L'histoire de la culture de l'arachide est marquée par l'utilisation de cette plante, à partir de la fin du , notamment pour sa transformation en huile, en savon et en beurre de cacahuètes. L'Afrique occidentale et l'Inde voient son exportation augmenter dans le dernier tiers du , après les tentatives infructueuses de développer sa culture dès le début du Second Empire pour des raisons géopolitique. Les rivalités européennes dans la colonisation de l'Afrique et de l'Inde, scandées par des politiques militaires puis protectionnistes, ont poussé le progrès agronomique et technique, en particulier après le percement du canal de Suez, qui a donné l'avantage à l'Inde, puis le déploiement du chemin de fer, qui a entraîné une monoculture en Afrique de l'Ouest, sur fond de maladie de l'arachidier en Inde. Ce progrès agronomique s'est ensuite accéléré avec l'indépendance des pays producteurs, au cours de la seconde partie du , la transformation de l'arachide en huile étant de plus en plus liée à sa culture.

, Origines américaines

thumb|Pieds d'arachide.

L'arachide semble avoir été d’abord domestiquée dans la plaine du Gran Chaco qui inclut les vallées des fleuves Paraná et Paraguay, point de départ d’une diffusion dans tout le continent américain. Quand les Européens arrivèrent dans le Nouveau Monde, ils la trouvèrent aussi bien en Amérique centrale qu’au Brésil. Le conquistador Francisco Hernández la signale au Mexique en précisant toutefois qu’. Dans une chronique espagnole de 1569, à propos du Pérou, il est fait état qu’on a trouvé en grand nombre des pousses et des graines d'arachide dans les tombes précolombiennes.

L’extension de sa zone de culture a entrainé l’apparition de nombreux cultivars qui peuvent être classés en deux grands groupes : un de type brésilien, que les Portugais répandirent en Europe, en Afrique et en Asie par les routes de l’Atlantique un autre de type péruvien que les Espagnols exportèrent vers l’Asie orientale, par le Pacifique. Parmi les différences, notons que le type brésilien comporte généralement deux graines, et le péruvien trois.

L’explorateur et écrivain portugais, (1540-1591) qui devint maitre d’une plantation de canne à sucre après 1565 au Brésil, décrivit ainsi le plante :

L’auteur ne s’était pas aperçu que les fruits ne naissaient pas à l’extrémité des racines mais au bout d’une hampe florale qui plongeait ensuite dans la terre et y fructifiait.

Jean de Léry (1536-1613), pasteur, grand voyageur et écrivain français décrit cette plante sous le nom de « manoki » comme une culture de la région de Rio. Au , le père Charles Plumier (1646-1704), un botaniste et voyageur-naturaliste français, la signale aux Antilles. Dans Nova plantarum americanarum genera (1703), il la décrit sous le nom de Arachidna quadrofolia qu'on appelait ou aux Antilles.

Au , le Portugais plantèrent des arachides au Portugal où elle réussirent à se fixer au sud, dans les terres de l’Algarve et les rivages sablonneux du Bas-Alentejo. Ils l’introduisirent aussi en Afrique. Elle n’eut pas de difficulté à être adaptée car certaines populations cultivaient déjà une fabacées produisant des fruits sous terre : le pois bambara (Voandzeia subterranea Thouars). L’arachide américaine demandait les mêmes soins mais était plus productive.

Dans de nombreuses régions d’Afrique, l’arachide avec sa richesse en lipide (49 %) et en protéine (23 %), constitue la base de l’alimentation humaine. C’est seulement à la fin du qu’elle est devenue une matière première très importante pour l’extraction de l’huile.

En Asie, les navigateurs portugais introduisent l'arachide dans la province de Madras en Inde, où elle fut cultivée comme une denrée, avant de donner lieu à un commerce d'exportation. D'Inde, l'arachide s'est répandue progressivement en Birmanie, dans les pays de la péninsule indochinoise et jusqu'en Chine. Vers le Sud, elle a gagné les Indes néerlandaises et fut importée en Australie, vraisemblablement par des coolies chinois.

Il faut attendre les techniques de transformation de la seconde partie du pour que l’huile soit utilisée dans l’alimentation. Dans les départements du nord de la France, la production de colza prend son essor entre les années 1750 et 1850. La majorité de l’huile, produite par les moulins du Tordoir est exportée vers la région parisienne ou l’étranger. Mais ensuite, les huiles d'arachide se font une place croissante sur le marché. Débuts modestes des cultivateurs indiens La culture de l'arachide est constatée dans la présidence de Madras (Tamil Nadu actuel) en 1800 par le botaniste anglais Francis Buchanan-Hamilton (1762-1829)"The Rise and Fall of the Groundnut Industry" par Sarah Lamade, Ponypost, 12 décembre 2017 , qui a fait de nombreux voyages en Asie, il entre dans le Service médical du Bengale en 1794, fonction qu’il conserve jusqu’en 1815. Il observe un assolement avec une autre plante, le curcuma dans la région de Mysore.

Avant 1850, environ seulement étaient impliqués dans la culture d'arachide en Inde, dans la région de Madras dans le sud de l'Inde"Peanut in India: History, Production, and Utilization" par Shankarappa Talawar Sustainable Human Ecosystems Laboratory, University of Georgia. Mais dès 1851, elle fait l'objet d'une exploitation commerciale. Cette surface a doublé la décennie suivante et la progression sera ainsi très lente jusqu'aux années 1860.

En 1857, les exportations d'arachide de Pondicherry vers la France ne dépassent pas 2,2 millions de francs mais c'est 4 fois plus, soit 8,4 millions de francs dès 1883, puis 12,9 millions de francs en 1991.

Années 1820-1830, des Bordelais et Marseillais sur la côte d'Afrique vignette|gauche|Dakar en 1850. L'arachide est ensuite introduite au Sénégal par les Bordelais. Lors de son arrivée au Sénégal en 1822, à quinze ans, le jeune Jean Louis Hubert Prom travaille pour le commerçant Potin installé à Gorée et époux d'une signare. Les négociants bordelais présents à Saint-Louis (Sénégal) dominent le marché sénégalais de l'arachide des deux premiers tiers du "Lesieur. Une marque dans l'histoire (1908-1998)", par Tristan Gaston-Breton, Librairie académique Perrin 1998 , encore très réduit, même si dès 1830, B. Devès et H. Maurel importent à Bordeaux des cargaisons d'arachides. Maurel & Prom fondée en 1831, sera suivie sur ce marché en 1866 par Maurel Frères et, trois ans plus tard, par la maison Devès et Chaumet. Le gouverneur, le baron Roger, successeur de Julien Schmaltz, encourage déjà l'arachide, « la pistache de terre », mais sans grands résultats. vignette|180px|droite|Statue du général Faidherbe, gouverneur du Sénégal et partisan de l'arachide. Le tout début de l'histoire de l'huilerie marseillaise a lieu avec l'arrivée, entre 1825 et 1835, des premières cargaisons oléagineuses - essentiellement des arachides venues du Sénégal - à une époque où Marseille ne fabrique encore que de l'huile d'olive. Dès 1833, Benjamin Jaubert, un négociant d'origine marseillaise, venu de France avec sa femme, s'est installé à Gorée, où il a soumis un mémoire à la chambre de commerce de Marseille pour la promotion de la culture de l'arachide. Il envoie en France quelques tonnes d'arachides en 1837"Évolution du commerce au Sénégal: 1820-1930", par Laurence Marfaing - 1991 - Page 62"Le Kajoor au ", par Mamadou DIOUF - Page 166 - 2014, sans grands résultats non plus.

Les Américains et Anglais en Gambie vers 1830 La culture de l'arachide à une certaine échelle commence avant 1830 en Sénégambie"Peanuts and Colonialism: Consequences of the commercialisation of peanuts in West Africa, 1830-1870", par George E. Brooks (1975), dans le "Journal of African History, et "The social history of Gambian rice production: an analysis of food security strategies", par Ann Arbour, thèse de cycle, Michigan State University , pour se protéger des mauvaises récoltes de millet, avec une culture plus résistante à la sècheresse. Les premières exportations, timides, de Sénégambie en Europe sont notées en 1830. L'huile de palme est utilisée comme lubrifiant mécanique dans les chemins de fer, pour les produits pharmaceutiques, puis pour les résidus donnés comme nourriture au bétail. Ils répondent par la suite aux besoins de la production de savons, quand des campagnes pour relever les standards d'hygiène feront leur apparition. L'arachide du Sahel, arrivant à Marseille, va alors rivaliser avec les palmistes du golfe de Guinée arrivant à Liverpool.

Utilisant les infrastructures locales existantes, les commerçants Wolof mettent en place un système de transport permettant à la production sa première expansion. Les Américains sont les plus importants importateurs de cette première décennie de commerce maritime puis se replient sur leur propre production, protégée dès 1842 par des droits de douane. C'est la France qui prend le relais mais se heurte à une taxe destinée à protéger l'huile d'olive, abolie en 1840, sans pour autant que le commerce s'emballe dans les années 1840. Les Français visent d'abord la Guinée-Bissau, la Guinée et le nord de la Sierra Leone. Le reste de la Sierra Leone et le Liberia seront courtisés moins rapidement en raison de conditions climatiques moins adaptées.

Années 1840, postes militaires et les six hectares de Rousseau-Chazelles Entre 1838 et 1842, malgré les avis plus que réticents des Chambres de Commerce, la France fait en Afrique occidentale une apparition aussi autoritaire qu'inattendue, en créant trois postes militaires, à Grand Bassam et Assinie sur la Côte d'Or, et au Gabon., alors que sa présence à Saint-Louis (Sénégal) est encore très modeste. La raison est avant tout la crainte, politique, d'être distancée par la Grande-Bretagne. Ces comptoirs fortifiés furent un échec aussi bien économique que stratégique.

C'est dans ce contexte qu'en 1840 la France abolit une taxe contre l'importation d'oléagineux, qui était destinée à protéger l'huile d'olive. La même année, le chimiste parisien Rousseau-Chazelles, représentant de la chambre de commerce de Rouen, met en valeur la richesse en huile de l'arachide en plantant six hectares à proximité de Rufisque. En 1841, le brick Zénith transporte de graines de son exploitation jusqu'à Rouen, tandis que le planteur Gasconi expédie 70 quintaux d'arachides égrenés à Marseille.

Maurel & Prom s'intéresse, lui aussi dès 1841, à la commercialisation de l'arachide en France, mais n'arme que 58 navires vers l'Afrique en , entre 1836 et 1875.

Peu après, en 1844, le gouverneur Édouard Bouët-Willaumez, anticipant sur l'abolition de l'esclavage en France en 1848, interdit les « engagés libres » en Afrique et fait recenser les esclaves, mécontentant les premiers planteurs qui menacent de s'installer ailleurs"Présences françaises outre-mer (). Tome I - Histoire : périodes et continents", sous la direction de Philippe BONNICHON, Pierre GENY et Jean NEMO, Académie des Sciences d'Outre-Mer - Editions KARTHALA, 2012, mais sans créer plus de problèmes. En Gambie, l'exploitation arachidière produit dès 1848 un système de travailleurs migrant appelés strange farmers, venus de l'intérieur des terres, qui restent environ trois ans dans les plantations puis repartent avec des biens acquis, ce qui contribue à l'abolition effective de l'esclavage.

Plus tard, les militaires français et gouverneurs du Sénégal, Auguste-Léopold Protet (1850 à 1854) et son successeur Louis Faidherbe (de 1851 à 1865), encourageront la culture de l'arachide, jugée la plus adaptée au milieu naturel très sec"L'arachide au Sénégal", par Yves Pehaut, dans Les Cahiers d'Outre-Mer de 1961 , dans le cadre d'un système économique colonial qui prétend rompre avec l'esclavage.