L'instauration d'une zone démilitarisée à Idlib, pendant la guerre civile syrienne, est décidée le , au terme de négociations entre la Turquie et la Russie à Sotchi. Après l'offensive de Deraa à l'été 2018, le gouvernorat d'Idlib et le nord-ouest du gouvernorat d'Alep forment la dernière grande poche tenue par les rebelles en Syrie. Le régime syrien et ses alliés russes et iraniens affichent alors leur intention de reconquérir cette région, mais ils se heurtent à l'opposition de la Turquie, dont l'armée occupe douze postes militaires près des lignes de front, dans le cadre du processus d'Astana. Après d'intenses négociations, la conclusion de l'accord russo-turc annonçant la mise en place d'une zone démilitarisée suspend l'offensive loyaliste.

Malgré de nombreuses violations, la trêve tient jusqu'au , date où une offensive est lancée par l'armée syrienne avec l'appui des forces aériennes russes.

Forces en présence Les rebelles De nombreux groupes rebelles et djihadistes sont présents dans le gouvernorat d'Idlib. Les deux factions majeures sont Hayat Tahrir al-Cham et le Front national de libération . Organisation djihadiste, Hayat Tahrir al-Cham est né en de la fusion de l'ex-Front al-Nosra, de transfuges d'Ahrar al-Cham et de quelques autres groupes . Il est davantage implanté dans le nord du gouvernorat d'Idlib : il contrôle la ville d'Idlib, la frontière turque et 60 % du gouvernorat . Le Front national de libération est quant à lui formé au printemps et à l'été 2018 sous l'impulsion de la Turquie, par la fusion de factions de l'Armée syrienne libre — la division côtière, la division côtière, la division, Al-Forqat al-Wasti, l'Armée libre d'Idlib, la Brigade Al-Hurriyat, la Faylaq al-Cham, Jaych al-Nasr, Jaych al-Nokhba, Jaych al-Thani et le Liwa Shuhada al-Islam — et de formations islamistes ou salafistes — Suqour al-Cham, Jaych al-Ahrar, Tajamu Dimashq, et surtout le Jabhat Tahrir Souriya, lui-même né d'une fusion entre Ahrar al-Cham et le Harakat Nour al-Din al-Zenki . Il est plutôt implanté dans le sud du gouvernorat d'Idlib et dans l'ouest du gouvernorat d'Alep. Du côté des autres factions, Jaych al-Ezzah, un groupe de l'Armée syrienne libre, tient plusieurs villages au sud de Khan Cheikhoun. Les djihadistes ouïghours du Parti islamique du Turkestan (PIT) occupent quant à eux la ville de Jisr al-Choghour . Le PIT compte également dans ses rangs des Français rassemblés au sein de la Firqat al-Ghouraba . Des djihadistes tchétchènes combattent dans les rangs de Jound al-Cham et d'Ajnad al-Kavkaz. Des Ouzbeks sont également présents au sein de la Katiba al-Tawhid wal-Jihad et de la brigade Imam al-Bukhari, deux groupes affiliés à Hayat Tahrir al-Cham. Quelques petites factions djihadistes ayant prêté allégeance à al-Qaïda sont également actives, comme Tanzim Hurras ad-Din.

Du côté des effectifs, selon l'ONU, , pour la plupart affiliés à Hayat Tahrir al-Cham, sont présents dans le gouvernorat d'Idlib. Début septembre, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian parle quant à lui de à Idlib. Selon Vassili Nebenzia, l'ambassadeur russe à l'ONU, Idlib compte divisés en 40 à 45 bandes armées, dont appartenant à Hayat Tahrir al-Cham — que la Russie continue d'appeler « Front al-Nosra » — et que l'ambassadeur juge . Pour le reporter Georges Malbrunot, du Figaro, pro-turcs et , dont , occupent la région. D'après les reporters Luc Mathieu et Hala Kodmani, de Libération, armés occupent la poche, dont pour Hayat Tahrir al-Cham ; d'après eux les combattants du Front national de libération sont plus nombreux mais moins bien organisés que ceux d'Hayat Tahrir al-Cham. Pour l'universitaire Agnès Levallois, le nombre total des combattants est de . Selon l'universitaire Fabrice Balanche, avec l'arrivée entre 2016 et 2018 de rebelles évacués d'Alep, Homs, Deraa, Rastane et de la Ghouta orientale, pas moins de combattants se trouvent désormais dans le gouvernorat d'Idlib, dont . Selon lui, Hayat Tahrir al-Cham et le Front national de libération alignent des effectifs équivalents. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) estime également à le nombre des combattants de Hayat Tahrir al-Cham . Le Parti islamique du Turkestan compte quant à lui . Tanzim Hurras ad-Din compte également . Le Front national de libération revendique quant à lui Luc Mathieu, .

Plus au nord, dans les régions d'Afrine et Al-Bab dominées par les groupes de l'Armée syrienne libre, les rebelles travaillent également avec la Turquie à la formation d'une « Armée nationale », forte de .

Les loyalistes Selon le média pro-régime Al-Masdar News, en les forces de l'armée syrienne déployées pour l'offensive d'Idlib appartiennent à la division, à la division blindée, à la division mécanisée, à la division blindée, à la division, à la division, à la division de chars, à la division des forces spéciales, à la division de chars, aux Forces du Tigre, et aux et brigades de la Garde républicaine . L'armée syrienne est également appuyée par des milices du régime : les Forces de défense nationale, les divisions Mhardeh et Suqaylabiyah du Parti social nationaliste syrien (PSNS), le Liwa al-Quds et les Brigades du Baas. Des milices islamistes chiites pro-iraniennes sont également présentes dans les rangs loyalistes, ainsi que d'anciens rebelles ayant accepté des accords de « réconciliation » avec le régime.

La Russie dispose quant à elle en permanence d'une trentaine d'avions sur la base aérienne de Hmeimim. Elle renforce également sa flotte en mer Méditerranée. Mi-août, la frégate Pitlivi et le navire de débarquement Nikolaï Filthenkov franchissent le détroit du Bosphore, suivis le par les frégates Amiral Grigorovitch et Amiral Essen. Fin août, Moscou dispose de dix navires et deux sous-marins en Méditerranée, soit le déploiement le plus important de la marine russe depuis l’intervention en Syrie. Début septembre, 25 navires et 30 avions de l'armée russe participent à des manœuvres en Méditerranée sous le commandement du croiseur lance-missiles Maréchal Oustinov.

Mi-octobre, le général Souheil al-Hassan, chef des Forces du Tigre, arrive à l'aéroport d'Abou Douhour, à l'est du gouvernorat d'Idlib .

L'État islamique Après sa défaite lors de l'offensive d'Abou Douhour, l'État islamique ne contrôle plus de territoires dans les gouvernorats d'Idlib, Hama et Alep, mais il maintient des cellules clandestines dans ces régions . Au cours de l'année 2018, ces cellules mènent de nombreux assassinats, en particulier contre des membres de Hayat Tahrir al-Cham et du Front national de libération.

À l'été 2018, les rapts et les assassinats se multiplient dans le gouvernorat d'Idlib, provoquant la colère des habitants . Plusieurs assassinats sont revendiqués par l'État islamique, d'autres auraient été commis par des cellules pro-régime ou par les services turcs et russes. Selon l'OSDH, au moins — dont 242 rebelles syriens, 40 combattants étrangers et 70 civils, parmi lesquels figurent six femmes et douze enfants sont tuées entre le et le dans des attaques visant des dirigeants ou des membres de Hayat Tahrir al-Cham et d'autres groupes rebelles . Du au , au moins de cellules dormantes de l'État islamique sont également tués, dont 41 exécutés par les membres de Hayat Tahrir al-Cham ou d'autres groupes .

Selon l'OSDH, dans la nuit du 23 au , 400 combattants de l'État islamique sont transférés par l'armée syrienne du gouvernorat de Deir ez-Zor à l'est du gouvernorat d'Idlib . L'OSDH indique cependant ne pas être en mesure de dire si les djihadistes de l'EI ont été relâchés dans les zones tenues par Hayat Tahrir al-Cham et les rebelles. Des activistes de l'opposition accusent alors le régime de chercher à provoquer le chaos à Idlib pour affaiblir les rebelles dans de nouveaux combats contre l'EI et justifier des bombardements ou une nouvelle offensive de l'armée syrienne .

Situation des civils Environ trois millions de civils sont présents dans le gouvernorat d'Idlib et vivent dans des conditions dramatiques et dans la peur d'une offensive . La moitié d'entre eux sont des déplacés et les deux tiers dépendent pour survivre, de l'aide humanitaire internationale, convoyée depuis la frontière turque. Des dizaines de camps de déplacés parsèment la province. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), moins de la moitié des installations médicales dans la région restent fonctionnelles. Pour le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), les infrastructures médicales ont déjà connu 38 attaques depuis le début de l'année. Le , Linda Tom, la porte-parole de l'OCHA, déclare qu'une escalade militaire risque de provoquer une et estime que risquent d'être déplacées . Le , , haut responsable de l'OCHA, déclare devant le Conseil de sécurité des Nations unies qu'. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, souligne également en cas d'offensive.

Situation à Idlib

Objectifs du camp loyaliste À l'été 2018, après la victoire du régime syrien et de ses alliés lors de la bataille de la Ghouta orientale et lors de l'offensive de Deraa, les régions d'Idlib, Afrine et Al-Bab, dans le nord-ouest de la Syrie, forment la dernière poche tenue par les rebelles syriens, à l'exception d'une petite zone à Al-Tanf, sur la frontière avec l'Irak . Le gouvernorat et la ville d'Idlib sont contrôlés par la rébellion depuis 2015. Al-Bab a quant à elle été prise par l'armée turque et l'Armée syrienne libre en , après une bataille contre l'État islamique, dans le cadre de l'Opération Bouclier de l'Euphrate. Ces mêmes forces se sont ensuite emparés d'Afrine en , lors d'une autre offensive, cette fois contre les Forces démocratiques syriennes.

Un an auparavant, le , la Russie, la Turquie et l'Iran avaient conclu un accord à Astana, pour créer des dans les territoires rebelles, afin d'instaurer un cessez-le-feu . Quatre zones étaient alors concernées : la poche d'Idlib, la poche de Rastane, la poche de Deraa et la Ghouta orientale. Cependant, le sud-est de la poche d'Idlib est à nouveau le théâtre de combats entre et . Une partie du sud-est du gouvernorat d'Idlib est notamment reconquise par le régime lors de l'offensive d'Abou Douhour . Les trois autres poches rebelles sont quant à elles reconquises par les loyalistes entre février et . Des dizaines de milliers de combattants et de civils sont alors évacués vers Idlib, après la conclusion d'accords de « réconciliation » et d'« évacuation » .

Le , après la reconquête de Deraa par ses forces, le président syrien Bachar el-Assad, déclare : . Le , une réunion rassemblant des émissaires russes, turcs, iraniens et des représentants du régime syrien et de la rébellion se tient à Sotchi, en Russie . À l'issue des discussions, l'émissaire russe pour la Syrie, Alexandre Lavrentiev, assure qu'. Il déclare alors espérer que . En revanche, Bachar Jaafari, l'émissaire du régime, déclare qu'. Le , le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, déclare également qu'il faut .

Objectifs de la Turquie Cependant la situation à Idlib est plus complexe en raison de la présence de forces de l'armée turque . Alliée à la rébellion tout en entretenant de bonnes relations avec la Russie, la Turquie s'efforce d'empêcher une offensive contre Idlib et tient à maintenir une zone tampon et une sorte de protectorat dans les régions du nord-est de la Syrie . À la mi-juillet, lors d'un entretien téléphonique avec le président Vladimir Poutine, le président Recep Tayyip Erdoğan menace notamment de se retirer du processus d'Astana en cas d'offensive loyaliste sur Idlib .