vignette|Le primat Bartholomée I en train d'entériner le schisme lors d'une cérémonie à Istanbul, en Turquie. L'expression schisme orthodoxe, schisme ukrainien ou schisme Kiev-Moscou désigne le conflit commencé le entre deux Églises orthodoxes autocéphales, le patriarcat œcuménique de Constantinople et celui de Moscou, lorsque le patriarcat de Moscou rompit sa communion avec celui de Constantinople, en réaction à la déclaration du patriarche de Constantinople quatre jours plus tôt, qui promettait d'accorder dans le futur l'autocéphalie (indépendance religieuse) aux orthodoxes d'Ukraine s'ils la demandaient.

Ce schisme religieux s'inscrit dans un conflit international plus global généré depuis 2004 par l'émancipation progressive de l'Ukraine par rapport à la sphère d'influence russe. y compris sur le plan religieux lorsque, le , plusieurs Églises orthodoxes ukrainiennes non-affiliées au patriarcat de Moscou se réunirent en un pour fusionner en une seule Église orthodoxe d'Ukraine dont le patriarcat œcuménique de Constantinople reconnut l'autocéphalie le , au grand dépit de celui de Moscou.

Dénominations La dénomination fait référence aux schismes de l'histoire du christianisme. Bien qu'il concerne des Églises, le différend n'est pas doctrinal, théologique, mais territorial, et il est considéré par les deux parties comme partie intégrante du conflit russo-ukrainien. En russe ( - pravoslavny raskol) et en ukrainien ( - prevoslavny rozkol), on parle de « schisme orthodoxe ».

Précédent estonien Par un Tomos de 1923, le patriarcat de Constantinople avait accordé l’autonomie sous sa juridiction à l’Église d’Estonie. Cette autonomie fut unilatéralement infirmée par le patriarcat de Moscou et une éparchie estonienne de l’Église orthodoxe russe fut instaurée sous l'occupation soviétique. En 1996, à la demande de certaines paroisses rattachées à l’Église estonienne en exil en Suède, le patriarcat de Constantinople a réactivé le Tomos de 1923. Il existe désormais en Estonie deux Églises orthodoxes : l’Église orthodoxe autonome d’Estonie sous la juridiction de Constantinople et un exarchat des paroisses russes dépendant de Moscou.

Contexte thumb|250px|Statut actuel du schisme de 2018 par juridiction de l'Église orthodoxe sur la reconnaissance de l'autocéphalie de l'Église orthodoxe d'Ukraine (ÉOU) L'Église de Kiev et de toute la Rus', reconnue par Constantinople en 991, a existé bien avant le patriarcat de Moscou (ce dernier fut fondé en 1448 et Constantinople lui octroya l'autocéphalie en 1589). La juridiction canonique du patriarcat de Moscou se limitait initialement au tsarat de Russie et c'est à la suite de l'expansion territoriale de l'Empire russe au détriment de la Pologne, puis de l'URSS à la faveur du pacte germano-soviétique et des accords de Yalta, qu'il a progressivement étendu sa juridiction, reconnue par Constantinople, sur les orthodoxes vivant à l'Ouest et au Sud-Ouest de la Russie proprement-dite, en Biélorussie, Ukraine et BessarabieJean-Claude Roberti, Histoire de l'Église russe, éd. Nouvelle Cité (coll. Historiques), Paris 1995 . Une Église orthodoxe ukrainienne non-canonique a néanmoins existé entre 1919 et 1937 : ses fidèles, pourchassés par le NKVD, ont pour la plupart été exterminés ou déportés au GoulagThomas Bremer, « Die orthodoxen Kirchen mit nicht-kanonischem Status (Ukraine) » in : Thomas Bremer, Hacik Rafi Gazer, Christian Lange (dir.) Die orthodoxen Kirchen der byzantinischen Tradition. Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt 2013, , pp. 115–120..

Au début du , les trois principales Églises orthodoxes en Ukraine étaient : l'Église orthodoxe ukrainienne - Patriarcat de Kiev (autocéphale, non reconnue par les autres Églises orthodoxes), l'Église orthodoxe autocéphale ukrainienne (autocéphale, non reconnue par les autres Églises orthodoxes), et l'Église orthodoxe ukrainienne du patriarcat de Moscou (dépendante de l'Église orthodoxe russe et reconnue par les autres Églises orthodoxes).

Le , l'EOR décrète qu'elle est « forcé[e] de suspendre la commémoration liturgique du patriarche Bartholomée de Constantinople, et a le profond regret de suspendre également toute concélébration avec les hiérarques du patriarcat de Constantinople, ainsi que d’interrompre la participation de l’Église orthodoxe russe aux Assemblées épiscopales, aux dialogues théologiques, aux commissions multilatérales et à toutes les autres structures dans lesquelles président ou co-président des représentants du patriarcat de Constantinople ».

Schisme

Le , le patriarcat de Constantinople évoque officiellement une future reconnaissance de sa part de l'autocéphalie de l'Église orthodoxe de l'Ukraine, jusqu'alors de facto sous la juridiction canonique du patriarcat de Moscou. Le suivant, l'Église orthodoxe russe déclare que « le patriarcat de Constantinople empiète sur son territoire canonique » et qu'il est impossible pour elle « de demeurer en communion eucharistique avec [l]es hiérarques [du patriarcat de Constantinople], son clergé et ses laïcs. Désormais, et jusqu’à ce que le patriarcat de Constantinople désavoue ses décisions anticanoniques, il est impossible à tous les ministres de l’Église orthodoxe russe de concélébrer avec les clercs de l’Église constantinopolitaine, et aux laïcs de participer aux sacrements célébrés dans leurs églises ».

Suites Le patriarche de Constantinople ne désavoue pas ses intentions et, le , reconnaît l'autocéphalie de l'Église orthodoxe d'UkraineDe facto en Ukraine les deux églises, celle d'obédience russe et celle redevenue autocéphale, coexistent et sont représentées, parfois côte-à-côte, dans beaucoup de paroisses : l'Église orthodoxe d'Ukraine rattachée au Patriarcat de Moscou comptait (en 2016) églises officiellement enregistrées et environ 200 monastères, soit bien plus que toute autre branche religieuse en Ukraine, tandis que les autres Églises ukrainiennes orthodoxes comptaient communautés enregistrées et environ 60 monastères : voir Religion Information Service of Ukraine - Релігійні організації в Україні (станом на 1 січня 2016 р.) — State-recognised religious organizations as of 2016.Même si le Patriarcat de Constantinople a des prérogatives œcuméniques liées à sa prééminence honorifique sur les autres Églises orthodoxes, les deux Patriarcats de Constantinople et de Moscou sont canoniquement égaux : le premier n'a aucune obligation de continuer à reconnaître la primauté de Moscou sur Kiev, pas plus que Moscou n'a aucune obligation de reconnaître l'autocéphalie de Kiev.Il n'est pas impossible que le conflit puisse être résolu par une reconnaissance croisée des deux obédiences, comme en Moldavie où depuis 2002, selon une décision de la Cour européenne des droits de l'homme, deux obédiences coexistent après dix ans de conflit territorial entre l'église roumaine de Moldavie (dépendant du Patriarcat de Bucarest) et l'église russe de Moldavie (dépendant du Patriarcat de Moscou) : jusqu'en 2002, chacune revendiquait seule la légitimité canonique, les « pro-roumains » arguant de l'obédience historique du Moyen Âge jusqu'en 1836 aux Métropoles moldaves de Suceava puis de Iași, et de 1918 à 1944 au Patriarcat de Roumanie et les « pro-russes » arguant de l'obédience au Patriarcat de Moscou de 1836 à 1918 et depuis 1944 : voir Jean-Arnault Dérens : Orthodoxie en Moldavie: les défis identitaires d’un petit pays malmené par l’histoire, « Religioscope », 9 avril 2005 sur ..

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Articles connexes

Relations entre la Russie et l'Ukraine Séparation des Églises d'Orient et d'Occident Église orthodoxe d'Ukraine

Bibliographie

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