L'invasion omeyyade en Inde est une série de batailles se déroulant à l'est de l'Indus pendant la première moitié du et durant lesquelles le califat omeyyade affronte plusieurs royaumes indiens..

À la suite de la conquête du Sind, une région se situant actuellement au Pakistan, par les troupes du califat en 712, les armées de ce dernier attaquent les royaumes situés plus à l’est de l’Indus. Cela se traduit entre 724 et 810 par une série de batailles qui opposent d'un côté les Arabes et de l'autre l'empereur indien Nagabhata de la dynastie Gurjara-Pratihara, l'empereur indien Vikramaditya II de la dynastie Chalukya ainsi d'autres petits royaumes indiens. Au nord, Nagabhata vainc une importante expédition arabe à Malwa., tandis qu'au sud, Vikramaditya II envoie au combat son général Pulakesi, qui inflige une défaite aux Arabes au Gujarat. Plus tard, en 776, une expédition navale du califat est vaincue par la flotte de la dynastie , commandée par Agguka I..

Les défaites arabes ont mis fin a leur expansion vers l’est et, dans un second temps, ont entraîné le renversement des dirigeants arabes du Sindh et leur remplacement par des dynasties de Rajput d'origine indienne, les Soomras et les ..

Situation avant le conflit

droite|vignette|200x200px|Carte des expéditions de Muhammad ibn al-Qasim dans le Sind en 711

Après le règne de l'empereur Harshavardhana, au début du , l'Inde du nord était divisée en plusieurs royaumes, petits et grands. Le nord-ouest était contrôlé par la dynastie Karkota basée au Cachemire et par les Hindu Shahis basés à Kaboul. Kânnauj, la capitale de facto de l'Inde du Nord, était contrôlée par le roi Yashovarman, le nord-est de l'Inde était sous la domination de la dynastie Pala et l'Inde du Sud sous celle des puissants Chalukyas. Dans l'Ouest de l'Inde, on trouve la dynastie Rai du Sind et plusieurs royaumes dirigés par différentes branches du clan Gurjara qui sont basés à Bhinmal (Bhillamala), Mandore, Nandol-Broach et Ujjain. Le dernier de ces clans, qui s'appelait Pratiharas, devait être le plus puissant des clans Gurjara. La région regroupant le sud du Rajasthan et le nord du Gujarat porte alors le nom de Gurjaratra, soit « pays de Gurjara », et ne sera rebaptisée Rajputana qu'à l’époque médiévale. Enfin, la péninsule de Kathiawar (Saurashtra) était contrôlée par plusieurs petits royaumes, comme les Saindhavas, ou dynastie Jayadratha. Le plus puissant de ces États était celui de la dynastie Maitrakas, dont la capitale se trouve à Vallabhi; ..

La troisième vague d'expansion militaire du califat Omeyyades a lieu entre 692 et 718. C'est sous le règne d'Al-Walīd (705–715) qu'ont lieu les conquêtes les plus importantes de la dynastie Marwanide : en à peine dix ans, l'Afrique du Nord, l'Espagne, la Transoxiana et le Sind sont vaincus et annexés au califat. Le Sind, contrôlé par le roi Raja Dahir de la dynastie Rai, est annexé par le général omeyyade Muhammad ibn al-Qasim. Alors que le Sind, devenu une province du califat de deuxième niveau (iqlim) dont la capitale est la ville Al Mansura, était une base convenable à partir de laquelle des excursions en Inde pouvaient être lancées ; après le départ d'al-Qasim, la plupart des territoires dont il s'était emparé ont été repris par les rois indiens.

Pendant le règne de Yazid II (720 - 724), La quatrième vague d'expansion est lancé sur toutes les frontières en guerre, y compris en Inde. Cette campagne dure de 720 à 740, mais le califat n'a pas vraiment les moyens de contrôler cette expansion. Cependant, les choses changent avec l'avènement d'Hisham ibn Abd al-Malik (691–743), le calife omeyyade. Son règne marque un tournant pour les Omeyyades, qui subissent des défaites sur tous les fronts, ce qui entraîne l'arrêt total de l'expansionnisme arabe et l'effondrement du prestige du califat. Cet épuisement militaire des Ommeyyades provoque un hiatus qui dure de 740 à 750, et qui voit le déclenchement d'une troisième série de guerres civilesLes deux premières étant les fitna qui ont opposé les Ommeyades aux partisans d'Ali, qui se concluent par l'effondrement du califat omeyyade.

La campagne de Muhammad ibn al-Qasim (712–715) droite|vignette|Étendue et expansion de la domination Omeyyades dans l'Inde médiévale sous Muhammad ibn al-Qasim. Les frontières des États modernes sont marquées en rouge. Après avoir pris le contrôle total du Sindh, Muhammad ibn al-Qasim a écrit aux « rois de Hind » pour leur demander de se rendre et d'accepter la conversion à l'islam: "And Al-Qasim wrote letters `to the kings of Hind (bi-mulūk-i-hind) calling upon them all to surrender and accept the faith of Islam (bi-muṭāwa`at-o-islām)'. Ten-thousand cavalry were sent to Kanauj from Multan, with a decree of the caliph, inviting the people `to share in the blessings of Islam, to submit and do homage and pay tribute'.". Il a envoyé une armée contre al-Baylaman (Bhinmal), qui aurait proposé de se soumettre. Le peuple Mid de Surast (les Maitrakas de Vallabhi) a également accepté de faire la paix avec le califat. Al-Qasim envoie alors une cavalerie de à Kanauj, accompagnée d'un décret du calife. Nul ne sait ce qu'il est advenu de cette expédition, les sources sont muettes à son sujet. Il est allé lui-même avec une autre armée jusqu'à la frontière du Cachemire, dans un endroit appelé Panj-māhīyāt qui se situe dans l'ouest du Pendjab. Cette zone pourrait correspondre à la région désignée sous le nom d'al-Kiraj dans les archives ultérieures, soit le royaume de Kira dans la vallée de Kangra, dans l'Himachal Pradesh. Toujours est-il que ce Panj-māhīyāt est apparemment mis au pas après le passage de Muhammad ibn al-Qasim.

Al-Qasim reçoit l'ordre de revenir auprès du calife en 715 et meurt en chemin. Dans ses chroniques, l'historien arabe Al-Baladhuri écrit qu'après son départ, les rois d'Al-Hind sont revenus dans leurs royaumes. La période du calife ʿUmar (r. 717–720) est relativement paisible. Plutôt que de lancer une nouvelle expédition, le calife invite les rois de "al-Hind" à se convertir à l'islam et à devenir ses sujets, en échange de quoi ils continueraient à rester des rois. Hullishah de Sindh et d'autres rois ont accepté l'offre et adopté des noms arabes. La politique d'expansion par la guerre reprend au cours des califats de Yazid II (r. 720–724) et d'Hisham (r. 724–743). C'est alors que Junayd ibn Abd ar-Rahman al-Murri (ou Al Junayd) est nommé gouverneur du Sind en 723.

Campagne d'Al Junayd (723–726) droite|vignette|343x343px|Campagnes arabes dans le subcontinent indien. Cette carte est une représentation schématique, qui n'est pas à l'échelle exacte. Après avoir rétabli le contrôle direct du califat sur le Sind, Junayd lance des campagnes militaires contre diverses régions de l’Inde. La justification de ces attaques est que ces régions avaient déjà rendu hommage à Al-Qasim, et à travers lui au calife, puis s'étaient rétractées. La première cible est al-Kiraj, probablement un royaume de la vallée de Kangra, qui est conquis et détruit au terme de la campagne. Une vaste campagne militaire est menée au Rajasthan contre plusieurs cibles, notamment Mermad (Maru-Mala, à Jaisalmer et au nord de Jodhpur), Al-Baylaman (Bhillamala ou Bhinmal) et Jurz (Gurjara, au sud du Rajasthan et au nord du Gujarat). Une autre armée est envoyée contre le royaume d'Uzayn (Ujjain), contre lequel les troupes d'Al Junayd lancent de nombreux raids au cœur même du pays (Avanti), qui se concluent par la destruction de certaines villes, incluant la ville de Baharimad, dont le site exact n'est toujours pas identifié à l'heure actuelle. Par contre, la ville-capitale d'Ujjain elle-même n'a peut-être pas été conquise. Une autre armée est envoyée attaquer al-Malibah, soit Malwa, à l'est d'Ujjain., mais le résultat de cette expédition n'a pas été noté par les historiens et chroniqueurs; ; ..

Au nord, les Omeyyades ont tenté de s’étendre au Pendjab mais leurs troupes ont été vaincues par le roi Lalitaditya Muktapida de l'empire Karkota du Cachemire. Une autre a été envoyée au sud, qui a obtenu la soumission des villes et régions de Qassa (Kutch), al-Mandal (peut-être Okha dans le Gujarat), Dahnaj (non identifié), Surast (Saurashtra) et Barus ou Barwas (Bharuch).

Parmi les royaumes affaiblis ou détruits figurent les Bhattis de Jaisalmer, les Gurjaras de Bhinmal, les Mauryas de Chittor, les Guhilots de Mewar, les Kacchelas de Kutch, les Maitrakas de Saurashtra et les Gurjaras de Nandipuri. Au total, Al-Junayd aurait conquis tout le Gujarat, une grande partie du Rajasthan et certaines parties du Madhya Pradesh. L'historien américain Khalid Yahya Blankinship affirme qu'il s'agissait d'une invasion à grande échelle dans le but de fonder une nouvelle province du califat.

En 726, le califat remplace Al-Junayd par Tamim ibn Zayd ibn Hamal al-Qayni (Tamim) en tant que gouverneur du Sind. Au cours des années suivantes, tous les gains territoriaux réalisés par Junayd sont perdus. Les archives arabes n’expliquent pas pourquoi, si ce n’est pour indiquer que les troupes du califat, venues de pays lointains comme la Syrie et le Yémen, ont abandonné leurs postes en Inde et ont refusé d'y retourner. Blankinship admet la possibilité d'une révolte des Indiens, mais pense qu'il est plus probable que ce soit à cause de problèmes internes aux troupes d'occupation des Omeyyades.

Les sources sont assez floues concernant le sort du gouverneur Tamim, mais il aurait fui le Sind et serait mort en route. Ce qui est sûr, c'est que le califat nomme al-Hakam ibn Awana al-Kalbi (Al-Hakam) en 731 pour le remplacer et que ce dernier gouverne le Sind jusqu'en 740.

Al-Hakam et la résistance des royaumes Indiens (731–740) La première chose que fait Al-Hakam une fois nommé à son nouveau poste est de restaurer l'ordre dans le Sind et à Kutch et de construire des fortifications pour sécuriser les villes d'Al-Mahfuzah et Al-Mansur. Ceci fait, il s'attelle ensuite à reprendre le contrôle des royaumes indiens précédemment conquis par Al-Junayd. Si les sources arabes sont silencieuses sur les détails de ces campagnes, plusieurs sources indiennes signalent des victoires sur les troupes du califat.

Dans une inscription datée de l'an 736, Jayabhata IV, le roi issu du clan Gurjara qui règne sur Nandipuri, indique qu'il est allé au secours du roi de Vallabhi et qu'il a infligé une défaite écrasante à une armée (arabe). Ces derniers ont ensuite envahi le royaume de Jayabhata lui-même et se sont ensuite rendus à Navsari, dans le sud du Gujarat; ; .. Ils avaient peut-être l'intention de pénétrer en Inde du Sud, mais au sud du fleuve Mahi se trouve le puissant empire Chalukyan. Le vice-roi Chalukyan de Navsari, Avanijanashraya Pulakeshin, inflige une défaite décisive aux troupes arabes, comme le montre une inscription de Navsari datant de l'an 739. Selon cette inscription, l’armée Tājika (arabe) qui a été vaincue est celle qui avait attaqué les rois "Kacchella, Saindhava, Saurashtra, Cavotaka, Maurya et Gurjara". Pulakesi a par la suite reçu les titres de « Pilier solide du Deccan » (Dakshināpatha-sādhāra) et de « Repousseur de ce qui ne peut pas être repoussé » (Anivartaka-nivartayitr). Le prince Dantidurga du Rashtrakuta, qui était un vassal des Chalukyas à cette époque, a également joué un rôle important dans la bataille; ; ; ; ; ; ..

Au fil du temps, les historiens ont identifié les royaumes mentionnés dans l'inscription de Navsari comme suit : Les Kacchelas étaient le peuple de Kutch. On pense que les Saindhavas étaient des émigrants venus du Sind, qui se sont vraisemblablement installés à Kathiawar après l'occupation arabe du Sind en 712. Installés à l'extrémité nord de Kâthiâwar, ils avaient un souverain du nom de Pushyadeva. Les Cavotakas (également appelés Capotaka ou Capa) sont aussi un peuple de Kathiawar, qui ont leur capitale à Anahilapataka. Les Saurashtra vivent au sud de Kathiawar.