vignette|Décoration double sur un stabbur à l’écomusée de Norvège, Bygdø, Oslo. vignette|upright=0.5|Epi de faîtage et sculpture sur bois, maison privée, Holmenkollåsen, Oslo. vignette|Gros plan sur décoration de pignon, écomusée Seurasaari, Finlande.
La décoration de pignon en Scandinavie dans l’habitat traditionnel et rural des pays nordiques est intimement liée à la construction en bois et aux bâtiments en rondins empilés. Contrairement à d’autres régions européennes où la maison principale fait l’objet d’une attention plus particulière de la part des propriétaires, l’ornementation concerne à la fois l’habitation principale et les bâtiments annexes comme de simples greniers, des étables ou des fenils isolés pour lesquels la sculpture traditionnelle sur bois apporte des panneaux sculptés et des bas-reliefs qui complètent les motifs ornementaux des sommets de pignon. Alors qu’elle a quasi disparu dans de nombreuses régions scandinaves méridionales, elle s’est encore maintenue dans les régions de montagne, de hauts plateaux et de contrées très boisées à l’écart des axes de communication. La décoration supérieure du pignon joue soit sur un motif croisé, soit sur la verticalité d’un poteau, soit enfin sur les deux cumulés comme dans le stabbur sur la photographie ci-contre. Dans tous les cas, des pièces de bois plus ou moins travaillées dépassent la limite de la panne faîtière pour former un motif décoratif à l'aide du poinçon ou des chevrons de la charpente, des planches de rive ou de lattes fixées a posteriori sur les rives de toit et la faîtière. Les termes spécialisés pour désigner cette partie décorée du pignon se retrouvent aujourd'hui davantage dans les dictionnaires traitant des mots anciens et désuets: « gavlbrand » et « gavlspir » (Graphie dano-norvégienne ici).
Origine équivoque et terminologie Échanges entre les peuples sans origine certaine
La décoration de pignon ou de toit dans la sphère scandinave s’apparente indubitablement à celle de la plaine germano-polonaise et des régions forestières et tourbeuses de Russie : deux éléments plus ou moins sculptés se croisent quelques centimètres au-dessus de la faîtière le plus souvent de chaque côté de la maison. Certains chercheurs penchent plutôt pour une origine scandinave car il touche bizarrement les régions d’expansion ou d’établissement des Vikings, à savoir de la Rus' de Kiev à l’est aux Îles Britanniques à l’ouest. Rien n’atteste néanmoins de manière univoque que l’ornement de pignon des maisons longues vikings se soit transmis de manière continue du haut Moyen Âge au romantisme du .. Les ethnologues et historiens de l’architecture en Basse-Saxe ne parviennent pas non plus à faire le lien direct entre les têtes de chevaux et l’ornementation viking. Il n’est pas improbable mais pas attesté pour autant.
À l’inverse, des chercheurs scandinaves pencheraient pour une origine slave des maisons à rondins dans leur région. L’argument revient à dire que c’est au contact des nouvelles terres découvertes à l’est que les Varègues ont ramené dans le nord la cabane à rondins couchés d’abord en Suède, puis en Norvège voisine. De fait, la technique en bois debout supposée endémique à l’Europe de l’Ouest s’oppose à l’architecture en troncs couchés des pays de l’Est. ; la première a disparu en Europe occidentale au profit de la maison à pan de bois avec torchis ou briques moins gourmande en bois et plus résistante car le solin protège le bois de l’humidité de la terre et la maison est déménageable. À l’exception de la Zakopane en Pologne du sud-est et de la Norvège pour les églises, la technique en bois debout s’est maintenue mais elle est supplantée par les maisons à troncs couchés, puis les maisons avec planches. La maison ancestrale scandinave comme l’isba primitive sont des bâtisses que l’on peut quasiment construire avec une hache pour seule outil.
Termes spécialisés Brand
Les mots composés qui désignent l’ornementation du pignon comportent en forte majorité le terme « brand ». Les appellations varient en fait très peu dans les quatre langues scandinaves, en tout cas pour ce qui est des variantes dialectales qui font souvent fi des frontières nationales. Comme le mot remonte à l’époque norroise commune, la parenté entre tous les pays scandinaves actuels va de soi. Le terme « gavlbrand » revient en norvégien et en danois, mais on lit également les termes « husbrand » et « brandstang ».. Le point commun de ces mots spécialisés que seule une recherche dans des dictionnaires d’étymologie ou les ouvrages très spécialisés permet de trouver., ramène à un ancien mot norrois « brandr » qui désignait entre autres un bâton, un piquet et plus précisément un poteau qui se dressait de chaque côté au-dessus de l’entrée principale de la maison que les occupants appelaient « brandadyrr » (donc porte sous le brandr).. En d’autres termes, c’est la variante verticale non croisée rappelant en français davantage l’épi de faîtage qui semble posséder à l’époque viking et norroise, mais aussi plus tard dans la plupart des pays nordiques une vocation à la fois protectrice et identitaire du gavlspiss pour le pignon principal de la maison principale de la ferme comme un œil omniscient: le piquet de faîtage (ou mot à mot « piquet de pignon ») fait fonction en quelque sorte de gardien de la porte d’entrée, signale aux visiteurs qu’ils pénètrent dans un lieu consacré à une famille, un nom de chef de famille ou de clan avec les règles de bienséance que cela implique. Ceci étant, les descriptions des ouvrages encyclopédiques à propos du « gavlbrand » prêtent à confusion car il est difficile de se représenter si les poteaux en question sont fichés dans le sol de chaque côté de la porte ou si l’on fait bien référence à ces poteaux plus petits qui se croisent au-dessus de l’entrée ; la plupart des articles évoquent systématiquement le vieux terme norrois associé « brandadyrr » qui désigne une porte justement encadré par ces deux poteaux.. L’incertitude persiste à la lecture de la définition apportée par un dictionnaire anglo-islandais qui évoque « des becs de bateau fixés à la porte par deux.. Le dénominateur commun dans la tentative de définition du mot brandr entre les langues scandinaves demeure finalement le lien intrinsèque que les habitants de ces contrées établissent entre la porte d’entrée principale, la proue d’un navire et une décoration en forme de pique, seul ou par deux. Quelle que soit l’appellation régionale, l’idée de saillie domine donc largement : un objet décoré saillant pointe vers le ciel en débordant du pignon essenté., du toit ou de la coque du navire.. Les ouvrages étymologiques corroborent tous la connotation verticale en attestant les définitions du mot proto-nordique « brandr » gravitant autour du mot « bâton » ou « perche » ou « poteau ».. Le mythologue Roland Barthes partait par exemple aussi du postulat que .
En islandais contemporain pratiqué au ., le mot masculin « brandur » (au pluriel brandar) signifie toujours un poteau, un piquet souvent très décoré et fixé devant l’entrée d’un temple ou d’une ferme de chaque côté de la porte, ce qui leur donne le nom composé « dyrabrandar ». Quand le mot est systématiquement employé au pluriel, les « brandar » sont deux poteaux qui dépassent à la proue des vieux bateaux souvent bien décorés et utilisés pour fixer les cordages. La parenté entre la proue du bateau et l'accès à la maison demeure actuelle dans l'usage linguistique même si les dictionnaires précisent que l'on ne les rencontrent que sur les très anciens types de bateau d'Islande. Johan Fritzner traduit dans son dictionnaire latin-norrois le mot « skibsbrand » par « pertica navis ad proram prominens » (perche proéminente du navire au niveau de la proue). Les linguistes norvégiens Thorkelsson et Gislason périphrasent le terme respectivement par « bugspjót » et « bugspryd », donc une décoration de la proue, et parfois de la poupe. Pouvant engendrer une confusion, le terme « branda » (au pluriel bröndur) est quant à lui féminin; il désigne la latte au-dessus de l’entrée d’une étable.
Comme jusqu’à un passé pas si lointain on donnait également en Norvège le nom de brand à une planchette qu’il y avait au-dessus de la porte qui comportait le nom du propriétaire ou sur la coque d'un bateau qui comportait le nom de ce bateau, le caractère identitaire et nominatif du brand se mêlant à la branda ne peut faire l'ombre d'un doute. Ce terme norrois est de ce fait probablement à l’origine du terme anglais de la marque déposée, de l’image de marque, le brandingÉchange épistolaire avec un auteur de la grande encyclopédie norvégienne, Christian Leborg, professeur, entrepreneur et coach de marque à Oslo. Extrait de l’échange : .. Cette coutume permet d’établir un lien avec la fonction identitaire de l’ornementation. On peut également émettre l’hypothèse plausible que le brand permet de repérer au loin la présence d’habitations et de personnes comme cela se fait aussi dans d’autres régions d’Europe centrale avec d’autres techniques comme les clochetons alpins par exemple. vignette|Section 38 de la tapisserie de Bayeux, les bateaux n'ont pas tous des figures de proue.