Cyrus ou Kyros de Panopolis (nom complet en latin : , en grec : ) est un poète, haut fonctionnaire impérial puis évêque de l'Empire romain d'Orient du . Né vers 400 à Panopolis en Égypte, il rejoint la cour impériale de Théodose II à Constantinople grâce à l'impératrice Eudocie qui apprécie sa poésie. Devenu préfet de Constantinople puis préfet du prétoire d'Orient, il participe activement à la rénovation de la ville et promeut l'utilisation du grec, langue de la majorité de la population dans l'Empire d'Orient, en lieu et place du latin dans l'administration impériale. Accusé de sympathie pour le paganisme à la suite d'intrigues au palais impérial, il est disgracié en 441 puis exilé à Cotyaeum, ville dont il devient évêque. De retour à Constantinople après la mort de Théodose II en 450, il s'implique dans des œuvres de charité et se lie à Daniel le Stylite, avant de mourir vers 470.

Il est de son temps reconnu comme un grand poète. Seuls trois de ses poèmes collectés dans l'Anthologie Palatine nous sont parvenus : un fragment de panégyrique de Théodose II, une lamentation en lien avec son exil de Constantinople et une épigramme qu'il aurait fait graver sur la colonne de Daniel le Stylite.

Contexte Situation politique de l'Empire romain d'Orient vignette|Empire romain en 450 : en bleu, l'Empire romain d'Occident, en vert, l'Empire romain d'Orient. À la mort de l'empereur Théodose en 395, l'Empire romain est divisé entre ses deux fils : l'Occident revient au cadet Honorius tandis que l'Orient est attribué à l'aîné Arcadius, à qui son fils Théodose II succède en 408 à l'âge de 7 ans. Tandis qu'en Occident, les peuples germaniques, dits barbares, autrefois fédérés, fondent leurs propres royaumes autonomes sur le territoire de l'Empire, l'Orient parvient à préserver sa structure politique et économique.

La transmission dynastique, non contestée, du pouvoir impérial et la relative tranquillité des relations avec le voisin perse permet à l'Orient d'affirmer au cours du début du sa supériorité. L'Empire devient de plus en plus : le pouvoir se focalise sur la capitale Constantinople, le christianisme et l'Église occupent une place prépondérante dans la culture et la politique, et le grec, langue majoritaire de cette partie de l'Empire, prend l'ascendant sur le latin. Contrairement à l'Occident où le Aetius domine le paysage politique, l'entourage de Théodose II est principalement civil. Le préfet du prétoire Anthémius est la personnalité forte de l'empire d'Orient jusqu'en 414, suivi par Pulchérie, la sœur de l'empereur, jusqu'en 423, puis son épouse, Eudocie.

Tensions religieuses au Au cours du , le christianisme devient majoritaire dans l'empire d'Orient. Le paganisme, terme regroupant une grande diversité de pratiques et de cultes, souffre alors de la promulgation de lois antipaïennes et de l'attrait du christianisme. Par ailleurs, si la situation est relativement stable à la tête de l'État, l'empire d'Orient est agité par des troubles religieux allant jusqu'à menacer la paix civile. Les controverses théologiques expriment à la fois des oppositions de clans, d'intérêts, de personnes et de cités, mais revêtent également une dimension politique compte tenu de la proximité entre l'Église et l'État.

La plus importante crise du débute à la fin des années 420 et concerne la nature du Christ. Elle voit l'opposition entre les partisans de Nestorius de Constantinople, qui contestent le nom de Theotokos () donné à Marie, soit par extension l'unité entre la nature divine et la nature humaine du Christ, et ceux de Cyrille d'Alexandrie, pour qui ces deux natures sont unies. Le nestorianisme est condamné en 431 par le concile d'Éphèse, convoqué par Théodose II, mais les tensions entre les deux parties restent vives.

Sources Les sources sur la vie de Cyrus de Panopolis sont multiples : ses poèmes, la biographie presque contemporaine de Daniel le Stylite, dont Cyrus était proche à la fin de sa vie, les décrets et codes de lois issus du () qui fournissent quelques dates fixes, et enfin des sources littéraires, telles que les chroniques de Jean Malalas () et de Théophane (), la Chronicon Paschale () et l'entrée « Cyrus » de la Souda ().

Biographie Origines Cyrus, de son nom complet , est né vers l'an 400 à Panopolis (aujourd'hui Akhmîm) en Haute-Égypte, probablement d'une famille de rang sénatorial. Rien n'est connu sur sa jeunesse, mais il peut, à l'image d'autres personnalités originaires de Panopolis, avoir été un poète itinérant. Si la ville n'est pas un centre traditionnel de culture gréco-romaine, elle est un haut lieu de culture littéraire d'expression grecque aussi bien chrétienne que païenne depuis le , ayant engendré plusieurs poètes renommés dont Nonnos, à peu près contemporain de Cyrus, et Pamprépios, né en 440.

Carrière administrative

L'œuvre poétique de Cyrus attire l'attention de l'impératrice Eudocie, elle-même poétesse. Il entre à la cour de l'empereur Théodose II et gravit les premiers échelons de l'administration impériale. Après la disgrâce de l'eunuque Antiochus au cours des années 420, Cyrus le remplace dans sa position d'influence et occupe des fonctions importantes : il est préfet de Constantinople en 426, puis à nouveau en (peut-être dès 437), poste qu'il cumule en avec la préfecture du prétoire d'Orient. Il est fait patrice à une date inconnue, puis consul en 441.

Cyrus est l'un des ministres les plus efficaces et actifs de Théodose. Sa principale mesure en tant que préfet du prétoire d'Orient est l'abandon du latin comme langue officielle de l'administration en Orient : il autorise l'établissement des testaments en grec et publie ses décrets dans cette même langue. Cette mesure ne doit cependant pas être comprise comme un signe de méconnaissance ou de rejet du latin en tant que tel, mais plutôt comme une volonté de rapprocher l'administration de la population de l'empire d'Orient, en très grande majorité hellénophone. Il aurait également conduit des négociations entre l'Empire et les Hephthalites, ainsi qu'avec les Arméniens. En tant que préfet de Constantinople, il est particulièrement actif dans la rénovation de la ville, en particulier après un tremblement de terre en 437. Il rénove et étend également les fortifications de la ville du côté de la mer, une décision sans doute motivée par la prise de Carthage par les Vandales en 439 et la présence de leur flotte en Méditerranée. Il supervise la restauration des thermes d'Achille, introduit un système d'éclairage urbain et fait construire une église dédiée à la Théotokos (« Mère de Dieu ») dans un quartier de la ville plus tard nommé ta Kyrou en son honneur.

Son travail lui vaut une grande popularité auprès du peuple : les chroniques de Théophane et Jean Malalas rapportent qu'il est acclamé sur l'hippodrome au chant de « Constantin l'a construite [la ville], Cyrus l'a rénovée ! », probablement en présence de l'empereur Théodose. Cette comparaison de Cyrus avec Constantin, illustre empereur et fondateur de la ville, est humiliante pour Théodose, et peut avoir entretenu la jalousie d'autres ambitieux au palais, comme l'influent eunuque et chambellan Chrysaphios. La disgrâce de sa protectrice l'impératrice Eudocie entraîne la chute de Cyrus : accusé de paganisme, ou a minima de sympathie pour les païens, il est brutalement démis de ses fonctions et de sa fortune peu après le . Il est particulièrement exposé à cette accusation ; son goût pour la poésie « païenne » et son origine égyptienne (beaucoup de poètes égyptiens sont encore païens aux ) offrent l'opportunité d'une attaque plausible, grave et difficile à réfuter, qui doit cependant être lue ici comme une manœuvre purement politique et non religieuse. Cyrus quitte finalement Constantinople vers le mois de .

Évêque de Cotyaeum

Exilé, ou ayant peut-être fui pour sauver sa vie, Cyrus se fait prêtre et est nommé, sur ordre de l'empereur, évêque de Cotyaeum. Cotyaeum est une petite localité isolée dans les confins de la Phrygie dont les diocésains ont déjà tué les quatre précédents évêques nestoriens. Loin d'être une promotion, sa nomination dans cet évêché obscur et dangereux est clairement une sanction, l'empereur espérant peut-être que Cyrus subisse un sort comparable à ses prédécesseurs. À son arrivée à la fin de l'année 441, Cyrus, craignant peut-être pour sa vie, refuse de s'adresser à ses diocésains qui ont sans doute pris connaissance des accusations de paganisme à son encontre. Finalement contraint de s'exprimer le jour de Noël 441, il leur délivre une homélie particulièrement brève :

Bien que la brièveté de son discours suggère que Cyrus n'est pas particulièrement enthousiaste quant à son nouveau rôle, son homélie s'inscrit parfaitement dans l'orthodoxie et lui permet de rassurer la population. Si certains historiens voient dans ce court texte la volonté prudente de Cyrus de se tenir éloigné des débats théologiques de son temps, d'autres en revanche notent sa proximité avec la théologie de Proclus, patriarche de Constantinople de 437 à 447. Cyrus, en tant que haut membre de l'administration impériale en poste à Constantinople, doit d'ailleurs avoir rencontré Proclus à plusieurs reprises. Ce dernier est l'auteur d'un sermon contre les nestoriens dont les idées théologiques sont connues et populaires. En adoptant une position proche à travers son sermon, Cyrus souligne qu'il est bien chrétien, qu'il suit Proclus et soutient donc les décisions du concile d'Éphèse rejetant le nestorianisme, doctrine ayant causé la perte des quatre précédents évêques.

Hormis le sermon de Noël 441, peu d'éléments sont connus sur l'activité épiscopale de Cyrus. Il est peut-être à l'origine de l'implantation à Cotyaeum d'un culte à Ménas, martyr et saint chrétien de la fin originaire d'Égypte et bien connu à Panopolis. Cyrus serait ainsi l'auteur d'une Passion de Saint Ménas, qui reprend des éléments de la vie de Gordius de Césarée, martyrisé sous Dioclétien à Césarée de Cappadoce.

Fin de vie

À la mort de Théodose II en 450, Cyrus quitte la vie religieuse et Cotyaeum, puis retourne à Constantinople où il meurt sous le règne de l'empereur Léon (457-474), probablement vers 470. Peu de choses sont connues sur la fin de sa vie, mais il semblerait que l'empereur Marcien (450-457), le successeur de Théodose II, lui ait restitué sa fortune. Estimé de la population, bien qu'il n'occupe aucune fonction officielle, Cyrus distribue ses biens au travers de diverses œuvres de charité. Pendant cette période, il est proche du moine Daniel qui aurait libéré vers 460 une fille de Cyrus, Alexandria, du mauvais esprit qui la tourmentait. Lors d'une seconde visite en 462, cherchant à libérer d'un mal similaire sa fille aînée ou son intendante, Cyrus se dispute avec le moine, devenu ermite stylite, au sujet du terrain que ce dernier a choisi pour ériger sa colonne. Daniel a en effet choisi un terrain appartenant à un haut fonctionnaire nommé Gelanius, alors que Cyrus aurait préféré qu'il choisisse un terrain qui lui appartienne. Les deux hommes finissent par se réconcilier, Daniel autorisant même Cyrus à faire inscrire une épigramme sur le pilier.

Œuvre poétique