droite|vignette|upright=1.20|Signature de Marie-Aurore de Saxe.
Marie-Aurore de Saxe, comtesse de Horn, puis Madame Dupin de Francueil, est née à Paris le et morte à Nohant-Vic (Indre) le . Fille naturelle du maréchal Maurice de Saxe, elle est la grand-mère de George Sand. Libre-penseuse, adepte des philosophes tels que Voltaire, Jean-Jacques Rousseau ou Buffon, la vie de Marie-Aurore de Saxe est marquée par les péripéties de l'Histoire et les drames personnels.
Biographie
Origines et jeunesse droite|vignette|Supplique en faveur de Marie-Aurore adressée à la Dauphine, née Marie-Josèphe de Saxe, nièce du Maréchal de Saxe, en 1755. droite|vignette|La famille de Saxe. Marie-Aurore de Saxe, comtesse de Horn, vers 1766. École française du .
Claude-Louis Rinteau, marchand limonadier, et son épouse, Marie-Anne Dupuy sont les parents de deux filles, MarieMarie-Geneviève Rinteau est née à Paris, paroisse Saint-Gervais, le 6 janvier 1730 et décédée à Paris, paroisse Sainte-Marie-Madeleine-de-la-Ville-l'Évêque, le 22 octobre 1775. et GenevièveGeneviève-Claude Rinteau est née à Paris, paroisse Saint-Leu-Saint-Gilles, le 13 février 1734 et décédée à Paris, paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas, le 23 septembre 1791.. Désireux d'assurer une brillante carrière à ses enfants, mais avant tout d'assurer la sienne, Louis Rinteau songe à Maurice de SaxeMaurice de Saxe, comte de la Raute (1696-1710) puis comte de Saxe (1710-1750), est né le 28 octobre 1696 à Goslar dans le duché de Saxe et meurt le 30 novembre 1750 au château de Chambord., maréchal de France, connu pour ses victoires militaires, mais aussi pour sa vie amoureuse agitée.. Grand amateur d'art dramatique, ce dernier se fait suivre aux armées par une troupe ambulante de comédiens, afin de soutenir le moral de ses troupes. Louis Rinteau savait que les plus jolies actrices servaient au plaisir du maréchal quinquagénaire et sans le moindre scrupule, il lui présente ses deux filles au cours de l'année 1747Jean-François Marmontel dans ses mémoires mentionne à propos de Marie Rinteau, que ... Louis Rinteau obtient en contrepartie, sa nomination comme garde-magasin militaire, source de profits avérés. Mais sa cupidité connaîtra le revers de la médaille. Maurice de Saxe est accusé de malversations ainsi que de détournements. et si sa position lui permet d'échapper aux poursuites judiciaires il faut bien trouver des coupables. La justice va donc chercher en direction des subordonnés et Louis Rinteau est jeté en prison.. Tandis que le « bon père de famille » médite sur son sort dans un cachot à Bruxelles, Marie, dix-sept ans, et Geneviève, treize ans, font ainsi leur entrée dans le monde du spectacle et se produisent au Théâtre des ArméesGeorge Sand romance bien souvent les biographies et la profession de son arrière grand-mère Marie Rinteau n'échappe pas à la règle, en devenant une jeune débutante de l'Opéra... Elles adoptent pour la circonstance un nom de scène qui passera à la postérité : Mesdemoiselles de VerrièresCe nom d'emprunt est orthographié avec ou sans le « s » et la particule viendra s'ajouter en 1751. Les demoiselles de Verrières ont par ailleurs changé plusieurs fois de nom.. Maurice de Saxe jette d'abord son dévolu sur la très jeune Geneviève, mais cette passade reste sans lendemain. Il en sera autrement pour l'aînée, Marie, d'une remarquable beauté et d'un esprit qui séduit le vieux soldat. Elle devient sa maîtresse et il s'empresse de l'installer dans le quartier du Marais, rue du Parc-Royal à Paris, une fois les campagnes militaires terminées. De cette liaison, naît une petite fille le , Marie-Aurore. Elle est baptisée un mois après sa naissance, le à l'Église Saint-Gervais-Saint-Protais. L'enfant reçoit le patronyme d'un bourgeois de Paris, Jean-Baptiste La Rivière, nom fictif en réalitéEnquête du Parlement de Paris en date du 15 mai 1766. Source : Archives nationales, recueil du Conseil du 11 mai au 28 mai 1766, folios 110 verso et 112 recto., et les prénoms de sa grand-mère, Marie-Aurore de Kœnigsmark. Son parrain est l'aide de camp du maréchal de France et des armées, Antoine-Alexandre Colbert, marquis de SourdisArchives de Paris : extrait de l'acte de baptême du 19 octobre 1748 : . et la marraine, sa tante Geneviève. Le maréchal de Saxe se désintéresse complètement du sort de sa fille naturelle et ne lui lègue rien, comme il se soucie peu des enfants qu'il laisse derrière lui.. Le comte Maurice de Saxe est également issu d'une filiation illégitime, celle du roi de Pologne, Auguste II et de la comtesse de Kœnigsmark.
Marie Rinteau, assurée d'une certaine notoriété, enchaîne les conquêtes sentimentales. Jean-François Marmontel puis le fermier général, Denis Joseph Lalive d'Épinay, figurent parmi les assidus de la belle. Ce dernier dépensera sans compter et installe les demoiselles de Verrières à Auteuil (hôtel de Verrières) , après la mort du vainqueur de Fontenoy, survenue le au château de Chambord. De sa liaison avec Charles-Godefroy de La Tour d'Auvergne, prince de Turenne et duc de Bouillon, Marie Rinteau met au monde un fils à Paris le , Charles-Godefroy-Marie de Beaumont . Marie-Aurore est toujours sous la responsabilité de sa mère, mais pour peu de temps.
L'un des neveux du maréchal de Saxe, le comte de Friesen, connu en France sous le nom de comte de FriseLe comte de Frise prend la succession en tant que gouverneur de Chambord à la mort du maréchal de Saxe en 1750, où il réside durant cinq ans. Le comte de Frise hérite également du maréchal de tous ses haras et chevaux., a pour mission de subvenir aux besoins financiers de Marie-Aurore . Mais son décès en 1755 prive la fille naturelle du maréchal, de ressources. Une supplique de Marie Rinteau-de Verrières est adressée à la Dauphine Marie-Josèphe de Saxe la même année, en faveur de Marie-Aurore afin de pourvoir à son existence et assurer son éducation. Le roi Louis XV accorda une pension de à Voir à ce propos sur le site du ministère de la Culture et de la Communication, le document précité : ..
À la suite de la disparition du comte de Frise, Marie-Aurore dès l'âge de sept ans, est retirée à sa mère sur une décision de la Dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, nièce du maréchal et mère des futurs rois de France : Louis XVI, Louis XVIII et Charles X. Marie-Josèphe de Saxe assure désormais la protection et l'éducation de sa cousine. Elle place Marie-Aurore dans une institution pour jeunes filles, d'abord au couvent des Ursulines à Saint-Cloud, puis à la maison royale de Saint-Louis à Saint-Cyr, fondée par Madame de Maintenon.
Reconnaissance droite|vignette|upright|Marie-Aurore de Saxe en costume de bergère. Miniature du . Musée de la Vie romantique à Paris.
La Dauphine décide également de son avenir en organisant son mariage avec le comte Antoine de Horn. Pour que ce mariage soit validé, son acte de baptême doit être modifié afin que le nom de son véritable père apparaisse. Marie-Aurore fait appel au Parlement de Paris et le , après une enquête sérieuse, un arrêt du Parlement déclare que Extrait des registres de la paroisse Saint-Gervais en date du 13 avril 1779 : .. Marie-Aurore enfin reconnue est autorisée à porter le nom de Saxe. Elle épouse en premières noces le comte Antoine de HornAntoine de Horn est né le 8 septembre 1722 à Mussy-la-Ville. à Paris, le . Mais ce dernier est tué en duel l'année suivante d'un coup d'épée à Sélestat, le à l'âge de quarante-quatre ans. Ce comte de Horn est fils naturel de Louis XV, auquel il ressemble "effroyablement" (George Sand, Histoire de ma vie chapitre II).
Marie-Josèphe de Saxe meurt le à Versailles et son époux, le Dauphin Louis de France, l'a précédé quinze mois plus tôt. Privée de ses protecteurs, la pension que Marie-Aurore reçoit en tant que veuve ne lui permet pas de couvrir ses dépenses. Elle se tourne dans un premier temps vers Voltaire, admirateur de son père, qui la recommande auprès de la comtesse de Choiseul, mais les démarches sont restées vaines. Marie-Aurore revient donc vivre auprès de sa mère, Marie Rinteau. Au cours de cette période, elle apprend le chant, joue la comédie, découvre la vie mondaine et se fait plusieurs relations. Toutefois, elle ne suit pas l'exemple de sa mère ou de sa tante, Geneviève Rinteau, qui mènent parallèlement à leur carrière de comédiennes, une vie de courtisanes. Marie-Aurore de Saxe conserve une conduite irréprochable. Mais le à Paris, Marie Rinteau meurt à l'âge de 45 ans. Marie-Aurore se retire alors avec une domestique, dans le couvent des Anglaises, rue des Fossés Saint-Victor à Paris. Elle reçoit fréquemment la visite de Louis Dupin de Francueil, soixante-deux ansLouis Dupin de Francueil est né à Châteauroux le 6 novembre 1715 et meurt à Paris le 6 juin 1786., riche financier de trente-trois ans son aîné et ami de Jean-Jacques Rousseau. Louis n'est pas un inconnu pour Marie-Aurore, puisqu'elle l'avait déjà rencontré chez sa mère. Louis Dupin de Francueil était en effet, l'amant de Geneviève Rinteau. Louis demande la main de Marie-Aurore, qui hésite et finalement est séduite par sa grâce, son esprit et son caractère aimable. Le mariage est célébré en Angleterre à Londres, dans la chapelle de l'ambassade de France le , pour éviter le désagrément d'une opposition vraisemblable. Les époux craignent à juste titre, une contestation des familles respectives, mais plus probablement celle de la Cour de France, protectrice de la fille du Maréchal de Saxe. Trois mois après, les nouveaux mariés sont de retour en France pour valider leur alliance à Paris, le Archives de Paris : État civil - Acte de mariage reconstitué. Cote du document : V3E/M 344. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris en l'église Saint-Gervais. Marie-Aurore de Saxe rapportera plus tard à sa petite-fille, Aurore Dupin de Francueil, plus connue sous le pseudonyme de George Sand, ce témoignage sur son époux :
Madame Dupin de Francueil droite|vignette|Marie-Aurore de Saxe et son fils Maurice, vers 1785. Musée de la Vie romantique à Paris.
De cette union est né Maurice-François-Élisabeth Dupin de Francueil à Paris dans le quartier du Marais, le Archives de Paris : État civil - Acte de naissance reconstitué. Cote du document : V3E/N 812. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris, et baptisé à l'Église Saint-Gervais le suivant. Son parrain est le marquis de Polignac. Unique enfant de Louis Dupin de Francueil et Marie-Aurore de Saxe, ses parents le prénomment Maurice en hommage à son grand-père, le Maréchal de Saxe.