Le massacre d'Ascq est un massacre commis pendant la Seconde Guerre mondiale dans le village français d'Ascq par des troupes de la Waffen SS.
À la suite d'un attentat contre un convoi militaire aux abords de la gare d'Ascq dans la nuit du au , la population est violentée et quatre-vingt-six civils sont fusillés. L'événement a un grand retentissement dans toute la région et renforce l'hostilité vis-à-vis de l'occupation allemande. On dénombrera à LilleBrochure du massacre d'Ascq, dossier pédagogique, textes : Sylvain Calonne, publication de la mairie de Villeneuve d'Ascq en collaboration avec la Société Historique de Villeneuve d'Ascq et du Mélantois, 2004. à la suite du massacre et une foule estimée à au moins assiste aux funérailles dans le village.
Histoire Contexte Fin , Ascq est un gros bourg de , situé à égale distance de Lille et de la frontière belge, bordé par la nationale 41 et traversé par la voie ferrée Lille-Tournai-Bruxelles/Charleroi.
En pleine Seconde Guerre mondiale, la population subit de plein fouet l'occupation allemande. La ligne de chemin de fer a été endommagée par deux explosions les 27 et , et la police allemande est venue enquêter au village. Ces deux sabotages ont été organisés par le « groupe d'Ascq » composé de quelques dizaines de résistants et dirigé par Paul Delécluse. Seule une poignée d'entre eux se charge d'actions de sabotage en relation avec le Bureau central de renseignement et d'action (BCRA) de Londres du colonel Passy..
Depuis l'occupation en 1940, il y a à Ascq un groupe de militaires allemands faisant partie du bataillon 908 (en résidence à Lille), composé d'hommes mûrs. Ils sont chargés de la police de la gare et du débarquement de matériel militaire ; leur cantonnement est proche de la gare d'AscqCrimes hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, page 48..
Le train Le , à , le train 649.355 ( français 9872) venant de Baisieux et à destination d'Haubourdin arrive aux abords de la gare d'Ascq. Le convoi est très important. Il transporte des éléments d'un bataillon blindé de reconnaissance de la Panzerdivision SS Hitlerjugend, en provenance de Turnhout en vue du renforcement de la défense côtière de Normandie. Il se compose de la d'automitrailleuses commandée par le Sturmführer SS Kudoke, de la de chars de reconnaissance commandée par lObersturmführer SS Walter Hauck (25 ans), de la d'infanterie sur chars légers de transport commandée par l''Obersturmführer SS Hauer et l'adjudant-chef SS Sturm, de l'état-major du bataillon avec un groupe d'agents de liaison, ordonnances, etc., sous les ordres du sergent SS Stun. Au total, il y a environ 400 hommes, et 60 blindés et véhicules.
L'''Obersturmführer SS Hauck a eu l'idée de faire passer son train juste après l'express Lille-Bruxelles pour éviter Crimes hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Paris, Éditions Mellottée, 1946, ..
Le sabotage
Soudain à , le bruit sourd d'une explosion retentit, et la locomotive qui roulait à faible vitesse (environ ) s'arrête à la hauteur de la cabine d'aiguillage. Le groupe de résistants local appartenant au réseau Voix du Nord vient d'organiser le troisième sabotage de la semaine. Trois wagons chargés de véhicules sortent des rails (un sortant de deux essieux, entraînant ses deux voisins d'un essieu) et la locomotive a quelques pièces secondaires détériorées, selon le mécanicien belge René DascotteCrimes hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, pages 21 à 23, chapitre Les dégâts.Crimes hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, page 24..
Les dégâts sont minimes. Aucun homme n'est blessé. Une note d'archives de Hauck énonce : un pneu d'automitrailleuse 8 roues endommagé, la boîte de vitesses d'une camionnette endommagée, une autre automitrailleuse projetée sur deux motocyclettes dont les essieux et jantes ont été faussés. L'incident est jugé peu important, étant donné l'insignifiance des dégâts. Les militaires sont initialement calmes, à l'exception de lObersturmführer Hauck qui est et Crimes hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, pages 27 et 28.. Dascotte se met à réparer lui-même la locomotive et les wagons seront remis sur rail dans la nuit .
Organisation du massacre
Ce n'est qu'une demi-heure plus tard qu'éclate une rafale de mitraillette en direction des habitations, suivie de coups de sifflets et d'ordres. Les SS se rassemblent près du passage à niveau, habillés en feldgrau ou avec l'uniforme noir des blindés avec des écussons à tête de mort.
L'Obersturmführer SS Hauck donne l'ordre de rassembler tous les hommes de 17 à 50 ans et de les conduire sur les lieux du sabotage. Il constitue quatre groupes sous les ordres d'un gradé responsable : l'adjudant Jura cherchera les terroristes, le Sturmführer SS Kudoke explorera la partie gauche du chemin de fer, le Sturmführer SS Hauer la droite, l'adjudant Wetzlmayer ira du passage à niveau au centre du village et le sergent Buss a pour ordre d'abattre tout civil qui s'approcherait du train.
Dans les principales rues presque toutes les habitations sont fouillées et les portes d'entrée forcéesCrimes hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, pages 29 à 31, chapitre « Le carnage »..
Le Kommando Kudoke qui commence à visiter les maisons n'emmène pas tous les hommes qu'il rencontre, et épargne notamment Arthur Rigaut et Albert Thélier, les habitants des deux premières maisons qu'il visite. À au moins deux reprises, il laisse à la place une note rédigée en allemand. Certains SS promettent aux familles que leurs hommes reviendront bientôt à la maison.
Le Kommando Hauer cherche lui aussi tous les individus masculins afin de faire d'eux des otages. Il parcourt les rues Marceau (rue principale, aujourd'hui rue Gaston-Baratte), du Quennelet, du Maréchal-Foch et Masséna. Comme Kudoke, il ne trouve que des portes fermées et doit les enfoncer. Mais contrairement à son collègue, il ne trouve que femmes, enfants et vieillards. Les hommes jeunes se sont presque tous enfuis. Il donne donc l'ordre de tirer sur tous les fuyards.
Le Kommando'' Wetzlmayer arrive lui près de l'église, et exécute plusieurs hommes autour et dans le presbytère.
Les nazis voyaient la Résistance (qui utilisait des tactiques de guérilla) comme du terrorisme, et les partisans comme des terroristes. La principale difficulté était d'éliminer un ennemi sans visage qui n'hésitait pas à attaquer n'importe quelle force d'occupation puis à disparaître dans la foule des civils. L'attaque sur du personnel non combattant revenait à déclarer une guerre totale dont les civils avaient à assumer les conséquences de leur soutien à la Résistance. Aussi les nazis pensaient-ils qu'il était justifié d'épargner la vie de leurs compatriotes en liquidant les « terroristes » et en anéantissant brutalement leurs « sympathisants » supposés. Le massacre d'Ascq faisait donc partie de cette politique globale de contre-terrorisme par la terreur, lancée pour briser l'aide à la Résistance et imposer la collaboration par la crainte.
Premières exécutions Un premier groupe composé à la fois d'hommes et de femmes est rassemblé dans la cabine d'aiguillage du passage à niveau. Les otages sont emmenés en file indienne, les bras levés, à coups de crosse, le long de la voie. Les SS rient et sifflent pendant que leur officier roue de coups les otages, sans raison apparente. Monsieur Lautem, le garde-voie, est abattu de deux balles tirées à bout portant. Devant les filles et les épouses, les soldats abattent quelques hommes. Puis les femmes sont renvoyées. Les otages sont alors regroupés dans un wagon, et jetés un par un aux bourreaux. Il y aura quelques tentatives de résistance chez les civils, mais presque tous (une quinzaine) sont exécutés un par un. Il y aura quelques survivants, gravement blessés.
Après les premières exécutions, un groupe de SS se dirige alors vers la gare. Des employés allemands de la Reichsbahn s'éclipsent rapidement à leur vue. Le chef de gare Victor Carré et l'employé Élie Derache sont frappés à coups de poing, de pied et de chaise, puis les SS leur tirent dessus à la mitraillette avant de quitter le bâtiment« Troisième page sanglante », « Le massacre du avril 1944 », part. 6, chap. 5, pages 264 à 272, Essai de l'histoire d'Ascq et de ses environs, Pierre Delebart, Imprimerie R. Boulonnais, Ascq, 1952..
Devant le train est situé un terrain, avec au bout la « maison Roseau », dernière maison de la rue Mangin appartenant à Marcel Roseau. Vers 0 h 15, quatre hommes sont dépêchés là-bas car les Allemands soupçonnent des fuyards de s'être enfuis dans cette direction. Ils s'y embusquent afin de tuer tous les rescapés qui tenteraient de fuir vers la rue Mangin. L'idée se révèle efficace, et de nombreux fuyards sont abattusCrimes hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, pages 37 à 39, chapitre « La maison Roseau ».. Le propriétaire de la maison aura néanmoins la vie sauve.
Suite des exécutions Les officiers SS et sous-officiers SS décident ensuite de procéder à une exécution collective pour les prochains pelotons et font aligner les hommes sur le champ voisin de la « maison Roseau », face au train qui se trouve distant d'une cinquantaine de mètres. Les hommes sont peu à peu abattus par petits groupes.
L'adjudant SS Jura a essayé de chercher les responsables de l'attentat en réquisitionnant des bicyclettes, mais n'y est pas parvenu. Il décide alors de se rendre au domicile du maire Delebart. Le maire est emmené à pied au lieu d'exécution, mais au moment de l'exécution retentissent des bruits de moteurs ainsi que des coups de sifflets. Le cauchemar est terminé.
M. Delebart, maire du village d'Ascq en 1944, faisait partie du quatrième peloton qui échappa à la mort. Voici ses déclarationsCrimes itlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, pages 46 à 48, chapitre « Déclaration du maire d'Ascq ». :
Certains membres du bataillon 908 ont tenté de contrarier les plans des Waffen SS. Ainsi, selon le rapport de lUntersturmführer Kudoke, un adjudant de la Feldgendarmerie lui aurait dit . Ce même adjudant enlèvera Maurice Vandenbussche aux nazis et l'abritera dans le cantonnement. André Sabin, 15 ans, sur la route vers le lieu de l'attentat, sera envoyé chercher un médecin par deux membres du bataillon 908 et échappera ainsi à la mort.
Arrêt du massacre
Dès , le , la gare de Lille et la gendarmerie de Lannoy ont été averties du sabotage.
Le facteur enregistrantDans le vocabulaire de la SNCF de l'époque, le service de l'exploitation comporte plusieurs grades de «facteurs» : facteur aux écritures (pointeurs-releveurs) ; facteur mixte (assurant la circulation et des tâches commerciales) ; facteur enregistrant (affectés à la circulation). Élie Derache, indemne de blessures, téléphone à la permanence téléphonique de la gare de Lille à pour l'informer de la fusillade et de ce que son collègue est blessé. Le téléphoniste de Lille alerte la Zugleitung et M. Schmeider, chef du service, alerte et fait chercher un médecin allemand pour le chef de gareCrimes hitlériens, Ascq, Le Vercors, Louis Jacob, collection Libération, Éditions Mellottée (Paris), 1946, pages 51 à 56, retranscription de la permanence téléphonique en gare de Lille..
À , la Zugleitung informe la gare de Lille que .
Des gendarmes de la brigade de Lannoy, dépêchés sur place, n'arrivent à la gare d'Ascq qu'à . Le brigadier demande à la gare de Lille d'alerter la gendarmerie de Roubaix pour envoyer des renforts.