Les relations entre la Moldavie et la Roumanie sont des relations internationales s’exerçant entre deux États d’Europe de l'Est, la République de Moldavie et la République de Roumanie. Leur frontière commune, longue de , est fixée sur le talweg de la rivière PrutPeut-être en bon souvenir de leurs fous-rires scolaires ou autres (par exemple ) les auteurs francophones aiment orthographier Prout le nom de cette rivière, dont la forme roumaine/moldave est Prut et la forme russe et ukrainienne Прут, translittéré Prut en transcription directe mais Prout en transcription phonétique.. La Moldavie a une ambassade à Bucarest tandis que la Roumanie a une ambassade à Chișinău ainsi que deux consulats à Bălți et Cahul. Le gouvernement de Roumanie comporte au sein de son Ministère des Affaires étrangères, un « Département des relations avec la République de Moldavie » (Departamentul pentru relația cu Republica Moldova) dirigé par un Secrétaire d'État affecté à cette missionActuellement une professeure de l'Université d'État de Chișinău, ayant la double-citoyenneté, Ana Guțu : ..
Histoire Au début du , en 1812, le traité de Bucarest sépare une première fois en deux la Principauté de Moldavie de part et d’autre de la rivière Prut, et cette séparation dure jusqu'en 1917 lorsque la première République démocratique moldave, après s’être déclarée indépendante de l’Empire russe, s’unit au royaume de Roumanie. Cette réunification ne dure que car en 1940, conformément au pacte germano-soviétique, la rivière Prut redevient frontière entre l’URSS à l’est (rive gauche) et la Roumanie à l’ouest (rive droite). left|thumb|Visite du président roumain Nicolae Ceaușescu et de son épouse à Chișinău en , accueillis par le dirigeant de la Moldavie soviétique Ivan Bodiul (lunettes) thumb|left|Le Prut entre le județ de Botoșani en Roumanie (Union européenne) et le raion de Glodeni, en Moldavie (CEI). La partie de la Moldavie restée en Roumanie forme désormais la Moldavie occidentale tandis que l’autre partie, située en URSS et dite aussi Bessarabie (bien que ce terme ancien ne corresponde pas exactement à la Moldavie soviétique), forme la Moldavie orientale, soit l’actuelle république de Moldavie depuis la dislocation de l'URSS en 1991.
Jusqu’en 1975, les relations entre les deux parties de la Moldavie sont très réduites. Avant 1989, il n'y a que trois points de passage entre les deux territoires, deux ferroviaires (Iași-Ungheni et Galați-Giurgiulești) et un routier (Albița-Leușeni). Les trains internationaux Bucarest-Moscou s'arrêtent à la frontière pour les contrôles et les changements de bogies, mais pas en Moldavie orientale, et les contacts sont réservés aux sphères dirigeantes ; les Moldaves citoyens soviétiques ont l’obligation, à l’étranger ou face à des ressortissants étrangers, de s'exprimer en russe, officiellement « langue de communication interethnique ». C'est par exemple le cas lors de la visite du président roumain Nicolae Ceaușescu et de son épouse Elena à Chișinău en . En décembre 1976, le dirigeant soviétique de la Moldavie orientale, Ivan Bodiul et son épouse Claudia sont les premiers visiteurs moldaves importants en Roumanie durant la période communiste.
Pour les populations moldaves des deux côtés du Prut, tout contact reste impossible jusqu’à ce que Mikhaïl Gorbatchev mette en place la perestroïka (« réforme ») et la glasnost (« transparence ») qui ont pour effet d’entrouvrir la frontière et, en 1989, de rendre à la langue « moldave » (nom soviétique du roumain parlé en URSS) son alphabet latin (sauf en Transnistrie) et le statut de langue officielle à côté du russe.
Entre 1990 et 1991, pendant la dislocation de l'URSS, et au moment de l’indépendance de la république de Moldavie (que la Roumanie fut le premier État à reconnaître, dès le ), les Moldaves des deux rives du Prut, citoyens roumains ou soviétiques, viennent en masse sur les ponts frontaliers se retrouver, se saluer et s’embrasser : ces manifestations populaires sont appelées « ponts de fleurs »Les <Ponts de Fleurs (1990 - 1991). Plus d'un million de Moldaves y participent„Souvenir du Pont des Fleurs”. Elles sont suivies par une facilitation de la circulation des personnes (cinq nouveaux points de passage sont ouverts et les visas ne sont plus nécessaires pendant les périodes où la Moldavie orientale est gouvernée par des pro-européens). Cette facilitation des échanges est surtout valable pour les marchandises, la Roumanie devenant par moments le deuxième partenaire commercial de la Moldavie après la Russie.
La séparation entre les deux États, et donc la frontière sur le Prut, restent cependant en place car, même si les deux pays partagent de forts liens historiques, culturels et linguistiques, en Moldavie orientale, désormais indépendante, les minorités issues de la colonisation de la Bessarabie représentent un tiers de la population (contre 11 % en Roumanie) et elles ont de forts liens historiques, culturels et linguistiques avec la Russie. Ces minorités en majorité russophones, ainsi qu’une fraction des Moldaves ex-soviétiques, ont donné aux communistes et socialistes la moitié, parfois plus, des sièges au parlement de Moldavie (par exemple, sur 101 aux élections de 2014). left|thumb|Timbre célébrant l'accord d'association entre la Moldavie et l'UE. C’est pourquoi, depuis plus de les deux pays sont séparés et appartiennent aujourd’hui à des sphères géopolitiques différentes, pro-atlantique et européenne pour la Roumanie, pro-russe pour la Moldavie, membre de la CEI issue de l’URSSNicolae Timofti l-a desemnat prin decret pe Chiril Gaburici la funcția de premier, et Valentin Krylov sur . La frontière commune des deux pays sur la rivière Prut est donc aussi une frontière entre deux zones d’influence majeures entre superpuissances, celle de l’UE et de l’OTAN sur sa rive droite occidentale, celle de la CEI et de la Russie sur sa rive gauche orientale. Les huit points de passage ainsi que le cours de la rivière (navigable sur pour de petites embarcations) entre ces points sont, par conséquent, particulièrement surveillés, par la section roumaine de la Frontex et par les garde-frontières moldaves.
La Moldavie a rejoint le partenariat pour la paix de l’OTAN le et le Partenariat oriental de l’UE en 2009 avant de signer un accord d'association avec l'UE le . Mais c’est la Roumanie qui, depuis 1990, permet aux citoyens moldaves d’entrer dans l’UE, ce qui a donné lieu en 2010 à une controverse avec l’AllemagneLe l’hebdomadaire allemand Der Spiegel titre : « La Roumanie fait entrer les Moldaves dans l’UE par la porte de derrière », accusant la Roumanie de s'offrir la main-d’œuvre la moins chère d’Europe (Der Spiegel, MDS sur , sur Romanian Passports For Moldovans - Entering the EU Through the Back Door et sur , consultés le 2010-07-19). Entre travaillent en Roumanie : d'entre eux ont demandé la citoyenneté roumaine et l'ont obtenue. La citoyenneté roumaine est accordée aux citoyens moldaves qui le demandent, pourvu qu'ils soient roumanophones (ce qui est le cas de deux-tiers d'entre eux) et qu'ils aient au moins un grand-parent ayant été citoyen roumain par le passé (ce qui est le cas des trois-quarts d'entre eux : rgnpress.ro du 14 juillet 2010 , consulté le 2010-07-19). Le lendemain, le président roumain Băsescu déclara, via un communiqué de presse du ministère roumain des Affaires étrangères, que la position du Spiegel n'était rien moins que raciste, puisque l’hebdomadaire reprochait à la Roumanie une politique que l’Allemagne elle-même pratique depuis bien avant 1990 : l’article 116 de la Constitution allemande stipule en effet que « les anciens citoyens allemands ayant perdu leur citoyenneté entre le et le pour des motifs politiques, ethniques ou religieux, ainsi que leur descendance, peuvent demander et obtenir la nationalité allemande » (réaction roumaine rapportée les 16 et 18 juillet 2010 par Răzvan Iorga sur karadeniz-press.ro et par Laurențiu Nistorescu sur renasterea.ro , consultés le 2010-07-19): en vertu de cet article, ce sont 18 millions d’Allemands qui sont « entrés dans l'UE par la porte de derrière », alors que les roumanophones de Moldavie ne sont que 3 millions : voir sur rgnpress.ro du 14 juillet 2010 : Le berger allemand grogne contre les sous-hommes roumains sur : , consulté le 2010-07-19 et, en 2014, au projet de l’oligarque moldo-russe , millionnaire en euros et chef du parti pro-russe , de construire Usatyi veut financer une nouvelle "muraille de Chine" entre la Moldavie et la Roumanie", site du journal Adevărul Moldova consulté le 14 octobre 2014..
Si le rapprochement de la Moldavie avec l'Union Européenne a pu avoir lieu sans provoquer de réaction armée russe (comme en 1992 et depuis 2014 en Ukraine voisine)., en revanche le rapprochement politique et institutionnel avec la Roumanie, revendiqué par le mouvement unioniste roumanophone et incarné par l’« union symbolique des communes moldaves à la Roumanie une par une » (130 communes sur 914 en )Viorel Dolha, L'union symbolique des communes à la Roumanie une par une : état des lieux, 24 février 2018 sur ; voir aussi , et le 25 mars 2018 sur ., n’est pas à l’ordre du jour, car les autorités pro-russes de la Moldavie dénient à ce mouvement toute légitimité et soulignent son illégalité, affirmant qu’il ne s’agit que d’une « manifestation de l’impérialisme roumain, lui-même marionnette de l’impérialisme de l’OTAN ».
Un partenariat moins polémique a pu se mettre en place légalement en 2005 : c’est l’Eurorégion « Siret-Prut-Nistre » (en roumain Euroregiunea Siret-Prut-Nistru, en gagaouze Evrobölgä Siret–Prut–Nistru), l’une des eurorégions à cheval sur les frontières de l’UE, d’une superficie d’environ avec environ 3,7 millions d’habitants, qui recouvre 40 % du territoire de la Moldavie historique et dont font partie : dans l'Union européenne, en Roumanie, les trois județe de Iași, Vaslui et, en Valachie, Prahova ; dans la Communauté des États indépendants, en Moldavie : 25 raions sur 32 : dans la Région Nord (Țara de Sus ou Haute-Moldavie) 7 raions sur 11 : ceux de Drochia, Fălești, Florești, Glodeni, Rîșcani, Sîngerei et Soroca ; dans la Région Centre (Țara de Mijloc ou Moyenne-Moldavie) 13 raions sur 14 : ceux d'Anenii Noi, Călărași, Criuleni, Dubăsari, Hîncești, Ialoveni, Nisporeni, Orhei, Rezina, Șoldănești, Strășeni, Telenești et Ungheni ; dans la Région Sud (Țara de Jos ou Basse-Moldavie) 5 raions sur 8 : ceux de Basarabeasca, Căușeni, Cimișlia, Leova et Ștefan Vodă ; la région autonome de Gagaouzie comportant 3 dolaysL'adhésion de la Gagaouzie à l'eurorégion « Siret-Prut-Nistre » montre clairement que les avantages commerciaux de cette formule-là ont l'assentiment des gouvernements moldaves pro-russes Voronine et Dodon ainsi que de la puissance tutélaire de la CEI, la Russie, car cette région autonome a toujours été un bastion pro-russe, sécessionniste de 1991 à 1994 (Jean-Baptiste Naudet : URSS, le rêve turc des Gagaouzes, « Le Monde », 28 mars 1991), gouverné par la communiste Irina Vlah, votant à 90 % pour le PC moldave et menaçant, à chaque tentative moldave de se rapprocher de la Roumanie, de se détacher de la Moldavie pour se rattacher à la Novorussie ()..
Articles connexes Relations entre la Moldavie et la Russie Géopolitique de la Russie Politique étrangère de la Roumanie Relations entre la Moldavie et l'Union européenne Procédure d'adhésion de la Moldavie à l'Union européenne
Notes et références
Liens externes Ambassade de Moldavie à Bucarest. Ambassade de Roumanie à Chișinău.
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