Lincendie de la discothèque Kiss survient le vers du matin à Santa Maria, dans l'État de Rio Grande do Sul au Brésil.
Il a été causé par une série d'actes humains qui font toujours l'objet d'une enquête par les autorités compétentes.
Le bilan humain est de 242 morts et 630 blessés. Il s'agit de l'un des accidents les plus meurtriers de l'histoire du Brésil après celui du cirque de Niterói.
Contexte
Discothèque Kiss La discothèque Kiss ouvre ses portes le et connaît un succès immédiat et fulgurant. La plupart des soirées se déroulent avec un public d'environ , bien que la capacité d'accueil maximale légale de l'établissement soit fixée à 691 personnes.
Elissandro Callegaro Spohr, dit , est l'actionnaire majoritaire et gérant de facto de la discothèque. Pilote de moto-cross, chanteur, mannequin et acteur, il fait partie des individus les plus connus et reconnus de Santa Maria. Il n'est toutefois pas le propriétaire officiel de la boîte de nuit, qui portait le nom commercial de Santo Entretenimentos, car celle-ci était enregistrée au nom de sa sœur, Ângela Aurélia, et de sa mère, Marlene Terezinha. Le second actionnaire est Mauro Londero Hoffmann, un homme d'affaires propriétaire de bars, de restaurants et de boîtes de nuit dans les environs. En 2012, Mauro rachète la moitié du Kiss pour sauver l'établissement de la faillite. Cette situation économique précaire était alors causée par l'abondance de jeunes clients de la discothèque, dépourvus de moyens financiers conséquents.
D'après la presse, Kiko, chanteur de profession, comptait utiliser la boîte de nuit comme tremplin vers la célébrité. À cette fin, il cherchait à constituer une clientèle composée principalement de jeunes, les incitant à organiser des soirées pour financer leurs études. Pour les aider, Kiko engage un groupe de musique et fait la promotion des événements, offrant une commission aux étudiants s'ils parviennent à vendre un grand nombre de billets. Le club organise trois à quatre soirées par semaine, avec un billet d'entrée compris entre 15 et 25 réaux par personne. C'est pourquoi il était bondé d'étudiants de l'UFSM le jour de l'accident.
En 2012, la discothèque Kiss est visée par une enquête judiciaire après avoir tenté d'empêcher une personne de quitter l'établissement sans avoir réglé sa note. Un employé déclare alors que la politique de l'entreprise est de ne pas laisser partir les clients sans qu'ils aient payé leur addition. Le tribunal considère cette pratique comme une séquestration et condamne la boîte de nuit à verser dix mille réaux de dommages et intérêts à la jeune femme qui s'était retrouvée bloquée à l'intérieur.
Manquements aux règles de sécurité en vigueur Pendant les trois ans et demi précédant l'incendie, une longue série d'infractions à la loi et d'inactions des autorités publiques sont commises. Le , les pompiers de la ville improvisent un document reprenant les codes d'un plan de protection et de lutte contre l'incendie, sans en avoir la valeur légale. Malgré l'illégalité de ce document, les pompiers donnent leur accord pour l'ouverture de la discothèque en , pour une durée d'un an avant renouvellement. L’ingénieure chargée de la conception du plan de protection et de lutte contre l'incendie s'est basée uniquement sur un plan de l'établissement daté de 2009, sans se rendre sur place pour constater ni pour superviser la bonne installation des équipements obligatoires.
La discothèque est inaugurée le , avec uniquement l'accord des pompiers et sans permis d'exploitation délivré par la ville. En conséquence, la discothèque reçoit un avis de fermeture administrative le , faute de permis d'exploitation. Au lieu d'être fermée, la discothèque garde ses portes ouvertes et écope d'amendes les , , et . Le permis d'exploitation est finalement délivré par la ville le , après huit mois d'exploitation. Entre et , la discothèque Kiss ne renouvelle pas l'accord des pompiers, puis l'obtient à nouveau le . Au moment de l'incendie, cet accord avait expiré. Le , l'équipe municipale chargée du contrôle de la sécurité des établissements accueillant du public effectue une inspection dans la discothèque et note que l'accord des pompiers est sur le point d'expirer. Aucune mesure contraignante n'est prise.
Le , Miguel Caetano Passini, secrétaire à la Sécurité et à la Mobilité urbaine de Santa Maria, déclare que les inspecteurs de la ville ne sont pas formés à la reconnaissance de situations à risque contrairement aux pompiers et que leur rôle est purement administratif. De son côté, le président du syndicat des travailleurs municipaux (dont les pompiers), Regis Corrêa, affirme que cette négligence est entièrement imputable à la mairie, dont le système d'inspection était . L'adjectif se réfère en premier lieu aux nombreux responsables politiques de la ville occupant des postes à responsabilités après avoir soutenu le maire élu pendant sa campagne puis obtenu leurs postes en guise de remerciement mais sans en avoir les compétences techniques ou administratives. Ceux-ci, du fait de leur rôle central dans les actions de terrain, le travail des agents municipaux, qui étaient eux compétents et qualifiés.
Incendie vignette|Le plan de la discothèque montrant le point de départ de l'incendie.
Déroulement La soirée débute à (UTC-02:00) le samedi . Elle est organisée par des étudiants de six filières de l’université fédérale de Santa Maria et animée par deux groupes de musique. D'après l'enquête, entre 500 et sont alors présentes dans la discothèque. Le groupe Gurizada Fandangueria est le second à monter sur scène. Il interprète des musiques sertanejo et traditionnelles. Sur sa page Facebook, il affirme . Son utilisation de petits feux d'artifice est courante. Il est un habitué de l'établissement, s'y produisant presque tous les mois.
Le , vers , pendant le concert, le chanteur utilise un cierge magique. Les étincelles produites par le cierge atteignent le plafond de la discothèque, enflammant la mousse d'isolation acoustique le recouvrant. L'installation de cette mousse isolante avait été ordonnée par la justice dans le cadre d'une plainte du voisinage pour tapage nocturne. Or, cette mousse n'est pas ignifugée et relâche des vapeurs toxiques mortelles lorsqu'elle se consume. Les membres du groupe et un agent de sécurité ont tenté, en vain, d'éteindre les flammes avec de l'eau et des extincteurs. En trois minutes environ, une épaisse fumée se répand dans toute la boîte de nuit.
Dans les premières minutes de l'incendie, les agents de sécurité présents dans la salle ne communiquent pas avec ceux postés à l'issue de secours. Par conséquent, ces derniers bloquent dans un premier temps l'accès à l'unique porte de sortie, croyant à une bagarre. De plus, la discothèque fonctionnait avec un système de paiement des consommations à la sortie, ce qui conduit aussi les agents de sécurité à penser que des personnes tentent de partir sans payer. De nombreuses victimes ont cherché à sortir de l'établissement par les toilettes, confondant leurs portes avec celles de l'issue de secours. De ce fait, 90 % des corps ont été retrouvés dans les toilettes. vignette|Le ministre de la Santé, Alexandre Padilha, annonçant une aide aux personnes blessées dans l'incendie.
Opérations de secours vignette|Les cercueils entreposés au gymnase municipal. Avant l'arrivée des pompiers, plusieurs personnes dont huit militaires aident les victimes inconscientes à sortir de la discothèque. D'après un bilan présenté par la secrétaire d'État à la Santé Sandra Fagundes, le SAMU a assuré les premiers soins et orienté les victimes vers treize hôpitaux de cinq villes disposant d'unités de soins intensifs. Les services d'hémothérapie, de transplantation et de distribution de médicaments sont mobilisés.
Les premières victimes sont transférées à l'hôpital universitaire Santa Maria. Au total, 891 patients sont recensés dans les différents établissements de santé, où un soutien psychologique est également apporté à leurs familles et à leurs proches. 41 patients sont traités au service de pneumologie, 67 au service des grands brûlés, 66 en orthophonie et 43 en kinésithérapie. Tous les médecins, même de garde, sont mobilisés. L'hôpital Cristo Redentor de Porto Alegre est désigné comme le lieu d'accueil et de traitement des grands brûlés. La mise en place d'un réseaux d'hôpitaux dotés chacun de compétences particulières a permis de fluidifier le traitement des patients. Ce processus est établi depuis de nombreuses années au Brésil.
En raison du grand nombre de décès constatés sur les lieux de l'incendie, les pompiers font appel à des camions frigorifiques pour transporter les corps jusqu'au gymnase municipal Miguel Sevi Viero, où de nombreux professionnels de divers domaines ont prêté main-forte aux autorités et aux familles des victimes. Les familles et proches des victimes sont invitées à identifier leur corps. Une liste des victimes est par la suite publiée. Parmi eux se trouvent Marcos Rigoli, batteur et Robson Van Der Ham, bassiste, tous deux membres du groupe Pimenta e seus Comparsas ayant animé la première partie de la soirée, ainsi que l'accordéoniste Danilo Jaques du second groupe.
Suites judiciaires Immédiatement après le départ des pompiers et l'évacuation des derniers corps de la discothèque, la police brésilienne ouvre une enquête pour déterminer les causes de l'incendie et les responsabilités de chacun. En parallèle, une commission d'enquête parlementaire est constituée et plusieurs procédures judiciaires sont ouvertes.
Enquête
Début de l'enquête et premières révélations Les autorités déclarent dans un premier temps que la plupart des victimes ne sont pas mortes calcinées, mais d'une intoxication au monoxyde de carbone contenu dans la fumée provoquée par l'incendie. Une reconstitution de l'événement prend place dans l'après-midi du , trois jours après le drame. D'après les témoins du départ de l'incendie, le feu a pris après que les étincelles d'un cierge magique ont touché le plafond. En quelques minutes, l'épaisse fumée noire causée par cet incendie rend la visibilité nulle et empêche les clients de rejoindre la sortie rapidement. De très nombreux clients ont confondu la lumière verte émanant des toilettes avec celle de l'issue de secours, et se sont précipités vers cette pièce avant de se retrouver coincées par le flot écrasant d'individus paniqués.
Dans l'après-midi suivant l'incendie, le parquet de l'État du Rio Grande do Sul envisage la mise en examen des associés de la boîte de nuit et des membres du groupe musical Gurizada Fandangueira, entre autres. Dans la soirée, le cabinet d'avocats Kümmel & Kümmel, représentant la discothèque, publie un communiqué de presse pour démentir les accusations circulant sur les réseaux sociaux, affirmant que l'établissement respecte la législation en vigueur et que ses dirigeants se tiennent à la disposition des autorités pour collaborer à l'enquête.
Le lendemain de l'incendie, l'un des associés de la discothèque et deux membres du groupe Gurizada Fandangueira sont arrêtés. Plus tôt, le juge avait autorisé leur placement en détention provisoire. Le second actionnaire se rend à la police dans l'après-midi. Dès leur arrestation, les avoirs des deux associés sont gelés. L'ordinateur contenant les enregistrements des caméras de sécurité de la boîte de nuit s'est volatilisé avant l'arrivée des enquêteurs, ce qui conduit la police à requalifier l'affaire d'homicide involontaire en homicide involontaire avec intention de nuire.