vignette|1. Écu français ancien2. Écu français moderne3. Écu ovale dit abusivement « des Dames »4. Écu en losange dit abusivement « des Damoiselles »5. Écu de tournoi ou bannière6. Écu italien7. Écu suisse8. Écu anglais9. Écu allemand10. Écu polonais11. Écu espagnol, portugais et flamand

En héraldique, le blasonnement, dans son sens le plus fréquent, est l'action de décrire, ou encore de lire ou déchiffrer des armoiries. Il s'agit d'un langage technique propre pour décrire d'abord les composants précis d'un écu armorié, puis les ornements qui lui sont ajoutés.

Cette description s'exécute à l'aide d'un vocabulaire et d'une syntaxe spécifiques, et selon un ordre rigoureux de lecture des éléments composant les armoiries.

En principe, à des armes données devrait correspondre un texte unique. Pour des armes dont le dessin est simple, la pratique confirme ce principe. Toutefois, pour des armes complexes (soit en raison du blason lui-même, soit en raison de la richesse des ornements), on peut trouver d'assez nombreuses variantes synonymes.

Dans son sens plus étendu, le blasonnement décrit l'ensemble des armoiries. Dans ce cas, hormis l'écu, qui est obligatoirement décrit en premier, l'ordre de citation des éléments est flou et peut varier selon les lieux et les époques. Par ailleurs, la description contenue dans le blasonnement laisse l'héraldiste (au sens d'auteur du dessin) tout à fait libre de son interprétation quant à la forme de chacune des parties du blasonnement, la forme de l'écu, pour autant qu'il respecte l'adéquation entre la pièce, meuble ou ornement reconnus et son dessin.

En d'autres termes, si l'écu accompagné de ses ornements extérieurs est la représentation graphique des armoiries, le blasonnement en est la représentation verbale.

Historique Né à l'époque du Moyen Âge de la pratique des tournois, des hérauts (qui donnent leur nom à l'héraldique), et partant de la nécessité de constituer de véritables catalogues (armoriaux), le blasonnement s'est développé en un véritable langage, avec son vocabulaire et sa syntaxe, rigoureux et précis, permettant de décrire rapidement et souvent sans ambiguïté les blasons les plus complexes (voir ci-dessous « Langue du blason »). Ces armoriaux étaient constitués à double fonction de recueil d'identités et de dépôt d'exclusivité, à une époque où l'illustration, surtout en couleur, était une entreprise de longue haleine. Le devoir des hérauts et poursuivants était aussi de reconnaître, par leurs couleurs, les chevaliers tombés au champ de bataille.

L'identité spécifique s'étant longtemps limitée aux éléments portés par l'écu, le blasonnement se contente souvent de ne décrire que celui-ci. Les ornements n'ont pris de l'importance que tardivement, et le blasonnement complet se doit de les intégrer quand ils existent.

Constitution et blasonnement La constitution est le fait de créer un blason particulier, avec toutes ses caractéristiques.

La liste des critères ci-dessous est une synthèse des principes énoncés par divers auteurs, réunis par la Commission nationale d'héraldique. Bien que plutôt destinés aux communes, les critères énoncés sont largement généralisables, dans le sens qu'il ne sont que très rarement contredits.

Des blasons bien constitués doivent à la fois être faciles à blasonner (c’est-à-dire à décrire) et à représenter (c’est-à-dire à dessiner). Un blason peut être plus ou moins bien constitué. Ces deux critères ne conduisent pas à des jugements absolus et tranchés, mais permettent d'identifier ce en quoi pèche une composition, et de déterminer des possibilités d'amélioration .

Des descriptions logiquement correctes peuvent aboutir à des représentations illisibles, principalement quand les détails deviennent trop petits. On peut ainsi imaginer un blason « de vair treillissé d'hermine et clouté du champ », tout à fait compréhensible mais impossible à représenter correctement.

Des compositions qu'il n'est pas possible (ou facile, ou évident) de blasonner sont aussi mal constituées. C'est le cas de nombreuses « armes modernes » de pays ou de communes, qui intègrent dans leurs écus des images, même quand elles sont très stylisées, qui ne sont pas construites suivant la logique du blason, mais plus selon une logique de dépliant publicitaire (voir les « armes » de Manaus au Brésil, par exemple).

vignette|100px|Armes de Liège, exemple de blasonnement tardif. Enfin, la constitution ne doit pas s'éloigner trop de l'usage héraldique courant, et éviter par exemple d'inscrire des devises sur l'écu lui-même, ou de composer des tableaux trop riches.

Ainsi, les armes de Liège sont assez typiques d'une héraldique tardive, qui tend à être mal constituée. Elles peuvent cependant être blasonnées sans trop de difficulté : « De gueules au perron de trois degrés, haussé et supporté par trois lions couchés, portant une colonne à trois tambours, coiffée d'une pomme de pin et sommée d'une croisette, le tout d'or, accosté d'un L et G majuscules du même ». La mauvaise constitution de ces armes porte sur deux types de défauts : La description de la colonne centrale fait l'objet d'une dizaine de différenciations (lions, pomme de pin, degrés…), détails qui deviennent tous illisibles sur la figure à petite échelle. De telles armes ne sont plus une figuration abstraite et symbolique, mais la représentation d'un monument particulier (le perron liégeois). L'ajout de lettres dans les armes est une pratique rare, parce que non lisible universellement : la lecture d'un tel blason n'est plus directement possible pour un héraldiste formé à l'alphabet cyrillique (pas plus que des lettres cyrilliques ne seraient lisibles pour un héraut occidental). Cependant, cette pratique marginale est tolérée depuis assez longtemps.

Blasonnement et spécification d'armoiries L'héraldiste ne décrit pas au même niveau de détail, suivant qu'il s'agit de blasonner des armes, ou de spécifier ou décrire une représentation particulière d'armoiries. Dans le premier cas, il s'agit de faire l'inventaire des détails significatifs qui distinguent ces armes de celles détenues par d'autres titulaires. Il est préférable, dans une telle description, d'être le plus général possible, tout en respectant l'esprit héraldique, pour que l'antériorité puisse être invoquée sur toutes les armes « presque » similaires, qui ne s'en distingueraient que par des détails dont le caractère significatif peut être discutable. Pour blasonner des armes, il faut donc écarter tout ce qui peut paraître secondaire, ou qui peut résulter d'un effet de style : attitudes peu nettes d'animaux, dispositions de meubles pouvant passer pour une position par défaut, etc. La contestation contre laquelle il faut se prémunir ici est celle de personnes qui choisiraient « presque » les mêmes armes, avec un risque de confusion. En revanche, pour décrire une représentation particulière, le même langage héraldique peut se faire beaucoup plus précis, et indiquer toutes sortes d'irrégularités apparentes, de solutions finalement suivies, ou d'alternatives retenues. La contestation à éviter est celle du client, dont les armoiries n'ont pas été définies à son goût.

Dans la composition d'un blason, il est normal de suivre les pratiques stylistiques de telle ou telle région, voire de satisfaire les indications particulières du titulaire. En revanche, quand il s'agit de décrire le blason correspondant, l'héraldiste doit exercer une censure ferme, et écarter de sa description tout ce qui s'attache non pas à la nature essentielle des armes, mais à leur représentation particulière. Est-il significatif qu'un lion soit représenté sans poils aux pattes, la queue en dehors plutôt qu'en dedans, levée ou entre les jambes, la tête tournée à droite ou à la gauche, la patte levée ou non ? Dans le doute, il est préférable de mentionner cette originalité quand il s'agit de décrire la représentation, mais il faut refuser de la considérer comme un signe significatif, suffisant pour distinguer des armes de celles du voisin.

Langue du blason Le blasonnement utilise un langage technique, conventionnel et précis qui relève de la discipline héraldique. Initialement faite par les hérauts en langage courant de l'époque, la description héraldique s'est trouvée figée dans sa syntaxe et son vocabulaire.

Propriété intellectuelle en France Le blasonnement lui-même, même d'élaboration contemporaine, n'est pas protégé par le droit d'auteur, au sens de l'article L 112-2 du code de la propriété intellectuelle.

En revanche, le dessin d'un blason (d'après un blasonnement ou non) est assimilable à une œuvre de l’esprit à caractère graphique, au sens où il porte « l'empreinte personnelle de son auteur »Décision de la Cour de cassation, chambre civile, en date du 6 mars 1979. , et son auteur bénéficie du droit de propriété intellectuelle qui protège toute œuvre de l’esprit et qui naît de la production même de l’œuvre, protégée jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur (art. L 111-1 et suivants du CPI).

Principes de la composition ou de lecture d'un blasonnement L'écu Seul porteur des éléments proprement identitaires des armoiries (comme partie du nom patronymique ou d'un territoire), l'écu est le premier décrit dans le blasonnement, lequel se limite parfois à cette seule description, soit par absence d'ornements extérieurs, soit parce que ceux-ci n’apportent rien de significatif.

Les armes peuvent être de différents types, et la manière de blasonner dépend de ce type : les armes simples forment le cas général d'un champ le plus souvent uniforme, éventuellement chargé de figures, c’est-à-dire de pièces ou de meubles (elles sont dites plaines sinon) ; les armes composées accolent deux ou plusieurs armes, séparées par des lignes de partition formant des quartiers (ce terme étant pris dans un sens étendu), chacun d'eux se comportant comme des armes simples.

Armes simples (non composées) Le premier composant de l'écu à décrire est le champ. Celui-ci peut être simple ou composé. 100 px Champ simple : l’écu est entièrement recouvert d’un émail, d’un métal ou d’une fourrure, qui peut recevoir ou non des charges (ou figures), pièces et/ou meubles. On énonce la couleur du champ puis on décrit les charges : De gueules au chevron d'or (Les Essarts). Un champ non chargé est dit plain. (À droite : d'hermine plain qui est de Bretagne.) 100 px 100px Champ partitionné : le champ n'est pas d'une couleur unique, mais de deux couleurs (rarement plus) séparées par un motif géométrique plus ou moins complexe. On indique la partition, puis les deux (ou plus) couleurs correspondantes, en suivant la règle chef avant pointe, puis dextre avant senestre. Si des meubles sont à cheval sur une telle partition, ils sont dits brochant : Coupé d'argent et d'azur au lion d'or, armé et lampassé de gueules, brochant (gauche, famille de Villeroux).

Dans un champ partitionné, le meuble brochant sur la partition est parfois de l'un en l'autre : Parti d'argent et d'azur, à la fleur de lys de l'un en l'autre (droite, famille Hoecklin de Steineck), signifiant que la fleur de lys est d'azur pour la partie reposant sur la moitié argent, et inversement, d'argent pour la moitié azur. 100px 100 px Cas particulier de champ composé : la partition choisie partage le champ en nombreux petits éléments réguliers, utilisant le plus souvent deux couleurs alternées (certains nomment ce type de champ champ alterné pour cette raison). Chaque élément étant trop petit pour constituer un élément autonome, le champ entier est souvent décrit comme un champ simple avec un nom spécifique selon le type de partition : losangé d'or et de gueules (à gauche, anciens comtes d'Angoulême).

Toutefois, s'il est chargé, les charges se blasonnent comme brochant sur ce champ composé : Losangé de sinople et de gueules à l'étoile d'or anglée, à senestre, d'une queue de comète du même courbée en bande, brochant sur le tout (à droite Lachassagne).