À la mort du roi Henri Beauclerc, en 1135, son neveu Étienne de Blois s'empare du trône aux dépens de l'héritière légitime et désignée Mathilde l'Emperesse, la fille du défunt roi. En 1138, les partisans de l'Emperesse se déclarent, et un conflit ouvert éclate en Normandie, puis après le débarquement de celle-ci en Angleterre en 1139, sur le sol anglais. La guerre civile anglaise, aussi appelée Anarchie ou Naufrage (d'après le naufrage de la Blanche-Nef au cours duquel Henri I perd son seul fils légitime), dure de 1138 à 1153. Elle ne cesse qu'après la signature du traité de Wallingford en 1153 par lequel Henri II, duc de Normandie et fils de l'Emperesse, est désigné héritier et successeur par Étienne de Blois, qui meurt en 1154.
Prémices du conflit
Lors du naufrage de la Blanche-Nef le , le roi perd son seul fils légitime, Guillaume dit Adelin. Son second mariage ne lui donne aucune descendance.
Il fait alors reconnaître sa fille Mathilde, veuve de l'empereur de Germanie , comme son héritière par tous les barons d'Angleterre le . En , il la remarie avec , fils du comte d'Anjou et du Maine . Le roi fait renouveler le serment des barons le et à nouveau, le . À cette date, Mathilde a eu, quelques mois auparavant, un fils, possible héritier, le futur , également cité dans le serment.
Les mois suivants, essaie d'obtenir plusieurs châteaux dans le sud de la Normandie, d'abord en les réclamant, puis par la force, créant de l'animosité à son encontre.
L'usurpation thumb|Arbre généalogique reliant Mathilde (Matilda) et Étienne (Stephen) de Blois. thumb|Étienne de Blois s'empare du trône d'Angleterre aux dépens de sa cousine Mathilde l'Emperesse.
À la mort du roi , le , le trône doit donc passer à sa fille Mathilde. Comme tous les nobles, Étienne de Blois a par deux fois fait le serment de la reconnaître pour reine. Mais n'a jamais convaincu ses barons que Mathilde pourrait gouverner par elle-même. Il a aussi refusé leur suggestion qu'elle pourrait gouverner comme régente pour son fils Henri. Au moment de sa mort, il n'y a donc pas de consensus ferme parmi le baronnage anglo-normand pour accepter Mathilde.
Prévenu de la mort du roi, Étienne de Blois, comte de Mortain et de Boulogne, seigneur d'Eye, en profite. Il traverse la Manche à partir de Wissant et rejoint au plus vite Londres. Là, les citoyens le reconnaissent pour roi. Il se rend ensuite à Winchester, où il reçoit le soutien de l'évêque Roger de Salisbury, le chef de l'administration, et de . Le , il est couronné par Guillaume, l'archevêque de Cantorbéry. Apprenant ceci, les barons du duché de Normandie le désignent pour être leur duc.
Le , les grands du royaume rendent hommage à Étienne à l'abbaye de Westminster. Seul le baron Baudouin de Reviers refuse de le reconnaître pour roi, probablement parce qu'il n'a pas obtenu un office réclaméRobert Bearman, « Revières, Baldwin de, earl of Devon (–1155) » Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. Le baron s'empare du château royal d'Exeter et le fortifie. Étienne conduit lui-même le siège d'Exeter pendant les trois mois qu'il dure, et reçoit la soumission de la garnison à l'été. Il ne punit pas les rebelles, et ses barons sont étonnés de son indulgence. Plus tard, Baudouin de Reviers est forcé à l'exil, et s'en va à la cour du comte angevin.
Étienne et Mathilde avaient chacun fait appel au pape , mais ce dernier était occupé par son conflit avec l'antipape . Ce n'est que le que parvient sa réponse adressée à « Étienne, roi d'Angleterre ». Entre-temps, en a lieu un concile à Oxford, au cours duquel le roi Étienne fait d'importantes concessions au clergé, mais y obtient l'allégeance du comte Robert de Gloucester, demi-frère illégitime de l'Emperesse.
La guerre en Normandie thumb|left|Portrait de Mathilde l'Emperesse dans un ouvrage du . Mathilde et Geoffroy se donnent pour priorité de reprendre le duché de Normandie, voisin de la principauté de l'Angevin. Ils font reconnaître leur souveraineté sur Argentan, Exmes et Domfront et ravagent les biens normands de leur adversaire, à commencer par le comté de Mortain.
Mais s'ils tiennent Sées et Domfront, les Angevins ont du mal à obtenir le soutien des seigneurs du Cotentin et en Haute-Normandie où Galéran IV de Meulan, le comte de Meulan, gendre d'Étienne, mène la résistance.
Parmi les partisans de Mathilde, Baudouin de Reviers, banni d'Angleterre, contrôle la région de Bricquebec depuis son château de Néhou. Mathilde obtient aussi le ralliement de Réginald de Dunstanville son demi-frère – et demi-frère de Robert de Gloucester.
Le , le roi Étienne débarque en France pour rendre hommage au roi Louis VI pour le duché de Normandie. Il s'assure au passage du dévouement de ses partisans. En juillet, une trêve de deux ans est signée avec les Angevins.
Cependant les partisans de l'Emperesse, dont Baudouin de Reviers, Réginald de Dunstanville et Onfroy (II) de Bohun, mènent des opérations militaires dans le Cotentin qui est défendu par le vicomte Roger de Saint-Sauveur, partisan d'Étienne. Sa mort permet aux partisans de Mathilde d'occuper une grande partie du Cotentin.
En 1138, Robert de Gloucester prend le parti de sa demi-sœur. Il contrôle alors les châteaux de Caen et Bayeux, ainsi que l'évêché de Bayeux. Il lui apporte le Bessin. En réaction Galéran IV de Meulan et Guillaume d'Ypres, chef de mercenaires, assistés d'un renfort de hommes appartenant à Raoul de Péronne, entrent en campagne. Les Angevins se retirent en Anjou. Les partisans d'Étienne se portent alors sur Caen, mais ne pouvant prendre la ville, ravagent la région.
Enfin, en 1141, les Angevins lancent une vaste offensive sur le duché de Normandie, prenant les châteaux du Teilleul et de Saint-Hilaire-du-Harcouët dans le comté de Mortain, Falaise, Lisieux, envahissant le Perche et pénétrant dans le Vexin. En même temps, l'évêque de Coutances, Algare, voit ses places de Coutances et de Saint-Lô assiégées.
Après la capture d'Étienne à la bataille de Lincoln, le Mathilde est reconnue Dame des Anglais et des Normands. Elle s'attache les partisans d'Étienne tels que Geoffrey de Mandeville, dont elle reconnaît les titres et accroît les possessions.
En 1142, l'évêque pro-angevin de Bayeux, Richard III de Kent meurt, et son diocèse est donné à Philippe d'Harcourt, partisan d'Étienne. Les Angevins lui interdisent l'accès à son siège. Avec l'archevêque de Rouen, il excommunie ses adversaires et en appelle au pape.
À son tour Ranulf de Gernon ne tarde pas à trahir les Angevins. Ces derniers connaissent cependant quelques succès, en prenant Carentan ou Cherbourg.
Le , Geoffroy Plantagenêt prend Rouen, et le lendemain est intronisé duc de Normandie dans la cathédrale. La garnison du château ne se rend que trois mois plus tard. Il rend hommage au roi Louis VII de France et lui cède même le château de Gisors.
Geoffroy pacifie la Normandie, accepte de laisser Philippe d'Harcourt prendre possession de son évêché. En 1147-1148, le conflit se rallume un temps dans l'évêché de Bayeux, mais le Plantagenêt rend justice à l'évêque contre ses propres partisans.
Geoffroy meurt peu de temps après en 1151, et son fils Henri déjà duc de Normandie, devient comte d'Anjou et du Maine. Les partisans tentent d'en profiter pour soulever le comté de Mortain, occupant un temps la forteresse du Teilleul qui leur est reprise.
La guerre en Angleterre
Le début de la guerre civile (1138-1140) thumb|right|Carte de l'Angleterre indiquant les villes principales du . À Pâques 1138, Robert de Gloucester est passé au parti de sa demi-sœur. Étienne prend d'abord la ville d'Hereford, puis vient assiéger son importante forteresse de Bristol, mais il abandonne rapidement, préférant des cibles plus faciles. En août (du 22 au 27), Étienne assiège Shrewsbury défendue par un parent de Robert de Gloucester, Guillaume FitzAlain. La place tient une semaine, le commandant parvient à prendre la fuite, Étienne, à qui ses partisans reprochent son manque de fermeté, décide de faire un exemple. Il fait pendre cinq des hommes de Guillaume FitzAlainEdmund King, « William fitz Alan (c.1105–1160) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004..
De son côté, le roi d'Écosse, David I, oncle de Mathilde, tente une nouvelle fois d'envahir le nord du royaume, mais est balayé à la bataille de l'Étendard le .
Des troubles éclatent dans différents comtés, notamment dans le Kent. Mathilde de Boulogne, épouse d'Étienne, dirige le siège du château de Douvres qui est tenu par des rebelles, menés par Vauquelin MaminotMarjorie Chibnall, « Matilda (c.1103–1152) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. Avec l'aide de ses vassaux boulonnais, elle fait bloquer le port et force la garnison à se rendre.
Roger de Salisbury et ses neveux sont arrêtés pour avoir brisé la paix, le . Seul Néel d'Ely parvient à s'échapper et se réfugie dans la forteresse de Devizes. Il finit par se rendre et les trois évêques cèdent leurs forteresses au roi. Ce faisant, Étienne s'est aliéné le haut clergé. Son frère Henri de Blois, évêque de Winchester, légat du pape, le convoque au concile de Winchester, le , pour y répondre de cette action. Aubrey (II) de Vere, lui servant d'avocat, argumente que Roger de Salisbury a été arrêté en tant que baron déloyal et non en tant qu'évêqueB. R. Kemp, « Salisbury, Roger of (d. 1139) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. Le clergé ne peut rien contre le roi, ce qui ne calme pas son ressentiment.
vignette|La situation en Angleterre vers 1140, avec les zones contrôlées par Mathilde en bleu et celles contrôlées par Étienne en rouge.|alt=Carte montrant le sud de l'Angleterre partagé entre Mathilde au sud-ouest et Étienne au sud-est
Le , Mathilde débarque en Angleterre pour exploiter le mécontentement ambiant, et trouve refuge au château d'Arundel le . Étienne accepte de lui donner un sauf-conduit pour qu'elle rejoigne Bristol, espérant par ce geste contenir ses adversaires à une seule régionEdmund King, « Blois, Henry de (c.1096–1171) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.. Avec la venue de sa concurrente sur ses terres, il a clairement perdu l'initiative politique dans ce conflitEdmund King, « Stephen (c.1092–1154) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, Sept 2004; online edn, Oct 2006..
La bataille de Lincoln (1141)
À la fin de l'année, Ranulf de Gernon, comte de Chester, gendre du comte de Gloucester, l'un des plus grands seigneurs encore restés neutres, passe au parti de Mathilde. Avec son demi-frère Guillaume de Roumare, comte de Lincoln, beau-frère de Baudouin de Reviers, il s'empare au début de 1141 du château de Lincoln. Après avoir fait la paix avec ces deux hommes, Étienne, alerté par les habitants de Lincoln d'une ouverture, entre dans la ville avec l'aide des habitants et assiège le château. Ranulf parvient à s'enfuir pour rassembler des renforts. Il rejoint alors le parti de l'Emperesse, et obtient l'aide de son beau-père Robert de Gloucester. Le , la bataille de Lincoln débute. Durant la bataille, Étienne refuse de fuir alors que ses adversaires ont pris le dessus, et que la plupart de ses soutiens ont fui. Il est finalement capturé.
Il est fait prisonnier à Bristol. Le , Mathilde se proclame Domina Anglorum, « Dame des Anglais ». Le , Étienne est déposé au concile de Winchester par son frère, Henri de Blois, évêque de Winchester et légat du pape. Le même jour, Mathilde l'Emperesse est proclamée Angliae Normanniaeque domina, « Dame des Anglais et des Normands ».