Le combat d'Arzobispo se déroula le au Puente del Arzobispo, en Espagne, dans le cadre de la guerre d'indépendance espagnole. Il opposa deux corps de l'armée impériale française sous les ordres du maréchal Jean-de-Dieu Soult à un contingent espagnol dirigé par José María de la Cueva, duc d’Alburquerque. Les troupes françaises, après avoir franchi le Tage, défirent leurs adversaires qui se retirèrent après avoir subi des pertes importantes, parmi lesquelles 16 pièces d'artillerie.
La bataille de Talavera, en , avait vu la victoire des forces anglo-espagnoles commandées par les généraux Arthur Wellesley et Gregorio García de la Cuesta sur l'armée française du roi Joseph Bonaparte. Wellesley — le futur Wellington — était toutefois dans l'incapacité d'exploiter sa victoire en raison de problèmes logistiques. Quelques jours plus tard, il apprit en outre que les troupes françaises du maréchal Soult s'avançaient pour tenter de couper sa ligne de retraite vers le Portugal.
En conséquence, les Britanniques et les Espagnols se replièrent vers l'ouest, échappant de justesse aux forces de Soult. Alburquerque fut laissé en arrière avec et afin de garder le passage du pont d'Arzobispo. La position occupée par les Espagnols était très forte et ces derniers se croyaient à tort en sécurité. Pendant ce temps, des officiers français découvrirent un gué situé à faible distance du pont. Profitant de l'effet de surprise et de ce que les Espagnols faisaient la sieste, la cavalerie française traversa le fleuve, suivie par l'infanterie du corps du maréchal Mortier. Avant même qu'Alburquerque n'ait pu faire quoi que ce soit, ses cavaliers furent mis en déroute et l'un de ses bataillons d'infanterie anéanti. Au cours de la poursuite, la cavalerie de Soult s'empara non seulement des 16 canons espagnols, mais également d'au moins 14 des 17 canons français perdus à Talavera.
Contexte
Offensive française
En dépit du succès remporté par les Anglo-Espagnols sur l'armée française du roi Joseph Bonaparte à la bataille de Talavera, les 27 et , les pertes avaient été très lourdes pour les deux camps. Les Britanniques avaient ainsi laissé sur le terrain soldats (dont blessés) tandis que les Espagnols du général Gregorio García de la Cuesta ne déploraient que 4 à 500 tués ou blessés. Le bilan était encore plus sévère pour les Français avec hommes hors de combat. Au matin du , la brigade d'infanterie légère du général Robert Craufurd et une batterie de la Royal Horse Artillery arrivèrent au campement britannique à l'issue d'une marche encore plus forcée qu'à l'accoutumée. Toutefois, même avec ce renfort, l'armée de Wellesley était dans l'incapacité d'exploiter sa victoire. Les rations des soldats avaient été amputées des deux tiers en raison de la défaillance du système d'approvisionnement alors que le service de santé, à qui avaient été confiés les milliers de blessés de la bataille de Talavera, était débordé. En l'absence de wagons et de charriots en nombre suffisant, Wellesley n'était pas non plus en mesure de faire venir des approvisionnements depuis sa base arrière de Plasencia ni d'évacuer ses blessés. Dans le même temps, le commandant en chef britannique apprit qu'un contingent français était en approche depuis le nord ; Wellesley n'évaluait cependant sa force qu'à soldats et ne s'inquiéta donc pas outre mesure. Ce faisant, il sous-estimait grandement le danger qui pesait sur ses troupes.
vignette|gauche|redresse|Le maréchal Jean-de-Dieu Soult.
Le , l'empereur Napoléon avait en effet ordonné au maréchal Jean-de-Dieu Soult de prendre la tête des , et corps et de faire mouvement contre l'armée britannique. Le rassemblement de toutes ces unités prit un certain temps mais, dès le , le corps du maréchal Édouard Mortier, fort de hommes et de dragons quitta Salamanque pour se diriger vers le sud. Le 29 de ce mois, le corps, commandé par Soult en personne, reçut un convoi d'artillerie destiné à remplacer les canons perdus lors de l'infructueuse campagne du Portugal de 1809. Ainsi équipés, les hommes du corps prirent la route du sud le , suivis le lendemain par le corps du maréchal Michel Ney, dont l'effectif pour cette manœuvre se montait à soldats (une brigade de hommes ayant été laissée en arrière). Napoléon avait donné instruction à Soult de ne pas disperser les différents corps durant leur marche afin de ne pas être battu en détail par l'adversaire. Pendant toute la durée de l'opération, la défense du León devait être assurée par quelque soldats français aux ordres du général François Étienne Kellermann.
Avant Talavera, mission avait été confiée à l'armée espagnole de la Manche, dirigée par le général Francisco Javier Venegas, d'empêcher le corps français du général Horace Sébastiani de se joindre au gros de l'armée de Joseph, ce en quoi Venegas avait complètement échoué. Une occasion de se racheter se présenta cependant bientôt à lui puisque, du fait du repli de Sébastiani, la route de Madrid était presque sans défense. Alors que sa propre armée était trop affaiblie pour tenter quoi que ce fût, Wellesley espérait que la menace constituée par l'offensive de Venegas serait suffisante pour inciter les Français à battre en retraite. L'armée de la Manche poussa donc jusqu'à Tolède et Aranjuez le mais demeura ensuite inexplicablement passive jusqu'au . De son côté, Joseph détacha le corps du maréchal Claude-Victor Perrin ( hommes) pour surveiller les agissements de Wellesley et de Cuesta tandis que lui-même prenait position à Illescas afin d'être en mesure de contrer tant Venegas que Wellesley si nécessaire.
Ayant appris que soldats portugais sous le général britannique Robert Wilson avaient contourné son flanc nord à Escalona, Victor recula en direction de Madrid. En réalité, Wilson n'avait que militaires portugais et espagnols à sa disposition et fut bientôt obligé d'évacuer sa position, jugée trop isolée. Le , Wellesley fut informé que le petit corps espagnol du marquis Del Reino, qui barrait l'accès du Puerto de Baños, un défilé montagneux situé plus au nord, était en fâcheuse posture contre les Français. Le général en chef britannique était certes toujours convaincu de la faiblesse des effectifs ennemis mais ne pouvait ignorer la perspective d'être coupé de sa ligne d'approvisionnement avec le Portugal. Il ignorait encore que Plasencia était tombé le même jour aux mains des Impériaux. Dans la foulée, Cuesta ordonna à la division du major général L. A. Bassecourt ( hommes) de se rendre sur place afin d'évaluer la situation. Après une discussion houleuse avec Cuesta, Wellesley accepta de se mettre en marche vers l'ouest tandis que son homologue espagnol était chargé de protéger Talavera d'une éventuelle attaque de Victor. Le , Wellesley ébranla hommes à destination d'Oropesa. S'il pensait encore que lui et Bassecourt n'auraient affaire qu'à moins de Français qu'il était bien décidé à tenir à distance de ses lignes de communication, le commandant britannique était, sans le savoir, sur le point de se livrer en pâture aux soldats de l'armée de Soult.
Retraite de l'armée anglo-espagnole
vignette|redresse|Le général Arthur Wellesley, commandant en chef l'armée britannique.
À ce stade, les cavaleries de Mortier et de Wellesley étaient déjà entrées en contact près de Navalmoral, à seulement une cinquantaine de kilomètres à l'ouest d'Oropesa. Le , les cavaliers français s'emparèrent d'un courrier espagnol porteur d'une lettre de Wellesley au général William Erskine, en poste à Lisbonne, dans laquelle le commandant en chef britannique évaluait les forces de Soult à seulement hommes. Cela permit à Soult de réaliser que Wellesley se dirigeait droit sur lui. Heureusement pour les Alliés, une estafette française tomba à son tour aux mains de la guérilla espagnole non loin d'Ávila et sa dépêche, saisie, fut transmise à Cuesta dans la journée du 3. Dans ce message, Soult informait le roi Joseph qu'il était en marche depuis le nord avec soldats. Ces informations capitales furent immédiatement communiquées par Cuesta à son allié britannique.
Averti de l'imminence du danger, Wellesley ordonna aussitôt à son armée de repasser le Tage à hauteur du village de Puente del Arzobispo. Cuesta amorça de même un mouvement de repli, abandonnant Talavera ― et les hôpitaux britanniques implantés dans cette localité ― pour Oropesa. Les véhicules de transport utilisables ne dépassaient pas la quarantaine et blessés graves furent laissés sur place ; les autres reçurent pour consigne de s'enfuir par leurs propres moyens, si cela leur était possible. Deux mille d'entre eux parvinrent, tant bien que mal, à rejoindre les lignes britanniques tandis que 500 autres moururent en cours de route ou furent faits prisonniers par les Français, qui traitèrent généreusement les captifs. L'une des options de Cuesta était de franchir le Tage pour mettre son armée à l'abri sur la rive sud du fleuve, mais les routes dans ce secteur cheminaient par la Sierra de Guadalupe et étaient dans un état de délabrement si avancé que les troupes espagnoles n'auraient d'autre choix que d'abandonner leur artillerie et leurs bagages. En conséquence, Cuesta prit la décision de poursuivre sa retraite sur la rive nord, avec le risque d'être attaqué à tout moment par les Français.
vignette|redresse|Le général Gregorio García de la Cuesta, commandant l'armée espagnole.
Dans la soirée du , l'armée de Wellesley avait terminé de franchir le pont d'Arzobispo et était à présent en sécurité sur la rive sud du Tage. Cuesta, à l'inverse, interrompit sa retraite et insista pour se maintenir sur la rive nord. Lorsque l'avant-garde de Mortier fit son apparition, le général espagnol se jeta sur elle et la repoussa. Croyant avoir affaire aux forces combinées de Cuesta et de Wellesley, Mortier devint prudent et sollicita l'appui de Soult. Durant toute la journée du 5, Mortier se contenta ainsi d'observer les troupes de Cuesta que leur général avait pourtant maladroitement déployées dos au fleuve. Le 6, alors que Soult et Mortier opéraient leur jonction en vue du combat, ils constatèrent que les Espagnols s'étaient repliés derrière le Tage. Les Français ratèrent ainsi l'occasion d'infliger une défaite cuisante à l'armée de Cuesta. Comme l'écrit l'historien britannique Charles Oman, « la meilleure chance de Soult s'était évaporée avant même qu'il ne s'en rendît compte ».