Les camps d'internement du Xinjiang sont des camps situés dans la province chinoise du Xinjiang, construits à partir de 2014 dans le but d'interner des centaines de milliers de musulmans pratiquants ouïghours et kazakhs. Un million de Ouïghours y seraient internés de façon préventive et sans procès dans le cadre d’une vaste campagne d’antiterrorisme visant les islamistes et les indépendantistes après de nombreux attentats en 2013 et 2014.
La Chine nie l'existence de ces camps avant d'en reconnaître officiellement l'existence en sous le nom de . Elle les décrit comme des centres de formation professionnelle, avec pour objectif de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme musulmans. À l’étranger, plusieurs pays et ONG qualifient ces camps de camps de concentration et soulignent des conditions de détention portant atteinte aux droits humains. D’autres pays soutiennent ouvertement la Chine, affirmant qu’elle lutte efficacement contre le terrorisme. De plus, les camps d'internement du Xinjiang ont été comparés à plusieurs reprises aux méthodes d'endoctrinement mises en œuvre pendant la révolution culturelle chinoise.......
Les Xinjiang Papers, documents internes chinois transmis au New York Times en , documentent la répression contre la minorité musulmane et la nature des camps. Les China Cables, enquête du Consortium international des journalistes d'investigation publiée le , confirment le caractère carcéral des camps d'internement.
Contexte historique
Camps de rééducation en Chine En 2013, les camps de rééducation par le travail, ou laojiao et laogai, sont officiellement abolis en Chine. Il est commun que des Chinois y soient envoyés par des organes du pouvoir sans procès ni procédure légale : le système est surtout utilisé pour les dissidents et les petits délinquants. Au moment de leur fermeture, on dénombre environ 350 camps qui regroupent ..
En 2017, cinq à huit millions de chinois seraient détenus dans environ . Le sinologue français Jean-Luc Domenach mentionne aussi le développement des prisons noires, détention extrajudiciaire qui concerne ..
Tensions ethniques au Xinjiang
En 1949, le Xinjiang ou Turkestan oriental compte de l'ethnie majoritaire han ; en 2018, ils dépassent les dix millions. Les Hans volontaires sont souvent des habitants défavorisés d'autres régions, encouragés à peupler le Xinjiang en échange d'un meilleur salaire et d'un logement public et à qui on interdit ensuite de revenir dans leur région. En raison de ce processus, ils forment aujourd'hui 40 % de la population, pour 46 % de Ouïghours.
En 2009, des émeutes se déclarent à Ürümqi, la capitale du Xinjiang, et font près de . En 2013 et 2014, des attentats perpétrés par des indépendantistes ouïghours et des islamistes font des centaines de morts dans la région du Xinjiang, selon les médias d'État chinois., et le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, évoque même d'actes terroristes de 2013 à 2016. En parallèle, le retrait des troupes américaines en Afghanistan inquiète le gouvernement chinois, qui estime que les forces terroristes de Syrie et d’Afghanistan pourraient se tourner vers le Xinjiang. En , des militants Ouïghours poignardent plus de dans une gare, faisant , alors que Xi Jinping prépare une visite de quatre jours dans la région. Le dernier jour de la visite, en , un attentat à la bombe fait un mort et quatre-vingt blessés. En , un autre attentat dans un marché d’Umruqi fait et au moins .
Xi Jinping prononce alors une série de discours réservés à l’administration, appelant à combattre sévèrement le terrorisme, l’infiltration et le séparatisme. Au cours de ce discours, il appelle à s’inspirer de la guerre contre le terrorisme menée par les États-Unis et à observer l’exemple du bloc soviétique, dont il dit que la croissance économique n’a pas empêché l’éclatement. La campagne est appelée .. Le contenu des discours n’est pas public, mais les médias nationaux font parfois allusion à leur existence. Xi mentionne en particulier sa volonté d’utiliser des outils de dictature pour éradiquer l’islam radical en Chine. Il précise ensuite, à la suite d’oppositions de la part de hauts fonctionnaires, qu’il ne faut pas discriminer les Ouïghours ou porter atteinte à leur liberté de culte, ni chercher à éliminer toute trace d’islam dans le pays. Il critique cependant le fait que les populations chinoises musulmanes tendent à pratiquer leur religion quotidienne plus librement qu’avant les années 1990.
Historique
Débuts de la répression Dès 2014, des premières personnes soupçonnées d’être radicalisées sont arrêtées dans le Xinjiang. Les premiers camps regroupent quelques dizaines ou centaines de prisonniers, qui sont amenés à renier l’islam et à affirmer leur dévotion au parti communiste.
Essor des camps d'internement La répression gagne en ampleur en , à l’arrivée de Chen Quanguo, ancien responsable de la région autonome du Tibet, en tant que chef du parti au Xinjiang. Chen distribue les discours de Xi Jinping à tous les hauts fonctionnaires de la région. En , il les exhorte à : la phrase revient dans plusieurs de ses discours à partir de 2017.. Plusieurs hauts fonctionnaires expriment leur désaccord avec ces mesures, opposant à Chen qu’elles aggraveront les tensions raciales et empêcheront la croissance économique dans la région. Ils perdent généralement leur emploi ; l’un en particulier, , est emprisonné après avoir signé une confession d’ivresse au travail, après avoir secrètement libéré plus de sept mille prisonniers. En tout, du parti au Xinjiang font l’objet d’une enquête pour leur opposition aux mesures de répression.
Les arrestations préventives se fondent sur une liste de plusieurs dizaines de , qui incluent des pratiques culturelles courantes dans le Xinjiang, comme le port d’une longue barbe, le fait de ne pas boire ni fumer, l’étude de la langue arabe ou la prière en dehors des mosquées. Avec le temps, les motifs d'arrestation deviennent de plus en plus mineurs : en 2018, la possession d'une application mobile de lecture du Coran, le fait d'aller à la mosquée un autre jour que le vendredi, ou un contact à l'étranger peuvent suffire à l'incarcération. Le système opère en dehors du système judiciaire, sans procès ni défense. Pour Rebiya Kadeer, présidente honoraire du Congrès mondial des Ouïghours, .
Quand des membres d'une famille dont les autres membres ont été internés en leur absence reviennent au Xinjiang, on leur fournit des réponses préparées à l’avance. Les autorités leur disent que leurs proches sont dans des centres de formation et que sans être accusés d’un quelconque crime, ils ne peuvent pas en sortir librement. Les autorités ajoutent que le comportement de la personne a une incidence sur la durée de la des membres de sa famille : ceux-ci sont relâchés une fois qu’ils atteignent un certain nombre de points, et ils perdent des points en cas de désobéissance des étudiants. Ces derniers ont également droit à un appel vidéo. En cas d’insistance de la part des étudiants, les policiers leur répondent que leurs proches ont été par le virus de l’extrémisme islamiste et doivent en être guéris avec une quarantaine.
Une étude de publiée dans les journaux nationaux chinois affirme que la majorité des personnes enfermées ne comprennent pas ce dont on les accuse au moment de leur arrestation ; il ajoute que la quasi-intégralité des personnes libérées (98,8 %) dit avoir compris son erreur et changé de mode de vie à la sortie des camps.
En dehors des camps, les autorités chinoises du Xinjiang effectuent un contrôle très poussé de la vie personnelle des musulmans : des fonctionnaires sont envoyés vivre dans des familles musulmanes pour y vérifier ce qu'elles mangent, leurs prières, l'éducation de leurs enfants ou encore leurs codes vestimentaires. Des voitures de police patrouillent dans les grandes villes en appelant via un haut-parleur à dénoncer les extrémistes aux autorités. Les Ouïghours vivant à l'étranger sont souvent suivis par la police chinoise, qui leur demande des informations sur le reste de la diaspora en menaçant leurs proches restés en Chine. Le Xinjiang concentre 21 % des arrestations chinoises, pour 2 % de la population du pays..
Premières réactions internationales En , Radio Free Asia devient le premier organe de presse de langue anglaise à dévoiler l'existence des camps de rééducation au Xinjiang...
En , une commission américaine estime qu’il s’agit de la plus grande incarcération de masse en cours d'un peuple minoritaire. En 2018, le nombre des détenus est estimé à un million par Amnesty International et par l'Organisation des Nations unies., et on estime qu'il y a environ . En , Gay McDougall alors vice-présidente du comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale, déclare ([Nous sommes profondément troublés par les nombreux rapports crédibles que nous avons reçus, décrivant qu’au nom du combat contre l’extrémisme religieux et du maintien de la stabilité sociale [en Chine], la région autonome ouïghoure ait été transformée en ce qui ressemble à un camp d’internement géant]).. Le département d'État des États-Unis propose une estimation basse de plusieurs dizaines de milliers de personnes, tandis qu'une station de télévision turque tenue par des anciens détenus cite le chiffre de . Les appels d'offres et offres d'emploi laissent entendre que les camps ont coûté plus de de dollars au gouvernement chinois entre 2016 et 2018. Face à ces affirmations, la Chine reconnaît qu'elle envoie les petits délinquants dans des écoles visant à leur enseigner une spécialité professionnelle, mais le ministre des affaires étrangères affirme ne pas avoir entendu parler de camps de concentration. À la remarque que des citoyens naturalisés par d'autres pays ont été enfermés, il affirme que le gouvernement chinois protège ses visiteurs, à condition qu'ils respectent la loi.
Le , un rapport de Human Rights Watch regroupe des entretiens avec des ex-détenus et leurs proches, racontant la torture et les dures conditions de vie dans les camps d'internement. L'ONG indique que la Chine . Le même jour, Michelle Bachelet dénonce les camps et demande . Le lendemain, Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise, demande à l'ONU de respecter la souveraineté de la Chine et justifie la répression par la lutte contre le terrorisme islamiste et le séparatisme d'une partie des Ouïghours.
La Chine finit par admettre officiellement l'existence de camps de rééducation par le travail le Stéphane Lagarde, Ouïghours : la Chine reconnaît le recours à des camps de rééducation au Xinjiang, RFI, 10 octobre 2018.. Les camps sont décrits comme des centres de formation professionnelle spécifiques aux musulmans« Chaise tigre », « dents de loup », matraques électriques... : L’inquiétant arsenal des centres éducatifs pour musulmans en Chine - CNews, 24 octobre 2018., qui utilisent des méthodes douces de déradicalisation islamiste. Pour Shohrat Zakir, le numéro deux du Parti communiste chinois dans la province, . Pour Chen Quanguo, chef du Parti communiste de la région, les camps doivent .