Le Néolithique en Chine correspond, dans l'espace de la Chine actuelle, à une révolution économique, celle du Néolithique, durant laquelle les populations ont appris à produire leurs ressources alimentaires grâce à la domestication des plantes et des animaux. Vers 9700 AEC, le réchauffement du climat entraîne le développement des ressources alimentaires sauvages et une réduction du nomadisme. Les chasseurs-cueilleurs se déplacent moins ; ils constituent des stocks, souvent des stocks de glands. La néolithisation, qui correspond au passage vers le Néolithique, s'effectue entre 7000 et 5000 avant l'ère commune (AEC). L'apparition de la poterie (v. 16000-12000 AEC) est détachée de ce processus, car elle s'est produite auparavant, au sein de populations du Paléolithique final. Le Néolithique commence pendant une période globalement chaude, l'Holocène. Parmi les aliments végétaux, le riz sauvage fait son apparition, il est peu à peu domestiqué dans la région du bas-Yangzi vers 6000-5000, il en est de même dans le bassin du fleuve Jaune (au Henan) pour ce qui est du millet. Le millet et le riz, d'abord collectés et consommés sous leur forme sauvage, sont progressivement domestiqués vers 6000-5000 AEC. Au début, ils ne constituent qu'un apport minime, en concurrence avec d'autres plantes sauvages et les ressources de la chasse. Les silos enterrés sont souvent réservés à la conservation de certains aliments végétaux. Puis, à partir de 5000 AEC, l'agriculture est bien plus importante dans le régime alimentaire des populations chinoises, tant au Nord avec le millet, qu'au Sud avec le riz.
Dès le Néolithique final (v. 3300-2000 AEC) au Gansu, à la frontière du corridor du Hexi, les échanges avec le nord et l'ouest tout autant qu'avec l'est et le sud permettent de cultiver jusqu'à six céréales, le blé, l'orge et l'avoine ainsi que deux types de millet et le riz.
Les cultures archéologiques qui apparaissent au Néolithique récent (v. 5000-2000 AEC) produisent des objets qui sont propres à la Chine comme les objets de jade, dont ceux qui ont la forme de disques (bi) et de tubes (cong). Cette matière, extrêmement difficile à travailler, sert de marqueur des élites, et ceci en plusieurs points de l'espace en raison d'échanges, parfois sur de très longues distances.
Les cultures préhistoriques chinoises montrent ainsi une riche culture matérielle. La poterie étant apparue particulièrement tôt, elle acquiert au cours de la période un grand degré de raffinement. Les jades viennent ensuite, de même les premiers objets laqués (culture de Hemudu) où l'usage de la laque apparaît ici, précisément. Les artisans du Néolithique s'approprient la technologie du verre par l'intermédiaire du commerce avec l'Occident, mais cette production reste très marginale. Peu d'objets en bois ont survécu mais ils témoignent en général d'usages populaires. Outre ces objets en bois, d'autres objets en fibres naturelles, en matériaux de vannerie, mais aussi en corne ont subsisté localement. De nombreux objets de prestige présentent des formes hybrides et leurs créateurs en multiplient les variétés. Cette abondante production apporte des indices d'une activité symbolique qui va accompagner le développement économique à l'âge du bronze, en Chine.
Vers le Néolithique Réchauffement du climat Alors que, vers 14000 avant notre ère (AEC), la Chine était un espace froid et sec et le niveau de la mer plus de 100 m en dessous de ce qu'il est aujourd'hui, vers 9700 AEC commence l'Holocène., caractérisé par le réchauffement des masses d'air continentales et l'influence d’une mousson plus vigoureuse. Les températures sont, lors de l'optimum climatique de l'Holocène, de 1 à plus chaudes qu'aujourd'hui, la mousson plus marquée et le niveau des lacs bien plus élevé. Des régions du nord-ouest et du nord sont atteintes, vers 7000 AEC, par de fortes pluies de mousson., alors qu'aujourd'hui elles sont devenues des régions arides ou semi-arides. Ces poussées de mousson vers le Nord favorisent les premières installations néolithiques sur les bords du fleuve Liao (culture de Xinglongwa), ainsi que sur le cours moyen du Fleuve Jaune (Peiligang et Cishan, Laoguantai / Baijia-Dadiwan I) et dans son cours inférieur (Culture de Houli).
Périodes froides et sèches Cette poussée de la mousson du sud-est régresse ensuite au sud du Yangzi entre 4000 et 1000 AEC, entraînant un épisode plus froid et sec au nord et plus humide au sud. Cela contraint certaines populations à abandonner les installations tandis que la densité de population fléchit et que certaines cultures disparaissent, comme celle de Hongshan qui s'effondre vers 3000 AEC. Celle-ci est remplacée par une forme de pastoralisme extensif, ou par la culture pacifique de Yangshao laquelle fait place à la culture de Longshan, avec la constitution progressive d'une hiérarchie et qui se protège derrière des fossés.
Ailleurs, on construit des murs et des fossés pour endiguer les crues, comme les fouilles l'ont révélé dans les cultures de Daxi, Qujialing, Shijiahe et dans la culture de Liangzhu.. Dans le sud-est de la Chine et à Taïwan on constate le même phénomène : le niveau de la mer atteint rapidement à peu près le niveau actuel, vers 5500 AEC, avec, ensuite, un maximum entre 4000 et 2500 AEC.
Dans les années 2000 plusieurs études, pour l'ensemble du paragraphe. ont apporté des précisions sur ces périodes à l'échelle du globe : vers 6200, 3200 et 2200 AEC. Chaque épisode dure quelques centaines d'années. En Chine, ces fluctuations ont bien été décelées mais leur datation varie de manière importante d'un auteur à l'autre, ce qui pourrait provenir d'une très forte interaction entre les effets propres aux changements climatiques, à l'échelle globale, et les caractéristiques géographiques, régionales, propres à la Chine dans ses régions bien différenciées.. Les études précitées semblent prouver que ces fluctuations sont bien à l'origine de la culture du millet, et qu'ailleurs la réponse sociale a consisté en un renforcement de la cohésion des communautés et en l'appropriation collective par celles-ci de certains territoires. Ces périodes froides et sèches alternaient avec d'autres plus chaudes et humides.
Le premier choc postglaciaire, v. 6400-6000 AEC, a produit une période aride et froide dans l'Atlantique nord et en Amérique du nord, en Afrique et en Asie. En Chine, une fluctuation similaire, v. 5300 AEC, une période de sécheresse pourrait expliquer pourquoi seuls quelques sites, remontant à avant 6000 AEC, ont été découverts, dans des vallées correctement arrosées : Xinglonggou (6200-5600) en Mongolie-Intérieure (deux espèces de millet : le sorgho fourrager et le millet des oiseaux), ainsi que les premiers sites de Peiligang dans la vallée du La rivière Huang est affluent du fleuve Huai, au Henan, qui se jette à Huangchuang. et quelques sites de Pengtoushan dans la vallée du Yangzi. Après ces épisodes froids et secs, le retour des pluies et de la mousson correspond au développement des cultures néolithiques et à leur dispersion du nord au sud..
vignette|Le cours de la rivière Wei, affluent du fleuve Jaune, au nord de la Chine|alt=Carte géographique du cours de la rivière Wei.
Variations Pour prendre un exemple révélateur des effets du climat, les vastes terres situées au nord de la partie inférieure de la rivière Wei ont, semble-t-il, été recouvertes par la végétation et par des lacs profonds, et une grande partie de cette région n'a probablement pas été habitée.. En même temps se multipliaient, ici et là, des petites aires de plus en plus peuplées et avec toutes les pratiques des néolithiques : économie de production, puis rivalités pour la possession des zones les plus fertiles.
Si la transition s'opère lentement vers certains aspects du Néolithique, par endroits, et sans continuité locale, dans de nombreuses autres régions la pratique des chasseurs-cueilleurs (comme à Zengpiyan.) de tradition épipaléolithique, se prolonge loin dans l'Holocène parmi des populations qui sont déjà dans le Néolithique (culture et élevage)Brian Hayden (Université Simon Fraser) [dans Chasseurs-cueilleurs, ouvrage collectif, sous la direction de Sophie Archambault de Beaune, CNRS éditions, 2007 : article Une société hiérarchique ou égalitaire, ] indique que la présence de fosses de stockage (qui pourraient être des indices de propriété) et le fait que certains individus sont distingués, par leur inhumation d'une part, par leurs ornements d'autre part, [ce que l'on peut constater en Chine, au moins à cette époque si ce n'est plus tôt] pourraient être des indices de certaines formes de complexité, de différences sociales ou culturelles à l'œuvre dans ces cultures de chasseurs-cueilleurs depuis le Paléolithique supérieur..
Néolithisation Au début de l'Holocène (9700-7000 AEC), dans un contexte de ressources abondantes et stables, des groupes de chasseurs-cueilleurs réduisent leurs déplacements et adoptent des stratégies plus diversifiées afin d'utiliser ces ressources locales, diverses.. Progressivement et selon les lieux, de nouvelles pratiques apparaissent, depuis les cueillettes et les collectes, qui se font plus sélectives (comme en Chine du Sud.), impliquant parfois une sédentarisation partielle, jusqu'à des productions nouvelles comme la terre cuite. Cette terre cuite se rencontre avec de rares pierres polies dans le cadre de stratégies de subsistance qui relèvent du Paléolithique tardifLi Liu in ..
La néolithisation est un processus complexe. Dans un couvert végétal qui s'est transformé, les hommes pratiquent des stratégies diverses en fonction de caractéristiques locales et temporaires. Cette néolithisation se caractérise par la sédentarisation progressive des groupes humains et la constitution de réserves, au Néolithique ancien (7000-5000 AEC).
La néolithisation, processus lent et différencié, est délicate à appréhender pour des petits groupes dont les stratégies varient en fonction des lieux rencontrés (pour des chasseurs-collecteurs mobiles) et en fonction des variations climatiques locales. La difficulté tient aussi au fait de vouloir relier les mouvements de population (migrations humaines en Asie du Sud-Est et connexion avec l'Asie de l'Est et le Pacifique), les histoires linguistiques (l'expansion des langues austronésiennes), les changements technologiques indiquant de nouvelles adaptations économiques ou sociales (poterie, technologie de base, sédentarisation), et preuve de domestication des animaux et des plantes. Cette opération a créé l’illusion d’un processus unifié de « néolithisation » plutôt que d'approcher les histoires complexes de mosaïques de peuples pratiquant des stratégies éclectiques qui ne sont pas facilement définis comme chasseurs-collecteurs ou agriculteursFarmer and Forager Interactions in Southeast Asia : Laura Lee Junker and Larissa M. Smith (Emplacements du Kindle ~ 18800-19900).
Les pierres polies semblent associées à l'agriculture, dans le cas des meules permettant d'écraser les grains, mais on broyait des végétaux auparavant. La pierre taillée a toutefois été encore longtemps utilisée en fonction de l'usage attendu. Les processus intellectuels en jeu sont donc complexes et il semble que certains personnages se soient distingués de leurs congénères et soient entrés en rivalité au cours de cette période. D'autre part, ces sociétés ont été au contact de chasseurs-cueilleurs et ainsi des échanges ont été profitables aux uns comme aux autres, les transformant réciproquement.