Le Rallye Safari 1979 (27th East African Safari), disputé du 12 au , est la soixante-septième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la quatrième manche du championnat du monde des rallyes 1979.
Contexte avant la course Le championnat du monde
thumb|right|alt=Fiat 131 Abarth|La Fiat 131 Abarth (ici lors d'une épreuve historique) a permis à Fiat de remporter deux titres mondiaux. Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes s'appuie sur les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Parallèlement au championnat des constructeurs, la Commission Sportive Internationale (CSI) a cette année introduit un championnat des pilotes, succédant à la controversée Coupe des conducteurs qui incluait des épreuves de second plan. Le calendrier 1979 comprend douze manches (dont huit européennes), réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
Fiat (marque championne du monde en 1977 et 1978) et Ford sont les principaux constructeurs de la saison 1979, les autres limitant leurs engagements aux épreuves leur offrant des retombées commerciales importantes. Le Safari, importante vitrine pour le marché automobile africain, constitue cette année l’un des principaux objectifs de Datsun, Mercedes-Benz ou Peugeot, dernier vainqueur en date. Fiat est également présent, contrairement à Ford qui, depuis son dernier succès en 1977, a renoncé à participer à l'épreuve kényane, dont la préparation s'avère très onéreuse.
L'épreuve thumb|upright=0.9|right|alt=504 V6|Le coupé 504V6 a permis à Peugeot d'obtenir une sixième victoire en 1978.
Le plus renommé des rallyes africains, initialement appelé « Coronation Safari », fut créé en 1953 en hommage à la reine Élisabeth II, alors que le Kenya était encore un protectorat britannique. Dès 1960, le parcours sortit des frontières kényanes pour s'étendre aux protectorats voisins, la Tanzanie et l'Ouganda. A cette occasion, l'épreuve fut rebaptisée « East African Safari », appellation qui perdurera après l’indépendance des trois pays. L'East African Safari est l'une des manches les plus dures de la saison, son parcours empruntant des pistes souvent défoncées alternant rocaille et boue. Bien que le classement soit établi sur le principe du temps imparti (et non par addition des temps réalisés sur des secteurs chronométrés comme pour la plupart des autres rallies), la difficulté à respecter les moyennes imposées entre les nombreux contrôles horaires rend l'épreuve extrêmement sélective. Peugeot s'y est imposé à six reprises entre 1963 et 1978, un record.
Le parcours départ : de Nairobi arrivée : à Nairobi distance : ( initialement prévus) surface : terre, boue et rocaille, asphalte (minoritaire) Parcours divisé en trois étapes, 82 contrôles horairesRevue Auto hebdo - 19 avril 1979
Première étape Nairobi - Kisumu - Eldoret - Nakuru - Nairobi, du 12 au distance : dont de piste
Deuxième étape Nairobi - Mombasa - Nairobi, du 14 au distance : ( initialement prévus) dont de piste
Troisième étape Nairobi - Nyahururu - Meru - Nyeri - Nairobi, du 15 au distance : dont de pisteRevue L'Automobile n°396 - juin 1979
Les forces en présence Datsun thumb|upright=1.1|left|alt=Datsun 160J|La Datsun 160J groupe 2, ici lors d'une épreuve européenne. La marque japonaise a engagé trois berlines 160J PA10 groupe 2 par l'intermédiaire de son importateur local D.T. Dobie. Spécialement renforcées pour les pistes africaines, ces voitures de disposent d'un robuste moteur quatre cylindres de deux litres de cylindrée à simple arbre à cames, développant 200 chevaux à 7800 tr/min. Elles sont confiées au pilote local Shekhar Mehta (vainqueur de l'épreuve en 1973), Rauno Aaltonen et Harry Källström. Engagés à titre privé, le Kényan Mike Kirkland et le Japonais Yoshio Iwashita disposent de modèles identiques. Les Datsun sont toutes équipées de pneumatiques Dunlop.
Fiat thumb|upright=1.1|right|alt=Mercedes 450 SLC|Un coupé Mercedes 450 SLC groupe 4 lors d'une course historique. Le constructeur italien a déployé d'importants moyens pour tenter de s'imposer au Safari, un rallye qui manque à son palmarès. L'usine a engagé trois 131 Abarth groupe 4. La structure renforcée a porté le poids à 1290 kg (contre 1000 pour les versions habituelles), tandis que la puissance du moteur deux litres seize soupapes a été ramenée à 220 chevaux. Sorti de sa retraite sportive, Sandro Munari a passé un mois à reconnaître les pistes kényanesRevue Sport Auto n°208 - mai 1979. Il est épaulé par Walter Röhrl et Markku Alén, ce dernier découvrant l'épreuve. Les trois voitures sont chaussées de pneus Pirelli.
Mercedes-Benz Tout comme Datsun, le constructeur de Stuttgart est représenté par l'importateur D.T. Dobie. Avec six voitures officielles et son impressionnant matériel d'assistance, la marque allemande fait figure d’épouvantail. Aux trois imposants coupés 450 SLC 5.0 groupe 4 (1410 kg, moteur V8 de cinq litres, 320 chevaux, boîte automatique, air conditionné, 250 km/h en pointe) pilotés par Hannu Mikkola, Björn Waldegård et Vic Preston Jr s'ajoutent trois berlines 280 E groupe 2 (1330 kg, six cylindres, , 220 chevaux) confiées au triple vainqueur Joginder Singh, au Britannique Andrew Cowan et au vétéran polonais Sobieslaw Zasada. Coupés et berlines utilisent des pneus Dunlop.
Peugeot Victorieux des deux manches mondiales africaines l'année précédente, les coupés 504 V6 groupe 4 ont les faveurs des pronostics. Grand habitué de l'épreuve, Shekhar Mehta les donnent largement favoris, tout comme Jürgen Barth, pilote-ingénieur de Porsche. L'usine a particulièrement soigné la préparation de ses quatre voitures, qui disposent désormais de 240 chevaux grâce à de nouvelles tubulures d'échappement. La boîte de vitesses avec cinquième rapport surmultiplié permet exploiter au mieux le moteur V6 de et d'atteindre 200 km/h en pointe. Timo Mäkinen, Jean-Pierre Nicolas et Simo Lampinen sont cette année épaulés par Jean-Claude Lefebvre. Les 504 sont équipées de pneus Michelin.
Porsche Après sa tentative infructueuse de l'année précédente malgré d'énormes moyens mis en place, Porsche n'a pas souhaité renouvelé l'expérience. Deux ingénieurs de la marque, Jürgen Barth et Alex Janda, ont toutefois pris l'initiative d'engager deux voitures à titre personnel : il s'agit de Porsche 924 turbo, très proches des modèles de série, les protections additionnelles ayant toutefois porté leur poids à 1300 kg. Leur moteur quatre cylindres turbocompressé (0,5 bars de surpression) délivre 170 chevaux. Elles utilisent des pneus Dunlop.
Déroulement de la course Première étape Nairobi - Kisumu - Eldoret Les 66 équipages s'élancent de Nairobi le jeudi , à partir de 14 heures, en direction du nord. La moyenne impartie sur cette première partie du trajet est de 95 km/h. Le début d'étape ne présente pas de difficulté particulière jusqu'au point de contrôle n°4, que Sandro Munari (Fiat), Shekhar Mehta (Datsun) et Björn Waldegård (Mercedes) parviennent à rejoindre dans le temps imparti. Dans les secteurs suivants, les premières pénalités tombent, permettant à Waldegård de prendre seul la tête de la course devant son coéquipier Hannu Mikkola, talonné par les Datsun de Mehta et Rauno Aaltonen. Mehta s'accroche aux Mercedes et parvient à occuper brièvement la première place avant de reperdre un peu de terrain sur Waldegård, qui rallie Kisumu en tête. Après trois heures de pause, les concurrents reprennent la piste en direction d'Eldoret. Mehta et Mäkinen (Peugeot) font le forcing et prennent les deux premières places au contrôle de Kitale, alors que se produit le premier abandon notable, Jean-Pierre Nicolas (vainqueur l’année précédente) devant renoncer après avoir coulé une bielle sur son coupé 504. Munari a perdu du temps à cause d'une double crevaison, ayant heurté une pierre alors qu'il tentait de dépasser la Mercedes de Preston ; le champion italien a chuté à la huitième place. Une mésaventure similaire va pénaliser Mehta sur le dernier secteur avant le regroupement d'Eldoret, au moment de dépasser la 504 de Mäkinen : ce dernier ferme la porte, provoquant la sortie de piste de la Datsun ; Mehta doit faire remplacer les suspensions, et perd sa première place. A Eldoret, que les premiers atteignent vers cinq heures du matin, une nouvelle pause de trois heures est accordée aux équipages. Mäkinen et Waldegård sont ex æquo en tête, comptant quatre minutes d'avance sur Aaltonen. Mehta a rétrogradé en quatrième position, à égalité avec Mikkola.
+ classement à Eldoret Pilote Copilote Voiture Groupe Pénalisations Écart 1 Timo Mäkinen Jean Todt Peugeot 504 V6 coupé 4 1 h 10 min 1= Björn Waldegård Hans Thorszelius Mercedes-Benz 450 SLC 5.0 4 1 h 10 min 3 Rauno Aaltonen Lofty Drews Datsun 160J PA10 2 1 h 14 min + 4 min 4 Shekhar Mehta Mike Doughty Datsun 160J PA10 2 1 h 29 min + 19 min 4= Hannu Mikkola Arne Hertz Mercedes-Benz 450 SLC 5.0 4 1 h 29 min + 19 min 6 Simo Lampinen Atso Aho Peugeot 504 V6 coupé 4 1 h 41 min + 31 min 7 Andrew Cowan Johnstone Syer Mercedes 280 E 2 1 h 49 min + 39 min 8 Markku Alén Ilkka Kivimäki Fiat 131 Abarth 4 1 h 55 min + 45 min 8= Sandro Munari Silvio Maiga Fiat 131 Abarth 4 1 h 55 min + 45 min 10 Walter Röhrl Christian Geistdörfer Fiat 131 Abarth 4 11 Joginder Singh David Doig Mercedes 280 E 2 12 Harry Källström Claes Billstam Datsun 160J PA10 2
Eldoret - Nakuru La nuit a été entrecoupée d'averses et la piste menant à Nakuru alterne tronçons secs et secteurs boueux. Dans ces conditions, Waldegård parvient tout d'abord à distancer Mäkinen, avant d'être lourdement pénalisé à cause de la rupture d'un élément de suspension entraînant le bris d'un demi-arbre. La réparation va coûter deux heures et demie au pilote suédois qui perd plus de dix places au classement général. Aaltonen a également hypothéqué une bonne partie de ses chances de victoire après avoir cassé un amortisseur et un élément de transmission ; la remise en état lui a fait perdre une heure et demie sur ses adversaires. Simo Lampinen occupe alors la quatrième position, mais peu après une grosse pierre défonce le carter de sa 504. Privé de manomètre depuis le départ, le pilote finlandais ne se rend pas compte de la fuite d'huile qui s'ensuit et continue sa course, avant qu'une rupture de coussinet de bielle ne le contraigne à l'abandon. Jean-Claude Lefebvre ayant quant à lui perdu énormément de temps à cause de problèmes d'accélérateur puis de direction, Mäkinen reste le dernier pilote Peugeot en lice pour la victoire. Seul de l'équipe à n'avoir connu aucun problème mécanique, il rallie Nakuru avec onze minutes d'avance sur la Mercedes de Mikkola et seize sur la Datsun de Mehta. Épargné par les problèmes sur ce tronçon, Munari est remonté en quatrième position, devant la berline Mercedes d'Andrew Cowan.
+ classement à Nakuru Pilote Copilote Voiture Groupe Pénalisations Écart 1 Timo Mäkinen Jean Todt Peugeot 504 V6 coupé 4 1 h 43 min 2 Hannu Mikkola Arne Hertz Mercedes-Benz 450 SLC 5.0 4 1 h 54 min + 11 min 3 Shekhar Mehta Mike Doughty Datsun 160J PA10 2 1 h 59 min + 16 min 4 Sandro Munari Silvio Maiga Fiat 131 Abarth 4 2 h 16 min + 33 min 5 Andrew Cowan Johnstone Syer Mercedes 280 E 2 2 h 23 min + 40 min 6 Walter Röhrl Christian Geistdörfer Fiat 131 Abarth 4 2 h 35 min + 52 min 7 Markku Alén Ilkka Kivimäki Fiat 131 Abarth 4 2 h 48 min + 1 h 05 min 8 Joginder Singh David Doig Mercedes 280 E 2 2 h 55 min + 1 h 12 min 9 Harry Källström Claes Billstam Datsun 160J PA10 2 2 h 56 min + 1 h 13 min 10 Rauno Aaltonen Lofty Drews Datsun 160J PA10 2 3 h 06 min + 1 h 23 min 10= Mike Kirkland Dave Haworth Datsun 160J PA10 2 3 h 06 min + 1 h 23 min
Nakuru - Nairobi