LAutobiographie de Flavius Josèphe (en grec ), souvent simplement appelée sa Vita (en latin Vie), est le dernier des textes que Flavius Josèphe a publiés à Rome vers la fin du . Il y fournit la plupart des éléments biographiques que nous connaissons à son sujet, mais 85 % du texte sont consacrés aux six à huit mois pendant lesquels il a été le gouverneur de la Galilée désigné par les révoltés de Jérusalem (de la fin 66 - c. juin/juillet 67), au cours de la Grande révolte juive. Il est admis par la critique que cette Autobiographie est écrite dans le but de répondre aux assertions que Justus de Tibériade venait de faire dans son Histoire de la guerre juive. Selon Josèphe, celui-ci a attendu que le roi Agrippa soit mort pour publier son ouvrage, qui pourtant était prêt depuis vingt ans. La date de la publication de cette Autobiographie dépend donc de la date de la mort d'Agrippa . Un débat existe chez les historiens pour savoir si ce roi est mort sous l'empereur Domitien (mort en 96) ou, selon une note de lecture de l'évêque Photios de Constantinople datant du , la troisième année de Trajan (100).
Le livre de Justus de Tibériade est perdu et aucun auteur païen ne le mentionne. Seul Josèphe semble y répondre mais sans jamais en citer le moindre extrait. LAutobiographie de Flavius Josèphe fait donc l'objet d'études dans le but de savoir quel était le propos de Justus. Comme dans cette Autobiographie, Flavius Josèphe donne une version complètement différente des faits qu'il avait racontés dans sa Guerre des Juifs, il s'agit aussi de tenter de déterminer la vérité historique quant à son propre rôle et plus globalement sur la situation en Galilée en 66-67, Flavius Josèphe étant notre seule source au sujet de ces événements. Enfin, se trouve également interrogée la fiabilité globale des écrits de Josèphe et notamment sa description des « sectes » juives.
Contexte de publication
LAutobiographie de Flavius Josèphe est son dernier écrit, vraisemblablement publié 20 ans, sinon plus, après le livre de la Guerre des Juifs dans lequel il racontait les faits couvrant la même période. Il est probable qu'elle figurait initialement en appendice au et dernier livre des Antiquités judaïques. Au , Eusèbe de Césarée la lisait encore à la fin de l'exemplaire des Antiquités dont il disposaitEusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, livre , 10.. On détecte d'ailleurs deux fins à ce livre . Il y aurait donc eu une première publication des Antiquités en 93/94 sans cette Vita, puis une seconde publication, peu d'années aprèsAndré Pelletier repousse cette date de première publication en 94/95. .. Une partie importante de la critique historique identifie l'Épaphrodite, à qui Flavius Josèphe dédie ses Antiquités judaïques, à l'ancien secrétaire de Néron, qui a ensuite été secrétaire des trois empereurs flaviens, note .Parmi ceux qui défendent que le "patron littéraire" de Josèphe est le secrétaire de différents empereurs exécuté en 95/96 sur ordre de Domitien, il y a Mason (2003), Haaland (2005), Berber (1997) ( , note ), Robert Eisenman ( et passim) ; Théodore Reinach.).. Il est exécuté sur ordre de Domitien fin 95/début 96., pendant ce qu'il est convenu d'appeler la « persécution de Domitien ». Toutefois pour les historiens il ne s'agit pas d'une persécution religieuse, mais plutôt d'une répression à caractère politique. Comme Josèphe rend hommage à cet Épaphrodite dans son Autobiographie, selon cette hypothèse, celle-ci aurait été publiée avant 96 et naturellement après la première édition des Antiquités.
Toutefois les historiens et exégètes sont d'accord pour dire que ce qui incite Flavius Josèphe à rédiger son autobiographie est la publication par Justus de Tibériade de son Histoire de la guerre juive. Josèphe lui reproche d'avoir attendu la mort de Vespasien, de Titus et d' pour publier son Histoire. Pour une partie de la critique qui se fonde sur des inscriptions épigraphiques et la disparition des monnaies de Domitien dans ses territoires, la mort du roi de Batanée et de l'est de la Galilée intervient pendant le règne de cet empereur. En analysant les textes de Flavius Josèphe, ils estiment qu'Agrippa était probablement déjà mort lors de la publication de la première édition des Antiquités judaïques. Si cette thèse est parfaitement compatible avec l'identification de l'ancien secrétaire de Néron appelé Épaphrodite comme parrain littéraire de Josèphe, d'autres critiques se fondent néanmoins sur une indication de Photios de Constantinople pour situer la mort d'Agrippa en 100. La publication de son Autobiographie par Flavius Josèphe aurait dans ce cas eu lieu bien après les exécutions qui ont émaillé la fin du règne de Domitien.
Justus de Tibériade L'historiographe juif
Justus de Tibériade, dont la publication du livre sur lHistoire de la guerre juive provoque l'écriture de cette Autobiographie, est surtout connu comme historiographe. C'était un Juif ayant reçu une solide éducation grecque. Aucun de ses écrits n'est parvenu jusqu'à nous, mais trois d'entre eux sont mentionnés par des auteurs antiquesDans son De viris illustribus (14), Jérôme de Stridon mentionne l'un des écrits de Justus qu'il appelle Commentarioli de scriptura ( ), un commentaire des écrits bibliques, correspondant à ce que la tradition chrétienne appelle l'Ancien Testament. Quelques Pères de l'Église ont lu sa Chronique des rois juifs, dont l'évêque Photios de Constantinople pouvait encore consulter un exemplaire au ( et ). Mais l'écrit qui nous vaut de le connaître, bien qu'il semble avoir presque immédiatement disparu, est son Histoire de la guerre juive par la réaction qu'il provoque chez Flavius Josèphe ( ). Tous les fragments concernant Justus sont compilés dans la Fragmente der griechischen Historiker (III, C2).. Justus est un fils de Pistos. Tous deux occupent une position prééminente à Tibériade lorsque Flavius Josèphe est gouverneur de Galilée en 66/67. Pistos était selon Josèphe le seul de la noblesse de Tibériade à ne pas être résolument pro-romain afin de plaire à son filsFlavius Josèphe, Autobiographie, § 34.. Celui-ci aurait dirigé la tendance qui hésitait entre le soutien aux Romains et l'insurrection, espérant ainsi en tirer avantage pour sa carrièreFlavius Josèphe, Autobiographie, § 36..
L'écrit qui nous vaut de le connaître, bien qu'il semble avoir presque immédiatement disparu, est son Histoire de la guerre juive par la réaction qu'il provoque chez Flavius Josèphe. LAutobiographie de ce dernier tente en effet de contrer différentes assertions qui proposaient une histoire très différente de ce qu'il avait publié dans sa Guerre des Juifs. Il y attaque longuement Justus, alors qu'il ne l'avait même pas mentionné dans sa Guerre écrite vingt ans auparavant.
Justus accusé d'être responsable de la révolte Tout ce que nous connaissons sur Justus provient d'ailleurs des attaques de Josèphe dans cette Autobiographie et notamment d'une longue digression qui lui est entièrement consacrée (336-367), aucun écrit postérieur ne l'évoquant. Il lui reproche de multiplier les erreurs et de . Pour déconsidérer son adversaire, Josèphe indique justement que , que Justus n'a pas pu consulter, il serait indiqué qu'à l'arrivée du futur empereur à Ptolémaïs (printemps 67), . Vespasien l'aurait remis entre les mains d'Agrippa () et Justus n'aurait échappé à la mort que grâce à la clémence du roi et sur la prière de sa sœur Bérénice. Flavius Josèphe l'accuse d'avoir conduit . Toutefois, en dépit des efforts de Josèphe pour rejeter la responsabilité du soulèvement de la Galilée sur Justus, plusieurs faits qu'il évoque dans sa Vita contredisent cette accusation. Ainsi, Justus était opposé à la destruction du palais d'Hérode à Tibériade, alors qu'au contraire Josèphe tentait d'obtenir sa destruction du Conseil de la ville. Josèphe déclare que Justus n'était pas membre de la faction favorable à la guerre, mais chef d'une faction aux positions intermédiaires. Il est d'ailleurs possible que ce troisième parti soit une invention de Josèphe qui ne pouvait pas faire de Justus le dirigeant du parti révolutionnaire car il était beaucoup trop connu que son chef était Jésus fils de Sapphia. Certains des proches parents de Justus ont d'ailleurs été tués par les révolutionnaires à Gamala. De plus, Josèphe déclare l'avoir fait prisonnier avec tous les membres du conseil de Tibériade car, en raison de l'invincibilité des Romains, ce conseil avait secrètement fait allégeance au roi Agrippa et demandé qu'il envoie des forces pour prendre le contrôle de la villeFlavius Josèphe, Autobiographie, § 155-158 et 175-176.. Josèphe les aurait ensuite relâchés en leur recommandant de faire preuve de duplicité car s'il était bien conscient de l'invincibilité des Romains, ils devaient faire semblant de soutenir la guerre contre Rome à cause des « brigands » (lestai) Flavius Josèphe, Autobiographie, § 175-176.. Josèphe s'approprie ici . À plusieurs reprises dans la Guerre des Juifs, il appelle « brigands » les révoltés juifs, comme les Sicaires, les Zélotes ou les membres de la Quatrième philosophie. Pour Shaye J. D. Cohen, ceux qui sont appelés « brigands » dans ce passage, étaient les partisans de Josèphe à l'époque des faits. Enfin, avant même l'offensive de Vespasien en Galilée (printemps 67), Justus n'était plus à Tibériade, mais avait rejoint le roi Agrippa à BeyrouthFlavius Josèphe, Autobiographie, § 357., alors que celui-ci allait joindre son armée aux trois légions de Vespasien pour entamer la reconquête de toute la Palestine en commençant par la Galilée. Après la Grande révolte juive (66-70), Justus a été le secrétaire d'Agrippa, roi de Batanée et de la partie orientale de la GaliléeFlavius Josèpĥe, Autobiographie, § 356..
Justus accusé d'être un faussaire Josèphe compare Justus et tous les historiens qui mentent aux . Puis dans la longue digression dans laquelle Josèphe attaque JustusAutobiographie, V, 356., il suggère que si Agrippa a chassé Justus et lui a défendu de se à partir d'un moment indéterminé, c'est parce qu'il se serait rendu compte qu'il se montrait malhonnête . Pour Shaye J. D. Cohen, , ce qui renvoie à la comparaison qu'il a faite au paragraphe 337 entre ceux qui mentent pour fabriquer une histoire fausse et les . Josèphe termine toutefois ce passage en disant que .
Le livre de Justus
Le livre de Justus au sujet de la grande révolte juive était un récit de la guerreAutobiographie, § 336 et 338. qui incluait la campagne en Galilée, les actions de Josèphe et qui contestait sa version du siège de JotapataAutobiographie, § 357.. Il racontait aussi le siège de Jérusalem en 70Autobiographie, § 358.. Il contestait aussi visiblement la version de Josèphe au sujet de Philippe de Bathyra et de ce qui s'était passé à Gamala et en Batanée. C'est principalement sur ces sujets-là que Josèphe s'attache à répondre longuement, alors qu'il ne consacre qu'une phrase pour répondre aux contestations de Justus au sujet du siège de Jotapata et une autre phrase à propos de la version de Justus des événements ayant eu lieu lors du siège de Jérusalem.
Justus haïssait probablement Flavius Josèphe ; cependant il attendit Autobiographie, § 360. avant de l'attaquer dans son écrit. Josèphe fait de ce long délai la preuve des mensonges de Justus. S'il a attendu la mort de Vespasien, Titus, Agrippa et tous ceux qui connaissaient la vérité, c'est qu'il savait qu'ils n'auraient pas toléré ses mensonges Flavius Josèphe, Vita, § 360, traduction d'André Pelletier. (359-360). On s'est donc demandé si Justus n'attaquait pas Agrippa et les empereurs, attendant leur mort pour publier « sa vérité ». Toutefois, il n'y a pas de signe qu'il ait attaqué un personnage royal, juif ou romain. Si cela avait été le cas, il est invraisemblable que Josèphe, qui consacre une grande place aux attaques contre Justus dans sa Vita, n'en ait pas fait état.