vignette|La déclaration d'Arbroath (1320) est considérée comme l'un des actes fondateurs de l'identité nationale écossaise.
L'Écosse au Moyen Âge tardif, entre la mort d'Alexandre III en 1286 et celle de Jacques IV en 1513, sort victorieuse de ses guerres d'indépendance contre l'Angleterre grâce à des chefs comme William Wallace et Robert Bruce. Sous la maison Stuart, au , le royaume d'Écosse connaît une histoire politique turbulente, mais la couronne parvient néanmoins à renforcer son autorité vis-à-vis des seigneurs indépendants et étend les frontières du royaume jusqu'à leur forme définitive. La mort de Jacques IV à la bataille de Flodden Field en 1513 inaugure une longue période de régence et d'instabilité politique.
L'économie écossaise se développe lentement durant cette période. Malgré la création de nombreux burghs par la couronne, l'aristocratie et l'Église, elle reste dominée par l'agriculture. L'épidémie de peste noire, qui touche l'Écosse en 1349, cause de lourdes pertes humaines, la population du royaume passant d'un peu moins d'un million d'habitants à environ vers 1500. Les Highlands et les Lowlands développent des cultures et des systèmes sociaux distincts, chacun ayant sa langue dominante : le gaélique écossais dans les Highlands, le scots dans les Lowlands. Ce dernier devient la langue des élites et une littérature scots commence à apparaître.
Cette période marque l'émergence d'une identité nationale écossaise forte, ainsi que l'apparition de différences régionales qui jouent un rôle crucial à l'époque de la Réforme.
Histoire politique
Les guerres d'indépendance (1286-1371) Jean Balliol
vignette|redresse|Jean Balliol dans lArmorial de Forman (vers 1562).
La mort du roi Alexandre III en 1286, suivie par celle de sa petite-fille et héritière Marguerite en 1290, donne lieu à une crise de succession durant laquelle quatorze prétendants au trône se font connaître. Afin d'éviter la guerre civile, les barons écossais requièrent l'arbitrage du roi anglais Édouard . Celui-ci en profite pour faire reconnaître l'Écosse comme fief du royaume d'Angleterre avant l'élection de Jean Balliol, celui des candidats dont les droits sont les plus forts, qui est sacré le . Son principal adversaire, Robert de Bruce, le reconnaît à contrecœur.
Dans les années qui suivent, Édouard se sert des concessions obtenues en 1290 pour saper l'autorité de Jean et l'indépendance de l'Écosse. Poussé par ses conseillers, Jean conclut une alliance avec la France contre l'Angleterre en 1295 : c'est le début de l'Auld Alliance. Édouard réagit en envahissant l'Écosse en 1296 et en forçant Jean à abdiquer. L'année suivante, William Wallace et Andrew de Moray lèvent des troupes pour combattre l'occupant anglais et lui infligent une défaite à la bataille du pont de Stirling (1297). Moray meurt de ses blessures peu après et Wallace gouverne brièvement l'Écosse au nom de Jean Balliol en tant que Gardien du royaume. Édouard vient en personne mener ses troupes et remporte la bataille de Falkirk (1298) contre Wallace, qui parvient à s'échapper. Il est fait prisonnier et exécuté pour haute trahison en 1305.
Robert
vignette|redresse|gauche|La statue de Robert Bruce sur le champ de bataille de Bannockburn.
Deux rivaux remplacent Wallace en tant que Gardiens du royaume : John Comyn et Robert Bruce, le petit-fils du prétendant de 1290. Comyn est assassiné le avec la participation de Bruce, qui est sacré roi le à Scone. Sa petite armée est battue à la bataille de Methven par Édouard , qui envahit à nouveau l'Écosse. Bien que le pape Clément V excommunie Robert et ses partisans, il ne cesse de gagner des soutiens, parmi lesquels les grands barons James Douglas et Thomas Randolph. En 1314, seuls les châteaux de Bothwell et Stirling sont encore contrôlés par les Anglais. Cette année-là, Édouard II, le fils d'Édouard (mort en 1307), mène une nouvelle armée anglaise en Écosse pour lever le siège de Stirling. Il est vaincu par les troupes de Robert à la bataille de Bannockburn le . Cette victoire assure l'indépendance de facto du royaume d'Écosse.
En 1320, la noblesse écossaise adresse la déclaration d'Arbroath au pape Jean XXII. Celui-ci, convaincu, annule l'excommunication prononcée par son prédécesseur, ainsi que les différents actes de soumission de rois écossais à des rois anglais, de sorte que l'Écosse puisse apparaître comme un royaume indépendant aux yeux des autres cours européennes. La déclaration d'Arbroath est considérée comme une étape majeure dans l'apparition d'une conscience nationale écossaise. Robert et son frère Édouard mènent des raids en Irlande et dans le Nord de l'Angleterre. Si la tentative d'Édouard de se faire reconnaître haut-roi d'Irlande se solde par un échec, la victoire écossaise de Stanhope Park, en , quelques mois après la déposition d'Édouard II au profit de son fils mineur Édouard III, convainc les Anglais de la nécessité de négocier. Par le traité d'Édimbourg-Northampton, signé en , ils reconnaissent l'Écosse comme un royaume indépendant et Robert comme son roi.
David II
vignette|redresse|David II reconnaissant la suzeraineté d'Édouard III (enluminure des Chroniques de Jean Froissart).
À la mort de Robert , en 1329, son fils de cinq ans David II lui succède. Sa minorité est marquée par plusieurs invasions anglaises ayant pour prétexte l'installation sur le trône d'Édouard Balliol, le fils de Jean. Malgré leurs victoires à Dupplin Moor (1332) et Halidon Hill (1333), les Anglais ne parviennent pas à assurer de manière définitive la couronne à Balliol, et Édouard III se désintéresse du sort de son protégé lorsque la guerre de Cent Ans éclate. Rentré d'exil en 1341, David II envahit l'Angleterre en 1346 pour venir en aide à son allié Philippe VI de Valois. Son armée est écrasée à la bataille de Neville's Cross et il est fait prisonnier. Durant ses 11 années de captivité, son cousin Robert Stewart assure la régence.
Édouard Balliol abandonne ses droits sur le trône écossais en 1356 et David II est libéré l'année suivante contre une rançon de , sans avoir dû prêter serment d'allégeance à Édouard III. Comme il n'est pas en mesure de payer cette rançon, il commence à négocier avec l'Angleterre l'élection d'un roi anglais sur le trône écossais, puisqu'il n'a pas d'enfants pour lui succéder. Sa première femme, Jeanne de la Tour, meurt en 1362 et il se remarie avec Marguerite Drummond en 1364, une union qui sème le trouble entre le roi et une partie de ses vassaux, dont son cousin Robert Stewart. La mort inattendue de David en 1371 met un terme au règne de la dynastie Bruce.
Les Stewart (1371-1513)
Robert II, Robert III et Jacques
vignette|redresse|gauche|Jacques .
Robert Stewart, petit-fils par sa mère de Robert , monte sur le trône à la mort de David II. Son fils Jean, le comte de Carrick, est impatient de lui succéder (il a 53 ans) et parvient à se faire nommer lieutenant du royaume en 1384. La mort de son allié James Douglas à la bataille d'Otterburn en 1388 affaiblit sa position au profit de son frère Robert, comte de Fife, qui lui succède comme lieutenant. À la mort de Robert II en 1390, Jean accède au pouvoir et prend le nom de Robert III, mais son frère, désormais titré duc d'Albany, reste en position de force. Après la mort suspecte de son fils aîné David en 1402, le roi décide d'envoyer son deuxième fils Jacques en sécurité en France, mais son navire est intercepté par les Anglais et le prince reste leur prisonnier pendant 18 ans. Aussi, lorsque Robert III meurt, en 1406, l'Écosse est-elle gouvernée par une série de régents jusqu'à la libération de Jacques. Cette période voit le pays sombrer dans l'instabilité.
Libéré en 1424, Jacques arrive en Écosse décidé à asseoir son autorité. Il annule plusieurs privilèges accordés par ses régents, affaiblissant notamment la position de la branche du duc d'Albany Murdoch, le fils de Robert. Murdoch et ses deux fils sont jugés et exécutés pour haute trahison en 1425 à l'instigation du roi. D'autres arrestations et confiscations suivent. Finalement, après avoir subi une défaite humiliante au siège de Roxburgh, Jacques est assassiné le par Robert Graham, un conseiller membre d'une conspiration de mécontents.
Jacques II
vignette|redresse|Jacques II.
Jacques II devient ainsi roi à l'âge de sept ans. Après l'exécution de plusieurs conspirateurs (réels ou soupçonnés), le pouvoir est concentré entre les mains du lieutenant-général du royaume Archibald Douglas. À sa mort, en 1439, le pouvoir est partagé entre les Douglas, le Lord chancelier William Crichton et Alexander Livingston de Callendar. Une conspiration visant à chasser les Douglas du pouvoir débouche sur le « Dîner Noir » d'Édimbourg : le , William Douglas et son frère David sont assassinés au terme d'un simulacre de procès organisé par Crichton et Livingston. Le principal bénéficiaire de ces meurtres est James Douglas, l'oncle des deux victimes, qui récupère le titre de comte de Douglas et devient le plus puissant baron d'Écosse.
Bien que Jacques II soit déclaré majeur en 1449, les Douglas renforcent leur emprise sur le pouvoir. C'est le début d'une lutte âpre qui débouche sur le meurtre de William Douglas (le fils de James, mort en 1443) le au château de Stirling. Le roi s'efforce par la suite de confisquer les terres des Douglas, mais il subit plusieurs revers humiliants. Il finit par gagner à sa cause les alliés des Douglas en leur promettant domaines, titres et charges et les forces royales remportent une victoire décisive à la bataille d'Arkinholm, le . Par la suite, Jacques II fait preuve d'une grande activité, parcourant son pays en tous sens pour rendre la justice. Certaines pratiques impopulaires du règne de son fils, comme le commerce des indulgences, pourraient remonter à son époque. Dans le domaine militaire, ses projets ambitieux de conquête des Orcades, des Shetland et de l'île de Man ne débouchent sur rien. En revanche, le siège de Roxburgh, en , est une réussite, mais le roi y est tué par un canon défectueux.
Jacques III
vignette|redresse|gauche|Jacques III.
Son fils devient roi sous le nom de Jacques III. La reine-mère, Marie d'Egmont, assure la régence jusqu'à sa propre mort, en 1463. La famille Boyd prend ensuite l'ascendant : Robert Boyd fait titrer son fils Thomas comte d'Arran et obtient pour lui la main de Marie Stuart, la sœur du roi. Ce dernier profite d'un voyage à l'étranger de Robert et Thomas Boyd pour prendre les rênes du pouvoir en ordonnant l'exécution de plusieurs membres de la famille Boyd. Partisan d'un rapprochement avec l'Angleterre, il organise les fiançailles de son fils Jacques avec Cécile d'York, la fille d'Édouard IV. Ce changement de politique est très impopulaire en Écosse.