La géopolitique des années 1990 décrit les relations internationales dans le monde durant la dernière décennie du . Cette description prend en considération les principaux événements politiques, militaires et économiques qui les caractérisent et présente les grandes tendances observées durant ces années et comment elles annoncent le début du .
La guerre froide prend fin par étapes entre 1989 et 1991 en conséquence de l'explosion du bloc de l'Est et de la dislocation de l'Union soviétique. Elle signifie la fin du monde bipolaire qui a dominé les relations internationales depuis 1945 et son remplacement pour la dernière décennie du par un monde unipolaire très largement dominé par les États-Unis, seule superpuissance.
Le dénouement de la guerre froide bouleverse le paysage géopolitique de l'Europe, établit le modèle politique et économique occidental comme une référence incontestée dans la plus grande partie du monde, et laisse aux Occidentaux la maîtrise de l'architecture de sécurité et de défense en Europe. Dans le même temps, la Russie succède à l'Union soviétique au plan du droit international et de la possession de ses armes nucléaires.
L'espoir qu'un nouvel ordre mondial stable et pacifique succède à la guerre froide est vite déçu. Le s'ouvre au contraire dans un désordre grandissant lié à la multiplication d'acteurs nouveaux étatiques ou non-étatiques, générateurs de nombreux conflits.
Fin de la guerre froide et du monde bipolaire
La guerre froide prend fin par étapes entre 1989 et 1991 en conséquence de l'explosion du bloc de l'Est et de la dislocation de l'Union soviétique. La fin de la guerre froide ne se résume pas à une date mais est un processus qui a duré plusieurs années, jalonné par quelques évènements qui servent fréquemment de référence pour la dater, parmi lesquels certains en sont plus particulièrement symboliques : La chute du mur de Berlin, le , tant l'Allemagne et Berlin ont été pendant les cinquante années précédentes au cœur de la guerre froide en Europe et le sujet des deux crises les plus sérieuses sur ce continent, le blocus de 1948 et la crise de 1958 qui aboutit à la construction du mur de Berlin en 1961. La réunification de l'Allemagne est chose faîte le ; La signature de la Charte de Paris pour une nouvelle Europe et du traité INF de démantèlement des missiles nucléaires en Europe, à Paris en dans le contexte du sommet de la CSCE, qui rassemble tous les pays d'Europe, les États-Unis et le Canada ; La dislocation de l'URSS, le , événement majeur de l'histoire du puisque disparaît l'un des deux protagonistes de la guerre froide, précédé pendant trois ans d'une cascade d'évènements traduisant l'accélération de son affaiblissement et l'émergence de son état successeur, la fédération de Russie.
Les États-Unis sont désormais la seule grande puissance dans le monde. La Russie n'en possède plus comme attribut que son arsenal nucléaire hérité de l'URSS. L'Europe n'est plus coupée en deux et s'engage dans la construction d'une Union européenne ambitieuse et ouverte aux pays du centre et de l'Est du continent. En Asie, en Afrique, en Amérique centrale, des conflits périphériques de la guerre froide s'achèvent. La fin de la guerre froide s'accompagne dans les premières années de la décennie 1990 d'une certaine euphorie, qu'illustrent les thèses très médiatisées de Fukuyama qui y voit la victoire définitive de la démocratie libérale sur les autres idéologies politiques.
Bouleversement du paysage géopolitique de l'Europe Réunification de l'Allemagne Quand l'Europe de l'Est communiste se désagrège, la principale question politique à traiter est celle de la réunification de l'Allemagne que le chancelier Kohl veut mener très rapidement mais qui suscite des réticences au Royaume-Uni et en France.. Elle suppose aussi l'accord des Soviétiques en particulier sur la question de la participation de l'Allemagne à l'OTAN et le devenir des soviétiques stationnés sur le territoire de la RDA.
Le , à peine trois semaines après l’ouverture du mur, le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl présente, sans concertation préalable avec ses partenaires Européens, son plan en dix points en vue d'une réunification rapide de l'Allemagne, qu'il est décidé à mener à bien le plus vite possible. Le président du soviet suprême, Mikhaïl Gorbatchev, accepte rapidement l'idée de la réunification allemande : le , il déclare à Modrow, éphémère dirigeant de la RDA, qu’il ne s’opposera pas à une réunification allemande, position qu'il confirme lors de sa rencontre avec Kohl les 10 et .
Les États-Unis adoptent début 1990 une triple ligne politique face aux bouleversements européens : appui à l'unification rapide de l'Allemagne mais son appartenance à l'OTAN en est une condition sine qua non, présence forte des États-Unis en Europe via la pérennisation de l'OTAN et le maintien de troupes américaines sur le sol européen, et conclusion d'un traité de réduction des forces conventionnelles en Europe entre les membres de l'OTAN et du pacte de Varsovie. Il s'agit d'assurer la pérennité du système de défense atlantique et la solidité de l’ancrage occidental de la future Allemagne. Pour rendre ce « paquet » acceptable par les Soviétiques, les Américains sont prêts à des concessions sur le statut militaire du territoire de la RDA, à soutenir Gorbatchev dans sa politique de réforme et à ouvrir des « négociations 2+4 » sur les aspects extérieurs de la réunification. La diplomatie américaine parvient à mettre en œuvre ce schéma qui conditionne largement le paysage géopolitique de l'Europe des années 1990 et du début du .
La rencontre de Bush et de Kohl à Camp David les 24 et scelle l'entente germano-américaine sur les termes de l'unification allemande. Lors de la rencontre entre Gorbatchev et Kohl en , le Soviétique accepte l’appartenance de l’Allemagne réunifiée à l’OTAN en échange d'une aide financière.
Le démarrent à Ottawa les « négociations 2+4 » entre les deux États allemands et les quatre Alliés vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale. Malgré sa souveraineté presque entièrement retrouvée en 1955 par les accords de Paris, les quatre Alliés conservent des droits sur l’Allemagne. Leurs positions diffèrent : les États-Unis soutiennent totalement la réunification, tandis que la Grande-Bretagne y est initialement hostile ; l’Union soviétique se montre très changeante et la France, après avoir émis des réticences, se rallie assez vite à l’idée de réunification. La dynamique imposée par Kohl et l'affaiblissement de Gorbatchev ouvrent rapidement la voie à un accord : le traité « 2+4 » de Moscou est signé le Traduction du Traité de Moscou sur le site de l'Université de Perpignan..
La réunification de l'Allemagne selon les modalités définies par les deux Allemagne dans le Einigungsvertrag est effective le . En complément, l'Allemagne reconnaît le caractère définitif de la frontière Oder-Neisse en signant avec la Pologne le traité sur la frontière germano-polonaise le . L'Allemagne retrouve la plénitude de sa souveraineté lorsque les dernières troupes russes quittent Berlin le .
La Russie, État successeur de l'Union soviétique
Initialement sceptiques sur la réalité de la volonté de changement de Gorbatchev, les Occidentaux ne lui apportent leur soutien qu'à partir de 1989, en partie aussi par crainte que des éléments conservateurs ne reprennent le pouvoir et reviennent à une ligne dure d'affrontement avec l'Ouest.
Les accords d'Alma-Ata signés par les onze ex-républiques soviétiques créent la CEI et établissent la Russie en tant qu'État successeur de l'Union soviétique aux plans du droit international et de la possession des armes nucléaires. Elle hérite donc du siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU. Elle n'est cependant que partiellement associée par les Occidentaux à la définition du nouvel ordre mondial stable et pacifique que George H. W. Bush appelle de ses vœux.
Transformation des démocraties populaires d'Europe centrale et orientale Transformation politique et économique accélérée +Premières élections législatives libresPaysDateAlbanieBulgarieHongrie-PologneRoumanieTchécoslovaquie
Les régimes communistes s'effondrent dans tous les pays de l'Europe centrale et orientale (PECO) en 1989 ou 1990. Les causes en sont multiples : l'usure de dirigeants souvent au pouvoir depuis des décennies, la fin annoncée par Gorbatchev de l'interventionnisme soviétique pour maintenir par la force les régimes en place et son soutien aux réformateurs à l'image de la politique qu'il mène, les difficultés économiques ou encore la pression populaire. Les partis communistes sont partout dissous, parfois reformés sous un autre nom. Ces bouleversements se produisent partout sans effusion de sang sauf en Roumanie. Les nouveaux dirigeants sont soit issus des ailes réformatrices du PC, soit des figures emblématiques comme Václav Havel ou Lech Wałęsa. Partout, le multipartisme renait, des élections législatives sont organisées et de nouvelles institutions mises en place sur le modèle démocratique occidental.
Politiques d'aide occidentale aux PECO Les PECO manquent des ressources et des compétences que requiert leur bascule rapide vers un modèle économique radicalement différent. L'effondrement du système communiste s'accompagne d'une chute du pouvoir d'achat du plus grand nombre, de l'accroissement des inégalités et d'augmentation de la pauvreté. L'aide apportée par les Occidentaux est distribuée suivant plusieurs canaux et prend de multiples formes. Les aides multilatérales émanent de la CEE puis de l'UE, des institutions financières européennes, la BEI et la BERD, ou mondiales, le FMI et la Banque mondiale. Les aides bilatérales sont le fait des États ou d'organisations privées, ONG et banques nationales. Dans le but de les coordonner, les 24 principaux pays donateurs, dits G-24, mettent en place un processus de coordination des aidesPays membres du G-24 : les douze États de la CEE, l'Autriche, la Finlande et la Suède qui rejoignent l'UE en 1994, l'Islande, la Suisse, la Norvège et la Turquie en Europe, l'Australie, le Canada, les États-Unis, le Japon et la Nouvelle-Zélande dans le reste du monde..
La CEE aide financièrement les PECO à se transformer à condition qu'ils s'engagent sur la voie de la démocratie et de l'économie de marché. En , la CEE lance le programme Pologne-Hongrie Assistance à la Restructuration des Économies (PHARE), qui est étendu en 1990 à l'ensemble des PECO. Puis en , la CEE établit la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pour financer des investissements productifs. En dix ans, de 1990 à 1999, le programme PHARE alloue aux PECO.
La multiplicité des aides rend difficile d'en évaluer précisément l'importance et l'impact. Sur la décennie 1990, elle serait au total d'un montant proche de dont un tiers de dons et deux tiers de crédits à taux préférentiel. Plus de la moitié proviendrait de l'UE ou de ses États membres. Le bilan de ces aides fait débat : son ampleur limitée eu égard aux besoins, sa dispersion liée au grand nombre de canaux, la qualité souvent médiocre des assistances techniques fournies n'ont pas suffi à faciliter la transformation des PECO et à en adoucir les effets sur les populations. Cependant, la mobilisation réelle et rapide de l'Europe de l'Ouest et l'approfondissement de l'Union européenne ont entretenu leur volonté des PECO d'opérer le plus rapidement possible les mutations requises pour la rejoindre.
Établissement de liens institutionnels entre les PECO et l'Union européenne En parallèle de l'aide matérielle apportée aux PECO, la CEE établit entre 1991 et 1993 des liens institutionnels bilatéraux avec chacun des PECO sous la forme d'un « accord d'association », aussi appelé « accord européen », qui comporte un volet commercial et un volet politique.