Alfred Machin, né le à BlendecquesExtrait de naissance /1877 (Pas-de-Calais) et mort le à Nice, est un acteur et réalisateur français.

Il est l'un des rares cinéastes français dont les films manifestent des tendances progressistes avant la Première Guerre mondiale, entre autres le court-métrage Au ravissement des dames et le mélodrame Maudite soit la guerre. Il a également tourné de nombreux films de chasse en Afrique. Après 1920, Alfred Machin se consacre notamment aux comédies animalières.

Biographie

Reporter-photographe de presse, Alfred Machin travaille un temps au journal L'Illustration. Il est ensuite recruté par la puissante firme Pathé, qui l'envoie en Afrique à partir de 1907. Il en rapporte des scènes filmées de chasse, des courts-métrages d'aventures et animaliers. Les scènes qu'il tourne de la vie des grands fauves font sensation. Au péril de sa vie, il n'hésite pas à recourir à des plans rapprochés. Il figure aussi parmi les pionniers de l'image aérienneMachin, Alfred in Dictionnaire du cinéma - Les réalisateurs, Jean Tulard Robert Laffont, 1999. La performance est saluée par la presse française et étrangère. En décembre 1907, Machin, accompagné du chasseur bâlois Adam David, quitte la France pour filmer dans la région du Soudan. Les deux aventuriers remontent le Nil Blanc jusqu'en amont de Fachoda puis ils suivent le Dinder, un affluent du Nil Bleu, qui descend de l'Abyssinie. Là, ils trouvent une riche faune et des sites pittoresques, dignes d'être cinématographiés. Cependant, une bonne partie de ces images ne seront pas exploitables. Alfred Machin réussit tout de même à finaliser deux films : Chasse à l'hippopotame sur le Nil Bleu (1908) et Chasse à la panthère (1909). Il rentre en France en septembre 1908 et entreprend, quelques mois plus tard, toujours pour Pathé Frères, un deuxième voyage à travers l'Afrique, accompagné cette fois de Julien Doux, un jeune cinéaste français de . Via Alexandrie, Le Caire et Khartoum, ils remontent le Nil sur deux grandes felouques et, en , l'expédition atteint le « cœur de l'Afrique ». Ils rentrent en France le et présentent un premier montage d'images prises le long du Nil : En Afrique Centrale, Fachoda. Cette deuxième expédition a produit environ une vingtaine de films, répartis en 3 séries : Voyage en Afrique (8 films), Les Grandes Chasses en Afrique (6 films) et Voyage en Égypte (4 films). Certaines images de l'expédition servent également à composer une anthologie des documentaires, diffusée en 1910 et 1911, et un long métrage : Voyages et grandes chasses en AfriqueGuido Convents, À la recherche des images oubliées. La préhistoire du cinéma en Afrique 1897-1918, .

Alfred Machin s'emploie un temps à la direction de la photographie pour deux succursales spécialisées de Pathé : la « Comica » et la « Nizza », établies à Nice. La Comica est consacrée à la farce, la Nizza au cinéma animalier. Pathé charge le réalisateur de développer une industrie cinématographique aux Pays-Bas puis l'envoie en Belgique en 1912 comme directeur artistique de l’une des filiales de Pathé, la Belge Cinéma Film. Charles Pathé confie à Alfred Machin la mission d'exploiter le premier studio de cinéma en Belgique. Le fonctionnement de la Belge Cinéma Film a constitué un laboratoire incontestable de la stratégie internationale de cette entreprise cinématographiqueLes studios du Karreveld et La Belge-Cinéma/Film.

C'est d'ailleurs en 1912, à la chaussée de Gand (Molenbeek-Saint-Jean), que prend naissance le cinéma belge. Plusieurs films de qualité, dont La Fille de Delft mais aussi le pacifiste et prémonitoire Maudite soit la guerre (en couleurs peintes au pochoir), sont tournés par Alfred Machin dans l'environnement des studios du château du Karreveld. Le cinéaste commande l'exécution dans ce lieu d'un studio vitré, des ateliers, une infrastructure pour les artistes ainsi qu'un mini-jardin zoologique qui accueille des animaux exotiques tels que des ours, des chameaux et des panthères Le Karreveld, notre lieu de spectacle. Il utilise également Mimir la panthère comme personnage dans plusieurs de ses films.

Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il est l'un des quatre opérateurs, fondateur du Service cinématographique des Armées, et est reporter photographe pour la maison Pathé, sous-traitant au service cinématographique de l'Armée française. On lui doit notamment les images de la bataille de Verdun. Il tourne également les images des tranchées françaises pour Cœurs du monde de D. W. Griffith.

Peu après la Première Guerre mondiale, Alfred Machin ouvre Les Studios Machin dans l'ancien studio Pathé-Nice, à quelques kilomètres de NiceVisite à un réalisateur français pionnier du cinéma., qui deviendront une grande entreprise familiale. Sa femme, Germaine Lecuyer interprète plusieurs rôles. Tout comme Claude Machin ou Cloclo (1921-1978), l'un de ses trois fils, qui joue ainsi quelques rôles d'enfants dans les films de son père. Tout est réalisé par l'entreprise sauf la pellicule ; le studio est notamment équipé de sa propre centrale électrique qui fournit quelque et d'un laboratoire. Il y a également une ménagerie et une très spacieuse volière. Machin a même négocié avec la compagnie locale un arrêt de tramway à sa porte.

Dresseur d'animaux passionné, Alfred Machin adopte un chimpanzé du nom d'Auguste. Il admire son intelligence et lui apprend de multiples tours pour les besoins de films documentaires ou de comédies animalières. Le singe tourne dans Cœur des gueux avec l'interprète Maurice Féraudy. La production nécessite plusieurs mois de préparation et la construction d'une dizaine de grands décors. Le film suivant est une fiction entièrement jouée par des animaux : Bête comme les hommes (1924). Insolite, celui-ci ne suscite pas l'enthousiasme du public français mais obtient un certain succès en Amérique du Nord. Alfred Machin est un cinéaste très prolifique. Il signe plus de cent films. Pour l'essayiste Francis LacassinFrancis Lacassin, Alfred Machin, de la jungle à l'écran, Paris, Dreamland, 2001., il a permis, grâce à ses expérimentations et à ses innovations, une importante évolution du cinéma.

Une de ses panthères le blesse grièvement à la poitrine lors d'un tournage. À la suite de cet accident, la santé du cinéaste décline. Il meurt en 1929 d'une embolie à Nice, après avoir achevé Robinson Junior. thumb|right|260px|Le Moulin maudit (1909)

Filmographie

1908 : Chasse à l'hippopotame sur le Nil bleu 1909 : Une journée à l'Île de Marken 1909 : En Hollande, le port de Volendam 1909 : Enfants de Hollande 1909 : Coiffures et types de Hollande 1909 : Chasse à la panthère 1909 : Le Moulin maudit (court-métrage expressionniste) 1910 : Mœurs et coutumes des Chillouks 1910 : En Égypte, élevage d'autruches - Épisode 1 1910 : En Égypte, élevage d'autruches - Épisode 2 1910 : En Afrique centrale, Fachoda 1910 : Cérémonie à MadagascarCe documentaire offre un intérêt historique car ce sont les plus anciennes tournées à Madagascar. V. à ce propos la manifestation sur Regards comparés Madagascar organisée par Africultures en 2003 africultures.com). 1910 : Les Chillouks, tribu de l'Afrique centrale 1910 : La Chasse à la girafe (ou La Chasse à la girafe en Ouganda) 1910 : La Catastrophe ferroviaire de Saujon 1911 : Soyez donc charitables 1911 : Parfum troublant 1911 : Les Oiseaux d'Afrique et leurs ennemis 1911 : Little Moritz, soldat d'Afrique 1911 : Le Dévouement d'un gosse 1911 : Comment une lettre nous parvient des grands lacs de l'Afrique Centrale 1911 : Le Cinéma en Afrique 1911 : La Cherté des vivres 1911 : Chasse aux éléphants sur les bords du Nyanza 1911 : La Chasse au marabout en Abyssinie 1911 : Chasse à l'aigrette en Afrique 1911 : Babylas vient d'hériter d'une panthère 1911 : Babylas habite une maison bien tranquille 1911 : L'Effroyable châtiment de Yann le troubadour 1911 : Madame Babylas aime les animauxL'intrigue tourne autour d'une femme qui aime les animaux et ne peut pas s'empêcher de les ramener chez elle. 1911 : L'Aéroplane de Fouinard 1911 : Fouinard est joyeux 1912 : La Peinture et les Cochons 1912 : Molens die juichen en weenen, De 1912 : Little Moritz chasse les grands fauves avec Maurice Schwartz 1912 : Little Moritz soldat d'Afrique 1912 : L'Histoire d'un petit gars 1912 : L'Histoire de Minna Claessens (film perdu) 1912 : La Dramatique passion d'Algabert et d'Élisabeth de Rodembourg 1912 : Les Chasseurs d'ivoire 1912 : Le Caire et ses environs 1912 : La Fleur sanglante 1912 : L'Or qui brûle 1912 : Le Calvaire du mousse 1912 : L'Âme des moulins 1912 : La Grotte des supplices 1912 : Babylas va se marier 1912 : Obsèques solennelles de la comtesse des Flandres, mère du roi Albert Ier (Begrafenisplechtigheid van de gravin van Vlaanderen, moeder van Koning Albert I) 1912 : Joachim Goëthal et le secret de l'acier (ou Le Secret de l'acier) 1913 : Les Vieilles rues arabes du Caire 1913 : La Vie cosmopolite au Caire 1913 : La Vengeance du pêcheur Willing 1913 : Une briqueterie sakalave à Akavandra, Afrique Orientale Française 1913 : Les Sabots de Madame Favart 1913 : La Ronde infernale 1913 : Medeminaars, De 1913 : L'Hallali 1913 : Grote maneuvers van het Belgisch leger 1913 : La Goutte de sang 1913 : Les frères ennemis 1913 : Le Diamant noir (également intitulé La Pie noire) 1913 : Le Cow-boy John cherche un engagement au music-hall 1913 : Les Bords de la Semois (Ardennes belges) 1913 : Le Blanc-seing 1913 : Le Baiser de l'empereur 1913 : Au ravissement des damesUn film social et progressiste marquant du réalisateur français qui met en scène l'exploitation par un grand magasin de ses confectionneuses. Leur misère au quotidien entraîne une dégradation de leur santé. Elles deviennent tuberculeuse et contaminent malgré elles la riche clientèle à travers les textiles qu'elles confectionnent. 1913 : L'Agent Rigolo et son chien policier 1913 : Rastus a perdu son éléphant 1913 : Jack le petit dompteur 1913 : Un épisode de Waterlooavec Fernand Crommelynck dans le rôle du capitaine Stewart, Cécile May dans Mademoiselle Stewart, Jean Liezer dans le rôle du détrousseur de cadavres Vaneck, Fernande Dépernay qui incarne la dame de compagnie, Herzé dans le sous-officier blessé, Georges Mertens, Fernand Gravey 1913 : Saïda a enlevé Manneken-Pis 1913 : La Chasse aux singes 1913 : Voyage et grandes chasses en Afrique 1913 : Monsieur Beulemeester, garde civique avec Fernand Gravey, Nicolas Ambreville 1914 : Je vais me faire raserUne vengeance d'un coiffeur en forme de vaudeville. avec Darman 1914 : Napoléon : du sacre à Sainte-Hélène 1914 : La Traction canine dans l'armée belge (De Hondentrekkracht in het Belgisch leger) 1914 : La Tulipe d'or (également intitulé La Fille de Delft) 1914 : Maudite soit la guerre 1915 : Zouaves d'Afrique dans les Flandres belges 1915 : Notre cavalerie d'Afrique au front 1915 : Goumiers algériens en BelgiqueLe cinéaste filme des goumiers algériens ; des combattants à l’allure inhabituelle, arrivant de France et issus de diverses tribus d'Algérie. Les goumiers y apparaissaient comme des cavaliers à l'allure fière, à la peau mate, portant un turban blanc et armés d’un long et mince fusil, porté à l’épaule par une bretelle. 1915 : Le Drapeau des chasseurs en Artois 1915 : Comment on nourrit nos troupes au front 1915 : Avec nos soldats dans les forêts d'Argonne 1915 : L'Armée française après neuf mois de guerre 1915 : Après la retraite des barbares 1915 : L'Œuvre de la kultur 1915 : Après 305 jours de guerre, le moral du soldat 1915 : Nos soldats à l'embouchure de l'Yser 1915 : Les Grenadiers 1915 : L'Artillerie française sur le front 1915 : Autos-canons sur le front de bataille 1915 : Nos poilus dans les tranchées de Notre-Dame de Lorette et de Souchez 1915 : Les Éclaireurs de l'air 1915 : Le Président de la république à l'armée d'Alsace