Casimir Stryjeński (orthographié Stryienski en France) né le à Carouge dans le canton de Genève et mort le à Patornay (Jura), est un professeur et homme de lettres franco-polonaisSi certains de ces frères et sœurs ont choisi la nationalité suisse, Casimir est de ceux qui optèrent pour la France«L'émigration polonaise en France vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle», Wieslaw Sladkowski, Annales de l'académie polonaise des sciences à Paris, vol. 14, 2012, p. 151..

Sa notoriété est liée à la publication de nombreux posthumes de Stendhal qu'il réalisa entre 1888 et 1893, à ses travaux sur le règne de Louis XV et à ses écrits ou éditions sur la Pologne.

Biographie Famille Casimir est le fils d'Aleksander Stryjeński, ingénieur polonais et participant de l'insurrection polonaise de 1830 , et de la Française Pauline de Lestocq. Son père s'installe en Suisse en 1833, se marie en 1839 et, à partir de 1846, réside à Carouge où est né Casimir Stryjeński.

Casimir est le frère de l'architecte Tadeusz Stryjeński. Il a aussi une sœur prénommée Léocadie (1840-1902) dont il dit, dans une note du texte des Mémoires de la comtesse Potocka, qu'elle fut dame de compagnie de cette comtesse de 1862 à 1867Mémoires de la Comtesse Potocka : 1794-1820, publiés par Casimir Stryienski, 1897, p. XIX.. Il lui consacre une brochure, non commercialisée : Ma sœur Léocadie (1903)«Notre ami Casimir Stryienski a bien voulu nous communiquer les bonnes feuilles d'une brochure qu'il va publier et qui, tirée à un nombre très restreint d'exemplaires, ne sera pas mise dans le commerce. Ma sœur Léocadie est l'histoire très simple de la vie d'une femme réellement supérieure par les qualités du cœur et de l'esprit. C'est un hommage touchant de piété fraternelle. On y retrouve tout ce qui constitue habituellement le charme et le style de l'auteur : la clarté, la pureté et la sincérité. Les quelques lettres citées de Mlle Léocadie Stryienska dépeignent d'ailleurs mieux que ne sauraient le faire tous les éloges, cette âme faite de tendresse et de dévouement». Bulletin polonais littéraire, scientifique et artistique, Association des anciens élèves de l'école polonaise, 15 février 1903, p. 52.. En tout, la fratrie Stryjeński compte six enfants«Alexandre Stryienski (1804-1875) und die freiburgische Schulkartographie», Marino Maggetti, Bulletin de la Société fribourgeoise des Sciences Naturelles, n° 103, 2014.Léocadie Pauline Edmée (1840-1902), Sophie (1842-1842), Jules (1843-1843), Ladislas François Xavier (1844-1864, mort en Sibérie), Caroline (1846-1913), Edmée Félicité (1848-1928), Thadée Louis (1949-1943) et Casimir..

Casimir Stryjeński se marie le , à Paris avec Caroline JanuszkiewiczArchives numérisées de la ville de Paris, état civil.. Tous les deux obtiennent la naturalisation française le Geneanum.com, copies des actes numérisées provenant des archives nationales.. Ils ont eu deux fils, dont l'un est mort prématurément en , et une fille. En effet, à l'âge de cinquante-sept ans, Casimir Stryienski a la douleur de perdre son filsIl s'agit de son second fils., Ladislas-Adrien-Casimir Stryienski, mort le dans sa vingt-sixième année : il était licencié ès-lettres et ancien élève de l'École des ChartesBulletin polonais littéraire, scientifique et artistique, Association des anciens élèves de l'école polonaise, 15 novembre 1910, p. 346..

Formation Casimir Stryienski étudie à l'École polonaise des BatignollesAssociation des anciens élèves de l'École polonaise, n° 62, procès-verbal de l'assemblée générale du 7 février 1897, 1897, p. 23., qu'il quitte en 1869Association des anciens élèves de l'école polonaise. Liste des sociétaires 1893, p. 7.Nécrologie, Bulletin polonais littéraire, scientifique et artistique, Association des anciens élèves de l'école polonaise, 15 septembre 1912, p. 269., puis à LondresKazimierz Stryjeński, biographie, en langue polonaise. et de nouveau à Paris, à la faculté des lettres de l'université de la SorbonneBulletin de l'association amicale des anciens élèves de la faculté des lettres de Paris, octobre-novembre-décembre 1905, p. 30..

Activité professionnelle

Il est professeur agrégé d'anglais au lycée de Versailles en 1880, puis au lycée de garçons de GrenobleCf. Henri Cordier, «Comment je suis devenu stendhalien», La Revue critique des idées et des livres, 10 mars 1913, p. 539. et à la faculté des lettres de cette villeCf. Anne-Marie Jaton, Charles-Albert Cingria. Verbe de cristal dans les étoiles, Presses polytechniques et universitaires romandes, 2007, p. 16. Charles-Albert Cingria était le neveu, par sa mère, de Casimir Stryienski.. En 1890, à la suite de sa demande de mutationCf. Victor Del Litto, «Avant-propos, petite histoire du Stendhal-Club», Le temps du Stendhal-Club (1880-1920), textes réunis par Philippe Berthier et Gérald Rannaud, Presses universitaires du Mirail, 1994, p. 14., il est nommé à Paris, au lycée Montaigne«English Lesson's», Guermantes (Gérard Bauër), Le Figaro, 24 juin 1937. Gérard Bauër est né en 1888 et mort en 1967. Il revient sur ce souvenir dans L'Europe sentimentale, 1954.. Il termine sa carrière professionnelle comme professeur honoraire au lycée Saint-Louis de ParisBulletin de l'Association amicale des anciens élèves de la Faculté des lettres de Paris, oct-novembre-décembre 1911, p. 57On trouve parfois mentionnée, par erreur, sa présence comme professeur à la Sorbonne lors de son retour à Paris après 1890. Casimir Stryienski a donné des conférences dans cette université (cf. Le Figaro, 2 décembre 1898) mais n'en jamais été un professeur..

Installé à Grenoble, Casimir Stryienski peut accéder régulièrement à la considérable collection des papiers de Stendhal conservés à la bibliothèque municipale : « M. Stryienski habite Grenoble, ou plutôt dans Grenoble il habite la bibliothèque et dans la bibliothèque le fonds Beyle » écrit bonnement Paul Bourget en 1890Paul Bourget dans Le Figaro, 21 août 1890..

Selon Victor Del Litto, son départ de Grenoble fait suite aux premières publications posthumes de Stendhal : «La presse parisienne réserva un accueil chaleureux à ces révélations qui apportaient des preuves tangibles de l'originalité d'un auteur dont on parlait de temps à autre, mais sur lequel on ne savait pas grand-chose. Il n'en fut pas de même à Grenoble où le bruit fait autour de Beyle-Stendhal, comme on disait, parut à la fois choquant et inopportun à cause du mauvais souvenir que l'écrivain avait laissé de lui. La réprobation à l'égard de ce découvreur venu de l'extérieur s'accentua lorsque, en 1890, celui-ci publia un texte considéré d'emblée comme infamant, la Vie de Henry Brulard, tant et si bien que ce stendhalien se sentant de trop demanda et obtint sa mutation à Paris».

En 1937, un chroniqueur au Figaro, Gérard Bauër qui signait Guermantes, a livré un témoignage rétrospectif, mi-plaisant mi-sarcastique, sur l’attitude de Casimir Stryienski pendant ses cours au lycée Montaigne : «Mon professeur, rue Auguste-Comte La rue Auguste-Comte désigne le lycée Montaigne qui est situé au n° 17., n’était pas borgne, mais il était stendhalien, ce qui était peut-être pire sous le rapport de l’anglais. Il se nommait Casimir Stryienski ; il était un homme aimable, cultivé ; mais il avait eu l’imprudence de rencontrer Stendhal, c’est-à-dire de mettre la main, en compagnie de Jean de Mitty, sur des inédits de la bibliothèque de Grenoble. Et il passait son temps à déchiffrer le cher Henri Beyle. Je ne voudrais pas faire à M. Martineau, dernière victime de Stendhal – et victime d’un dévouement sublime – nulle peine, même légère, mais Stendhal n’avait pas précisément une bonne écriture. Casimir Stryienski passait toutes ses classes penché sur Lamiel et Henri Brulard et ne prêtait qu’une attention négligente à nos progrès. Pour que nous lui laissions la paix, il nous avait appris une petite chanson : "Twinkle, Twinkle, little star" qu’il nous faisait chanter constamment, qu’il nous fit même chanter plusieurs années de suite. Il avançait lentement, pendant que nous chantions, dans la connaissance d’un Stendhal inconnu ; et nous, plus lentement encore que lui, dans la connaissance de l’anglais. Cette marche à l’étoile chantée de saison en saison, a fort retardé des connaissances qui n’ont pas besoin d’être aussi célestes et exigent simplement d’être pratiques : je m’en suis bien aperçu la première fois que j’ai été à Londres. La "petite étoile" de la chanson était d’un faible recours».

Accident mortel Casimir Stryienski est mort peu après, des suites d'un accident automobile, survenu le , aux environs de Dôle dans le JuraNotice nécrologique dans le Gils Blas, 7 août 1912.Sur Adolphe Paupe, voir l'article d'André Maurel, «Au Stendhal-Club» dans L'Homme libre, journal de Clemenceau, le 12 mars 1914..

Le découvreur de Stendhal Stryjeński est un spécialiste reconnu de Stendhal. Il est le premierMentionné dans la section généalogie de L'âme antique de Pierre-Olivier Walzer, page 21. à déchiffrer quelques-uns des manuscrits stendhaliens de Grenoble.

Découverte des manuscrits de Stendhal L'exploration des manuscrits stendhaliens par Stryienski est racontée par Victor Del LittoCf. Victor Del Litto, «Avant-propos, petite histoire du Stendhal-Club», Le temps du Stendhal-Club (1880-1920), textes réunis par Philippe Berthier et Gérald Rannaud, Presses universitaires du Mirail, 1994, p. 13-14.. Publication des inédits

On lui doit notamment la publication du Journal, de Lamiel, de la Vie de Henry Brulard et des Souvenirs d'égotisme. Il est à l'initiative du Stendhal Club, né en 1904Historique des études stendhaliennes, blog Stendhal..

En 1892, le critique littéraire Édouard Rod notait à propos des «fanatiques» de Stendhal : «M. Casimir Stryienski a consacré déjà plusieurs années à déchiffrer ses indéchiffrables manuscrits de Grenoble, à les classer et à les publier»Édouard Rod, Stendhal, 1892, 3e édition 1911, p. 152..

La méthode de Stryienski L'importance matérielle des manuscrits de Stendhal, qui comptaient 67 volumes et des liasses, en 1889 à la bibliothèque de Grenoble«Le fonds Stendhal de la bibliothèque municipale de Grenoble», Yves Jocteur-Montrozier, Bulletin des bibliothèques de France (BBF), 1997, n° 2, p. 22-27., et les difficultés de lecture de la graphie stendhalienne, sont à la source de redoutables défis de transcription et de choix éditoriaux. La méthode de restitution adoptée par Casimir Stryienski est diversement appréciée.

André Monglond (1888-1969), professeur à la faculté des lettres de Grenoble, se montrait assez critique en 1914 au sujet de l'édition de la Vie de Henry Brulard : «Stryienski, croyant sans doute obéir aux intentions de Stendhal, qui recommande maintes fois à son éditeur d'abréger ses bavardages, Stryienski avait beaucoup rogné, mais sans nous en avertir. Le principe de ces coupures paraît d'ailleurs bien incertain, et trop souvent arbitraire. Sans doute Stryienski supprime des redites et des longueurs, mais parfois aussi des passages d'un intérêt essentiel. Il semble que, en avançant dans le fourré inextricable du manuscrit, il se soit fatigué à mesure. Les premiers chapitres sont à peu près complets, les derniers pleins de coupes sombres (sic)»André Monglond, compte rendu, Revue d'histoire littéraire de la France, 1914, p. 209..