vignette|Entrée du Bousbir. Le Bousbir () était le quartier réservé à la prostitution à Casablanca pendant le Protectorat français au Maroc.

Ceint par un mur, il fut créé et réglementé par les autorités françaises et fonctionna de 1924 à 1955. Près de y résidèrent pendant cette période, principalement marocaines, des jeunes filles certaines avaient 12 ans et des femmes, dans des . Outre l'aspect prostitutionnel, Bousbir est aussi une attraction inévitable pour les touristes de passage à Casablanca.

Origine Quand le Maroc devient un protectorat français par le traité de Fès en 1912, les autorités françaises sont préoccupées par la propagation des infections sexuellement transmissibles, en particulier la syphilis, parmi les troupes stationnées dans le protectorat. Elles mettent alors en place des quartiers réservés et organisent la prostitution en la réglementant et en la réservant à certains secteurs.

Construction Premier Résident général du protectorat, Hubert Lyautey souhaite reconstruire et aménager Casablanca. Pour cela, il engage l'architecte français Henri Prost afin de définir le plan de la nouvelle ville.

Prost et ses collaborateurs définissent le plan de la ville de 1917 à 1922. En son sein, Prost inclut un nouveau quartier réservé à l'écart du centre-ville, qui est investi en 1924.

Étymologie Bousbir est la déformation du nom donné par les locaux () donné à Prosper Ferrieu, un commerçant et agent consulaire français dont la famille était établie à Casablanca depuis deux générationsProsper Ferrieu est issu d'une famille française de commerçants installée à Casablanca depuis deux générations. Son grand-père, également prénommé Prosper, avait comme quelques autres commerçants de laine de Lodève, établi dans la première moitié du une maison de commerce à Casablanca, alors une petite bourgade portuaire marocaine. Né à Casablanca, son petit-fils fit des études à l'école de commerce de Lyon avant de revenir au Maroc.. Il possédait un terrain à l'ouest de Casablanca, qu'il avait loué à un Marocain qui y avait construit des masures vite occupées par des prostituées. Ce terrain Bousbir fut alors associé à ce quartier de prostitution de Casablanca et le nom repris par le nouveau quartier réservé construit par les Français.

Aujourd'hui, le mot bousbiria, , est une insulte envers les femmes dans l'argot marocain et une des rares traces subsistantes de ce nom au Maroc.

Disposition Le domaine a été bâti dans un style néo-mauresque par l'architecte Edmond Brion qui évoque les représentations orientalistes des visiteurs européens. Sa localisation fait face au bidonville de Ben M’Sik, lui aussi cité dans les guides touristiques, qui comptait plus de en 1954, à la périphérie de Casablanca.

La zone délimitée forme un rectangle de sur 150, soit , ceinturé par un haut mur de 8 mètres aveugle. Il n'y a qu'une seule entrée, piétonne, contrôlée par la police. Partant de l'entrée, une grande voie conduit à la place principale de sur 20. De la rue principale et la place part un labyrinthe de ruelles, dont chacune avait un nom qui indique l'origine prétendue des prostituées, comme la rue Elfassiya, la rue Doukkaliya, la rue Lahriziya.

La construction et l'exploitation de Bousbir avaient été confiées en concession à une société privée, la Cressonière, dont la redevance constituait une ressource importante pour la municipalité de Casablanca.

Période d'activité : 1924-1955

Prostitution

vignette|Exemple typique de carte postale représentant une prostituée orientale arabo-africaine. De 450 et , principalement marocaines, des jeunes filles certaines avaient 12 ans et des femmes, y vivent et y exercent dans des . Elles offrent leurs services sexuels à entre et par jour. Certaines sont venues à Bousbir de leur propre volonté, mais environ un tiers ont été amenées après avoir été arrêtées pour prostitution illicite dans d'autres quartiers de la ville. Beaucoup ont contracté des dettes envers la « Madame » qui les loge. Près de y résident entre 1923 et 1955. Des vidéos de l'époque montrent des enfants prostitués.

La clientèle des prostituées étant constituée principalement de marins, de militaires ainsi que de Marocains.

Les prostituées devaient se soumettre obligatoirement à des contrôles de santé réguliers et n'étaient autorisées à quitter le Bousbir qu'une fois par semaine, à condition d'avoir obtenu un permis de la police. Selon Staszak, Bousbir ne parvint pas à endiguer les maladies vénériennes, n'attirant que 15 % des travailleuses du sexe de Casablanca, alors que le quartier réservé représentait pour certains milieux (religieux, féministes, socialistes et anticolonialistes) un scandale moral et politique, si bien que la Résidence générale le ferma en , un an avant l’indépendance du Maroc.

Tourisme exotique

Bousbir comptait un cinéma, un hammam, des cabarets, des restaurants, des cafés, nombre de boutiques, un poste de police et de gendarmerie, une prison et un dispensaire.

Pour le chercheur Jean-François Staszak, la visite du quartier , beaucoup de touristes venant plutôt par curiosité sans forcément avoir recours à la prostitution. Des cinéastes fascinés par ces quartiers réservés, comme Jacques Feyder, s’en inspirent pour réaliser des fictions.

Le Bousbir est mentionné dans plusieurs guides touristiques parus durant sa période d'activité. Des cartes postales sont vendues comme souvenirs. Beaucoup de clichés sont dus au photographe de l'armée française Marcelin Flandrin. Il a joué un rôle important dans la création du stéréotype de la prostituée : jeune, brune, une allure exotique pour l'œil européen, seins nus ou portant des robes ou des caftans. La plupart des photographies sont soigneusement posées et rarement prises sur le vif.

La presse à scandale, voyeuriste, utilise Boubir. Par exemple un article de Qui? Détective de évoque .

Après 1955 En 1955, le quartier servit pour l'hébergement des forces auxiliaires marocaines de retour de la guerre d'Indochine.. Il est ensuite devenu une zone d'habitations se fondant dans le quartier de Mers Sultan. De l'ancien Bousbir restent aujourd'hui des parties du grand mur blanc d'enceinte, la porte d'entrée et quelques éléments caractéristiques du quartier : fontaines en zellige, dômes, arcades et moucharabieh. Les bâtiments ont été largement remaniés, avec couverture des patios ou rajout d'étages, un bâtiment administratif a été construit sur la place centrale, le cinéma et le théâtre sont eux à l'abandon. Il n'existe aucune indication sur place de l'existence passé du quartier et l'historienne Christelle Taraud, autrice en 2003 de La Prostitution coloniale, indiquait que . Une exposition sur l'histoire de Bousbir qui devait se tenir à la Villa des arts de Casablanca en a été déprogrammée pour « des raisons de force majeure » sans plus d'explications la veille de son ouverture. Elle sera finalement visible à l'université de Genève de fin 2022 à début 2023.

Exposition Quartier réservé - Prostitution coloniale - Casablanca - 1923 - 1955, salle d'exposition de l'Université de Genève, du au Quartier réservé - Prostitution coloniale - Casablanca - 1923 - 1955, site agenda.unige.ch, consulté le 20 niovembre 2022..

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Articles connexes Prostitution au Maroc Tourisme sexuel Tourisme sexuel impliquant des enfants Idéologie coloniale française

Bibliographie

Catégorie:Prostitution au Maroc Catégorie:Quartier chaud Catégorie:Histoire coloniale de la France Catégorie:Violence contre les femmes au Maroc