Joseph Rosny, est un écrivain français polygraphe né le à Paris et mort le à Valenciennes. Il est l'auteur de nombreux romans, de quelques pièces de théâtre et de plusieurs ouvrages érudits. Son œuvre, mêlant souvent des éléments autobiographiques à la fiction, est riche d'enseignements sur le monde des lettres pendant la Révolution française.
Biographie Famille Antoine-Joseph-Nicolas Rosny est né à Paris le .
Sa mère était Marie-Françoise Le Roy, fille aînée de François Le Roy de La Faudignère, dentiste et inventeur d'un élixir odontalgique. Dans son testament, celui-ci indique qu'il reconnaît l'enfant comme son petit-fils, alors même qu'il est né avant le mariage de sa fille avec «le Sr Prunot de Rosni». Le père de Joseph Rosny était l'un des directeurs employés dans les services centraux des fermes du Roi. D'après une note de Léon de Rosny, il s'appelait Antoine-Nicolas Prunaut (ou Prunol) de Rosny et serait mort en 1794. D'après l'acte du second mariage de Joseph Rosny, il s'appelait Antoine Jacob Roland DerosnyActe de mariage de Antoine Joseph Nicolas Derosny, Valenciennes, 10 mai 1809. Relevé mis en ligne sur geneanet.org : https://www.geneanet.org/archives/releves/depgn61862/642. Si l'on en croit les Mémoires de Madame de Rosny, Joseph Rosny aurait été déshérité par son père «en raison de ses opinions politiques en faveur de Voltaire, Jean-Jacques Rousseau et autres EncyclopédistesCité par ». Les Mémoires d'un jeune homme, publiés par Joseph Rosny en 1796 puis transformés en roman sous le titre Joseph et Caroline l'année suivante racontent en effet l'histoire d'un jeune homme en rupture avec sa famille, jusqu'à la mort du père, des suites d'une maladie, en 1794. Dans sa brochure Au gouvernement français, publiée en l'an X (1802), Joseph Rosny fait de cette rupture un argument pour prouver qu'il a abandonné volontairement les privilèges de l'Ancien régime en renonçant «à un emploi de 40 000 liv[res] dont [son père] était revêtu depuis près de soixante ans, et dont la survivance [lui] était promise
Une copie manuscrite et richement reliée du roman Les Infortunes d'un détenu est dédicacée par Joseph Rosny «à sa cousine DuvalVoir le catalogue de la librairie Amélie Sourget : https://www.ameliesourget.net/histoire/rosny-antoine-joseph-nicolas-de-les-infortunes-dun-detenu-1798/» : cela indique que, vers 1798, lorsque cet ouvrage est publié sous le titre Les Infortunes de La Galetierre pendant le régime décemviral, Joseph Rosny voulait renforcer ou renouer ses liens avec la famille de sa mère. Marie Duval était la fille de Françoise Le Roy, sa tante, et du chirurgien-dentiste Jacques René Duval.
Joseph Rosny se marie une première fois avec Anne Geneviève Caroline Perrier. Le couple a plusieurs enfants. En 1809, il se marie en secondes noces à Valenciennes avec Isbergue Thérèse Hécart, fille de Gabriel Hécart, secrétaire de la mairie et érudit local. De cette seconde union naît Lucien de Rosny en 1810, futur père de Léon de Rosny.
Carrière militaire Joseph Rosny a publié ses états de service militaire, assortis de pièces justificatives, dans la brochure Au gouvernement français. De 1784 à 1787, il est élève à l'école militaire de Rebais, créée par l'ordonnance de 1776. En 1788 et 1789 il est simple soldat puis sergent-fourrier, chargé de l'intendance, au régiment de Vexin, qui tient alors garnison dans les forts de Marseille. Dans Joseph et Caroline (1797), il raconte ses difficultés à subir la condition de soldat. Il obtient son congé en 1789 et renoue avec la carrière des armes en 1791 en s'engageant comme volontaire au premier bataillon du département du Cher. Sous-lieutenant l'année suivante, il est quartier-maître trésorier de la Légion des Ardennes en 1793, puis adjoint du général de brigade Jacob en l'an II, et adjoint des adjudants généraux de l'armée de l'Ouest en l'an III. Réformé pour raison de santé, il commence alors une carrière administrative interrompue quelques mois en l'an VII, quand il reprend son activité de quartier-maître trésorier du 1er bataillon de l'Aveyron.
Carrière administrative Il occupe divers postes dans les administrations militaires et civiles entre 1795 et 1802. En 1795 il obtient le poste de sous-chef de la commission des armées de terre. Par la suite, il devient commis d'ordre général auprès du ministre de la Police, le général Cochon. Sous-chef du Bureau de l'esprit public au ministère quelques mois plus tard (en 1797), il ne fait plus partie du personnel de l'administration des bureaux du ministère de l'Intérieur l'année suivante, en 1798. Protégé par François de Neufchâteau mais aussi par ses appels répétés aux autorités, il devient premier rédacteur à l'Instruction publique. Il quitte l'administration civile pour l'administration militaire pendant quelques mois. En 1799, Lucien Bonaparte l'appelle aux fonctions de commis divisionnaire au ministère de l'Intérieur mais Joseph Rosny n'y reste que peu de temps. En effet, son protecteur est écarté du pouvoir en et il se retrouve à nouveau sans emploi. Cependant, un an plus tard en 1801, il est recommandé par Lebrun au ministre de l'Intérieur Chaptal. Ainsi, il devient directeur de l'octroi municipal à Autun mais doit aussi quitter Paris pour la Bourgogne. La suite de sa carrière administrative est moins connue. L'acte de son second mariage indique qu'il est « contrôleur de la navigation » à Valenciennes en 1809.
Carrière littéraire Il publie en 1789 sa première œuvre, Ulamor et Feltidie, un roman « féerique » et « allégorique ». Son dernier ouvrage, Placet allégorique présenté à S.M. l'Empereur et Roi, par un officier réformé, paraît en 1814. Entre ces deux dates, il a publié une soixantaine d'ouvrages, mais il a parfois rencontré des difficultés pour le faire, si l'on en croit ce qu'il a écrit dans plusieurs de ses textes. Dans Firmin ou le Jouet de la Fortune, il semble vouloir sensibiliser son public aux difficultés que l'écrivain peut rencontrer pour se faire éditer en plaçant le protagoniste de son histoire dans la situation de l'écrivain malheureux. Il y souligne notamment l'opposition entre l'écrivain reconnu et celui qui doit écrire pour vivre. Entre 1796 et 1800, sa carrière littéraire est liée à sa carrière administrative : ses ouvragent participent au mouvement de « républicanisation des esprits » encouragé par les autorités du Directoire. À partir de 1800, il écrit des ouvrages savants ou relevant des Belles-Lettres, construisant une identité d'auteur qui relève davantage de la culture nobiliaire.
Œuvre Joseph Rosny est un polygraphe, auteur d'une œuvre abondante et variée. Il a écrit des romans, des pièces de théâtre, des ouvrages savants, mais aussi des mémoires, des biographies ou encore des dictionnaires. Sa vie personnelle influence beaucoup ses œuvres, tout particulièrement dans le roman Joseph et Caroline de 1797, réédition de Mes vingt-cinq ans ou Mémoires d’un jeune homme fidèlement rédigés et recueillis par lui-même parus l'année précédente. Les éditions successives de ce texte multiplient les indications autobiographiques : l'âge de l'auteur en 1796, son nom comme éditeur de cette première édition, son prénom et celui de sa première épouse dans le titre suivant, son nom à peine masqué dans les trois éditions («R**y»).
Un témoin de son temps Parmi les lieux communs omniprésents dans l'œuvre de Rosny, la recherche d'authenticité occupe une place importante. On en trouve notamment la manifestation dans le roman Joseph et Caroline. Le titre complet Joseph et Caroline, ou Le berger de la Sologne. Mémoires d'un jeune homme, fidèlement rédigés par lui-même. Histoire véritable, par Joseph R**y, officier de la Légion des Ardennes, oriente la lecture vers une considération quasi historique de l'œuvre, par la mention du nom «Mémoires», l'adverbe «fidèlement» et l'adjectif «véritable». Ces trois termes insistent sur la volonté de Rosny de conférer un caractère véridique au récit, et sur sa capacité à retranscrire des situations réelles qui pourraient captiver le lecteur de son époque. Rosny lui-même affirme que « L’histoire a toujours au-dessus du roman le mérite de la réalité ». Pour atteindre la Vérité, Rosny se fait le témoin de réalités diverses, dont l’intérêt réside dans leur variété : le quotidien du militaire et ses sacrifices, les relations familiales souvent houleuses, le choc entre les classes sociales, le questionnement amoureux et les choix qu’il induit, la notion d’amitié et surtout celle du bonheur. Ce souci d’authenticité dépasse, dès lors, les exigences d’une prose « parfaite » ou simplement très travaillée, puisque l’auteur lui-même, dans l’Avertissement, en amont du récit, demande aux lecteurs de bien vouloir excuser les « négligences impardonnables » de son récit. En effet, les nouvelles éditions auraient pu permettre de combler ces négligences ; pourtant il a « cru devoir laisser {son œuvre} imparfaite, plutôt que de la dénaturer, en cherchant à altérer la vérité. »
L'écriture de la Révolution Dans Les Infortunes de Monsieur de La Galetierre (1797), Joseph Rosny écrit des mémoires fictifs dans lesquels il dresse un tableau des mœurs du temps. L'illusion romanesque lui permet d'ailleurs de montrer son point de vue sur le monde : dans ce roman, l'auteur attaque le personnel politique de l’an II (1793-1794), et donne à voir le gouvernement révolutionnaire comme violent et barbare. Il exploite ainsi les craintes liées à la Terreur, décrivant le climat de suspicion généralisé dont Robespierre et ses complices seraient responsables. Il attaque violemment les agents à la solde de la Terreur et présente la politique du gouvernement révolutionnaire comme sanglante et impitoyable. Les conditions d’emprisonnement et la mort certaine des prisonniers sont notamment décrites lors de la détention de La Galetierre à Paris. Les intentions de l'éditeur par rapport à son public sont définies d'entrée dans l'Avertissement : « mettre en garde contre un nouveau système de sang et d'anarchie ». C’est ainsi que l’auteur souhaite que les générations futures soient révulsées par ce livre et qu’elles le considèrent comme un « monument de honte et de barbarie ».
Les Infortunes de La Galetierre pendant le régime décemviral est imité, repris, et à l’origine de lieux communs sur la « Terreur ». Rosny adapte ce roman pour le théâtre en 1798 en publiant Le régime décemviral, fait historique, drame en trois actes et en prose. À de nombreuses reprises au cours de la pièce, les personnages formulent de violentes critiques à l’adresse du pouvoir, notamment au cours de la scène 2 de l’acte I, où le personnage de Rainville, craignant pour la sécurité de Monsieur de la Galetierre, lui dit . Cette pièce peu représentée est rapidement tombée dans l’oubli, ce que Rosny lui-même reconnaît dans la préface du drame. Il rédige lui-même une note qu'il fait passer pour celle des éditeurs, dans laquelle il prétend que les autorités du département d’Indre-et-Loire ont préféré couper court aux représentations de la pièce car celle-ci aurait suscité trop de réactions violentes de la part de royalistes et d’anarchistes. Ce faisant, Rosny se positionne non seulement comme détracteur du régime républicain, mais aussi comme dramaturge subissant la censure.