Walter E. Lautenbacher, né Walter Ernst Hans Werner Lautenbacher le à Munich et mort le à Leonberg est un photographe de mode figurant parmi les plus influents du en Allemagne. Le , il a fondé avec deux amis et six de ses collègues photographes l'Union des photographes artistiques professionnels (originellement le Bund Freischaffender Foto-Designer, aujourd'hui le Berufsverband Freie Fotografen und Filmgestalter e. V. - BFF). Lautenbacher est considéré comme le véritable fondateur du corps de métier officiel de Foto-Designer (en français : designer photo) en Allemagne et, cela à travers l'Europe.

Enfance et formation Walter Lautenbacher naît en 1920 à Munich, en Allemagne. Il est le deuxième enfant de sa mère Marie-Berta Stanze, née Lautenbacher (1882 - 1992), d’une liaison amoureuse avec Georg Heinrich Emmerich (1870 - 1923). Cette relation hors mariage, à l’époque mal vue par la société, a duré du jusqu'au décès de ce dernier, le , causé par une infection bactérienne mal soignée. Sa mère Marie-Berta s'est ensuite remariée le , portant le nom de famille de son mari, Wilhelm Wiese. gauche|vignette|Portrait de Georg Heinrich Emmerich vers 1917, le père de Walter Lautenbacher. À partir du , Lautenbacher fait sa première formation en tant que marchand de textile chez un détaillant à Munich (Herrenschneider L. H. Van Hees, Brienner Strasse 1). Il s'agissait à l'époque d'un grand magasin de prêt-à-porter pour hommes destinée à la haute société. Walter Lautenbacher quitte le domicile familial le , à l'âge de 15 ans.

À la fin de sa formation d'apprenti dans le domaine du textile, il accomplit son service militaire à Berlin, en 1938, et rejoint l'armée. Peu après le début de la Seconde Guerre mondiale, Lautenbacher est blessé au front. En dépit de la consolation que lui apporte le décernement de la Croix de fer (Eisernes Kreuz), Lautenbacher doit vivre avec les suites de la blessure qu'il a subie. En effet, après la guerre, sa hanche droite est restée rigide, de telle sorte qu'il va boiter jusqu'à la fin de sa vie. Jusqu’à la fin de la guerre, il a été transféré au comptoir de vêtements de l'armée (Kleiderkasse) installé dans les territoires conquis en Europe de l’Est, précisément à Schlackenwert (aujourd’hui Ostrov en République tchèque). Grâce à sa formation de marchand de textile, il s'est occupé de cet organisme militaire qui, durant la guerre, fournissait les vêtements et uniformes pour toute l'armée allemande.

Après la guerre, Walter Lautenbacher est fait prisonnier par les Américains, du au Tiré du carnet de voyage de Walter E. Lautenbacher sur la page qui explique sa situation en Allemagne en 1945 après la guerre. Ce carnet de voyage est archivé par son fils Marc Lautenbacher, qui vit à Quebec au Canada.. À partir du , il est engagé en tant que travailleur agricole par le propriétaire d’un grand domaine près du village de Dorfen, non loin de Munich, où il retrouve sa femme Lore-Marie et son premier fils Klaus. C'est dans ce village que naît ensuite son deuxième fils, Heinz.

Après la réouverture de l'école fondée par son père, il s’installe à partir de 1947 à Munich pour commencer ses études à l'École nationale de la photographie en Bavière (Bayerische Staatslehranstalt für Lichtbildwesen, laquelle deviendra la Staatliche Fachakademie für Fotodesign München) qu'il a poursuivies jusqu'en 1949. Cette école fut fondée en 1900 par son père biologique, , et nommée à l'époque « L'Institution d'enseignement et de la recherche sur la photographie en Bavière » à Munich. Elle s'appelait jusqu'à 2002 l'Académie d'État de la photographie de Munich.

Par ailleurs, Emmerich est devenu le premier professeur titulaire du département de photographie et il a occupé ce poste de 1900 à 1917. À l'époque, partout en Europe, la photographie était davantage considérée comme « l'art de créer une image avec la lumière ». Finalement en 2005, l’École nationale de la photographie en Bavière fut annexée au département des sciences appliquées de l'Université de Munich.

Activités professionnelles

Après avoir terminé ses études de photographe en 1949, Lautenbacher a trouvé son premier engagement dans un studio de photo près de Stuttgart (Foto Barth, Fellbach), où il a exercé les fonctions de directeur de photographie publicitaire de 1950 à 1954.

En 1954, à l'âge de 34 ans, Lautenbacher s'installe à son compte et ouvre son propre studio de photographie de mode dans la capitale du Land, Stuttgart, connue pour les automobiles Mercedes et Porsche. Dans les années qui suivirent, il devient l’un des principaux photographes de mode de son époque. gauche|vignette|Walter E. Lautenbacher 1954 en tant que jeune photographe peu avant l'ouverture de son propre studio de photographie de mode à Stuttgart. À partir de 1959, il travaille pour les magazines de mode à Hambourg, notamment pour les plus prestigieux du temps, Constanze et Petra. À la demande de ceux-ci, Lautenbacher photographie la nouvelle mode parisienne, ainsi que plusieurs autres collections de mode. Plus de 250 reportages photographiques de mode ont été réalisés pour ces magazines allemands.

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Depuis 1954, plus de 25 assistants de photo ont exercé chez Lautenbacher, . Un des derniers de ces assistants était son fils Marc qu'il avait engagé pour les expéditions photo de mode en 1984 et 1987 à l'île de Crète, 1985 et 1988 à Chypre et 1986 à Djerba en Tunisie. Ces années marquent les derniers contrats de Walter E. Lautenbacher dans sa vie professionnelle en tant que designer-photo.

Lautenbacher , parmi lesquelles Rita Jaeger, plus tard fondatrice d'une agence de mannequins, ainsi que des mannequins des années 1960 et 70 en Allemagne telles que Sylvia Dakis, Beate Schulz, Margie Schmitz-Jürgens (femme de l'acteur Curt Jürgens), Mirja Sachs, Astrid Schiller, Gloria ter Braake, Gabrielle von Canal, Britta Bauer, Evelyn Kuhn et bien d’autres encore, que l' sur les pages couvertures des magazines de mode.

Dans cette Allemagne, depuis peu devenue la République fédérale d'Allemagne, les mœurs voulaient qu'on garde secret les trucs et astuces en ce qui a trait à l'éclairage et généralement à la réalisation d'une photo réussie. Toutefois, Lautenbacher fut toujours opposé à ce type de comportement fermé répandu dans son métier. En partageant ouvertement son savoir-faire en matière de mise en scène photographique, il souhaite stimuler la compétition. Dès les années 1950, il est le premier à montrer à ses collègues son nouveau studio à Stuttgart, où sont remplacés les projecteurs d'éclairage chauds et difficiles à manœuvrer, alors d'usage, par des néons.

Lautenbacher , papiers qu'il commandait aux États-Unis. Il s’est informé à plusieurs reprises à New York sur les unités de flash, dernier cri pour la photographie en studio et il partageait sans cesse le plaisir de ses connaissances. En 1963, au Salon international de la photographie Photokina, à Cologne, Lautenbacher . gauche|vignette|Walter E. Lautenbacher lors d'une séance de photos de mode en 1983 dans les René-Staud-Studios, Leonberg, Allemagne.

Création d’une nouvelle profession

En 1967, Walter E. Lautenbacher (photographe spécialisé sur la mode) et ses collègues et amis Franz Lazi (photographe spécialisé sur la publicité) et Ludwig Windstosser (photographe spécialisé sur l'industrie lourde) ont organisé la première exposition de son genre, nommée en anglais Commercial Photography, dans les halles du Wilhelmspalais à Stuttgart. La photo pour la pancarte en grandeur nature de Lautenbacher à droite. Pour la première fois, la photographie de publicité et de mode ainsi au service de l'industrie croissante en Allemagne a été présentée comme une forme d’art contemporain. En d'autres mots : de la photographie professionelle à caractère commercial. Avant ce moment pertinent dans l'histoire de la photographie, seule une démarche photographique sans aucune mission commerciale et strictement produit « pour elle-même » pouvait être qualifiée la photographie artistique. vignette|alt=|upright|Autoportrait de Walter E. Lautenbacher avec le mannequin Britta Bauer pour l’exposition „Commercial Photography“ à Stuttgart, en 1967.

Suite à cette exposition, Lautenbacher a décidé de faire une demande à la juridiction fiscale allemande - en France la direction nationale de vérifications des situations fiscales (DNVSF) - afin que les photographes commerciaux soient également reconnus comme des artistes. Il a perdu le procès en première instance, mais il dépose une demande de révision. Finalement, cette juridiction fiscale fédérale (Bundesfinanzhof) a statué à la deuxième instance en faveur de Lautenbacher. À la suite de ce jugement, la loi fiscale prévoit qu'un photographe commercial peut dorénavant exercer son métier d'artiste en tant que travailleur indépendant, plutôt que de devoir être inscrit au registre des artisans et ainsi payer la taxe professionnelle s'y rattachant, pourvu que le caractère artistique inhérent à leur travail soit démontré.

Motivé par ce succès du métier de photographe commercial, Lautenbacher décide de créer une association de photographes professionnels pour mieux défendre leurs intérêts à l’avenir. En outre, il aura fallu mettre sur pied une institution capable d'appliquer les critères permettant de statuer sur le caractère artistique du travail d'un photographe, et donc de déclarer celui-ci travailleur autonome ou travailleur indépendant.

Union des photographes artistiques professionnels

Le , avec ses deux amis Lazi et Windstosser, ainsi que six autres collègues, Lautenbacher fonde l'Union des photographes artistiques professionnels en Allemagne (Bund Freischaffender Fotografen - BFF), encore active aujourd'hui avec plus de 400 membres. Cet organisme est une association professionnelle officielle de photographes commerciaux bénéficiant du statut d'artiste au sens propre. L’adhésion exige un jugement favorable de la part d’un jury composé de spécialistes du BFF qui s'assure que les conditions strictes d'adhésion soient rencontrées. L'admission au BFF est donc non seulement importante aux yeux des autorités fiscales de l'Allemagne, mais en plus elle donne au photographe commercial son statut d'artiste.

Afin de consolider le statut d'artiste du photographe commercial, Lautenbacher popularise peu après la fondation du BFF le terme de Foto-Designer (en français : designer photo). Cette désignation a été acceptée par l'industrie dans son ensemble, si bien que le BFF a été rebaptisé Bund Freischaffender Foto-Designer. Aujourd’hui, le Foto-Designer est devenu une profession officielle et le BFF une organisation professionnelle reconnue en Allemagne de même qu'à l'international. À l’initiative de Lautenbacher et à partir de 1970, le BFF a publié chaque année un livre de haute qualité d’environ 300 pages dans lequel tous les membres de l'association sont présentés. Au cours des années, chaque photographe a eu l’occasion de se faire connaître par des exemples de son travail. On peut aujourd'hui retrouver ce livre sous le nom de „Jahrbuch BFF“ en Allemagne.

Walter E. Lautenbacher a été élu président du conseil d’administration de 1969 à 1985 par les membres du BFF. En 1985 à l’âge de 65 ans, il décida de ne pas se représenter à nouveau comme président du conseil d’administration. La même année, il a été nommé président d’honneur et il possède cette nomination jusqu’à aujourd’hui, même après sa mort survenue en 2000. gauche|vignette|Participants au séminaire de 1988, avec le fils Marc Lautenbacher ( personne de gauche) et Walter E. Lautenbacher ( personne de droite).

Autres activités