Angelo Galvan, le Renard du Bois du Cazier, né à Roana en Italie, le et mort à Charleroi en Belgique, le , est un mineur qui prit une part active lors du sauvetage survenu à la suite de la catastrophe minière du Bois du Cazier. Il devint le symbole et le héros de ce sauvetage qui, dans une large mesure, fut vain puisque 262 victimes seront dénombrées sur les 275 hommes descendus au fond ce matin du .

Éléments biographiques 350px|vignette|gauche|Roana dall'alto Angelo Galvan naît le dans la province de Vicence, sur le plateau d'Asiago qui regroupe sept villages dont celui de Roana d'où était originaire sa maman, Rosa Tumulero. Après leur mariage, le couple s'installe à Caltrano d'où était originaire le papa d'Angelo, Giovanni Galvan. En 1924, Giovanni, communiste et antifasciste est contraint de s'exiler face à un Benito Mussolini en passe de prendre les pleins pouvoirs en Italie. Son exil commence par la France, puis la Belgique où il s'installe pour travailler à la mine. La maman, Julia et Angelo restent au pays. En 1927, Rosa et Julia émigrent en Belgique tandis qu'Angelo est confié aux grands-parents paternels. La famille ne sera regroupée en Belgique qu'en 1930 lorsqu'Angelo quittera définitivement ses montagnes de Vénétie pour le Pays de Charleroi. Angelo a dix ans.

Émigrés en Belgique En Belgique, la vie est bien différente, mais Angelo s'adapte vite. En six mois, il se débrouille déjà fort bien en français. Son père travaille à la mine, au puits n°2 du Mambour. En 1932, la famille s'installe à Dampremy. À la fin de l'année scolaire durant laquelle il atteint ses quatorze ans, Angelo postule chez DulaitQui allait devenir les ACEC., sa candidature est retenue mais lorsqu'il montre sa carte d'identité italienne, ils se ravisent et lui disent qu'ils lui écriront. Voici Angelo contraint de travailler à la mine au puits du Mambour où il est affecté au triage. Il gagne 13 francs belges par jour. Après six mois, pour améliorer sa solde, il décide de travailler au fond dans un autre charbonnage. Le , à quinze ans, Angelo est engagé par le charbonnage du Bois du Cazier, il travaille au fond pour 22 francs belges par jour. Un contremaître le prend en pitié et le fait affecter à des tâches moins pénibles : préposé à l'entretien, rouleur de wagonnets, robineur, ravaleur, gamin de moteur... Angelo apprenait la mine dans toute la diversité de ses métiers. Vint le temps de travailler au fond, d'aller au charbon, Angelo gagnait à cette époque 36 francs belges. En Belgique, la vie a pris son cours, les années passent, insouciantes. À 18 ans, Angelo rencontre Noëlla Janhutte, la fille de leurs voisins nouvellement installés. Elle deviendra plus tard sa femme.

La Seconde Guerre mondiale En , la Belgique est envahie, puis, au terme de la campagne des 18 jours, elle est placée sous domination allemande. C'est durant cette période troublée qu'Angelo et Noëlla se marient, le . Pas de grande cérémonie pour eux, un simple repas familial à la maison suffit au bonheur du couple qui sera de courte durée puisque le , Angelo est arrêté et déferré au consulat d'Italie à Bruxelles. L'arrestation est brutale. En Italie, Angelo est considéré comme un déserteur puisqu'il n'a pas accompli son service militaire. Il ne lui fut même pas possible de dire au revoir à son épouse, enceinte de trois mois et pourtant présente lors de son arrestation.

Le lendemain, un contingent de trente italiens de Charleroi est envoyé en Italie pour combattre aux côtés des Allemands. Lui, émigré, fils d'antifasciste se retrouve enrôlé de force. Milan, Trieste où il reçoit son arme et son uniforme, San Pietro del Carso, à la frontière avec la Yougoslavie où il est affecté à la défense d'un fortin où il était supposé faire la traque aux partisans yougoslaves dont il se sentait frère. Craignant des transfuges, la hiérarchie militaire italienne les renvoient à Trieste pour y accomplir un service militaire. C'est à cette époque qu'Angelo apprendra à conduire. Il entend parler ensuite que des électriciens sont recherchés pour suivre une formation à Berlin, disposant déjà d'un bon bagage technique, il postule et est retenu. Angelo pense qu'avec cette affectation, il aura davantage d'opportunité de prendre la tangente et de rejoindre sa famille, son leitmotiv depuis son arrestation à Charleroi. Il réussit sa formation et est affecté à une batterie côtière à Gênes. La Wehrmacht s'occupait de l'artillerie et les opérateurs italiens des radars. Cette technologie était pour Angelo de la pure science-fiction devenue réalité.

Septembre 1943 300px|vignette|droite|Un soldat allemand contrôle les papiers d'un civil italien dans la région de Milan en 1944. Mussolini est destitué, arrêté. Le Maréchal Pietro Badoglio négocie avec les alliés un armistice. L'Italie change de camp et se range désormais aux côtés des alliés. La Wehrmacht offre alors le choix aux Italiens de rejoindre leurs rangs sur une base volontaire ou d'opter pour la déportation en Allemagne. Sur les conseils d'un officier avec lequel il s'était lié d'amitié, Angelo opte, comme lui, pour être volontaire. Deux jours plus tard, les deux amis désertent et se lance dans une folle équipée où, marchant de nuit et dormant le jour, ils tentent d'échapper aux Allemands qui traquent les insoumis partout sur le territoire. Après une semaine, ils sont à Schio, à dix kilomètres de Caltrano où ils se cachent deux jours chez une tante d'Angelo. Trois semaines plus tard, ils ont rejoint le maquis où des partisans armés s'organisaient. Les déserteurs furent d'abord fraîchement accueillis, on craignait qu'ils ne fussent des agents doubles à la solde des Nazis. Angelo vécut deux ans dans le maquis. Il participait aux actions coups de poing, aux dynamitages, aux attaques de kommandantur, aux sabotages. Après, les hommes regagnaient le maquis où ils avaient construit des cabanes de bois enterrées dans les bois, indétectables depuis la surface. Maquisards, antifascistes, ces partisans avaient fait de Bella ciao leur hymne. Le , des partisans communistes fusillent Mussolini, la fin de la guerre est proche.

La libération En , l'Italie est libérée. Angelo n'a qu'une hâte, rejoindre sa famille et son enfant dont il ne sait même pas s'il s'agit d'une fille ou d'un garçon. Ceci prendra encore du temps puisqu'il n'atteindra le sol belge qu'en et davantage encore lorsqu'à la frontière belge, il est arrêté et écroué au Petit-Château. Une fois de plus, on le plaçait dans les rangs de ceux dont il fallait se méfier. Les instances judiciaires belges prennent finalement contact avec son commandant dans le maquis italien, ceci prend du temps. Angelo peut finalement recevoir la visite de sa femme et de sa fille qui a désormais quatre ans : Angelina. Enfin, la libération intervint et la famille réunie put enfin rejoindre le Pays noir.

Retour à la mine 300px|vignette|gauche|Le portail d'entrée de la mine du Bois du Cazier de Marcinelle Angelo ne veut plus travailler à la mine mais, par nostalgie, il rend une visite au Bois du Cazier. Le patron l'informe qu'il a besoin de gens de la trempe d'Angelo. Il lui explique qu'il pourrait rapidement devenir porion, lui, immigré italien, âgé de vingt-cinq ans, devenir porion, le rêve de toute une vie. Il se remet aux études, devient bouveleur, apprend les techniques de construction des galeries. Adolphe Calicis lui propose alors de suivre des cours à l'Université du travail de Charleroi pour devenir boutefeu. Pendant un an, après ses six journées de travail au fond de la mine, il étudie tous les dimanches matin. À 26 ans, il est promu surveillant, poste respecté. La famille quitte Dampremy et vient s'installer à la rue du Bois du Cazier à Marcinelle, à quelques mètres des grilles du charbonnage qui allaient devenir tristement et mondialement célèbres. Vers 1948, il est porion de la pause de nuit et en 1953, il obtient le grade de chef porion, rarement atteint avant 50 ans, Angelo en a 33.

Noëlla et Angelo auront quatre enfants : Jean-Marie (†), Angelina, Rosina et Angelo.

La catastrophe du Bois du Cazier

300px|vignette|droite|Le Bois du Cazier, à Marcinelle, le .photographie : Camille Detraux et Raymond Paquay Le vers , un surveillant essoufflé, arrive chez Angelo : «Y'a l'feu al'fosse, viens vite Angelo!». Angelo se rend aussitôt à la mine où il rencontre Adolphe Calicis, l'ingénieur des mines, directeur des travaux au Bois du Cazier. Ce dernier l'informe du cassage de fosse à la suite d'un incendie qui s'est déclaré au niveau 975. Pierre Votquenne et d'autres sauveteurs sont déjà à pied d'œuvre pour tenter de descendre. Une première tentative les amène à 835 mètres, une demi-heure plus tard ils atteignent 1035 mètres mais ne sont pas en mesure de descendre de la cage et personne à l'envoyage n'actionne la balance hydraulique pour la faire descendre. Les hommes perçoivent cependant des râles quelques mètres plus bas. Les cordons de sonnette étant détruits, les hommes ne peuvent prévenir la surface de les remonter, le tireur de surface, Jules Gilson, prend la décision de remonter la cage, ce qui leur sauvera la vie. En surface, Adolphe Calicis a déjà appelé une première fois la centrale de sauvetage pour leur dire de se tenir prêts, il les rappelle à pour qu'ils se rendent au Bois du Cazier où la situation empire de minute en minute. À 9h15, une première cage s'abîme dans le fond son câble ayant été rongé par l'incendie. Une seconde la suit à 10h30. On arrête à ce moment la ventilation pour ne pas attiser l'incendie. Adolphe Calicis lance une opération pour remettre en fonction une cage qui se trouve à proximité de la surface, l'opération est longue puisque la cage doit être désolidarisée de sa jumelle qui lui faisait contre-poids. Elle est opérationnelle vers midi.

A , Adolphe Calicis, Angelo Galvan et un autre sauveteur tentent une descente à 170 mètres à la recherche du pompiste mais ils sont contraints de remonter en raison d'un bouchon de vapeur d'eau. Les hommes sont brûlés, Adolphe Calicis aux jambes, Angelo à la nuque. À , la décision est prise de rétablir la ventilation à bas régime pour tenter de dissiper le bouchon de vapeur. Vers la descente est à nouveau envisageable. Les trois hommes redescendent, ils retrouvent le pompiste, Germain Wimart et le ramènent en surface : gravement intoxiqué, il meurt d'une crise cardiaque un quart d'heure plus tard. A 715 mètres, Adolphe Calicis saisi l'épaule d'Angelo Galvan pour l'inviter à écouter. Ils entendent quelque chose sous un wagonnet retourné. Angelo fait levier pour soulever le charriot, Franz Lowie en sort, les hommes s'apprêtent à le remonter mais Franz Lowie leur dit : andere camaraden. Et, de fait, deux autres rescapés sont retrouvés sous le wagonnet, il s'agit d'Alfons Verheecken qui est gravement brûlé, et Alfons Van de Plas. Ce dernier, un jeune de seize ans a perdu connaissance mais est toujours en vie. Calicis le prend dans ses bras en pleurant. Les trois hommes sont remontés en surface. Trois hommes sont encore retrouvés vivants, par une autre équipe dirigée par Dassargues, au milieu de nombreux cadavres. Il s'agit d'Albert Peers, Louis Saluyts et Karel Wuyts. Personne ne le sait encore, mais ce seront les derniers à remonter vivants. 262 hommes sont encore piégés au fond.

Angelo était rentré chez lui, éreinté, pour dormir deux heures. Vers , il repart au Cazier où il retrouve Adolphe Calicis toujours affairé. Angelo vouait une grande considération envers son supérieur qu'il disait courageux, compétent et dévoué à ses hommes. Angelo ne comprendra pas plus tard sa condamnation qu'il vivait comme une injustice, la condamnation d'un lampiste. Les secours se poursuivront toute la nuit.