L’impression au bloc de bois est une technique d'impression de motifs, d'images et de textes largement exploitée dans l'Asie de l'Est et ayant pour origine la Chine, où elle a été utilisée dès l'antiquité comme méthode d'impression textile puis sur papier. Des exemples de production d'étoffes chinoises ont été conservés jusqu'à nous, remontant au moins au . L'impression au bloc de bois est très répandue pendant la dynastie Tang () et demeure la méthode d'impression de livres, de textes et d'images la plus utilisée dans l'Asie de l'Est jusqu'au . Au Japon, l’ukiyo-e qualifie un célèbre type d'impression au bloc de bois pour estampe. Les Européens utilisent la technique de la gravure sur bois à partir du , ces productions sont appelées des xylographies ; certaines, très anciennes, les incunables tabellaires, sont par ailleurs également produites à la même époque.

Description de la technique

Dans un premier temps, on prépare la matrice, un morceau de bois qui, polie grâce à un matériau abrasif, doit présenter une surface plane. Sur cette surface on dessine un motif. On pratique alors la taille d'épargne qui consiste à ne garder que les contours du motif en creusant tout autour à l'aide d'outils (canif, gouge). Afin que le motif qui apparaît en relief puisse marquer le support ciblé (textile, papier), la surface doit être parfaitement plane. Le motif sculpté est en négatif ; il apparaît en positif une fois l'opération de l'impression activée.

Le bloc de bois ainsi sculpté permet de produire des motifs de différentes couleurs. Il est possible d'utiliser un bloc de bois par couleur et de procéder à différentes impressions multicouches ou complémentaires. L'encrage est une opération délicate, reposant sur la composition des liquides destinés à l'impression, sur la nature des surfaces à imprimer.

Il existe trois techniques principales d'impression :

Tampon La surface à imprimer est posée sur un établi et le bloc, une fois recouvert d'encre ou de teinture, est pressé directement sur le support. Certains blocs possèdent une poignée au revers ; d'autres non. Le tamponnage nécessite parfois de frapper le dos du bloc de bois avec une masse, également en bois et recouverte de tissus, quand la simple force de la main qui exerce la pression ne suffit pas à marquer la surface ciblée.

Frottage par frotton Le frottage par frotton consiste à poser la surface à imprimer (tissu, papier) par-dessus le bloc de bois, lequel repose simplement sur l'établi. Sur l'envers de la surface imprimable, on s'active avec divers outils : morceau de bois plat, brunissoir (par exemple, le dos d'une cuillère) ou coussinet en cuir. Une fois l'opération achevée, on soulève délicatement la surface imprimée et on la fait sécherArthur M. Hind, An Introduction to a History of Woodcut, New York, Houghton Mifflin Co. 1935, [retirage Dover Publications, 1963]..

Presse Par cette technique mécanique, la pression est répartie de manière égale sur les surfaces et elle s'exerce à la fois sur le support à imprimer et la matrice. Une première forme de presse consiste à poser des masses (pierre, bloc de métal) par-dessus le support et la matrice. La deuxième forme de presse consiste à agir sur l'ensemble qui se trouve comme pris en étau ; en Europe, le détournement de la presse à vis sans fin utilisée dans un pressoir, dans le but d'imprimer des motifs, remonte au .

L'impression en couleur L'impression au bloc de bois en couleur sur textile remonte à la dynastie Han, sur papier, les traces sont plus récentes, elles remontent au . Les premières estampes de ce type en Europe n'apparaissent qu'en 1508, probablement produites par Lucas Cranach l'Ancien, et dont la technique est appelée chiaroscuro. Auparavant, les estampes sont rehaussées à la main, au pinceau ou à l'aide d'un pochoir.

La couleur est utilisée abondamment dans la production imprimée en Chine ; un sutra du Diamant remontant à 1341 présentant des passages en noir et en rouge, a été trouvé au temple de Zifu. Le plus ancien livre chinois imprimé avec plus de deux couleurs s'appelle le Chengshi moyuan (程氏墨苑), il date de 1606. Cette période représente le sommet de l'art du livre imprimé en couleur chinois. En 1633, l'éditeur et artiste Hu Zhengyan publie le Manuel de peinture et calligraphie de l'atelier des Dix Bambous (Shizhuzhai, 十竹齋)Suzanne E. Wright, « Hu Zhengyan: Fashioning Biography », in: Ars Orientalis, The Smithsonian Institution, 2008, 35, ., suivi en 1679, par les premières éditions du Jieziyuan Huazhuan (Précis de peinture du Jardin du grain de moutarde).

Au Japon, vers 1760, la technique du nishiki-e permet de produire des estampes en couleur à partir de différents blocs de bois. D'une manière générale, l'Europe et le Japon imprime les illustrations de leurs ouvrages en noir, la couleur étant réservée à des productions individuelles, des feuilles tirées à part et d'un certain niveau artistique. En Chine, au contraire, la couleur abonde dans les ouvrages, servant même à produire des motifs érotiques.

Essences d'arbres utilisées en Chine En 1896, un diplomate britannique mène une enquête sur les essences d'arbre utilisées par les artisans chinois produisant des blocs gravés pour produire des estampes. Dans le district de Wuchang réputé pour la qualité de ses productions, on y préfère le Pyrus communis, le poirier commun (dit veng li mu), courant dans la région mais restant onéreux. On lui préfère pour des raisons de coûts, l’Eucommia ulmoides, l'arbre à gomme, une espèce endémique appelée tu chung mu. Du côté du Jiangsu, on exploite le yin hsing mu, identifié comme étant le Salisburia adiantifolia, très proche du Ginkgo biloba. Une espèce de buis (boxwood, buxus) appelé huang yang mu, est exploitée dans le Sichuan« W. R. Carles, Esq., to Royal Gardens, Kew, dated Her Majesty's Consulate, Hankow, July 25, 1896 », in: Royal Botanic Gardens, Kew bulletin, Londres, H. M. Stationery Office, 1901, ..

Histoire de l'impression au bloc de bois

Cette technique est ancestrale, le concept remonte à la haute antiquité (au plus tôt, avant notre ère) puisqu'on a découvert sur des sites archéologiques des sceaux-cylindres et des tampons, par exemple en stéatite, reliés à diverses civilisations comme la Mésopotamie, l'Égypte ancienne, l'Indus, des artefacts qui permettaient de produire des motifs de manière répétitive par pression sur une matière molle (argile, cire)D. Charpin, « Des scellés à la signature : l’usage des sceaux dans la Mésopotamie antique », in: A.-M. Christin (direction), Écritures II, Paris, 1985, .. Au contraire de la pierre, le bois est à la fois fragile et putrescible ; cependant, pour des raisons pratiques, il présente l'avantage de pouvoir être creusé et sculpté plus facilement, et posséder une masse inférieure « Pre-Gutenberg Printing: Blockprinting », in: The Shøyen Collection, Londres/Oslo, catalogue en ligne du site officiel..

Des origines en Asie

Les plus anciennes traces d'impression au bloc de bois nous sont parvenues de Chine et le sont sur de la soie. Elles représentent des fleurs imprimées en trois couleurs différentes, et l'exécution fut produite sous la dynastie Han (vers 220 avant notre ère), et retrouvées en 1900 dans un dépôt préservé situé dans les Grottes de Mogao, scellées depuis le Shelagh J. Vainker, in: Roderick Whitfield et Anne Farrer (dir.), The Caves of the Thousand Buddhas: Chinese Art from the Silk Route, Londres, George Braziller/British Museum Publications, 1990 . Shelagh J. Vainker, Chinese Silk: A Cultural History, Londres, British Museum Press, 2004 .. Le transfert sur papier est sans doute effectif dès cette époque puisque ce matériau existe. En effet, sous les Han, naît également l'estampage, une technique de reprographie qui permet de transférer le texte sculpté dans la pierre des stèles directement sur papier Berner, R. Thomas, « The Ancient Chinese Process of Reprography », in: Technology and Culture, 1997, vol. 38, n°2, .Zao Wou Ki (sélection de), Estampages Han, Paris, Club français du livre, 1967.. Le chinois Bi Sheng invente, vers 1041-1048, des caractères idéogrammes mobiles en porcelaine et en argile, technique appliquée à des blocs en bois deux siècles plus tard : mais du fait qu'il fallait plusieurs milliers de blocs pour construire une page de texte (jusqu'à ), la technique ne supplanta pas la conception de matrices comportant du texte et des images sur un même blocShelton A. Gunaratne, « Paper, printing and the printing press: A horizontally integrative macrohistory analysis », in: International Communication Gazette, 2001, vol. 63, 6, .. Au , la typographie à caractère mobile en bois passe en Corée « Fifty Wonders of Korea. Volume 2. Science and Technology », Korean Hero, Korean Spirit & Culture Promotion Project, 2008..

Au , la technique de l'impression de texte au bloc de bois appelée ṭarsh se retrouve dans l'Égypte musulmane, il s'agit d'amulettes comportant des sourates issues du Coran, qui se font plus rares vers le Richard W. Bulliet, « Medieval Arabic Tarsh: A Forgotten Chapter in the History of Printing », in: Journal of the American Oriental Society, 1987, vol. 107, n°3, . Geoffrey Roper, « Muslim Printing Before Gutenberg », The Foundation for Science, Technology and Civilisation.. Également à partir du , en Inde cette fois, les blocs de bois sculptés sont utilisés pour l'impression de textiles, dont la cotonnade et la soie ; ces productions seront largement exportées vers l'Europe quelques siècles plus tard « Indian printed cottons », Newberry Collection, Ashmolean − Eastern Art Online, Yousef Jameel Centre for Islamic and Asian Art..

Que ce soit en Chine, en Corée ou au Japon, le pouvoir central prend très tôt en charge la régulation et la diffusion de cette technique pour des raisons politiques, religieuses et économiques.

Premiers livres imprimés en Chine et en Corée

Sous la dynastie Tang (618-907), l'impression au bloc de bois est utilisée pour l'impression de textes sacrés relatifs au bouddhisme (sūtra), ces objets sont appelés banhua. Du fait de cette technique monobloc, les canons sont rapidement fixés et ce, de manière relativement stable. Le plus ancien artefact de ce type a été découvert en 1974 durant des fouilles effectuées dans le Xi'an, il s'agit d'un sūtra dharani imprimé à partir d'un bloc de bois sur un papier de chanvre et datant de 650-670. Un autre document a également été découvert à cet endroit, le sūtra Saddharma pundarika, imprimé vers 690-699 Jixing Pan, « On the Origin of Printing in the Light of New Archaeological Discoveries », in: Chinese Science Bulletin, 1997, vol. 42, n°12, ..

L'un des plus beaux exemples d'impression sur papier par cette technique est le Grand Sūtra dharani datant de 704-751, découvert en 1966 à Bulguksa en Corée du Sud. Le texte bouddhique a été imprimé sous la période de Silla unifié sur une bande large de 8 centimètres et longue de 6,30 mètres. Le support est un papier fabriqué à partir de broussonetia papyrifera (« mûrier à papier »).

Le plus ancien livre imprimé du monde date de 868, il s'agit d'un rouleau produit en Chine long de près de 4,90 mètres et contenant le texte du sūtra du Diamant. Il a été découvert en 1907 par l'archéologue Aurel Stein dans les grottes de Mogao près de Dunhuang, et est conservé à la British Library. Cet ouvrage montre une grande maîtrise de l'art de l'impression et de l'agencement texte-image. Il se termine par un colophon précisant : [11 mai 868].