que « les opinions hardies de cet ouvrage ont causé une vive émotion » au sein du « haut personnel ecclésiastique » ; il estime que « l'auteur (…) a l'ait preuve véritable de talent et de caractère »Le Figaro, 1880/03/06.
Le second livre de Georges Moreau, paru en avec sa signature, porte sur les décrets du 28 et du par lesquels Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique, ordonne aux Jésuites de quitter l'enseignement et dissout la Compagnie de Jésus. Intitulé Les décrets du . Premier épisode : l’interpellation du , il aurait dû avoir une suite, annoncée sous le titre Les Cent jours de l'opportunisme. Mais l’abbé Moreau est réprimandé par l'archevêché de Paris pour le premier opus, à cause, dit le quotidien Le Gaulois, « de ses articles trop ardents pour la République »Le Gaulois, quotidien, 1882/09/16. Aumônier et auteur sur les prisons En , Georges Moreau est nommé aumônier de la prison de la Roquette à Paris ( arrondissement)La Gazette de France, 1883/11/06. Il y remplace l’abbé Crozes . À partir de 1851, la Grande Roquette est devenue le lieu où se font les exécutions capitales à Paris ; soixante-neuf personnes y sont guillotinées jusqu’à sa fermeture en 1899 et le rôle de l’aumônier est notamment d’accompagner les condamnés à mort. Moreau restera en poste pendant seulement treize mois, étant conduit à démissionnerLe Temps, 1885/04/25 à la suite d'un conflit avec le directeur lié à ses travaux d’essayiste. vignette|Prisons de la Roquette à la fin du . De son expérience et des contacts qu’il noue à cette occasion, l’abbé Moreau va tirer deux livres qui nourriront d’abord une polémique intense et seront ensuite fréquemment cités. Le premier, Souvenirs de la Petite et de la Grande Roquette, se base sur les papiers confiés à Moreau par l’abbé Crozes, son prédécesseur. Le Figaro considère que c’est « certainement le livre le plus curieux qui ait été écrit depuis longtemps. Ce sont les perplexités et les angoisses des criminels de tous degrés qui ont traversé cette lugubre prison, avant de partir pour le bagne ou franchir l'échafaudLe Figaro, 1884/11/15. »
Le quotidien catholique conservateur L'Univers proteste « contre l'oubli total des sentiments de convenance que suppose une publicité semblable donnée » aux documents inclus dans le livre. Il considère une page d’un journal de détenu « comme étant un outrage à la plus vulgaire décenceL'Univers, quotidien, 1884/07/13. »
La Nouvelle revue, publication républicaine, remarque que les deux tomes de l’ouvrage « révèlent plus d'une erreur et d'une lacune dans l'administration de la justice criminelle en France et signalent plus d'une réforme indispensable. (…) On se convaincra, en les lisant, que la Nouvelle-Calédonie est peut-être un excellent pénitencier, mais qu'elle ne deviendra jamais une véritable colonieLa Nouvelle Revue, 1886/01 (t. 38) . »
En , l'abbé Moreau assiste à une séance publique du Sénat pour discuter la proposition de d'Agénor BardouxAgénor Bardoux est l’arrière-grand-père du Président de la République Valéry Giscard d'Estaing sur la non-publicité des exécutions capitales, étape pour lui avant l’abrogation de la peine de mort, où les arguments de son livre sont reprisJournal officiel, Débats parlementaires, Sénat, 1885/05/12.
Dans ses Souvenirs, Georges Moreau mettait en cause le sentiment de protection de la société, fondement des lois sécuritaires. Mais il avouait préférer encore la « guillotine sèche » du bagne à la « guillotine sanglante ». Dans les années 1960, la revue jésuite Études citera encore l’abbé Moreau : « Donner la mort à un homme, c'est le supprimer, ce n'est pas le punirÉtudes, 1962/11. » vignette| Intérieur de la Chapelle de la Roquette
Le second livre, Le Monde des prisons est daté de 1887 et se consacre aux conditions de vie en prison, alléguant notamment la violence et la corruption du personnel. Il suscite d’emblée un flot de commentaires, Albert Wolff lui consacrant par exemple long article en Une du quotidien Le FigaroLe Figaro, quotidien, 1887/01/30 : « Il est au fond contre la peine de mort ; dans tous les cas, il trouve indigne de notre civilisation les honteuses exécutions sur la place publique. De plus, M. l'abbé est d'avis que la promiscuité de la prison répand le vice et rend impossible tout retour vers une vie honorable (…)L'abbé Moreau est donc pour le régime cellulaire et non pour la vie en commun dans les prisons. Je crois qu'il a raison. » Mais ce que retient d’abord Wolff, ce sont les révélations sur la façon dont sont administrées les prisons : « l'abbé Moreau a rempli un devoir en divulguant toutes ces infamies, et il est de notre devoir à nous, journalistes de toutes les opinions, de les faire connaître au grand public qui nous lit ». Il assure ne pas partager « toutes les illusions de l'ancien aumônier de la Grande-Roquette », mais s’interroge « que dire d'une société se disant civilisée et dans laquelle peuvent se commettre impunément des atrocités dans le genre de celles que relate l'abbé Moreau? »
Le quotidien Le MatinLe Matin, quotidien, 1887/01/31 : consacre aussi sa première page à l’ouvrage. Pour lui, l'auteur est « un prêtre assez indépendant et assez hardi pour rompre en visière avec les traditions et oser mettre son nom sur un travail qui touche aux côtés les plus honteux et les plus immoraux de la société. L'abbé Georges Moreau est encore jeune, bien que ses cheveux soient tout blancs. Grand, droit, l'air très crâne, l'œil franc, regardant bien en face, il a l'allure décidée de l'homme qui ne sait pas reculer ».
Les attaques vont devenir plus vives, prendre un tour personnel et conduire à la démission de Moreau de sa fonction. Paul Ginisty consacre une longue critique, encore dans la page de titre du quotidien Le Le Matin, quotidien, 1887/02/01 : il ne prétend pas que « tout soit parfait dans la façon dont sont menées nos prisons », mais il se demande « quel degré de confiance on peut accorder à M. l'abbé Moreau » ? « Que penser quand ce prêtre qui, au lieu d'être tout à son émotion et à des pensées supra-humaines, n'a que des préoccupations de reporter et ne guette les dernières manifestations du condamné, affalé, à deux pas du couteau, que pour les raconter ? » Un intellectuel catholique reconnu mais marginalisé Après avoir quitté l’aumônerie de la prison parisienne de la Grande-Roquette, l’abbé Moreau est nommé vicaire général de l’évêché et chanoine titulaire de la cathédrale de Langres (Haute-Marne)Le Petit Troyen, quotidien, 1885/03/10. Une fonction qu’il ne va occuper que fort peu de temps de manière effective, puisqu’il démissionne début mars, tout en étant nommé alors vicaire général honoraire de LangresL'Univers, quotidien, 1885/03/18, titre qu’il portera ensuite pendant le reste de sa carrière.
Après avoir protesté de sa fidélité absolue au pape et à l’ÉgliseJournal des villes et des campagnes, quotidien, 1885/02/17, l’abbé Moreau va se consacrer à des publications beaucoup moins polémiques. Il publie en 1891 une étude scientifique et religieuse, L'Hypnotisme. Il explique que « L'hypnotisme est à l'ordre du jour. On en parle partout dans les salons et dans les académies, dans les journaux et dans les revues, dans les tribunaux et jusque dans les églises ». La conclusion théologique est assez normande : Medici certant et adhuc sub judice lis est (la chose n’est pas encore résolue en médecine). Pour Moreau, l'Église n'est ni pour ni contre l'hypnotisme; mais elle condamne certaines pratiques et réprouve, dans les phénomènes de clairvoyance divinatoire ou de suggestion mentale, tout ce qu'on doit attribuer a l'action démoniaqueÉtudes religieuses 1891 (A2) .
Le quotidien Le Matin publie un entretien avec l’abbé MoreauLe Matin, quotidien, 1891/08/15, dans lequel il demande si l’utilisation de l'hypnotisme comme anesthésique aux douleurs de l’accouchement est-elle compatible avec le verset biblique « Tu enfanteras dans la douleur » (Genèse 3.16) ? Il répond que « L'Église n'approuve ni ne blâme aucune opinion. Elle garde prudemment le silence sur les théories et signale simplement les dangers à éviter pour la santé publique et la morale. Une science, innocente en soi, peut, à cause des abus fréquents, devenir une source de périls ». Il conclut que « la douleur n’est pas une vérité d’évangile. »