Les Honneurs de la Cour sont un cérémonial créé au milieu du au château de Versailles par les rois de France pour honorer l'ancienne noblesse française qui vient succéder à leur devancier qu'étaient les Honneurs du Louvre encore supérieurs, qui préexistaient à l'époque où le roi avait sa résidence à Paris aux et dans les débuts du . Cette distinction prestigieuse était en principe réservée aux familles capables de prouver une filiation noble, sans trace d'anoblissement, remontant avant 1400. Pour cela, les candidats devaient présenter leurs preuves au généalogiste du roi qui transmettait ensuite un mémoire au roi. Le roi accordait cependant des dispenses de preuves aux personnes qui s'étaient distinguées à son service ou qu'il appréciait, et refusait parfois d'agréer un candidat qui avait satisfait aux preuves exigées. Les honneurs de la Cour furent en vigueur de 1715 à 1790. L'admission aux Honneurs de la Cour n'impliquait pas d'être un familier de la Cour.
Les Honneurs de la Cour
Pour François BlucheDans son Catalogue da la Noblesse Française de 2007 () Régis Valette dit que les honneurs de la Cour sont une distinction nobiliaire prestigieuse bien mal connue avant l’étude fondamentale de François Bluche., les honneurs de la Cour ont consisté de manière fort large à pouvoir être présenté au roi ou à la reine, à assister à leurs bals et à leurs réceptions et à monter dans les carrosses de Sa Majesté pour l’accompagner à la chasse. Pendant longtemps, aucune règle n'a précisé le choix des souverains et n'a limité le nombre des admissions. Ainsi, selon Philippe du Puy de Clinchamps, « Versailles, avec Louis XIV, était devenu un monde, un caravansérail où se pressaient une foule d'adorateurs, d'ambitieux, d'escrocs ou simplement de curieux. Le roi y vit dans la cohue. Contrôler et limiter les entrées à la cour devenait donc une mesure de simple police. »
Pour Jacques de Marsay, c'est à la majorité de Louis XV en 1730 que survient un important changement des modalités d'admission. Les gentilshommes ne furent plus admis que sur leurs preuves de noblesse d'ancienne extraction. François Bluche de son côté penche plutôt pour l’année 1732 où le registre des entrées de carrosse de la Petite Écurie est tenu avec précision. Les travaux de ces deux généalogistes plus récents que ceux d'André Borel d'Hauterive nuancent la date de 1715 que celui-ci avait retenu avec le début de la tenue du registre des petites écuries.
« A mesure que l’admission devenait plus difficile il se trouvait plus de candidats pour la briguer (...). L’envahissement devenait tel que pour y mettre un frein le roi approuva le un règlement dont la mise en vigueur n’eut lieu qu’en avril suivant. »
Louis XV met en place un principe de sélection auquel nul ne doit échapper. « À l'avenir nulle femme ne sera présentée à Sa Majesté et nul homme ne pourra non plus être admis à monter dans ses carrosses Monter dans les carrosses est la preuve d'admission citée par La Gazette. Le caractère officiel de La Gazette, pour les honneurs de la Cour est attesté par une correspondance entre Chérin, le duc de Richelieu et Vergennes concernant la forme de la présentation (). À la rubrique « Versailles » de la Gazette la présentation fait lire : « Les (noms des personnes) qui avaient eu l’honneur d’être présentés au roi, ont eu le (mention de la date) celui de monter dans les voitures de Sa Majesté, & de la suivre à la chasse » ainsi qu'on le voit à la lecture des admissions. et la suivre à la chasse à moins qu'il n'ait préalablement produit, devant le généalogiste de ses Ordres, trois titres établissant chaque degré de la famille du mari : tels que contrat de mariage, testament, partage, acte de tutelle, donation, etc., par lesquels la filiation sera établie clairement depuis 1400. »
L’idée fondamentale est « de n’accorder qu’aux seules familles qui sont issues d'une noblesse de race » l’honneur d'être présentées au roi et de monter dans ses carrosses. À charge du généalogiste du roi de le vérifier et de lui présenter ses travaux sous forme de mémoire.
Selon André Borel d'Hauterive, les exceptions ne tardèrent pas à se multiplier. Dès la promulgation de l'édit de 1760, les descendants des maréchaux de France, des grands officiers de la couronne, des ministres-secrétaires d’État, des contrôleurs généraux des finances, des ambassadeurs, des chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit et les dignitaires eux-mêmes furent dispensés de faire leurs preuves de noblesse. Le roi, de son côté, étendit cette faveur à des personnes qu’il voulait honorer malgré leur origine récente ou malgré l’irrégularité ou la perte de leurs archives généalogiques.
Jacques de Marsay en désaccord avec les propos d'André Borel d'Hauterive écrit : « Borel d’Hauterive n’est pas fondé à dire que dès la promulgation du décret de 1760 les exceptions ne tardèrent pas à se multiplier. On sait que ces exceptions avaient été expressément prévues. Elles ne constituaient donc nullement des infractions et il faut dire qu’elles paraissaient absolument justifiées ». Il ajoute : « l’excessive tolérance dont parle Borel d’Hauterive ne ressort pas non plus de la liste des admissions dont la majorité aussi bien sous Louis XV que sous Louis XVI apparaît justifiée » d'y trouver - sauf erreur très rareIl arriva à Bernard Chérin d’être trompé. Sa bonne foi fut surprise à l’occasion du rapport fourni par la famille Chaponay-Morancé à laquelle il reconnut une origine chevaleresque que les généalogistes les plus sérieux lui ont refusée depuis (). au moins deux preuves par degré.
Les généalogistes des ordres du roi furent chargés de dresser la liste des preuves fournies par les familles qu’exigeaient le règlement de 1760. Philippe du Puy de Clinchamps précise que la filiation devait être établie par des actes originaux à raison de trois jusqu'à 1500 et de deux au-delà. Le règlement interdit aussi au généalogiste du roi d'admettre aucun des arrêts de son Conseil et de ses cours supérieures, ni des jugements rendus par les commissaires lors des diverses recherches de noblesse faites dans le royaume. Une décision à rapprocher de l’observation d'un généalogiste du roi qui « distinguait toujours entre examen de titres originaux et simple recours à une maintenue, sachant trop dans ce dernier cas que l’indulgence, l’erreur ou quelque favoritisme étaient à craindre. ».
Le travail d'étude des actes originaux fut rempli successivement par les deux Clairambault, Beaujon et Bernard Chérin puis de 1785 à par le commis Berthier au nom de Louis Nicolas Hyacinthe Chérin le jeune (mineur) puis par ce dernier. à partir du André Borel d’Hauterive indique que Berthier a tenu la fonction de généalogiste du roi jusqu’en 1789. On voit qu’il en est différemment dans un ouvrage daté de 1994 qui réédite l’Abrégé Chronologique de Chérin le jeune. Cet ouvrage est préfacé par Pierre Durye alors conservateur en Chef aux Archives Nationales et archiviste de l’association d’entraide de la noblesse française. Piere Durye écrit que Berthier prit sa retraite à cinquante ans le et que Louis-Nicolas-Hyacinthe Chérin devint alors officiellement généalogiste de ordres du roi.
Pierre Durye regrette la sévérité de François Bluche qui accuse Louis Nicolas Chérin d’avoir été en dessous de sa tâche. Il indique qu’une cabale s’est dressée à la mort de son père visant à se défaire du rôle du généalogiste du roi. Chérin père avait été si compétent, honnête à en être rigide et incorruptible dans l’examen des pièces fournies par des familles dont la grandeur du moment les rendait très susceptibles que faire disparaître la fonction serait utile à beaucoup. Par ailleurs un personnage envieux et vaniteux souhaitait prendre sa place. Le travail de Chérin en a été rendu très difficile et l’auteur retient de lui une phrase: « le métier d’honnête homme, monseigneur, est, dans ce siècle, un métier dangereux » (L.N.H.Chérin op.cit. page 8)..
D'après certaines sources « Chérin fils, moins bon généalogiste que son père, ne se montra pas toujours aussi sévère que celui-ci dans la vérification des preuves qui lui étaient soumises. ».. Bluche écrit à son sujet : « Nicolas Chérin est certainement le moins habile de la série qu'il clôt. Entré fort jeune en charge, plein d'une extrême assurance, Chérin fils semble ignorer qu'il a moins de mérite que de chance ... Il tranche. Tantôt il donne aux Chaponay-Morancé une origine chevaleresque que les généalogistes les plus sérieux leur ont refusée...».
Les dossiers étaient préparés par les commis du cabinet du Roi (Berthier, Pavillet, ou Chérin de Barbimont (neveu de Bernard Chérin) qui se livraient à un premier travail de préparation sur les mémoires fournis par les intéressés, en préparation du rapport destiné au roi.
Lors de la présentation les admis étaient tenus de porter un titre, même s’ils n’en avaient pas. « Les titres et qualifications étaient laissés au choix du postulant, ceux de duc et de prince exceptés. » On pouvait donc choisir entre ceux de marquis, comte, vicomte, baronRégis Valette, Catalogue de la noblesse française subsistante au , 2002, page 205..
« Le roi avait pris la précaution de préciser que ces qualifications, même portées dans des lettres ou des brevets signés de sa main n’avaient aucune valeur légale et n’étaient que des titres de courtoisie. » Guide des recherches sur l’histoire de familles, Édition des Archives Nationales, Paris,1981, page 197.
Ces qualifications purement personnelles ne passaient pas à la postérité de l'impétrant. André Borel d'Hauterive déclare « c'était donc des marquis ou des comtes à brevet ».
La présentation durait plusieurs jours. Le gentilhomme admis aux honneurs de la Cour suivait la chasse du roi en montant dans un de ses carrosses. Il était, avec d'autres, présenté simplement au roi « qui répondait au salut du présenté par un signe de tête et quelquefois lui adressait des paroles flatteuses. » La présentation des dames se faisait de manière beaucoup plus formelle, il y avait plus d'étiquette et d'apparat.
Les honneurs de la Cour ne sont pas à confondre avec la vie à la Cour. En effet, il faut savoir que la plupart des familles reçues à ces honneurs ne tenaient aucun rôle particulier à la Cour et en étaient même la plupart du temps écartées étant dans l'incapacité financièreFrançois Bluche rappelle que "ces corvées honorables coûtent très cher". Il cite un savoureux détail des dépenses (logement, voyage, habit, veste et culotte, auberge, etc.(op.cit.page 11). de tenir un rang à Versailles. Pour Philippe du Puy de Clinchamps « en aucun cas il ne faut entendre honneurs de la Cour comme une familiarité avec le souverain. »
Les honneurs étaient sous l'Ancien Régime une distinction très recherchée par la noblesse française. Francois Bluche en résume le sens : « Les uns les souhaitent pour justifier l’ancienneté de leur nom, les autres pour témoigner des services de leur famille. »
Ils cessent le . « Il ne restait plus à Louis-Nicolas-Hyacinthe Chérin qu'à embrasser une autre carrière : ce qu'il fit en devenant général des armées de la République. »
Aspects généalogiques
Le généalogiste du roi, s’appuyant sur le travail des commis, rédigeait un mémoire pour le roi, sans prononcer de jugement et sans conclure. Le roi, au vu des éléments du mémoire et de l’estime et l’affection qu’il portait au postulant, décidait si celui-ci monterait dans les carrosses. « La volonté du roi et l’opinion du généalogiste n’avaient qu’une faible connexion. »